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Full text of "Les courants de haute fréquence : propriétés physiques, physiologiques et thérapeutiques : thèse présentée et publiquement soutenue à la Faculté de médecine de Montpellier le 22 mars 1902"

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LES 


COURANTS 

DE 


PROPRIÉTÉS  PHYSIQUES 
PHYSIOLOGIQUES  ET  THÉRAPEUTIQUES 


THÈSE 

Présentée  et  publiquement  soutenue  à la  Faculté  de  médecine  de  Montpellier 

LE  22  MARS  1902 


PAR 

J.  DENOYÉS 

AIDE-PRÉPARATEUR  DE  PHYSIQUE  BIOLOGIQUE  (CoDCOUrS  1896) 
PRÉPARATEUR  DU  SERVICE  D’ÉLECTROTHÉRAPIE 
ET  DE  RADIOGRAPHIE  DES  HOPITAUX  DE  MONTPELLIER  (1896-1902) 


POUR  OBTENIR  LE  GRADE  DE  DOCTEUR  EN  MÉDECINE 


MONTPELLIER 

IMPRIMERIE  CENTRALE  DU  MIDI 

(hamelin  frères) 


1902 


PERSONNEL  DE  LA  FACULTE 


MM.  MAIRET  (#) Doyen 

FORGUE Assesseur 


PROFESSEURS 

Hygiène MM.  BERTIN-SANSf* 

Clinique  médicale GRASSET  (#). 

Clinique  chirurgicale TEDENAT. 

Clinique  obstétricale  et  gynécologie GRYNFELTT. 

— — ch.  du  cours,  M.  Vallois.. 

Thérapeutique  et  matière  médicale HAMELIN  (*). 

Clinique  médicale CARRIEU. 

Clinique  des  maladies  mentales  et  nerveuses MAIRET  (#). 

Physique  médicale IMBERT. 

Botanique ethistoire  naturelle  médicale GRANEL. 

Clinique  chirurgicale FORGUE. 

Clinique  ophtalmologique TRUC. 

Chimie  médicale  et  Pharmacie VILLE. 

Physiologie HEDON. 

Histologie VIALLETON. 

Pathologie  interne DUCAMP. 

Anatomie G1L1S. 

Opérations  et  appareils ESTOR. 

Microbiologie RODET. 

Médecine  légale  et  toxicologie SARDA. 

Clinique  des  maladies  des  enfants BAUMEL. 

Anatomie  pathologique BOSC. 


Doyen  honoraire  : M.  VIALLETON. 
Professeurs  honoraires:  MM.  JAUMES,  PAULET  (O.  *jfc). 

CHARGÉS  DE  COURS  COMPLÉMENTAIRES 


Accouchements MM.  PUECH,  agrégé. 

Clinique  ann.  des  mal.  syphil.  et  cutanées. . BROUSSE,  agrégé. 

Clinique  annexe  des  maladies  des  vieillards.  AGRES,  agrégé. 

Pathologie  externe DE  ROUVILLE.  agrégé. 

Pathologie  générale RAYMOND,  agrégé. 


AGRÉGÉS  EN  EXERCICE: 

MM.  BROUSSE  MM.  VALLOIS  MM.  L.  IMBERT 

RAUZIER  MOURET  H.  BERTIN-SANS: 

MOITESSIER  GALA  VI  ELLE  VEDEL 

de  ROUVILLE  RAYMOND  JEANBRAU 

PUECH  AGRES  POUJOL 


M.  H.  GOT,  secrétaire. 


EXAMINATEURS 
DE  LA  THÈSE  : 


MM.  IMBERT,  président. 
HEDON. 

MOURET. 

H.  BERTIN-SANS. 


La  Faculté  de  médecine  de  Montpellier  déclare  que  les  opinions  émises  dans  les  Dissertation»; 
qui  lui  sont  présentées  doivent  être  considérées  comme  propres  à leur  auteur;  qu’elle  n eaten 
leur  donner  ni  approbation  ni  improbation. 


A MON  PÈRE  ET  MA  MERE 


J.  HENOYÉS. 


A MON  PRÉSIDENT  DE  THÈSE 
A MON  TRÈS  CHER  MAITRE 

MONSIEUR  LE  PROFESSEUR  A.  IMBERT 


J.  DENOYÉS. 


A MON  MAITRE  ET  AMI 


M.  LE  PROFESSEUR  AGRÉGÉ  II.  BERTIN-SANS 


J.  DENOTES. 


A TOUS  MES  MAITRES 
DE  LA  FACULTÉ  ET  DES  HOPITAUX 


J.  DENOYÉS. 


A MES  AMIS 


.1.  DENOVÉS. 


Arrivé  au  terme  de  nos  études  médicales,  nous  adressons  à 
notre  famille,  pour  laquelle  est  notre  première  pensée,  l'expres- 
sion de  notre  profonde  reconnaissance. 

Notre  Maître,  le  Professeur  Imbert,  nous  fait  le  grand  honneur 
de  présider  au  dernier  acte  de  notre  scolarité,  qu’il  nous  permette 
de  lui  témoigner  notre  gratitude  pour  cette  nouvelle  marque  d’in- 
térêt. 

Nous  nous  séparons  à regret  d’un  laboratoire  dans  lequel  nous 
avons  passé  la  majeure  partie  de  notre  vie  d'étudiant  auprès  de 
nos  Maîtres  MM.  A.  Imbert  et  H.  Bertin-Sans,  auxquels  nous 
avons  voué  une  inaltérable  reconnaissance  pour  les  marques 
d’ affection  et  les  bons  conseils  qu’ils  nous  ont  prodigués.  C’est 
dans  le  laboratoire  de  physique  biologique  et  sous  leur  direction, 
que  nous  avons  poursuivi  nos  recherches  et  acquis  une  part 
importante  de  notre  éducation  professionnelle . 

A tous  nos  Maîtres  de  la  Faculté  ou  des  Hôpitaux,  aux  Profes- 
seurs Ville,  Carrieu,  Grasset,  Mairet,  Granel,  Hèdon,  Bosc  et 
Rodet,  aux  Professeurs  agrégés  L.  Imbert  et  Rauzier , nous  adres- 
sons nos  sincères  remerciements  pour  les  encouragements  et  les 
marques  d’intérêt  qu’ils  nous  ont  donnés. 

Les  professeurs  agrégés  Lapeyre  et  Mouret  nous  ont  accordé 
leur  amitié.  Nous  conserverons  des  heures  passées  dans  leur  inti- 
mité un  bien  agréable  souvenir , et  nous  tenons  à leur  exprimer  ici 
notre  sincère  affection. 

A nos  amis,  Gagnière,  Riche,  Vidal  et  Rouvière,  qui  nous  ont 
aidés  da'ns  la  conduite  de  nos  expériences , l’ observation  de  nos 
malades  ou  la  correction  des  épreuves,  nous  exprimons,  ainsi 
qu’ii  nos  camarades  Arrous  et  Henric,  les  regrets  que  nous  éprou- 
vons à abandonner  une  existence  qui  nous  fut  commune . 


' 


LES 


PROPRIÉTÉS  PHYSIQUES, 
PHYSIOLOGIQUES  ET  THÉRAPEUTIQUES 


INTRODUCTION 

Depuis  quelques  années,  grâce  aux  travaux  de  d’Arsonval, 
les  courants  de  haute  fréquence  ont  pris  ôn  électrothérapie 
une  place  tellement  importante  qu'il  nous  a paru  opportun 
d’en  tenter  une  étude  d’ensemble. 

A vrai  dire,  cette  étude  est  presque  une  nécessité.  Les 
courants  de  haute  fréquence  ne  sont  plus,  en  effet,  une  inno- 
vation brillante,  mais  un  moyen  d’action  déjà  éprouvé,  con- 
sacré par  plusieurs  années  d’expérience.  Le  champ  de  leurs 
applications  se  trouve  sans  cesse  agrandi  et  s’il  reste  encore 
bien  des  points  obscurs  ou  inexplorés  au  sujet  de  leurs  indi- 
cations ou  de  leur  efficacité,  il  y a cependant,  à l’heure 
actuelle,  assez  de  faits  solidement  établis  pour  qu’il  soit  inté- 
ressant et  utile  à la  fois  de  les  présenter  aux  médecins. 

Sans  doute,  tout  ce  qui  a été  fait  sur  cette  question  a paru 
dans  des  périodiques  ; mais  il  est  difficile , sans  un  travail 
préalable  de  coordination,  de  dégagei^d’articles  de  journaux, 
dénotés  insérées  çà  et  là,  souvent  à de  longs  intervalles,  sans 
aucun  lien  apparent,  des  notions  générales  suffisamment 

1 


2 

nettes.  Aussi  avons-nous  eu  l’idée  de  réunir  dans  cette  étude 
tout  ce  que  les  médecins  peuvent  désirer  connaître  sur  les 
courants  de  haute  fréquence.  Nous  en  avons  éliminé  tout  ce 
qui  leur  serait  inutile. 

Nous  y avons  réparti,. dans  l’ordre  qui  nous  a paru  le  plus 
naturel,  les  notions  et  les  faits  que  nous  avons  pu  recueillir 
dans  les  articles  et  les  communications  publiées  sur  ce  sujet. 
Enfin,  nous  avons  exposé  à leur  place,  toujours  subordonnée 
à noire  plan,  les  faits  cliniques  ou  expérimentaux  qui  nous 
sont  personnels  et  que  nous  avons  pu  réunir  dans  le  ser- 
vice d’électrothérapie  de  l’hôpital  Suburbain  de  Montpellier. 

Notre  principal  objectif  est  donc  d’exposer  les  applications 
thérapeutiques  des  courants  de  haute  fréquence;  mais  on  ne 
peut  aborder  l’étude  de  ces  applications  sans  connaître  les 
courants  de  haute  fréquence  eux-mêmes,  l’origine  des  recher- 
ches qui  en  ont  amené  la  découverte  et  l’utilisation , les  dis- 
positifs qui  permettent  de  les  produire,  les  propriétés  physi- 
ques dont  ils  sont  doués,  les  moyens  de  les  appliquer,  de  les 
mesurer,  de  les  graduer,  et  enfin  les  propriétés  physiologiques 
qui  justifient  leur  introduction  en  électrothérapie. 

Dans  notre  travail,  nous  avons  consacré  à ces  différentes 
questions,  préliminaires  indispensables,  la  premièie  et  la 
deuxième  partie  qui  ne  sont  ainsi  qu’un  acheminement  natu- 
rel à la  troisième,  entièrement  consacrée  aux  applications 
thérapeutiques. 


PREMIÈRE  PARTIE 


HISTORIQUE.  — TECHNIQUE.  — PROPRIÉTÉS 
PHYSIQUES 


CHAPITRE  I 

Généralités.  — Historique 

Les  courants  de  haute  fréquence  sont  des  courants  pério- 
diques alternatifs  présentant  un  très  grand  nombre  d’alter- 
nances par  seconde. 

Ce  qui  caractérise,  en  effet,  les  courants  de  haute  fré- 
quence, c’est  le  grand  nombre  de  périodes  et,  par  suite,  le 
grand  nombre  d’inversions  par  seconde. 

On  peut  définir  la  période:  le  temps  nécessaire  pour  que 
l’intensité  partant  de  0 atteigne  un  maximum,  revienne  à 0, 
atteigne  un  minimum  et  s’annule  une  seconde  fois.  C’est  donc 
la  durée  d’une  oscillation  complète,  comprenant  deux  courants 
successifs  de  sens  contraire. 

On  définit  la  fréquence,  le  nombre  de  périodes  par  seconde. 
Le  nombre  d’inversions  du  courant  par  seconde  est  double  de 
la  fréquence. 

Les  courants  dont  nous  allons  nous  occuper  sont  en  réalité 
des  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension.  Le  mot 
tension  est  employé  ici  comme  synonyme  de  potentiel.  Un 


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générateur  à haute  tension,  par  exemple,  est  un  générateur 
qui  établit  entre  ses  bornes  une  grande  différence  de  poten- 
tiel, ou  encore,  pour  en  revenir  à la  comparaison  hydraulique 
classique,  qui  établit  entre  ses  bornes  une  grande  différence 
de  niveau  électrique. 

Les  hautes  tensions  ne  sont  pas  une  nouveauté.  Elles 
représentent  les  premières  manifestations  de  l’électricité,  réa- 
lisées d’abord  naturellement  par  les  phénomènes  atmosphé- 
riques, qui  firent  l’effroi  des  âgés  passés,  produites  ensuite  par 
les  premières  machines  électriques  qui  étaient  essentielle- 
ment des  générateurs  à haut  potentiel. 

Quant  aux  hautes  fréquences,  elles  sont,  au  contraire,  de 
date  plutôt  récente. 

Hautes  fréquences  et  hautes  tensions  se  sont  trouvées 
associées  ces  dernières  années,  car  les  deux  questions  se 
touchent  de  très  près.  Grâce  aux  hautes  lréquences,  en 
effet,  on  a pu  obtenir  des  tensions  extrêmement  élevées  ; 
celles-ci,  à leur  tour,  sont  nécessaires  pour  la  réussite  de  la 
plupart  des  expériences  qui  mettent  en  lumière  les  propriétés 
des  hautes  fréquences. 


Les  recherches  qui  ont  été  faites  pour  réaliser  les  hautes 
fréquences  se  rattachent  à des  problèmes  très  intéressants. 

Depuis  quelques  années,  les  idées  sur  la  nature  de  la 
lumière  se  sont  modifiées,  et  sur  des  considérations  d’ordre 
mathématique  d’abord,  sur  des  résultats  expérimentaux 
ensuite,  on  a fondé  la  théorie  électro-magnétique  de  la 
lumière,  l’identification  des  phénomènes  électriques  et  lumi- 
neux. D'après  les  théories  nouvelles  ces  phénomènes  seraient 
dus,  les  uns  et  les  autres,  à un  mouvement  vibratoire  pério- 
dique d’un  milieu  particulier,  l’éther,  qui  existe  partout, 
aussi  bien  dans  ce  que  nous  appelons  le  vide  que  dans  la 
matière  pondérable.  En  réalité,  les  deux  ordres  de  phéno- 


— 5 — 


mènes  présentent  des  analogies  frappantes  et  qu’on  peut 
poursuivre  dans  une  longue  série  d’expériences,  dont  certaines 
sont  très  simples,  mais  dans  le  détail  desquelles  nous  ne  sau- 
rions entrer. 

On  en  est  donc  arrivé  à admettre  que  les  vibrations  élec- 
triques et  les  vibrations  lumineuses  ne  différaient  que  par 
la  fréquence  et  la  longueur  d’onde.  Connaissant  la  fréquence 
des  vibrations  lumineuses  (500  trillions  par  seconde  environ), 
il  était  naturel  de  chercher  à élever  la  fréquence  des  courants 
alternatifs  jusqu’à  ce  nombre  ou  du  moins  le  plus  possi- 
ble, de  chercher  par  ce  moyen  la  solution  d’un  problème 
économique  très  important;  la  lumière  sans  chaleur. 

C’est  Maxwel  qui  a.édifié  la  théorie  électro-magnétique  de 
la  lumière,  en  1865.  A l’époque  où  elle  fut  imaginée,  cette 
théorie  manquait  d’une  base  expérimentale  suffisante,  mais  des 
découvertes  postérieures  lui  ont  apporté  cet  appoint.  Les 
expériences  de  Hertz,  dont  le  début  remonte  à 1887,  ont  mis 
hors  de  doute  le  fait  d’une  propagation  d’ondes  électriques 
obéissant  aux  lois  pressenties  par  Maxwel.  C’est  Hertz  quia 
construit  le  premier  résonateur. 

L’étude  des  oscillations  hertziennes,  de  leur  réflexion,  de 
leurs  interférences,  de  leur  réfraction,  de  leur  polarisation,  de 
leur  double  réfraction,  des  lois  de  leur  propagation,  en  un 
mot,  a été  poursuivie  par  Hertz  lui-même,  et,  à sa  suite,  par 
un  grand  nombre  d’auteurs:  Lebedew,  Righi,  Blondlot,  Sar- 
razin  et  de  La  Rive,  Poincaré,  Turpain,  Boccara  et  Gan- 

dolphi,  Branly,  Lodge,  Marconi,  etc Et  cette  étude  a 

donné  lieu  à des  applications  géniales  comme  la  télégraphie 
sans  fil.  Les  recherches  de  ces  auteurs,  dont  certaines  sont 
de  date  toute  récente,  n’ont,  pour  la  plupart,  qu’un  rapport 
éloigné  avec  le  sujet  qui  nous  occupe  ; mais  le  principe  qui 
les  a inspirées  a une  importance  capitale  dans  la  genèse  des 
hautes  fréquences. 


— G - 


En  ce  qui  concerne  la  production,  l’étude,  l’utilisation  des 
courants  de  haule  fréquence,  c’est  à Hertz,  à Tesla,  à Thom- 
son et  à d’Arsonval  qu’on  doit  le  plus. 

Au  point  de  vue  des  applications  à la  physiologie  et  à la 
thérapeutique,  c’est  sans  conteste  à d’Arsonval  que  revient 
la  plus  grande  part.  Il  faut  même  dire  que,  tandis  que  d’autres 
cherchaient  à élever  la  fréquence  à un  point  de  vue  indus- 
triel, il  avait  été  amené,  par  ses  expériences,  à les  chercher 
lui-même  dans  un  tout  autre  ordre  d'idées:  dans  le  domaine 
de  la  physiologie. 

L’éminent  professeur  du  Collège  de  France  étudiait,  depuis 
1878  et  surtout  depuis  1881,  le  mécanisme  de  l’excitation 
électrique  des  muscles  et  des.  nerfs.  Il  avait  montré  qu’au 
point  de  vue  physiologique  une  excitation  électrique  ne  peut 
être  définie  que  si  on  connaît,  à chaque  instant,  tous  les 
éléments  de  la  variation.  C’est  lui  qui  a subordonné  l’étude 
de  ces  phénomènes  à la  connaissance  de  la  courbe  complète 
de  la  variation,  c’est-à-dire  à la  connaissance  de  la  forme 
physique  de  l’onde  électrique  d'excitation  ; c’est  lui  qui  a 
appelé  caractéristique  de  l'excitation  cette  courbe  particu- 
lière à chaque  excitation. 

Au  cours  de  ses  expériences,  d’Arsonval  fit  construire  une 
machine  fournissant  du  courant  alternatif  à variation  sinusoï- 
dale. Dans  cette  forme  de  courant  tout  est  connu;  l’onde  élec- 
trique est  définie  par  deux  facteurs  : 1°  la  fréquence,  c’est- 
à-dire  le  nombre  d’alternances  par  seconde  ; 2°  l’ordonnée 
maxima,  qui  représente  la  variation  maxima  du  potentiel  au 
point  excité.  Un  dispositif  spécial  permettait  de  faire  varier 
ces  deux  facteurs  d’une  façon  indépendante  et  d’en  avoir  la 
mesure  à chaque  instant.  D’Arsonval  a donc  pu  constater  que 
les  courants  alternatifs  à période  très  lente  ne  provoquent  ni 
douleur,  ni  contraction  musculaire,  « qu’en  augmentant  gra- 
duellement la  fréquence,  les  phénomènes  d’excitation  neuro- 


— 7 - 


musculaire  vont  en  augmentant  jusqu’à  2.500  ou  3.000  exci- 
tations par  seconde,  qu’ils  restent  stationnaires  entre  3.000 
et  5.000  et  vont  ensuite  en  décroissant  jusqu’à  10.000,  de 
sorte  qu’un  courant  ayant  3.000  alternances  est  plus  doulou- 
reux qu’un  courant  de  10.000  et  beaucoup  moins  qu’un  courant 
de  150  seulement.  » D’Arsonval  ajoutait,  au  cours  de  la  com- 
munication qu’il  faisait  à ce  sujet:  « Ces  expériences  me  por- 
tent à croire  que  les  machines  à courants  alternatifs,  de  puis- 
sance égale,  seront  d’autant  moins  dangereuses,  que  la  fré- 
quence des  courants  quelles  engendrent  sera  elle-même  plus 
grande.  » Il  y avait  donc  lieu  de  se  demander  ce  que  devien- 
draient les  phénomènes  d’excitation  neuro-musculaire,  si  on 
augmentait  indéfiniment  le  nombre  des  excitations  électriques 
dans  l’unité  de  temps. 

A cet  effet,  d’Arsonval  eut  d’abord  recours,  vers  1888,  à 
la  bobine  d’induction,  à la  bobine  de  Ruhmkorff.  Nous  ferons 
remarquer,  à ce  sujet,  que  Ward,  aide  de  Spoltiàwoode,  avait 
constaté,  en  1881,  que  les  étincelles  d’une  telle  bobine,  actionnée 
par  un  interrupteur  rotatif  très  rapide,  produisant  6.000  inter- 
ruptions à la  seconde,  étaient  inoffensives  quel  que  fût  le  point 
du  corps  où  on  les  appliquait  (Traité  de  Gordon,  t.  II,  1881, 
p.  107). 

D’Arsonval  abandonna  la  bobine  qui,  lorsque  les  interrup- 
tions devenaient  trop  rapides,  ne  fournissait  plus  de  courant 
et  avec  laquelle  on  ne  pouvait  guère  atteindre  que  2.000  exci- 
tations à la  seconde.  Il  employa  alors,  en  1880-90  (Cours  du 
Collège  de  France),  un  alternateur  spécial,  sans  fer,  construit 
sur  le  modèle  breveté  par  Gramme,  en  1871  ; il  se  servit  d’une 
roue  phonique  de  Sieur,  et  put  arriver  à 10.000  alternances 
par  seconde,  mais  il  ne  put  pas  encore  supprimer  tout  phéno- 
mène d’excitation  sur  le  nerf. 

Enfin,  en  1890,  il  adopta  l’appareil  que  Hertz  venait  de 
combiner.  Cet  appareil  se  composait  de  deux  parties.  Dans 


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l’une,  appelée  excitateur,  vibrateur  ou  oscillateur  (Fig.  1),  on 
utilisait  la  décharge  des  condensateurs  de  façon  à obtenir, 
d’après  la  formule  de  Thomson,  des  décharges  électriques 
h très  courte  période  La  seconde,  appelée  résonateur,  était 
constituée  par  un  circuit  in  luit,  formé  d’un  simple  fil  de  cuivre 
replié  sur  lui-même  en  cercle  ou  en  carré  et  terminé  par  deux 
boules  très  voisines.  Ce  résonateur  était  construit  de  telle 
façon  que  sa  période  propre  coïncidât  avec  celle  du  vibrateur. 
Dans  ces  conditions,  celui-ci  développe  dans  le  résonateur 
un  courant  oscillatoire  dont  l’existenceest  révélée  par  des  étin- 
celles. 


En  1889,  Joubert,  répétant  également  les  expériences  de 
llertz,  remarqua  que  la  patte  galvanoscopique  de  la  grenouille 
ne  répondait  pas  aux  excitations  provenant  de  cet  appareil. 

D’Arsonval,  à son  tour,  put  constater  que  les  nerfs  et  les 
muscles  étaient  complètement  inexcitables.  Cet  appareil  pou- 
vait donner  jusqu’à  mille  millions  de  vibrations  par  seconde. 
Les  résultats  de  ces  expériences  furent  exposés  dans  le  Cours 
du  Collège  de  France  (1890-91)  et  dans  des  communications 
à la  Société  de  biologie  (24  février  et  24  avril  1891). 


— 9 — 


C’està  ce  moment-là  (le23mai  1891), que  Teslafit  connaître, 
à l’Institutaméricain  des  ingénieurs  électriciens,  ses  brillantes 
expériences  sur  les  courants  de  haute  fréquence.  Tesla,  qui  se 
préoccupait  surtout  des  phénomènes  lumineux  à obtenir  pour 
faire  entrer  le  problème  de  l’éclairage  industriel  dans  une  voie 
nouvelle  et  féconde,  arrivait,  au  point  de  vue  physiologique, 
aux  mêmes  conclusions  que  d’Arsonval,  mais  en  mettant  en 
œuvre  des  moyens  incomparablement  plus  puissants. 

Il  combina  d’abord  un  alternateur  spécial  pouvant  donner 
de  1.000  à 2.000  alternances  par  seconde.  Le  courant  de  cet 
alternateur  passait  dans  le  circuit  primaire  d’une  petite  bobine 
d’induction  parfaitement  isolée  et  plongeant  dans  l’huile.  On 
recueillait  aux  deux  bornes  du  circuit  secondaire  l’électricilé 
sous  de  fortes  tensions  et  avec  de  très  rapides  alternances. 

Dans  une  deuxième  série  de  dispositifs,  modifiés  au  fur  et 
à mesure  des  besoins  et  des  progrès  de  ses  recherches,  Tesla 
utilisait  la  décharge  des  condensateurs.  Voici  un  exemple  de 
ces  dispositifs:  Une  machine  alternative  ordinaire  à basse 
fréquence  envoie  le  courant  dans  le  primaire  d’une  première 
bobine  d’induction.  Le  courant  fourni  par  le  secondaire  de 
cette  bobine  passe  sous  forme  d’étincelles  entre  les  deux  boules 
métalliques  d’un  excitateur.  Des  condensateurs  sont  égale- 
ment reliés  aux  boules  de  l’excitateur  et,  à chaque  décharge, 
prennent  naissance  des  oscillations  électriques.  Les  courants 
oscillatoires  traversent  le  primaire  d’une  deuxième  bobine 
d’induction,  sans  fer,  et  isolée  dans  l’huile.  On  obtient  ainsi  un 
chiffre  très  élevé  d’alternances  et  un  voltage  également  très 
élevé. 

Tesla  put  ainsi  réaliser  de  magnifiques  expériences. 

C’est  à peu  près  à la  même  époque  que  le  professeur  Elihu 
Thomson  fit  connaître  son  dispositif  pour  la  production  des 
courants  de  haute  fréquence  et  les  résultats  de  ses  nombreuses 
expériences.  Utilisant,  lui  aussi,  la  décharge  des  condensa- 


- 10 


teurs,  il  contribua  beaucoup  à la  généralisation  des  hautes 
fréquences  aussi  bien  qu’à  la  simplification  de  leurs  moyens  de 
production. 

D’Arsonval  eut  d’abord  recours  aux  appareils  combinés  par 
ces  auteurs.  Mais  bientôt,  il  fit  construire,  de  son  coté,  un  ap- 
pareil beaucoup  plus  simple  et  dont  les  expériences  de  Lodge  : 
sur  les  paratonnerres  lui  avaient  donné  l’idée. 

Voici  en  quoi  il  consistait:  Les  armatures  internes  de  deux 
bouteilles  de  Leyde  C4C,  montées  en  cascade  sont  reliées  à une 
source  de  haut  potentiel  (machine  de  Iloltz,  bobine  de  Ruhm- 
korff  ou  transformateur).  Un  solénoïde  S,  formé  par  15  ôu 
20  tours  de  spire  d’un  gros  fil  de  cuivre,  réunit  les  arma- 
tures externes. 

Des  armatures  internes  partent  deux  tiges  terminées  par  des 
boules  : chaque  fois  qu'une  étincelle  éclate  entre  ces  boules, 
(en  M),  un  courant  oscillant  extrêmement  énergique  prend 
naissance  dans  le  solénoïde  et  on  peut  le  recueillir  à ses  deux 
extrémités.  La  figure  2 représente  le  schéma  de  ce  procédé. 


— 11  — 


fréquence  du  domaine  de  la  physiologie  dans  celui  de  la  thé- 
rapeutique, décrivant  leurs  modes  d application,  et  publiant 
de  nombreuses  recherches  expérimentales  et  cliniques.  Nous 
ne  saurions  mieux  faire  que  de  répéter  ce  que  disait  le  pro- 
fesseur Bergonié,  dans  son  remarquable  rapport  au  Congrès 
de  Bruxelles  : Dans  l’exposé  qui  va  suivre,  « un  nom  reviendra 
constamment  sous  notre  plume,  moins  cité  encore  qu’il  ne  le 
faudrait,  dans  cette  question  qui  n’existe  que  grâce  à ses  tra- 
vaux : c’est  celui  du  professeur  d’Arsonval,  de  l’Institut  de 
France.  Il  a successivement  créé  pour  les  courants  de  haute 
fréquence  toute  l’instrumentation,  il  en  a formulé  l’électrophy- 
siologie  et  donné  les  bases  les  plus  solides  de  leur  application 
à l’électrothérapie.  » 

D’Arsonval  a ainsi  ouvert,  en  effet,  un  vaste  champ  aux 
recherches  individuelles.  Si  les  hautes  fréquences  prennent 
chaque  jour  une  place  plus  importante  en  thérapeutique,  c’est  à 
ses  travaux  qu’en  revient  tout  l’honneur. 

A sa  suite,  un  grand  nombre  d’auteurs  ont  expérimenté  cette 
nouvelle  modalité  de  l’énergie  électrique. 

Il  serait  trop  long  de  rapporter  ici  un  résumé,  si  sommaire 
fùt-il,  des  travaux  de  tous  ceux  qui  ont  contribué  à l’étude  des 
hautes  fréquences:  Charrin,  Oudin,  Doumer,  Bergonié,  Apos- 
toli  et  Berlioz,  Planet,  Laquerrière,  Labbé,  Gautier  et  Larat, 
Baudet,  Bollaan  (de  La  Haye),  Bordier,  Boinet  et  Caillol  de 
Poney,  Guilloz,  Réale  et  de  Renzi,  Vinaj  et  Vietti,  Bonome, 
Viola  et  Casciani,  Eulemburg,  Catellani,  Sudnik  (de  Buenos- 
Ayres),  Moutier,  Leduc,  Tripet,  Brocq,  Bissérié,  Legros, 
Gandil,  Rivière,  etc... 

Les  résultats  de  leurs  observations  ou  de  leurs  expériences 
sont  exposés  dans  le  cours  de  ce  travail. 


CHAPITRE  II 


Production  des  courants  de  haute  fréquence. 
Dispositifs  utilisés  pour  leurs  usages  physiologiques 
et  thérapeutiques. 

Pour  obtenir  des  courants  de  haute  fréquence,  on  peut 
employer  deux  procédés  : le  premier  est  un  procédé  mécani- 
que, le  second  un  procédé  électrique. 


PROCEDE  MECANIQUE 


Quand  on  a voulu  produire  des  courants  de  haute  fréquence, 
on  a naturellement  songé  tout  d’abord  à utiliser,  en  les  modi- 
fiant,  les  machines  déjà  existantes.  Or,  dans  un  alternateur, 
si  N est  le  nombre  de  tours  à la  seconde,  n le  nombre  de 
pôles  inducteurs,  la  fréquence  est 

Nn. 

2 


Il  fallait  donc  augmenter  les  deux  facteurs  N et  n et  on  a 


employé,  en  effet,  au  début,  des  alternateurs  à grand  nombre 
de  pôles  et  à grande  vitesse.  C’est  ainsi  que  Tesla  fit  con- 
struire une  machine  à 384  pôles,  tournant  à 3.000  tours  à la 


minute.  Par  ce  moyen  on  ne  peut  pas  cependant  arriver  à la 


production  de  très  hautes  fréquences,  et  Tesla,  avec  des 


machines  de  ce  genre,  n’a  jamais  pu  dépasser  20.000  alter- 
nances par  seconde. 


PROCEDE  ELECTRIQUE 


Ce  n’est  que  par  le  procédé  électrique  qu’on  a réalisé  de: 


i, 


fréquences  extrêmement  élevées.  Tous  les  dispositifs  imaginés  ^ 


dans  ce  but  reposent  sur  le  même  principe  : la  décharge  oscil- 
lante des  condensateurs. 

Mécanisme  des  hautes  fréquences.  — Si  l’on  met  les  deux 
armatures  d’un  condensateur  en  communication  avec  les  deux 
pôles  d’un  générateur,  il  s’accumule  de  l’électricité  positive 
du  côté  du  potentiel  le  plus  élevé,  de  l’électricité  négative  de 
l’autre.  Le  condensateur  est  alors  chargé.  La  capacité  du 
condensateur  n’est  pas  autre  chose  que  la  quantité  d électri- 
cité qu’il  prend  quand  on  établit  entre  ses  deux  armatures 

une  différence  de  potentiel  d’un  volt. 

La  décharge  d’un  pareil  système  peut,  suivant  les  conditions, 
être  continue  ou  oscillante.  Ce  phénomène  a été  découvert 
par  Feddersen,  au  moyen  des  miroirs  tournants  ; ii  a été 
étudié  par  Helmholtz  (1)  et  W.  Thomson  (Lord  Kelvin)  (2). 

W.  Thomson  a démontré,  en  1853,  que  si  l’on  considère 
un  condensateur  de  capacité  C qui  se  décharge  à travers  un 
circuit  de  résistance  R et  de  coefficient  de  self-induction  (3) 
L,  on  peut  observer  deux  phénomènes  différents  suivant  que 
R est  plus  petit  ou  plus  grand  que  4 L 


la  décharge  est  oscillante. 

Dans  ce  dernier  cas,  la  marche  du  phénomène,  les  varia- 

■ (1)  Helmholtz,  Die  Erhcdtung  der  Krcifl,  p.  141,  1847. 

(2)  Sir  W.  Thomson,  Phil  mag.,  t.  V.  p.  393,  1853. 

(3)  Le  coefficient  de  self-induction  d’un  circuit  est  le  rapport  du  flux  de 
force  totale  produit  par  ce  circuit  à l'intensité  du  courant  qui  y circule,  ou 
encore,  le  flux  de  force  total  émis  par  ce  circuit  lorsqu’il  est  traversé  par  un 
courant  d’nne  unité  C.  G.  S.  d’intensité. 


C 


Si  l’on  a : 


la  décharge  est  continue. 

Si  l’on  a : 

R < 


— 14  — 


lions  de  l’intensité  en  fonction  du  temps  sont  représentées  par  : 
la  courbe  figurée  ci  dessous  (fig.  3).  L’intensité  augmente-» très 
vite  jusqu’à  un  maximum  (positif),  puis  diminue,  devient  néga-'î 
tive,  passe  par  une  valeur  minima  et  ainsi  de  suite  alternati- 
vement, en  sens  inverse.  Il  est  à remarquer  que  la  période  estr 
la  même  pour  toutes  les  oscillations  et  que  les  intensités  . 
rnaxima  décroissent  comme  les  termes  d’une  progression 
géométrique.  L’oscillation  s’amortit. 


La  compréhension  de  ce  phénomène  très  important,  puis- 
qu’il donne  le  mécanisme  de  la  haute  fréquence,  est  rendue 
très  facile  par  diverses  comparaisons  devenues  classiques. 

On  peut  le  rapprocher,  par  exemple,  d’un  fait  banal  de  1 hy- 
drodynamique. 

Soit  deux  vases  renfermant  de  l’eau  à des  niveaux  diffé- 
rents, quand  on  les  met  en  communication  par  un  tube,  le 
niveau  tend  à se  mettre  dans  les  deux  vases  dans  le  même 
plan  horizontal.  Si  on  emploie  pour  réunir  les  deux  vases  un 
tube  capillaire  ou  un  tube  qui  présente  une  résistance  consi- 
dérable à l’écoulement,  on  remarque  que  le  liquide  monte 
lentement  et  que  l’équilibre  s’établit  dès  que  l’eau  a atteint  le  : 


Fig,  3.  _ Forme  de  la  décharge  oscillante  d’un  condensateur. 


— 1S  - 

même  niveau.  Si  l’on  emploie,  au  contraire,  pour  établir  la 
communication,  un  tube  large  présentant,  par  suite,  une 
faible  résistance  à l’écoulement,  on  voit  aussitôt  le  liquide 
monter  très  vite  : l’eau  atteint,  à un  moment  donné,  dans  le 
vase  où  le  niveau  était  inférieur,  le  même  niveau  que  dans 
l’autre  ; elle  dépasse  cette  position  en  vertu  de  la  vitesse 
acquise,  redescend,  remonte,  oscille  en  un  mot  autour  de 
cette  position  d’équilibre,  suivant  des  amplitudes  progressi- 
vement décroissantes,  et  jusqu’à  ce  que  la  force  vive  de 
l’ensemble  du  système  soit  entièrement  consommée  par  le 
frottement. 

On  peut  encore  concevoir  le  phénomène  de  la  façon  sui- 
vante : le  diélectrique  d’un  condensateur  chargé  est  soumis 
à une  tension  que  l’on  peut  comparer  à celle  d’un  ressort. 
Que  la  cause  qui  produit  la  tension  vienne  à disparaître  brus- 
quement, le  diélectrique  reviendra  à sa  position  initiale,  après 
avoir  effectué  des  oscillations  comparables  à celles  que  décrit 
un  ressort  subitement  détendu.  Si  l’on  veut  empêcher  le 
ressort  d’osciller,  il  faudra  opposer  une  force  à son  mouve- 
ment. Il  en  est  de  même  pour  la  décharge  du  condensateur; 
qu’on  lui  présente  une  résistance  électrique  suffisante  et  on 
rendra  cette  décharge  continue. 

Il  suffit  donc  de  réunir  les  conditions  déterminées  par  les 
calculs  de  Thomson  pour  avoir  des  décharges  oscillantes.  La 
période  sera  d’autant  plus  courte  que  la  capacité  du  conden- 
sateur et  la  self-induction  du  circuit  seront  plus  faibles,  en 
vertu  de  la  formule  : 


T étant  la  durée  de  la  période.  On  pourra  rendre  T excessi- 
vement petit  en  diminuant  suffisamment  C et  L. 

Si  l’étincelle  de  décharge  qui  se  produit  en  tout  point 
d’interruption  du  conducteur  paraît  continue,  c’est  à cause  de 


— 16  - 

la  persistance  des  impressions  lumineuses.  Etalée  par  réflexion  ■ 
dans  un  miroir  tournant,  la  décharge  oscillante  apparaît  réelle-  î 
ment  constituée  par  une  série  d’étincelles.  On  a pu  faire 
varier  le  nombre  des  oscillations  de  500  à 50  billions. 

Ce  sont  donc  ces  décharges  oscillantes  que  l’on  utilise  pour 
la  production  des  courants  de  haute  fréquence.  Il  faut  pour 
cela  produire  ces  décharges  à des  intervalles  suffisants  pour 
que  le  phénomène  acquière  une  certaine  continuité. 

Les  dispositifs  imaginés  à cet  effet  sont  très  nombreux  (- 
et  divers.  Nous  ne  décrirons  que  ceux  qui  sont  couramment 
employés  dans  les  installations  d’électrothérapie. 

Dispositifs  utilisés  pour  les  usages  physiologiques 
et  thérapeutiques.  — Les  différents  appareils  employés  : 
pour  ces  usages  comprennent  trois  parties  : des  condensateurs  ’ 
construits  et  disposés  de  telle  façon  qu’ils  puissent  produire  * 
et  qu’on  puisse  recueillir  des  décharges  oscillantes  (Fig.  4);  < 
une  source  d’électricité  ; des  parties  supplémentaires,  variables 


suivant  les  dispositifs,  destinées  à réaliser  un  bon  fonction- 
nement soit  en  permettant  le  réglage,  soit  en  supprimant 
certains  inconvénients  particuliers  h chaque  type  d’installation. 

La  disposition  adoptée  par  d’Arsonval  pour  les  condensa- 
teurs est  la  suivante:  Soit  AA’  (Fig.  4 ) les  armatures  inter- 
nes de  deux  bouteilles  de  Leyde.  Ces  armatures  sont  réunies 
à une  source  d’électricité  à haut  potentiel.  Les  armatures 
externes  sont  réunies  entre  elles  par  un  solénoïde  CC’  com- 
posé d'un  gros  fil  de  cuivre  ou  d’un  tube  faisant  15  à 20 
tours  de  spire  et  dont  le  diamètre  varie  suivant  les  circons- 
tances. 

Chaque  fois  qu’une  étincelle  éclate  entre  AA’,  un  courant 
oscillant  extrêmement  énergique  prend  naissance  dans  le 
solénoïde.  Quand  la  différence  de  potentiel  sur  les  armatures 
atteint,  en  effet,  la  limite  qui  correspond  à l’écartement  des 


— 17  — 

boules  du  déchargeur,  c’est-à-dire  plusieurs  miliers  de  volts, 
l’étincelle  éclate  formant  une  sorte  de  conducteur  de  faible 
résistance  par  où  s’échappe  la  charge  des  condensateurs.  Pen- 
dant que  la  décharge  saute  ainsi  d’une  boule  à l’autre,  le  solé- 
noï  le  CC’,  qui  relie  les  armatures  externes,  se  trouve  parcouru 
par  un  courant  de  haute  fréquence.  Si  l’on  prend,  en  effet, 
comme  pôles  les  deux  extrémités  CC’,  on  pourra  constater 
que  le  courant,  ainsi  recueilli,  allume  5 à 6 lampes  à incan- 
descence L tenues  entre  deux  personnes  placées  en  DD’. 


Chaque  décharge  des  condensateurs,  se  produisant  dans 
les  conditions  indiquées  ci-dessus,  donne  en  réalité  naissance  à 
unesérie  d’oscillations  d’amplitudes  rapidement  décroissantes. 
Par  suite  de  cet  amortissement,  tout  phénomène  cesse  bientôt, 
et  il  est  nécessaire  de  déterminer  de  nouvelles  décharges 
aussi  rapprochées  que  possible  les  unes  des  autres,  si  l’on 


2 


— 18  — 

veut  donner  au  phénomène  unecertaine  continuité.  Il  fautdonc 
recharger  les  condensateurs  à mesure  qu’ils  se  déchargent 
et  recourir,  par  conséquent,  à une  source  d’électricité  à haut 
potentiel. 

Les  différentes  particularités  que  nous  allons  décrire,  à 
propos  de  chacun  des  dispositifs  utilisés,  dépendent  précisé- 
ment de  la  nature  de  la  source  adoptée. 

• 

a)  Bobine  d’induction.  — Lorsqu’on  fait  usage  de  la  bobine 
de  Ruhmkorff  (Fig.  5.),  les  deux  extrémités  îles  déchargeurs 
sont  en  relation  avec  les  deux  extrémités  du  fil  induit.  A 
chaque  rupture  du  courant  primaire,  le  courant  induit  dans  le 
secondaire  charge  le  condensateur,  jusqu’au  moment  oh  la 
différence  de  potentiel  entre  K s boules  est  suffisante  pour  que 
l’étincelle  éclate  et  que  la  décharge  oscillante  se  produise.  A 
la  fermeture  le  phénomène  de  la  charge  se  produit  encore, 
mais  la  force  électromotrice  du  courant  induit  de  fermeture 
n’est  pas  suffisante  pour  faire  éclater  l'étincelle  et  donner  une 
décharge.  Il  n'y  a donc  pas  à en  tenir  compte. 

En  raison  de  ce  qui  précède,  il  faut  donc,  si  l’on  veut  entre- 
tenir avec  une  continuité  satisfaisante  la  décharge  oscillante, 
que  le  nombre  d’ondes  de  rupture  par  seconde  soit  suffisant. 
Il  est  donc  nécessaire  de  recourir  à un  trembleur  extra-rapide. 

Les  différences  de  potentiel  qui  existent  dans  le  solénoïde 
sont  dues  aux  seules  oscillations  de  la  décharge  des  conden- 
sateurs. Ces'oscillations  ne  devraient  pas  passer  dans  le  secon- 
daire de  la  bobine  de  Ruhmkorff,  à cause  de  sa  self-induction 
considérable,  mais  M.  Meylan,  ingénieur  du  laboratoire  Volta, 
a montré  que,  à cause  de  la  capacité  provenant  de  l’extrême 
longueur  du  fil,  une  faible  portion  de  la  décharge  oscillatoire 
traversait  la  bobine. 

La  maison  Gaifîe  a construit,  sur  les  indications  de  d’Ar- 
sonval,  un  trembleur  rotatif  dans  lequel  le  collage  se  prouve 


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— 21  — 


évité.  Dans  ce  trembleur,  en  effet,  un  petit  moteur  fait  tourner 
laroue  dentée  qui  porte  le  contact  de  platine;  la  pointe  corres- 
pondant à l’enclume,  au  lieu  d’être  fixe,  se  trouve  ainsi  animée 
d’un  mouvement  de  rotation  continue  sur  elle- même  et  les 
surfaces  se  renouvelant  continuellement  ne  peuvent  pas  se 
coller  (Voir  fig.  5). 

M.  Ducretet  a également  combiné  et  décrit  (1)  un  excellent 

interrupteur-trembleur,  indépendant  de  la  bobine  d’induction, 

# 

et  qui  se  trouve  représenté  par  la  fig.  7.  Dans  cet  appareil, 
dont  la  vitesse  est  réglée  au  moyen  d’un  rhéostat,  un  petit 
moteur  M P produit  le  va-et-vient  de  la  tige  I h l’intérieur 
du  mercure  contenu  dans  le  godet  H g. 


(1)  C.  R.  Académie  des  sciences,  14  juin  1897. 


— 22  — 


Les  modèles  d’interrupteurs  sont  d'ailleurs  très  nombreux. 

Conlremoulins  et  Gaitïe  (1)  ont  décrit  un  interrupteur  à 
contact  frottant  cuivre  charbon  qui  permet,  pour  la  haute  fré- 
quence, de  régler  directement  les  efiets  physiologiques  sans 
changer  la  vitesse  (2). 

« En  principe,  l’appareil  comporte  un  tube  de  cuivre  rouge 
coupé  en  deux  moitiés  suivant  son  axe  longitudinal.  Ces  deux 
moitiés  sont  isolées  l’une  de  l’autre  et  de  l’axe  sur  lequel  elles 
sont  fixées.  Deux  systèmes  de  balais  indépendants,  maintenus 
par  des  tiges,  frottent  sur  ce  collecteur.  Le  courant  arrive  à 
une  des  deux  tiges  porte-balais,  dont  les  charbons  frottent 
sur  la  surface  de  ce  collecteur  à deux  sections.  On  conçoit  faci- 
lement qu’il  ne  ressortira  par  l’autre  tige  que  quand  les  deux 
systèmes  de  balais  seront  sur  une  même  moitié  de  collecteur.  » 

L’ensemble  se  compose  : « 1°  d’un  vase  en  verre  contenant  le 
liquide  isolant,  du  pétrole  généralement  ; 2°  supporté  par  trois 
colonnes  au-dessus  du  verre  et  sans  y toucher  pour  permettre 
de  remplacer  ce  dernier  sans  difficulté  en  cas  d’accident,  un 
couvercle  en  ébonite  porte  : a)  un  porte-balai  fixe  relié  à une 
borne  ; b)  un  palier  fixé  au  centre  dans  lequel  roule  l’axe  de 
l’interrupteur;  cet  axe  est  muni  d’une  poulie  permettant  de 
l’entraîner  par  un  moteur  quelconque.  Sur  ce  palier  et  sous  le 
plateau  d’éhonite  est  fixée,  par  son  centre,  une  pièce  terminée 
par  un  manche  qui  porte  le  balai  mobile.  Cette  pièce  peut  se 
mouvoir  entre  deuxcolonnes  supports, c’est-à  dire  faire  environ 
120°  de  course,  dont  10°  environ  pour  la  portion  où  les  balais 
ne  communiquent  pas,  et  110°  pour  le  reste.  On  voit  donc  que 
le  temps  du  passage  du  courant  peut  être  réglé  aussi  exacte- 
ment qu’il  est  nécessaire.  » 

(1)  Archives  d'électricité  mcd.,  15  avril  1900. 

(2)  D’après  Gaiffe,  l'installation  qui  comporte  la  bobine  d’induction  et  cet 
interrupteur  serait  très  avantageuse  pour  obtenir  les  effluves  soit  avec  le  réso- 
nateur Oudin,  soit  avec  la  bobine  bi-polaire  dont  nous  parlerons  plus  loin. 


— 23  — 


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A — Schéma  d’une  installation  do  haute  fréquence  sur  bobine  d'induction,  avec 
interrupteur  rotatif  Contremoulins-GaitTe. 

B.  — Divers  appareils  d’utilisation  pouvant  se  brancher  sur  chacune  des  installa- 
tions représentées  par  les  fig.  8 et  10.  La  chaise  longue  se  branche  en  dé- 
rivation sur  le  solénoide.  Les  deux  autres  appareils  : la  bobine  à ellluves 
et  le  résonateur  Oudin,  nouveau  modèle,  sont  branchés  directement  aux 
bornes  a a,  après  avoir  retiré  le  petit  solénoide. 


Enfin  l’interrupteur  électrolytique  de  Wehnelt  (1) , dont 
divers  modèles  ont  été  proposés  par  plusieurs  constructeurs, 
pourra  donner  beaucoup  de  régularité  et  un  rendement  très 
élevé,  dans  la  production  des  courants  de  haute  fréquence. 

Le  dispositif  que  nous  venons  de  décrire  est,  somme  toute, 
des  plus  simples.  Il  dispense,  notamment,  de  souffler  l’étin- 
celle. Pour  obtenir  un  fonctionnement  satisfaisant,  il  suffit 
d’employer  un  bon  trembleur.  Un  schéma  de  ce  type  d’instal- 
lation est  donné  par  la  figure  8. 

Il  est  important,  cependant,  de  faire  remarquer  qu’en  alimen- 
tant la  bobine,  ainsi  que  nous  venons  de  le  voir,  avec  du  cou- 
rant constant  périodiquement  interrompu,  il  n’y  a que  le  cou- 
rant induit  de  rupture  qui  produise  les  alternances  nécessaires 
pour  la  charge  des  condensateurs  Le  courant  induit  de 
fermeture,  nous  l’avons  déjà  dit,  n’a  pas  une  force  électro- 
motrice suffisante  pour  faire  éclater  l’étincelle. 

Si  l’on  emploie,  au  contraire,  le  courant  d’un  alternateur, 


(1)  Ce  petit  appareil  se  compose  d’un  vase  ordinaire  en  verre  contenant  une 
solution  étendue  d’acide  sulfurique,  d’une  électrode  passive  constituée  par  une 
lame  de  plomb  reliée  au  pôle  négatif,  et  d’une  électrode  active  reliée  au  pôle 
positif.  Cette  électrode  active  est  représentée  par  un  fil  de  platine  dont  le  dia- 
mètre varie  do  quelques  dixièmes  de  millimètres  à 1 ou  2 millimètres,  et  dont 
la  longueur  peut  atteindre  de  1 ou  2 jusqu'à  10  et  12  millimètres.  Ce  fil  est 
enfermé  dans  un  tube  de  verre.  L’extrémité  qui  se  trouve  à l’intérieur  du  tube 
est  entourée  de  mercure;  l’extrémité  libre  plonge  dans  la  solution  d’acide  sul- 
furique. 

La  surface  de  cette  électrode  active  étant  très  petite,  la  densité  du  courant 
à son  niveau  est  considérable  et,  par  conséquent,  les  phénomènes  d'électrolyse 
et  de  libération  d’oxygène  sont  très  intenses.  On  a cherché  à expliquer  les 
interruptions  du  courant  par  ce  dégagement  d’oxygène.  Voici  l’explication 
qu’on  a fournie  du  phénomène  L’oxygène  libéré  forme,  autour  de  l’électrode 
active,  une  gaine  qui,  quoique  portée  à une  très  haute  température,  constitue 
immédiatement  une  couche  isolante  entre  le  liquide  et  l’électrode.  Le  circuit 
se  trouve  ainsi  coupé.  Des  lors,  le  courant  ne  passant  plus,  il  ne  produit  plus 
d’électrolyse;  la  gaine  isolante  est  supprimée,  le  contact  se  trouve  rétabli 
entre  le  liquide  et  l'électrode  active,  et  le  phénomène  se  reproduit.  On  peut 
obtenir  aussi  un  chiffre  très  élevé  d’interruptions. 


— 25  — 


les  effets  des  deux  ondes  positive  et  négative  sont  les  mêmes 
et  l’on  obtient,  par  exemple,  160  alternances  dans  le  fil  secon- 
daire de  la  bobine,  lorsque  la  fréquence  du  courant  alternatif 
est  80. 

Il  ressort  de  cette  comparaison  que,  pour  obtenir,  avec  le 
courant  constant,  le  même  nombre  d'ondes  induites  utiles 
qu’avec  l’alternateur,  il  faudra  que  le  trembleur  exécute 
160  vibrations  doubles. 

D’Arsonval,  qui  se  servait  d’une  bobine  de  Ruhmkorff  pou- 
vant fournir  de  100  à 200  watts  dans  le  circuit  d’utilisation,  fait 
remarquer  (1)  que  l’énergie  disponible  se  trouve  limitée,  dans 
ce  cas,  à quelques  centaines  de  watts,  tandis  que  l’on  « obtient 
des  effets  incomparablement  plus  puissants  en  employant  le 
courant  alternatif  provenant  d’un  secteur  ou  d’un  alterna- 
teur quelconque.  » Il  a pu  réaliser  ainsi  une  installation  de 
3.000  watts  sur  le  second  type  de  dispositif,  combiné  par  lui 
et  que  nous  allons  décrire. 

b)  Installation  sur  courant  alternatif.  — Le  courant 
alternatif  à basse  fréquence  est  fourni  par  un  alternateur 
ou  par  le  secteur  de  la  ville,  sous  100  ou  110  volts,  par 
exemple.  On  peut  suivre  sa  distribution  sur  le  schéma 
représenté  par  la  figure  10.  Le  courant  traverse  un  ampère- 
mètre pour  courants  alternatifs  qui  mesure  son  intensité  en 
ampères  et  arrive  au  primaire  d’un  transformateur  Labour, 
transformateur  à circuit  magnétique  fermé,  noyé  dans  une 
caisse  métallique  remplie  de  paraffine.  Le  primaire  peut  rece- 
voir jusqu’à  30  ampères  sous  110  volts.  Le  circuit  secondaire 
donne  15.000  volts  et  une  fraction  d’ampère  (2  dixièmes  en- 
viron). 

Les  deux  extrémités  du  fil  secondaire  du  transformateur 


(1)  D’Arsonval,  Société  des  électriciens,  7 avril  1897. 


- 26  — 

sont  reliées  aux  deux  boules  terminant  le  déchargeur  et,  par 
là,  avec  les  armatures  internes  des  condensateurs.  Si  l’on 

1 

n’avait  pas  adopté  des  dispositions  spéciales,  il  en  résulterait 
•qu’à  chaque  étincelle,  le  transformateur  se  trouverait  fermé. 


Fig.  9. 

MeuMe  de  haute  fréquence.  (On  peut  voir  à l’intérieur  le  transformateur 

et  la  bobine  de  Self.) 


-i  27  — 

sur  lui- même,  l’arc  qui  jaillit  entre  les  boules  du  déchargeur 
laissant  passer  non  seulement  le  courant  de  haute  fréquence, 
mais  aussi  le  courant  à basse  fréquence  émanant  directement 
du  transformateur.  Dans  ces  conditions,  les  boules  de  l’éclateur 
.seraient  rapidement  détruites,  le  transformateur  risquerait 
id’être  brûlé  et  on  consommerait  inutilement  du  courant. 

Pour  éviter  ces  inconvénients,  d’Arsonval  a imaginé  deux 
dispositifs.  Le  premier  consiste  à couper  « le  circuit  à haute 
tension  du  transformateur  (1)  par  un  premier  condensateur, 
de  capacité  variable,  suivant  l’énergie  dont  on  veut  disposer; 
ile  deuxième  condensateur,  qui  eat  le  siège  des  oscillations  élec- 
triques et  qui  porte  le  déchargeur,  se  trouve  monté  en  série 
avec  le  premier  qui  constitue  le  condensateur  de  garde.  De 
cette  manière,  jamais  le  transformateur  n’est  fermé  sur  lui— 
imême.  En  réglant  convenablement  les  capacités  des  conden- 
sateurs de  garde  et  du  condensateur  à haute  fréquence,  il 
m’est  plus  nécessaire  de  souffler  l’étincelle  constituée  unique- 
unent,  dans  ce  cas,  par  des  décharges  à haute  fréquence.  » Ce 
ipremier  dispositif,  quoique  efficace,  était  un  peu  compliqué  et 
d’Arsonval  lui  a substitué  le  suivant: 

Une  bobine  dont  la  self-induction  est  rendue  variable  par 
le  déplacement  dans  son  intérieur  d’un  noyau  de  fer  doux,  de 
dimensions  appropriées,  est  intercalée,  en  série , avec  le  pri- 
maire du  transformateur.  En  manœuvrant  ce  noyau  de  fer 
doux,  on  peut  limiter  à volonté  l’énergie  traversant  le  trans- 
formateur. Il  est  en  outre  nécessaire  de  souffler  l’arc. 

Soufflage  de  l'étincelle.  Un  arc  permanent  tend,  en 
effet,  à se  produire  entre  les  boules  du  déchargeur.  Il  faut 
l’empêcher  de  s’établir,  car  les  condensateurs  se  chargeraient 
et  se  déchargeraient  à la  fréquence  de  l’alternateur  et  sous 


(I)  D’Arsonval,  C.  R.  Académie  dos  sciences,  6 juillet  1896. 


28 


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Fig.  10. 

Schéma  d'une  installation  de  haute  fréquence  sur  courant  alternatif,  avec  tranS' 
formateur,  bobine  de  self  à noyau  mobile  , éclateur  rotatif  pour  le  souillage  de 
l’étincelle. 

L’éclateur  rotatif  est  actionné  par  un  petit  moteur. 

Cette  figure  indique  également  les  prises  de  courant  pour  les  applications  directes 
et  l 'autoconduction. 

Une  lame  métallique  fixée  à une  borne  b et  pouvant  s’engager  à frottement  dans 
une  seconde  borne  b,  permet  très  facilement,  suivant  la  position  qu’on  lui  donne 
(b’  b’  ou  b"  b”),  d’introduire  dans  le  circuit  le  solônoïde  qui  constitue  la  grande 
cage  ou,  au  contraire,  de  supprimer  cet  appareil  du  circuit. 

Pour  les  autres  modes  d’application,  voir  ligure  8 B. 


— 29  — 


une  faible  tension.  On  évitera,  du  même  coup,  la  destruction 
rapide  de  l’éclateur. 

Pour  couper  cet  arc  et  obtenir  des  décharges  à haute  fré- 
quence et  à haut  potentiel,  Tesla  le  soufflait  par  réaction 
électromagnétique,  au  moyen  d’un  électro-aimant  à courant 
continu. 

Thomson  simplifia  le  procédé,  en  remplaçant  l’électro- 
aimant  par  une  soufflerie  à air.  Il  suffit,  en  effet,  pour  étein- 
dre l’arc  d’amener  entre  les  deux  boules  du  déchargeur  un 
courant  d’air  sous  pression  (1  atmosphère  et  demie  à 2 atmo- 
sphères). On  peut  encore  avoir  recours,  avec  un  réducteur  de 
pression,  à l’acide  carbonique  ou  à l’oxygène  comprimé  que 
l’on  trouve  dans  le  commerce. 

Enfin,  sur  les  conseils  de  d’Arsonval,  la  maison  Gaiffe  a 
substitué,  à la  soufflerie  mécanique  assez  encombrante,  un 
petit  moteur  électrique  qui  fait  tourner  l’éclateur.  Cette 
ingénieuse  modification  permet  de  déplacer  l’étincelle  dans 
l’air,  au  lieu  de  déplacer  l’air  pour  le  projeter  sur  l’étincelle 
l(Voir  la  fig.  10.) 

c)  Machines  statiques.  — On  s’est  servi  également,  pour 
icharger  les  condensateurs,  de  machines  statiques.  Ce  dispo- 
sitif donne  des  effets  beaucoup  moins  puissants  que  ceux 
précédemment  décrits;  il  n’est,  guère  utilisé  que  pour  lafran- 
iklinisation  hertzienne,  qui  ne  rentre  pas  dans  le  cadre  de  ce 
travail. 


CHAPITRE  JIII 


Propriétés  physiques  des  courants  de  haute  fréquence 

Les  courants  de  haute  fréquence  jouissent  de  propriétés 
particulières,  que  les  expériences  de  Tesla,  E.  Thomson,  d’Ar- 

sonval,  etc , ont  contribué  à mettre  en  évidence.  Pour 

dégager  ces  propriétés  des  décharges  oscillantes  du  nombre 
infini  d’expériences  qu’on  a faites,  nous  décrirons  brièvement: 
1°  Les  phénomènes  électrostatiques; 


2° 

— 

d’induction  ; 

3° 

— 

d’électricité  dynamique  ; 

4° 

— 

de  résonance 

auxquels  elles  donnent  lieu. 


1°  PHÉNOMÈNES  ÉLECTROSTATIQUES 

On  a pu  obtenir  avec  les  appareils  producteurs  de  hautes 
fréquences  toute  une  série  d’effets  qu’on  n’obtenait  guère 
qu’avec  les  machines  électrostatiques.  On  a obtenu,  par 
exemple,  dans  le  circuit  secondaire,  des  étincelles  éclatant 
dans  l'air  à 1 mètre  60  de  distance. 

On  sait  que  la  décharge  d’une  bobine  ordinaire  a la  forme 
d’une  simple  bande  ou  ligne  lumineuse.  Son  aspect  est  bien 
modifié  grâce  à une  centaine  de  mille  périodes  par  seconde,  et 
elle  revêt  alors  la  forme  de  rayons  lumineux  divergents  s’élan- 
çant de  tous  les  points  de  deux  fils  droits  reliés  au  secondaire.  ! 
L’appareil  fonctionnant,  des  corps  légers  sont  attirés,  l’odeur 
de  l’ozone  apparaît  nettement,  etc...  Tesla  insiste  sur  la  res- 
semblance qui  existe  entre  ces  phénomènes  et  ceux  que  per- 


- 31  - 

mettent  d’obtenir  les  machines  de  Holtz  et  de  Wiinshurst.  Il 
a d’ailleurs  réussi  à imiter  parfaitement  la  décharge  d’une 
machine  de  Holtz. 

Si  l’on  met  en  relation  avec  la  bobine  dont  se  servait  Tesla, 
bobine  dont  le  primaire  était  relié  à l’appareil  générateur  et 
dont  les  fils  secondaires  étaient  isolés  par  une  épaisse  couche 
d’ébonite,  une  sphère  creuse  en  laiton  reliée  à une  large  plaque 
isolée,  et  si  l’on  approche  de  la  deuxième  borne  un  objet 
métallique  tenu  à la  main,  on  voit  immédiatement  jaillir  des 
étincelles  de  20  à 25  cm.  Autour  de  l’observateur  les  pous- 
sières sont  électrisées  par  influence  et  viennent  le  « bom- 
barder » au  point  que  l’on  peut  voir  de  faibles  lueurs  en  plu- 
sieurs régions  du  corps.  Que  l’on  mette  l’objet  métallique  tenu 
à la  main  en  contact  avec  la  borne  libre  et  que  l’autre  main 
approche  de  la  sphère  en  laiton , et  l’on  verra  des  effluves 
lumineux  sortir  de  l’extrémité  des  doigts. 

Deux  fils  ordinaires  entourés  de  coton  et  placés  à une  dis  - 
tance  convenable  l’un  de  l’autre  (15  à 30  cm.)  sont  reliés  aux 
deux  pôles  de  la  bobine;  l'effluve  qui  jaillit  entre  eux  peut  être 
assez  intense  pour  constituer  une  nappe  lumineuse.  Deux  cer- 
cles de  fil  un  peu  fort , l’un  de  80  cm.,  l’autre  de  30  cm.  de  dia- 
mètre et  dont  les  plans  coïncident,  étant  reliés  également  aux 
deux  pôles  de  la  bobine,  on  peut  voir,  dans  l’obscurité,  l’espace 
intermédiaire  rempli  par  une  nappe  lumineuse  intense. 

Le  champ  électrostatique  créé  par  l’appareil  permet,  en 
outre,  d’obtenir  des  effets  très  brillants.  Un  tube  à vide  que 
l’on  tient  à la  main  et  qu’on  déplace  s’illumine  ; un  bouton,  un 
filament,  un  fil  enfermé  dans  un  tube  est  porté  à l’incan- 
descence. 

Pour  créer  ce  champ  électrostatique,  il  suffit  de  relier  un 
des  pôles  de  l’appareil  à une  plaque  métallique  dont  les 
dimensions  varient  suivant  la  puissance  de  l’appareil  qui  sert 
à l’expérience.  (Voir  Fig.  12). 


— 32  — 


2°  PHÉNOMÈNES  ü’iNDUCTlON 

Les  courants  de  haute  fréquence  doivent  nécessairement 
avoir  des  effets  inducteurs  très  puissants,  puisque  la  force  ■ 
électromotrice  d’induction  est  proportionnelle  à la  vitesse  de 
variation  du  flux.  La  force  électromotrice  d’induction  est 
égale,  en  effet,  au  produit  de  la  variation  du  flux  par  la  fré- 
quence. Aussi  un  courant  de  1 ampère  à la  fréquence  500.000 
produira  dans  une  seule  spire  de  fil  les  mêmes  effets  qu’un 
courant  de  100  ampères  à la  fréquence  50  dans  100  tours  du 
môme  fil. 

Ces  effets  inducteurs  sont  d’ailleurs  démontrés  par  les  expé- 
riences suivantes  parfaitement  réalisables  avec  le  petit  appareil 
classique  de  MM.  Ducretet  et  Lejeune  (Fig.  11)  : 

1°  Soit  un  solénoïde  H en  rapport  avec  l’appareil  produc-  i 
teur  par  les  bornes  A et  B et  parcouru  par  le  courant  alter- 
natif de  haute  fréquence  ; on  place' en  dérivation  sur  ce  solé- 
noïde une  lampe  à incandescence  L;  cette  lampe  s’allume. 
On  prend  un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  spires  suivant 
le  voltage  de  la  lampe  et  surtout  suivant  la  puissance  de  ■■ 
l’appareil  employé.  Avec  des  appareils  très  puissants  on 
intercale  dans  le  circuit  le  corps  d’une  personne  et  la  lampe 
s’allume  encore. 

Dans  cette  expérience  le  courant  suit  le  chemin  ALB  plu- 
tôt que  le  chemin  A H B qui  semble  cependant  moins  résistant, 
au  premier  abord.  En  réalité,  nous  savons  que,  par  suite 
des  phénomènes  de  self-induction,  une  bobine  présente  pour 
les  courants  alternatifs  une  résistance  apparente  d’autant  plus 
grande  que  la  fréquence  est  plus  élevée.  C’est  le  cas  de  la  spi- 
rale H et  le  courant  passe  par  ALB. 

2°  Si  l’on  introduit  dans  le  gros  solénoïde  H une  spirale  H’ 
à laquelle  se  trouve  reliée  une  lampe  L,  cette  lampe  s’allume 


— 33  — 


au  blanc.  Avec  un  appareil  puissant,  il  suffit  que  la  lampe 
soit  portée  par  une  seule  spire  de  fil  entourant  le  solénoïde. 


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Ici  le  phénomème  est  dû  à l’induction  mutuelle  qui  se 
produit  entre  le  solénoïde  H et  la  spirale  H’. 

3°  Enfin  remplaçons  le  solénoïde  H par  un  gros  fil  de 
cuivre  CO  de  faible  longueur  et  de  résistance  presque  nulle 
(0.0007)  et  mettons  la  lampe  L en  dérivation;  la  lampe  s’allume 


3 


— 34  — 


encore  au  blanc  par  suite  des  phénomènes  d’induction  mutuelle 
qui  se  produisent  encore  dans  ces  conditions.  La  lampe  L 
étant  de  5 volts,  le  calcul  montre  que,  dans  les  conditions  de 
l’expérience,  avec  l’appareil  (1)  de  la  figure  1 1,  il  faudrait  pour 
obtenir  le  même  effet  avec  un  courant  continu  que  l’intensité 
passant  dans  le  gros  fil  fût,  suivant  la  formule  : I = | f 

de  — - — = 6.000  ampères  environ. 

0.0007  v 


Ces  effets  d’induction,  démontrés  par  les  expériences  qui 
précèdent,  sont  incontestablement  plus  considérables  quand 
on  emploie  de  puissants  appareils.  Ainsi  le  grand  solénoïde, 
qui  sert  pour  l’auto-conduction,  allume  une  lampe  de  30  volts, 
10  bougies,  sur  un  seul  tour  de  fil. 

On  utilise  ces  propriétés  inductrices  remarquables  des  cou- 
rants de  haute  fréquence  pour  obtenir  des  courants  de  ten- 
sion encore  plus  élevée  que  ceux  fournis  par  le  solénoïde.  Il 
suffit,  pour  cela,  de  placer  à l’intérieur  de  ce  solénoïde  une 
bobine  faite  à l’aide  d’un  fil  inducteur  fin  enroulé  en  un  grand 
nombre  de  tours  sur  un  tube  de  verre.  La  tension  de  ces  cou- 
rants secondaires’est  telle  que  l’air  n’est  plus  un  isolant  suffisant 
et  qu’il  faut  plonger  la  bobine  dans  la  valvoline.  On  l’enferme, 
à cet  effet,  dans  un  tube  que  l’on  place  lui-même  au  centre  du 
solénoïde.  On  obtient  ainsi  un  véritable  torrent  d’étincelles 
de  15  à 20  centimètres  de  longueur. 

(1)  Voici  la  description  du  petit  appareil  classique  de  MM.  Ducretet  et 
Lejeune,  représenté  par  la  figure  1 1 (page  33)  : 

Le  courant  induit  d’une  bobine  de  Ruhmkorff  arrive  en  tï,  il  charge  le  con- 
densateur L.  Quand  la  différence  de  potentiel  entre  les  armatures  de  ce 
condensateur  est  suffisante,  une  étincelle  jaillit  en  e.  La  distance  explosive 
entre  les  deux  sphères  doit  être  réglée  convenablement.  Cette  décharge  étant 
oscillante,  un  courant  alternatif  à haute  fréquence  s’établit  dans  le  primaire  à 
gros  fil  d’un  transformateur  T (sans  fer,  pour  diminuer  la  self-induction)  dont 
le  circuit  secondaire,  à fil  fin,  arrive  aux  tiges  de  l’excitateur  E.  La  force  élec- 
tromotrice d’induction,  dans  ce  circuit  secondaire,  est  tellement  élevée,  qu’on 
est  obligé  de  placer  le  transformateur  T dans  une  cuve  à huile  isolante  R,j 
On  évite  ainsi  qu’il  ne  jaillisse  des  étincelles  d’une  spire  à l’autre.  L’étincelle 
de  haute  fréquence  et  de  haute  tension  jaillit  en  E. 


— 35  — 


3°  PHÉNOMÈNES  D’ÉLECTRICITÉ  DYNAMIQUE 

Une  des  particularitéss  les  plus  caractéristiques  des  cou- 
rants de  haute  fréquence  est  la  facilité  avec  laquelle  ils  cir- 
culent, en  circuit  ouvert,  dès  que  la  moindre  capacité  entre 
en  jeu.  Cette  propriété  peut  être  démontrée  par  des  expé- 
riences très  simples. 

1°  Si  on  relie  une  plaque  métallique  à une  seule  borne  de 
l’appareil,  le  fil  conducteur  est  traversé  par  un  courant  dont 
on  peut  manifester  l’existence  de  plusieurs  façons: 

a)  Qu’on  interpose,  en  effet,  entre  la  plaque  et  l’appareil  un 
fil  fin  et  ce  fil  sera  porté  à l’incandescence. 

b)  Qu’on  interpose  dans  les  mêmes  conditions  une  bobine 
à fil  fin;  un  noyau  de  fer  introduit  dans  cette  bobine  sera 
porté,  par  suite  des  pertes  par  hystérésis,  à une  température 
suffisante  pour  faire  fondre  de  la  cire  à cacheter. 

c)  Entre  la  plaque  et  l’appareil  plaçons  le  primaire  d’une 
bobine  et  intercalons  sur  le  secondaire  une  lampe  à incan- 
descence, cette  lampe  s’allume  même  quand  on  supprime  la 
plaque  où  aboutit  le  primaire.  Si  même  on  détache  un  des 
fils  secondaires  qui  vont  à la  lampe,  cette  lampe  brille  encore 
d’une  faible  lueur;  cette  lueur  augmente  considérablement 
quand  on  prend  la  lampe  à la  main  et  qu’on  ajoute  ainsi  la 
capacité  du  corps. 

2°  Enfin,  une  expérience  intéressante  est  celle  des  moteurs 
tournant  à l’aide  d’un  seul  fil.  Cette  expérience  a été  réalisée 
par  Tesla,  qui  appelle  ces  moteurs  « des  moteurs  à retard 
magnétique  »,  quoiqu’il  ne  sache  pas,  dit-il,  si  « il  y a réelle- 
ment retard  dans  l’aimantation  ou  s’il  n’est  qu’apparent  et  dû 
à la  circulation  de  courants  parasites  dans  des  circuits  très 
petits.  » Voici  la  disposition  schématique  de  cette  expérience: 

Le  primaire  d’une  bobine  est  relié  à l’une  des  bornes  de 
l’appareil,  le  secondaire  est  enroulé  sur  un  noyau  de  fer  et 


36  — 


fermé  sur  lui-même;  une  plaque  de  métal  très  mobile  est 
placée  clans  le  champ  d’action  de  l’ensemble.  Dans  ces  con- 
ditions on  obtient  la  rotation. 

Cette  propriété  de  propagation  monopolaire  est  très  impor- 
tante, car,  outre  les  applications  auxquelles  elle  donne  lieu 
(voir  plus  loin  : différents  modes  d’application),  elle  explique 
bien  des  effets:  les  étincelles  et  les  courants  unipolaires 
qu’on  obtient  lorsqu’on  touche  un  seul  point  du  solénoïde. 

Une  comparaison  aidera  à comprendre  par  quel  mécanisme 
le  contact,  avec  un  seul  pôle,  suffit  toujours  pour  donner  du 
courant.  Soit,  en  effet,  un  récipient  d’une  certaine  capacité 
placé  sur  un  tube  dans  lequel  on  produit  alternativement,  au 
moyen  d’une  pompe,  le  vide  ou  un  excès  de  pression  ; le  tube 
sera  parcouru  par  un  courant  alternatif.  Il  en  est  de  même 
pour  le  corps  en  relation  avec  un  pôle.  A chaque  oscillation 
le  corps  se  charge  et  se  décharge  et  ces  charges  et  décharges, 
répétées  des  centaines  île  mille  fois  par  seconde  sous  un 
potentiel  élevé,  donnent  un  courant  moyen  notable. 

4°  PHÉNOMÈNES  DE  RÉSONANCE 

On  appelle  résonateurs,  en  acoustique,  des  caisses  sonores 
construites  de  telle  façon  qu  elles  puissent  vibrer  spontané- 
ment h l’unisson  d'un  son  donné  et  le  renforcer.  Les  caisses 
de  résonance  employées  par  Helmholtz  étaient  des  globes  creux 
de  laiton  de  dimensions  diverses,  et  chacun  d’eux  pouvait 
renforcer  une  note  de  la  gamme. 

On  sait  que  lorsque  deux  corps  sont  capables  de  vibrer  à 
l’unisson,  de  rendre  rigoureusement  le  même  son,  il  suffit  de 
faire  vibrer  l’un  pour  que  l’autre  entre  aussitôt  en  vibration. 
Ces  vibrations  par  influence  sont  faciles  à produire  avec  les 
corps  qui  ont  une  faible  masse,  comme  les  cordes  de  violon  ou 
de  piano.  Si  l’on  soulève  tous  les  étouffoirs  d’un  piano  et  qu’on 


— 37  — 


émette  un  son  dans  le  voisinage  de  l’instrument,  le  piano 
répondra  par  la  note  qui  correspond  à ce  son.  On  peut  encore 
les  reproduire  à l’aide  de  diapasons,  quoique  leur  masse  soit 
plus  grande  et  qu’ils  entrent  plus  difficilement  en  vibration, 
pourvu  qu’ils  soient  munis  de  caisses  de  résonance. 

Des  phénomènes  analogues  peuvent  être  obtenus  avec  les 
vibrations  électriques. 

Hertz  ayant  construit  son  excitateur  ou  vibrateur,  appareil 
de  résistance  négligeable,  de  faible  capacité  et  de  faible  self- 
induction  donnant  des  oscillations  très  rapides  de  période  T, 
imagina,  sous  le  nom  de  résonateur,  un  circuit  induit,  formé 
par  un  simple  fil  de  cuivre  replié  sur  lui-même  et  terminé  par 
deux  boules  très  voisines.  Ce  nouvel  appareil,  de  capacité  et 
de  self-induction  très  faibles,  peut  être,  en  effet,  construit  de 
telle  façon,  que  sa  période  propre  coïncide  avec  la  période  T 
du  vibrateur.  Dans  ces  conditions,  le  résonateur  entrera  en 
vibration  et  donnera  des  étincelles  dès  que  l’excitateur  sera 
lui-même  le  siège  d’oscillations. 

C’est  le  principe  et  la  disposition  la  plus  simple  du  résona- 
teur. Nous  verrons,  dans  la  suite,  qu’on  utilise  des  appareils 
plus  complexes  et  avec  lesquels  on  peut  obtenir  la  résonance 
dans  des  conditions  diverses  de  fonctionnement  et  de  réglage. 
Le  premier  résonateur  employé  en  électrothérapie  fut  imaginé 
par  Oudin,  en  1892.  Il  était  constitué  par  un  solénoïde  en  fil 
de  cuivre  qui,  dans  des  conditions  déterminées  par  le  rapport 
entre  le  nombre  de  ses  spires  et  le  nombre  de  spires  du 
solénoïde  de  l’appareil  producteur,  pouvait,  dans  le  voisinage 
de  l’appareil,  donner  un  véritable  bouquet  d’effluves  ou  d’étin- 
celles. Il  y a un  rapport  donné  pour  lequel  ce  phénomène 
d accord  est  manifeste;  qu’on  dépasse  en  deçà  ou  au-delà 
et  l’accord  n’existe  plus.  L’accord  étant  établi,  les  deux 
solénoïdes  vibrent  à l’unisson  absolument  comme  deux  diapa- 
sons émettant  le  même  son.  Si  l’on  vient  à modifier  la  capa- 


— 38  — 


cité  du  résonateur,  en  y plongeant  la  main,  par  exemple,  il 
ne  donnera  plus  d’effluve;  de  même,  si  l’on  modifie  l’un  des 
diapasons  en  chargeant  une  de  ses  branches  d’un  morceau  de 
cire,  l’accord  ne  sera  plus  possible  et  l’on  percevra  des  batte- 
ments. 

Le  résonateur  élève  beaucoup  la  tension  du  courant  et, 
d’autre  part,  crée  autour  de  lui  un  champ  électrique  tellement 
puissant,  que  des  tubes  de  Geissler  etdeCrookes,  tenus  à la 
main  dans  son  voisinage  et  à une  certaine  distance,  s'illumi- 
nent aussitôt.  On  peut  de  même  allumer  une  lampe  à incan- 
descence montée  sur  un  fil  ou  un  cerceau  en  cuivre  placés 
autour  de  l’appareil  sans  contact  avec  le  courant. 


CHAPITRE  IV 


Différents  modes  d’application  des  courants 
de  haute  fréquence. 

On  n’applique  pas  les  courants  de  haute  fréquence  d’une 
façon  uniforme,  mais,  au  contraire,  sous  des  modalités  diffé- 
rentes; on  les  utilise  par  quatre  procédés  d’électrisation, 
basés  sur  les  propriétés  physiques  de  ces  courants  : 

1°  En  applications  directes  ou  par  dérivation; 

2°  Par  autoconduction; 

3°  Par  condensation  ; 

4°  En  applications  locales. 


I.  — APPLICATION  DIRECTE  OU  PAR  DÉRIVATION 


On  sait  que  des  courants  de  haute  fréquence  circulent  dans 
le  solénoïde  (1)  qui  fait  partie  de  tous  les  appareils  utilisés  pour 
leur  production  (Voir  chapitre  II).  Si  donc  on  relie  un  sujet 
à deux  points  de  ce  solénoïde,  ce  sujet,  mis  ainsi  en  dériva- 
tion, sera  traversé  par  les  courants  de  haute  fréquence.  Nous 
savons  également  que,  par  suite  des  phénomènes  de  self- 
induction,  le  solénoïde  offrira  une  très  grande  résistance  au 
courant  et  que  celui-ci  -préférera,  passer  dans  le  circuit  dérivé 
dont  lait  partie  notre  malade.  Il  est  d’ailleurs  facile  de  se 
rendre  compte  de  ces  phénomènes  en  plaçant  une  lampe  à 


(1)  Quand  nous  parlons,  dans  la  suite,  du  solénoïde  de  haute  fréquence,  il 
s’agit  toujours  du  solénoïde  qui  fait  partie  intégrante  de  tous  les  dispositifs  et 
non  point  de  l’un  des  soléuoïdes  utilisés  pour  tel  ou  tel  mode  d’application 
(solénoïde  d’autoconduction  ou  résonateur). 


incandescence  sur  ce  même  circuit.  Cette  lampe  est  allumée 
par  le  courant  qui  traverse  le  malade. 

Pour  électriser  un  sujet  par  ce  procédé,  il  faut  donc  le  relier 
à deux  points  du  solénoïde.  A cet  effet,  on  emploie,  en 
général,  des  plaques  en  étain  de  dimensions  et  de  formes 
diverses  suivant  les  régions  où  on  doit  les  appliquer.  On  peut 
ainsi  soumettre  au  courant  telle  ou  telle  partie  du  corps  sur 
laquelle  on  veut  localiser  son  action  thérapeutique  Des  fils 
bifurqués  permettent,  par  exemple,  de  le  faire  pénétrer  simul- 
tanément dans  deux  membres  opposés.  Si  l’on  veut  traiter 
les  membres  inférieurs,  on  mettra  dans  les  régions  lombaire 
ou  sacrée  une  large  plaque  reliée  à une  extrémité  du  solé- 
noïde ; deux  plaques  reliées  à l’autre  extrémité  seront  placées 
chacune  à l’un  des  pieds  ; pour  les  membres  supérieurs,  une 
plaque  à la  nuque  et  une  manette  dans  chaque  main. 

Ces  plaques  électrodes  pourront  être  appliquées  directe- 
ment sur  les  téguments  ou,  pour  des  sujets  à peau  délicate, 
avec  interposition  de  peau  de  chamois,  d’ouate  ou  de  flanelle 
mouillées. 

L'application  immédiate  sur  la  peau,  à laquelle  nous  avons 
eu  constamment  recours,  ne  nous  a pas  paru  présenter 
d’inconvénients,  pourvu  que  l’électrode  ait  des  dimensions 
suffisantes  et  soit  bien  appliquée.  Dans  certains  cas,  elle  peut, 
en  effet,  être  suffisamment  échauffée  pour  déterminer  un 
léger  érythème;  mais  on  évitera  ce  petit  accident,  si  on 
emploie  des  plaques  à large  surface  et  si  l’on  a soin  de  les 
mouler  sur  la  région,  de  façon  à obtenir  un  excellent  contact. 
A ce  point  de  vue,  l’étain,  sous  une  certaine  épaisseur,  donne 
toute  satisfaction. 

Sudnik  employait  des  plaques  métalliques  recouvertes  de 
flanelle  mouillée,  et  il  a observé,  lui  aussi,  quelquefois,  la 
production  de  « petits  ulcères  ».  Il  attribuait  ces  brûlures  à 
des  bosselures  des  plaques  ou  à des  plis  de  la  flanelle. 


- 41  - 

La  densité  du  courant  a donc  ici  encore  son  importance, 
tout  comme  pour  les  applications  de  courants  continus. 

Cette  méthode  d’électrisation  par  les  applications  directes 
ne  détermine  aucune  sensation  douloureuse,  aucune  contrac- 
tion musculaire  s’il  n’y  a pas  d’interruption  dans  le  circuit. 
Deux  manettes  étant  reliées  aux  deux  extrémités  du  solé- 
noïde et  une  lampe  étant  dans  le  circuit,  si  l’on  prend  brus- 
quement les  deux  manettes,  la  lampe  s’allume  et  on  n’éprouve 
aucune  impression  sensorielle.  D’Arsonval  a supporté  ainsi 
jusqu’à  3 ampères,  sans  en  être  incommodé.  La  seule  sen- 
sation que  puissent  accuser  les  malades,  si  l’intensité  est  très 
élevée,  la  séance  prolongée  ou  l’application  défectueuse, 
est  une  sensation  de  chaleur  aux  points  mêmes  d’appli- 
cation ou  dans  leur  voisinage,  aux  poignets,  par  exemple, 
dans  le  cas  des  deux  manettes. 

Enfin  on  pourra  avoir  intérêt  à pratiquer  l’électrisation 
labile  et  on  se  servira  alors  d’électrodes  appropriées  munies 
d’un  manche  isolant. 

En  résumé  on  peut  pratiquer: 

1°  Des  applications  directes  stabiles:  le  malade  est  relié 
aux  deux  extrémités  du  solénoïde  par  des  électrodes  fixées 
sur  les  régions  soumises  au  traitement  ; 

2°  Des  applications  directes  labiles  : le  malade  est  relié  au 
solénoïde,  d’une  part  au  moyen  d’une  électrode  fixe,  de 
l’autre  au  moyen  d’une  électrode  mobile. 

(Pour  la  mesure  et  la  graduation,  voir  chapitre  V.) 

II.  — AUTOCONDUCTION 

C’est  à d’Arsonval  qu’on  doit  cette  nouvelle  méthode  d’élec- 
trisation (1).  Elle  consiste  à enfermer  le  sujet  à électriser  dans 

(1)  Société  de  Biologie,  4 février  1893. 

A.  ce  sujet,  M.  d Odiardi  a fait  uiie  réclamation  de  priorité  à l'Académie  des 


— 42  — 


un  solénoïde,  sans  aucune  communication  métallique  avec  lui. 
Le  solénoïde,  étant  parcouru  par  le  courant  de  haute  fré- 
quence, induit  des  courants  extrêmement  puissants  non  seu- 
lement à la  surface  du  corps, mais  jusque  dans  l’intimité  des 
tissus. 

Nous  savons  que  les  courants  de  haute  fréquence  donnent 
lieu  à des  phénomènes  d’induction  remarquables. (Voir  chapi- 
tre III).  Ces  effets  sont  très  brillants  avec  un  grand  solénoïde, 
de  80  cm.  de  diamètre,  par  exemple,  constitué  par  sept  tours 
d’uncâblede  15  mm.  carrés  de  section  et  parcouru  par  lecourant 
de  haute  fréquence  fourni  par  un  appareil  puissant.  Grâce  à 
la  fréquence  qui  est  très  élevée,  ce  solénoïde  engendre  un 
champ  magnétique  oscillant  très  intense.  Si  l’on  approche  de 
lui  une  lampe  (de  20  volts,  1 ampère)  fermant  le  circuit  d’une 
seule  spire  de  gros  fil,  elle  s’allume  au  blanc  éblouissant  à 
plus  d’un  mètre  de  distance. 

Tout  corps  conducteur  plongé  dans  ce  champ  devient  le 
siège  de  courants  induits  énergiques.  Qu’on  y introduise  un 
seul  tour  de  fil  de  cuivre,  et  l’induction  produite  dans  ce  fil 
sera  suffisante  pour  allumer  deux  lampes  de  110  volts  mon- 
tées en  série. 

Pour  le  traitement  des  malades  par  ce  procédé,  on  utilise 
de  grands  solénoïdes  de  modèles  divers,  mais  de  dimensions 
suffisantes  pour  qu'un  malade  puisse  s’y  tenir  debout  ou  cou- 
ché. Un  premier  modèle  se  compose  d’une  plate-forme  et  d’un 

sciences,  prétendant  qu’il  avait  déjà  traité  des  malades  par  l’immersion  dans 
un  solénoïde  ; mais  il  ne  s’agissait  nullement,  dans  ces  applications  de  courants, 
de  haute  fréquence.  M.  Lipmann,  chargé  du  rapport,  aétabli  que  l’emploi  d’un 
solénoïde  était  même  antérieurà  M.  d’Odiardi,  mais  que  ce  qui  caractérisait  la 
nouvelle  méthode  préconisée  par  M.  d’Arsonval,  ce  n’était  nullement  l’emploi 
d'un  solénoïde,  mais  la  nature  des  courants  utilisés.  C’est  M. d’Arsonval  qui,' 
le  premier,  a employé  les  courants  de  haute  fréquence  de  cette  façon  (C.  R. 
Académie  des  sciences,  séance  du  3 juillet  1893). 


- 43  — 


bâti  en  bois  avec  un  conducteur  enroulé  tout  autour  et  qui  se 
relève  au  moyen  de  poulies  pour  permettre  au  malade  de  s’y 
introduire.  Il  peut  être  constitué  par  les  spirales  du  conduc- 
teur sans  bâti;  il  est  fixé  au  plafond  et  s’abaisse,  au  moyen 
de  poulies,  pendant  l’application  (Gaifïe).  Un  autre  modèle 
vertical  est  enroulé  sur  une  charpente  en  osier  (Ducretet). 

Un  modèle  plus  encombrant  que  les  précédents,  mais  plus 
commode,  surtout  pour  certains  malades  qui  sont  à peu  près 
immobilisés,  est  constitué  par  un  lit  en  bois  sur  lequel  est  fixé 
le  solénoïde;  à l’intérieur  glisse  un  brancard  pour  charger  le 
malade  que  l’on  introduit  et  que  l’on  retire  ainsi  très  facile- 
ment. 

Le  malade,  placé  dans  le  solénoïde  et  sans  aucun  contact 
avec  le  courant,  est  cependant  le  siège  de  courants  induits 
extrêmement  puissants  comme  le  démontre  l’expérience  sui- 
vante : 

On  fait  arrondir  les  bras  au  sujet  en  expérience  de  façon 
à lui  faire  former  un  circuit  que  l’on  complète  par  une  lampe 
à incandescence,  les  extrémités  du  filament  correspondant 
aux  deux  mains.  La  lampe  est  allumée  par  le  courant  induit 
dans  le  circuit  ainsi  formé.  Une  précaution  qui  favorise 
beaucoup  le  succès  de  cette  expérience,  c’est  de  faire  plonger 
chaque  main  dans  un  vase  contenant  une  solution  saturée  de 
chlorhydrate  d’ammoniaque  légèrement  alcaline.  Dans  ces 
conditions,  l’imbibition  de  l’épiderme  fait  tomber  la  résistance, 
d’une  main  à l’autre,  à moins  de  600  ohms.  Comme  on  sait 
que  la  force  électromotrice  induite  dans  une  seule  spire  peut 
facilement  atteindre  100  volts,  on  peut  donc  dire  que  l’inten- 
sité du  courant  qui  prend  naissance  dans  les  bras  peut  atteindre 
. 100  r 
approximativement  m ==  166  milliampères. 


III.  — APPLICATION  PAR  CONDENSATION 

Ce  procédé  consiste  à placer  le  malade  dans  des  conditions 
telles  qu’il  constitue  l’une  des  armatures  d’un  condensateur. 

A cet  effet  le  malade  est  placé  sur  un  lit,  une  chaise  longue 
ou  un  simple  fauteuil  recouverts  d’une  lame  métallique  en  plomb, 
en  zinc,  en  étain,  etc.  (Voir  fig.  13)  qui  est  reliée  à l’une  des 
extrémités  du  solénoïde  de  haute  fréquence.  Entre  le  malade 
et  ces  différents  meubles  se  trouve  interposé  un  matelas  iso- 
lant, en  crin  par  exemple.  Enfin  le  sujet  en  traitement  est 
relié  par  des  contacts  quelconques,  fixés  ou  non  sur  le  meuble 
que  l’on  emploie,  ou  tout  simplement  par  deux  manettes 
mobiles,  à l’autre  extrémité  ou  à un  point  intermédiaire  du 
solénoïde.  L’ensemble  de  ce  système  constitue  un  conden- 
sateur : les  deux  armatures  sont  représentées  l’une  par  le 
malade,  l’autre  par  la  lame  métallique  ; le  matelas  représente 
le  diélectrique.  On  arrive  à faire  traverser  ce  système  par  un 
courant  moyen  de  plus  de  300  milliampères.  A chaque  oscilla- 
tion, en  effet,  le  condensateur  se  charge  et  se  décharge. 


On  se  contente  parfois  de  relier  le  sujet  à l’une  des  extré- 
mités du  solénoïde.  C’est  ce  .qu’on  doit  appeler  application 
unipolaire  ou  monopolaire.  Nous  savons  que  les  courants  de 


- 45  — 


haute  fréquence  circulent  parfaitement  dans  les  circuits 
ouverts,  dès  que  la  moindre  capacité  entre  en  jeu.  Si  faible 
que  soit  la  capacité,  la  charge  et  la  décharge  répétées  des 
centaines  de  mille  fois  par  seconde  sous  un  potentiel  élevé, 
constituent  un  courant  moyen  notable  (Voir  chapitre  III). 
Aussi  peut-on  observer  le  passage  d’un  courant  ou  la  pro- 
duction d’étincelles  quand  on  touche  un  seul  point  du  solé- 
noïde ou  qu’on  s’en  approche  suffisamment. 

Dans  ce  cas,  le  corps  constitue  une  surface  isolée  qui  se 
charge  à chaque  oscillation  d’une  quantité  à peu  près  constante 
dès  qu’il  est  à une  certaine  distance  du  solénoïde. 

La  charge  correspondante,  de  signe  contraire,  doit  se 
trouver  sur  les  parties  de  la  spirale  qui  sont,  à ce  moment,  à 
un  potentiel  différent.  Voilà  pourquoi  les  étincelles  que  l'on 
tire  de  ce  solénoïde  sont  maximum  aux  extrémités  et  minimum 
au  milieu.  L’isolement  imparfait  du  solénoïde  vient,  d’ailleurs, 
par  les  dérivations  qui  en  sont  la  conséquence,  compliquer 
tous  ces  effets. 


Une  expérience  qui  donne  très  bien  le  schéma  de  l’applica- 
tion par  condensation  est  la  suivante  : Une  lampe  à incan- 


— 46  — 


descence  est  reliée  au  solénoïde  par  un  seul  fil.  Elle  brille 
d’un  vif  éclat  si  on  la  prend  dans  la  main,  et  surtout  si  l’on 
approche  l’autre  main  de  l’extrémité  opposée  de  la  spirale.  Dans 
ce  cas,  c’est  le  filament  qui  joue  le  rôle  d’armature  interne, 
le  verre  celui  de  diélectrique  et  la  peau  moite  constitue  l’autre 
armature  (Fig.  14). 

IV.  — APPLICATIONS  LOCALES 

i 

Dans  une  certain  nombre  de  cas,  on  peut  obtenir  une  action 
thérapeutique  locale  en  utilisant  le  courant  pris  directement 
sur  le  solénoïde  de  l’appareil  producteur.  Il  suffit  de  relier  à 
l’une  des  extrémités  de  ce  solénoïde,  au  moyen  d’un  fil  isolé, 
un  des  nombreux  excitateurs  employés  en  électrothérapie,  et 
on  pourra  en  tirer  des  étincelles  comparables  à celles  d’une 
machine  statique,  étincelles  que  l’on  rendra  plus  puissantes 
si  on  relie  l’autre  extrémité  de  la  spirale  au  sol  ou  au 
malade. 

Ces  applications  présentent  cependant  des  inconvénients. 
Elles  sont  très  douloureuses.  On  peut,  il  est  vrai,  atténuer  la 
sensation  pénible  qu’elles  occasionnent  en  remplaçant  l’exci- 
tateur à boule  ou  à pointe  par  un  pinceau  de  fil  métallique 
qui  diffuse  ainsi  l’action  sur  une  plus  large  surface.  Dans  ces 
conditions,  les  étincelles  seront  encore  difficilement  suppor- 
tées par  une  peau  saine,  et  intolérables  pour  une  peau  malade. 
D’autre  part,  l'effluve,  très  nourri,  ayant  une  longueur  voi- 
sine de  celle  de  l’étincelle,  on  ne  peut  guère  utiliser  exclusi- 
vement ni  l’effluve  ni  l’étincelle.  Il  suffit  de  se  rapprocher 
du  malade  de  quelques  millimètres  à peine,  tandis  qu’on  né 
veut  obtenir  que  l’effluve,  pour  voir  éclater  des  étincelles 
désagréables  pour  le  malade  qu’elles  surprennent  et  qui  peu- 
vent, en  outre,  si  elles  sont  répétées,  gêner  l’eflet  thérapeu- 
tique recherché. 


— 47  — 

Aussi  utilise-t-on  rarement  cette  méthode  pour  les  appli- 
cations locales. 

Applications  locales  au  moyen  d'appareils  qui  élèvent 
la  tension.  — Le  procédé  employé  pour  éviter  les  inconvé- 
nients précédents  consiste  à élever  la  tension  du  courant  de 
haute  fréquence.  On  peut  y arriver  de  deux  façons  différentes  : 
soit  en  utilisant  le  courant  induit  dans  une  bobine  de  fil  fin 
reliée  au  solénoïde  et  immergée  dans  l’huile  ou  simplement 
isolée,  soit  en  utilisant  les  propriétés  de  résonance  des  cou- 
rants de  haute  fréquence  (Voir  chapitre  III)  . 

C’est  ce  dernier  moyen  qui  est  généralement  employé. 

Les  applications  locales  ainsi  faites  sont  d’un  maniement 
facile  et  très  supportables.  Elles  ont  pris  une  place  très  impor- 
tante dans  le  traitement  des  dermatoses  et  méritent  une  des- 
cription détaillée. 

C’est  Oudin  qui,  le  premier,  en  1892,  a utilisé  l’élévation 
de  tension  des  courants  de  haute  fréquence  par  la  résonance. 
Depuis  lors,  il  s’est  beaucoup  occupé  de  cette  question,  per- 
fectionnant l’instrumentation  ou  la  technique  et  démontrant, 
par  un  grand  nombre  d’observations,  les  heureux  effets  de 
ces  applications. 

Pour  soumettre  un  malade  à ce  traitement,  on  ne  relie 
plus  directement  l’excitateur  au  solénoïde  de  haute  fréquence, 
mais  on  interpose  un  résonateur. 

Les  premiers  résonateurs  imaginés  par  Oudin  étaient  con- 
stitués par  un  solénoïde  beaucoup  plus  long  que  celui  de 
l’appareil,  de  40  à 50  mètres  de  fil  de  cuivre  nu,  de  Ûram5  à 
3 millimètres  dB  diamètre,  enroulé  autour  d’un  cylindre  verti- 
cal en  substance  isolante  d’environ  30  centimètres  de  diamètre 
et  de  40  à 50  centimètres  de  hauteur.  L’écartement  des  spires 
était  d’environ  1 centimètre  (Voir  fig.  5-3).  Un  fil  souple  relié 
à une  extrémité  du  solénoïde  de  l’appareil  venait  prendre 


/}< 


contact  par  un  crochet  ou  une  pince  avec  une  des  spires  du 
résonateur:  Ce  contact  était  modifié  par  tâtonnement,  sui- 
vant les  besoins,  pour  arriver  au  réglage.  L’autre  extrémité 
du  solénoïde  restait  libre  ou  était  mise  en  communication 
avec  le  sol. 

Dans  la  suite,  Oudin,  ayant  constaté  que  le  rendement  de 
l’appareil  augmentait  quand  on  reliait  l’extrémité  libre  du 
solénoïde  à la  spire  inférieure  du  résonateur,  supprima  le  solé- 
noïde et  le  remplaça  par  les  spires  inférieures  du  résonateur. 

Ce  dernier  type  est  constitué , comme  le  montre  le  schéma 
(Fig.  15): 

1°  Par  deux  bouteilles  de  Leyde; 
les  armatures  internes  sont  en  com- 
munication avec  les  boules  de  l’explo- 
seur;  on  peut  faire  varier  â volonté  la 
distance  de  ces  boules  et , par  consé- 
quent, la  longueur  de  l’étincelle  oscil- 
lante ; 

2°  Par  le  résonateur  proprement  dit, 
qui  èst  composé  d’un  cylindre  vertical 
en  bois  paraffiné  portant  une  rainure 
spiroïdale  dans  laquelle  est  enroulé  le 
fil.  La  longueur  totale  de  ce  fil  est  de 
45  mètres,  son  diamètre  est  de  2mra5. 
Il  fait  50  tours  séparés  par  un  inter- 
valle de  8 millimètres.  Les  deux  bouts 
sont  fixés  aux  deux  extrémités  oppo- 
sées du  cylindre  en  bois;  celui  d’en 
haut  aboutit  à une  sphère  métallique 
au  collet  de  laquelle  on  peut  accrocher 

Condensateurs.  facilement  les  fils  conducteurs. 

R.  Résonateur. 

A.  Point  mobile  d'amende 
du  courant. 

D.  Eilluve. 


« Une  des  armatures  externes  est  reliée  à l’extrémité  infé- 
rieure du  résonateur,  l’autre  va  à l’une  des  spires  voisines  de 
cette  extrémité  sur  laquelle  elle  prend  contact  par  l’inter- 
médiaire d’un  galet  à rainure,  qui  peut  monter  ou  descendre 
facilement  le  long  du  fil,  réglant  ainsi  très  simplement  l’ajus- 
tage. 

» C’est  le  galet  qui  tourne  autour  du  résonateur  dans  les 
modèles  de  Ducretet  et  de  Bonnetti  ; c’est  le  cylindre  de  bois 
qui  tourne  devant  le  galet,  lequel  monte  ou  descend  suivant 
l’une  de  ses  génératrices,  dans  le  modèle  de  Radiguet.  Le 
résonateur  se  trouve  ainsi  séparé  en  deux  solénoïdes  qui  se 
font  suite  l’un  à l’autre.  Dans  celui  du  bas,  interposé  entre 
les  armatures  externes  des  bouteilles  de  Leyde,  prennent 
naissance  les  oscillations  de  haute  fréquence,  en  même  temps 
que  sont  fermés,  en  court  circuit,  les  courants  de  basse  fré- 
quence qui  se  produisent  concurremment  ; dans  le  second, 
plus  long,  la  haute  fréquence  agit  seule,  et  atteint  l’énorme 
tension  que  donne  cet  appareil  (1). 

Sur  ce  principe,  les  constructeurs  ont  réalisé  différents 
types  de  résonateurs.  La  figure  16  représente  celui  qui  a été 
construit  par  la  maison  Gaiffe. 

En  réalité,  le  nouveau  modèle  préconisé  par  Oudin,  et  pré- 
senté ainsi  sous  des  formes  différentes,  constitue  un  inducto- 
résonateur.  Par  suite  de  la  superposition  des  deux  solénoï- 
des, le  primaire  étant  sur  le  prolongement  du  solénoïde  de 
résonance,  il  s’ajoute  au  phénomène  de  résonance,  un  phéno- 
mène d’induction. 

Cet  appareil  a l’avantage  de  permettre  l’emploi  facile,  sui- 
vant les  cas,  d’effluves,  d’aigrettes  ou  d’étincelles. 

M.  Rochefort  a construit  un  résonateur  bipolaire  qui  se 
trouve  effectivement  constitué  de  deux  résonateurs  entre 

(1)  Oudin.  Applications  thérapeutiques  locales  des  courants  de  H.  F.  Annales 
d'Électrobiol.  (juillet-août  1898). 


— 50  — 

lesquels  jaillit,  quand  ils  sont  convenablement  réglés,  un 
effluve  d’une  puissance  extrême  et  de  signe  contraire,  dans 
le  même  moment,  aux  points  symétriques  des  deux  appa- 
reils. Dans  ce  nouveau  dispositif,  quatre  bouteilles  de  Leyde, 
divisées  en  deux  batteries,  sont  réunies  deux  à deux  à l’une 


Fig.  i<i.  — Résonateur  du  Dr  Oudin,  nouveau  modèle. 


— 51  — 


des  boules  de  l’éclateur  par  leur  armature  interne.  «Les  quatre 
armatures  externes  sont  réunies  aux  résonateurs  de  telle 
façon  que  les  deux  armatures  d’une  même  batterie  soient 
l’une  à la  spire  du  bas,  l’autre  à la  spire  du  haut  de  ce  qu’on 
peut  appeler  le  primaire  (l)de  chacun  des  résonateurs.  Dans 
ces  conditions,  bien  que  les  deux  résonateurs  aient  l’un 
sur  l’autre  une  influence,  ils  sont  électriquement  séparés  et 
agissent  comme  deux  résonateurs  commandés  par  le  même 
interrupteur  physique  et  recevant  chacun  un  courant  égal, 
mais  allant  en  sens  inverse  dans  chaque  primaire  du  résona- 
teur^). » 


Pig.  17.  — Nouvelle  bobine  bipolaire  à 


baute  tension  du  docteur  d’Arsonval. 


(1)  Ils  agit  des  spires  comprises  entre  ces  deux  prises  de  contact. 

(2)  Société  française  d’Electrothérapie,  juillet  1900.  Annale*  d'Electrobiol., 

juillet-août  1900. 


Enfin  d’Arsonval  a fait  construire  par  la  maison  Gaitte 
une  bobine  bipolaire  à haute  tension  (Fig.  17.) très  utile  pour 
les  applications  locales.  Cet  appareil  est  ainsi  constitué:  sur 
un  cylindre  isolant  sont  enroulées  les  spires  du  fil  induit 
qui  fait,  comme  on  peut  le  voir  sur  la  figure,  un  assez  grand 
nombre  de  tours.  Autour  de  lui,  et  à une  certaine  distance, 
se  trouvent  maintenues  quatre  spires  d’un  gros  fil  inducteur 
portées  par  un  support  isolant  qui  peut  coulisser  parallèle- 
ment à la  bobine  induite.  On  peut,  avec  cet  appareil,  pratiquer 
la  simple  ou  la  double  effluvation  suivant  qu’on  emploie  les 
deux  pôles  ou  un  seul.  Le  courant  de  haute  fréquence  est 
amené  aux  deux  bornes  du  fil  inducteur.  La  prise  de  courant, 
pour  l’application  au  malade,  se  fait,  suivant  les  cas,  aux  deux 
extrémités  du  fil  induit  ou  à une  seule,  l’autre  étant  alors 
reliée  au  sol 


• CHAPITRE  V 


Mesure  et  Graduation 

L’intensité  d’un  courant  constant  est  la  quantité  d’électri- 
cité qu’il  transporte  en  une  seconde. 

Pour  les  courants  alternatifs,  la  force  électromotrice  variant 
à chaque  instant,  on  ne  saurait  définir  de  même  l’intensité. 

On  peut  considérer  l 'intensité  maxima  ou  Yintensité  effi- 
cace. 

L’intensité  maxima  correspond  à celle  d’un  courant  con- 
stant qui  aurait,  pour  un  même  circuit,  la  même  force  élec- 
tromotrice que  la  force  électromotrice  maxima  du  courant 
alternatif. 

L’intensité  efficace  est  l’intensité  que  devrait  avoir  un 
courant  constant  pour  produire,  dans  le  même  temps  et  le 
même  circuit,  une  quantité  de  chaleur  égale  à celle  que 
fournit  le  courant  alternatif  considéré. 

C’est  cette  intensité  efficace  que  l’on  mesure  à l’aide  d’appa- 
reils appropriés. 

L’intensité  maxima  Im  peut,  pour  les  courants  alternatifs 
de  forme  sinusoïdale,  se  déduire  de  l’intensité  efficace  le  par 
la  formule. 

Im  = le  l/  2 

C’est  d’Arsonval  qui  a effectué  les  premières  estimations 
d’intensité,  pour  ces  courants,  en  mesurant  la  flèche  prise  par 
un  fil  tendu  en  ligne  droite.  La  décharge  allonge  ce  fil  en  le 
chauffant  plus  ou  moins,  et  cet  . allongement  est  mesuré  par 
la  flèche  que  prend  son  milieu.  Dans  ce  but,  on  suspend  au 
milieu  du  fil  tendu  horizontalement  un  faible  poids  portant 
soit  un  réticule,  soit  un  micromètre  gravé  sur  verre.  Si  l’on 


— 54  — 

pince  le  réticule  ou  le  micromètre  au  foyer  d’un  appareil  à 
projection,  on  obtient  sur  le  tableau  une  image  qui  subit  de 
très  grands  déplacements  pour  les  plus  faibles  courants  tra-, 
versant  le  fil.  On  peut  obtenir  l’inscription  du  phénomène  en 
reliant  le  milieu  du  fil  au  centre  .d’un  tambour  de  Marey.  On 
peut,  avec  ces  dispositifs,  réaliser  des  mesures  d’une  sensibi- 
lité extrême  et  qui  pourront  être  utiles  pour  des  expériences 
délicates. 

C’est  sur  le  même  principe  que  sont  basés  les  appareils 
pratiques  utilisés  en  électrothérapie  et  qui  permettent  la 
lecture  directe  de  l’intensité. 

Ces  appareils,  construits  par  Caille  (1),  ont  reçu  le  nom  de 
ijalvanornàtres  universels  parce  qu’ils  mesurent  aussi  exac- 
tement tous  les  courants  et  peuvent  servir  de  milliampère- 
mètre  ou  de  voltmètre  à volonté.  Ils  sont  cependant  plus  spé- 
cialement réservés  au  courant  de  haute  fréquence,  car,  pour 
les  autres  emplois,  ils  sont  ou  trop  résistants  comme  milliam- 
pèremètres  ou  trop  conducteurs  comme  voltmètres. 

Au  milieu  du  fil  tendu  horizontalement,  est  suspendu  un 
faible  poids  qui  déplace  une  aiguille  sur  un  cadran  divisé.  Le 
système  est  enfermé  dans  une  botte  et  se  trouve  soustrait,  de 
cette  façon,  au  refroidissement  parles  courants  d’air.  Un  bouton 
permet  de  ramener  l’aiguille  au  zéro. 

On  gradue  l’appareil  empiriquement  en  le  comparant  à un 
ampèremètre  étalonné,  les  deux  appareils  étant  traversés  par 
le  même  courant  continu.  Il  porte  une  double  graduation: 
l’une  en  milliampères,  l’autre  en  volts.  Il  faut  que  la  résis- 
tance ohmique  du  fil  ne  soit  pas  sensiblement  affectée  par  la 
fréquence,  si  l’on  veut  obtenir  des  mesures  correctes,  l’appa- 
reil étant  gradué  avec  du  courant  continu. 

(1)  Note  de  MM.  Gaifle  et  E.  Meylan,  présentée  à l’Institut  parM.  d’Arson- 
val  (1896). 


— 55  — 


Ce  galvanomètre  universel,  encore  appelé  galvanomètre 
thermique,  permet  de  mesurer  facilement  le  courant  qui  passe 
dans  le  corps  du  sujet,  pour  les  applications  directes.  On  peut 
encore  s’en  servir  comme  d’un  voltmètre  pour  mesurer  la  ten- 
sion aux  extrémités  d’une  spire  des  solénoïdes  ou  la  force 
électromotrice  dans  une  spire  isolée;  mais  on  ne  saurait  l’ap- 
pliquer à la  mesure  des  courants  intenses  qui  circulent  dans 
le  solénoïde  où  se  produit  l’oscillation. 

Gaiffe  et  E.  Meylan  ont  construit,  pour  des  courants  très 
intenses,  un  ampèremètre  d'induction  basé  sur  la  répulsion 
des  courants  induits  par  les  courants  inducteurs.  Un  solénoïde 
comprenant  douze  tours  de  fil  nu  de  lmm5,  enroulé  sur  un  dia- 
mètre de  32  millimètres,  la  longueur  totale  de  ce  solénoïde  étant 
de  50  millimètres  environ,  est  fixé  par  deux  bornes  sur  un  bâti. 
Un  petit  anneau  en  aluminium  de  22  millimètres  de  diamètre 
est  suspendu  au  centre  de  ce  solénoïde,  au  moyen  d’un  fil  de 
platine  de  ,^0  de  millimètre.  Une  aiguille  très  légère  se  meut 
avec  lui  et  se  déplace  entre  une  glace  et  un  plan  peu  écarté, 
de  telle  façon  que  les  mouvements  sont  suffisamment  amortis. 
Au  repos,  le  plan  du  disque  fait  un  angle  de  15°  avec  les  spires 
du  solénoide  ; un  courant  de  0a,8  produit  une  déviation  nota- 
ble, un  courant  de  2“,2  rend  le  disque  perpendiculaire  aux 
spires.  C’est  entre  ces  limites  que  la  graduation  est  obtenue. 
Pour  cela,  on  place  l’appareil  en  série  avec  deux  galvano- 
mètres thermiques  à fil  de  laiton  disposés  en  dérivation  l’un 
sur  l’autre,  et  on  met  le  tout  dans  un  solénoïde  parcouru  par 
le  courant  qu’on  veut  mesurer.  On  a pu  constater  ainsi  que 
les  déviations  étaient  indépendantes  de  la  fréquence. 

D’Arsonval  a mesuré,  en  outre,  les  courants  qui  parcou- 
rent le  solénoïde  de  la  façon  suivante  : 

Le  solénoïde  étant  constitué  par  un  tube  creux  de  10  à 
15  millimètres  de  diamètre  intérieur,  on  relie  la  cavité  de  ce 
tube  à un  manomètre  à eau,  de  manière  à constituer  un  tlier- 


56  — 


momètre  différenciel  de  Leslie.  Quand  le  courant  passe,  il 
échauffe  le  tube,  et  cet  échauffement  est  mesuré  par  la  colonne 
du  manomètre.  On  obtient  ainsi  le  carré  de  l’intensité.  On 
arrive  à une  graduation  en  faisant  passer  dans  le  tube  un 
courant  continu  d’intensité  connue.  La  graduation  reste  la 
même,  quelle  que  soit  la  fréquence,  parce  que  la  self-induc- 
tion du  solénoïde  est  négligeable. 

Au  début,  d’Arsonval  s’était  servi,  pour  mesurer  l’intensité 
du  champ  dans  le  solénoïde,  d’un  thermomètre  à mercure 
dont  le  réservoir  était  entouré  de  deux  ou  trois  tours  de  gros 
fil.  En  quelques  secondes  le  mercure  pouvait  être  porté  à la 
température  d’ébullition.  L’ascension  de  la  colonne  rensei- 
gnait sur  l’intensité  du  champ. 

Pour  avoir  une  estimation  de  la  force  électromotrice  efficace 
dans  les  circuits  induits,  on  peut  intercaler  dans  ces  circuits  des 
lampes  à incandescence.  Ce  procédé  présente  de  sérieux  incon- 
vénients, car  il  absorbe  une  fraction  notable  de  l’énergie  dis- 
ponible aux  dépens  du  sujet  en  traitement. 

Enfin,  on  a encore  mesuré  l’intensité  efficace  dans  le  solé- 
noïde lui-même,  en  comparant  deux  fils  de  platine  portés  à 
l’incandescence  l’un  par  un  courant  continu,  l’autre  mis  en 
circuit  avec  le  solénoïde;  mais,  comme  le  filament  absorbe 
une  certaine  quantité  de  la  puissance  totale,  on  trouve  que  le 
courant  correspondant  varie  avec  la  résistance  du  fil  employé. 

Certaines  de  ces  déterminations  n’ont  qu’un  intérêt  théo- 
rique ; quelques-unes  sont  trop  complexes  pour  trouver  une 
application  ailleurs  que  dans  les  expériences  de  laboratoire. 

Au  point  de  vue  thérapeutique,  la  pratique  est,  comme  on 
va  le  voir,  très  simple,  car  on  n’a  recours  à une  mesure  pré- 
cise qu’au  moyen  de  l’ampèremètre  universel  de  d Arsonval, 
qui  est  un  appareil  réellement  clinique. 


— 57  — 


Graduation  et  mesure  dans  les  différents  modes  d’application 
des  courants  de  hante  fréquence. 

Les  différents  appareils,  utilisés  pour  la  production  des  cou- 
rants de  haute  fréquence,  donnent  des  effets  plus  ou  moins 
puissants,  suivant  le  réglage  qu’on  leur  fait  subir.  Il  y a,  en 
effet,  une  disposition  de  leurs  parties  constituantes  (vitesse  du 
trembleur,  distance  des  boules  explosives,  réglage  de  la  bobine 
de  self,  intensité  du  courant  primaire,  etc...),  qui  permet  d’ob- 
tenir un  fonctionnement  optimum. 

Cette  remarque  s’applique  à tous  les  modes  d’électrisation 
par  les  courants  de  haute  fréquence. 

1°  Applications  directes  ou  par  dérivation 

On  obtient  la  graduation  du  courant  auquel  on  veut  soumettre 
le  malade  en  mettant  ce  malade  en  dérivation  sur  un  plus  ou 
moins  grand  nombre  de  spires  du  solénoïde  de  haute  fré- 
quence. A mesure  qu’on  introduit  des  spires  dans  le  circuit 
la  self- induction  du  solénoïde  et,  par  suite,  sa  résistance  ap- 
parente augmentant,  une  plus  grande  fraction  du  courant  passe 
dans  le  circuit  dérivé  dont  fait  partie  le  malade.  (VoirchapitrelII 
Effets  d’induction.  Expérience  1.) 

Le  dispositif  adopté  pour  faire  varier  le  nombre  de  spires 
introduites  dans  le  circuit  est  différent  suivant  les  appareils.  Il 
est  constitué  tantôt  par  un  contact  mobile  fixé  à l’extrémité  de 
l’un  des  fils  conducteurs  et  que  l’on  peut  relier  à une  spire 
quelconque  du  solénoïde  de  haute  fréquence  ; tantôt  par  une 
tige  métallique,  rectiligne,  mobile  à l’intérieur  de  ce  solénoïde, 
tige  (1)  dont  une  extrémité  est  constamment  reliée  à l’un  des 

(1)  Cette  tige,  ne  présentant  aucune  self-induction  appréciable,  n’olfre  pas  de 
résistance  sensible  au  passage  du  courant  de  H.  F.  Elle  supprime  donc  de  la 


pôles  du  solénoïde  et  dont  l’autre  extrémité  prend  contact,  au 
moyen  de  ressorts,  sur  une  spire  plus  ou  moins  éloignée  de 
l’autre  pôle  suivant  la  position  qu’on  lui  donne;  les  deux  fils 
conducteurs  amenant  le  courant  au  malade  sont  alors  fixés  à 
demeure  aux  deux  extrémités  du  solénoïde. 

L’intensité  du  courant  est  mesurée  au  moyen  de  l’ampère- 
mètre universel  de  d’Arsonval. 


2°  Autoconduction 

En  général,  on  recherche  ici  le  maximum  d’effet  de  façon  à 
plonger  le  malade  dans  un  champ  électrique  très  puissant.  Il 
faudra  donc,  avant  tout,  obtenir  un  hon  réglage  de  l’appareil 
producteur. 


dérivation  toutes  les  spires  du  solénoïde  comprises  entre  ses  deux  points  de 
contact  avec  lui. 


- 59  — 


Quant  h la  mesure,  elle  est  en  général  négligée  dans  la 
pratique  thérapeutique  courante.  On  se  contente  de  quelques 
renseignements  sur  le  fonctionnement  du  système.  Le  malade 
n’accusant  aucune  sensation,  on  a recours  à une  lampe  à incan- 
descence montée  sur  un  tour  de  fil  et  placée  dans  les  mêmes 
conditions  que  le  sujet  en  traitement:  l’éclat  de  la  lampe  qui 
s’allume  par  induction  fournit  des  indications  suffisantes. 

On  peut  encore,  si  l’on  tient  à avoir  une  indication  plus  pré- 
cise, mesurer,  avec  le  milliampèremètre  universel,  soit  la  force 
électromotrice  efficace  d’induction  engendrée  par  le  solénoïde 
dans  une  seule  spire  de  fil  placé  à l’intérieur  dans  les  mêmes 
conditions  que  le  malade,  soit  les  différences  de  potentiel  aux 
deux  extrémités  d’une  même  spire  du  solénoïde. 


3°  Application  par  condensation 

L’intensité  du  courant  traversant  le  système  constitué  par 
la  lame  métallique,  le  diélectrique  et  le  malade  varie  avec  le 
fonctionnement  de  l’appareil  producteur. 

On  peut  mesurer  l’intensité  avec  le  galvanomètre  universel 
mis  en  tension  sur  le  circuit. 


4°  Applications  locales 

Ainsi  que  nous  l’avons  dit  précédemment,  on  utilise  rare- 
ment les  applications  locales,  à circuit  ouvert,  en  prenant 
directement  le  courant  sur  le  solénoïde  primaire  de  l’appareil 
producteur.  Ce  procédé  ayant  de  sérieux  inconvénients  dont 
l’un  des  plus  graves  est  précisément  de  ne  point  se  prêter  à 
une  graduation  assez  étendue,  nous  nous  bornerons  à signaler 
qu  on  règle,  dans  ce  cas,  l’intensité  et  la  tension  en  fixant 
le  conducteur  souple  à une  spire  plus  ou  moins  rapprochée 


-co- 


des extrémités  qui  sont  le  siège  des  plus  grandes  différences 
de  potentiel. 

Les  applications  locales  réalisées  au  moyen  des  résona- 
teurs ou  des  bobines  de  haute  tension  sont  beaucoup  plus 
avantageuses. 

Disons  tout  d’abord  que  la  mesure  ne  présente  ici  aucune 
difficulté  technique,  dans  la  pratique.  L’estimation  de  l’inten- 
sité  du  traitement  se  fait  directement,  à la  simple  vue,  avec 
un  peu  d’habitude.  Elle  est  laissée  tout  entière  à l’apprécia- 
tion du  médecin,  et  celui-ci  se  basera  sur  la  forme  même  des 
lésions,  sur  la  nature  du  résultat  recherché  et  sur  la  réaction 
du  malade  pour  graduer  ce  mode  d'application.  La  gradua- 
tion en  est  d’ailleurs  obtenue  à volonté.  C’est  elle  qui  consti- 
tue le  point  délicat  et  le  plus  important,  comme  aussi  le  plus 
précieux  avantage  de  ce  procédé  d’électrisation,  car,  avec  des  ■ 
résonateurs  perfectionnés,  on  peut  obtenir  toute  une  gamme 
d’effets  et  établir,  par  conséquent,  une  sorte  de  posologie  sui- 
vant les  cas. 

On  sait  que  le  rendement  maximum  d’un  résonateur 
correspond  à un  rapport  donné  de  sa  self-induction  et  de  sa 
capacité. 

C'est  donc  quand  ce  rapport  se  trouvera  réalisé  que  l’on 
obtiendra  les  effets  les  plus  puissants.  Pour  atténuer  ces 
effets,  il  suffira  de  s’éloigner  de  ce  rapport. 

Dans  la  pratique,  avec  les  appareils  communément  em-  ! 
ployés,  le  réglage  et  la  graduation  se  réduisent  donc  à établir 
le  contact  reliant  le  solénoïde  primaire  et  le  résonateur  en  un 
point  où  se  trouve  réalisé  ce  fonctionnement  optimum  ou  en 
un  point  voisin  suivant  les  cas.  En  d’autres  termes,  il  suffit 
d’établir  ce  contact  avec  telle  ou  telle  spire  du  résonateur  ou 
bien  de  faire  varier  le  nombre  de  spires  du  solénoïde  primaire  j 
mises  dans  le  circuit  pour  trouver,  après  quelques  tcàtonne- 
ments  rendus  très  courts  par  l’habitude,  la  position  optima. 


— 61  — 


On  la  conserve  ou  on  la  dépasse,  dans  un  sens  quelconque, 
suivant  les  cas.  On  constate  directement,  en  voyant  l’effluve 
qui  jaillit  du  conducteur  relié  au  résonateur  ou  en  tirant  des 
étincelles  en  approchant  ce  conducteur  d’un  corps  métallique 
quelconque  placé  dans  le  voisinage,  quel  est  le  degré  de 
réglage  que  l’on  veut  adopter.  On  pourra  d’ailleurs  le  modi- 
fier, suivant  les  besoins  de  l’application. 

En  réalité,  dans  les  premiers  modèles  de  résonateurs,  on 
ne  disposait  pas,  en  dehors  de  l’ajustage  optimum,  d’une 
grande  latitude  pour  la  variation  progressive  des  effets  recher- 
chés. Pour  une  position  déterminée,  le  rendement  était  excel- 
lent. En  deçà  ou  au  delà  de  cette  position  le  rendement  dimi- 
nuait dans  de  notables  proportions.  En  outre,  le  passage  de 
S’effluve  à l’étincelle  était  très  brusque.  Il  suffisait  parfois 
d’un  léger  déplacement  de  l’excitateur  pour  que  l’étincelle  se 
substituât  à l'effluve,  modification  le  plus  souvent  désagréable 
et  parfois  préjudiciable  au  malade. 

Dans  les  nouveaux  modèles,  grâce  surtout  aux  remarqua- 
Ibles recherches  d’Oudin, ces  inconvénients  ont  été  supprimés 
et  la  technique  de  ces  applications  s’est  considérablement 
[perfectionnée.  Le  principe  de  la  graduation  est  toujours  le 
imême,  un  contact  mobile  se  déplace  le  long  des  spires  des 
trésonateurs  ou  bien  les  spires  se  déplacent  elles-mêmes  au 
(devant  du  contact;  mais  le  rendement  ayant  été  très  aug- 
menté, on  peut  obtenir  à volonté  : l°des  effluves;  2°  des  ai- 
Igrettes;  3°  des  étincelles.  On  peut  donc  leur  demander  des 
leffets  très  puissants  ou,  au  contraire,  très  faibles. 

Enfin,  les  résonateurs  bipolaires,  ont  l’avantage  , comme 
le  fait  remarquer  Oudin,  de  « créer  une  zone  de  densité  plus 
igrande  du  courant  entre  les  deux  pôles,  quand  on  veut  faire 
une  application  locale  (1)  . » 

(1)  Oudin.  Action  thérapeutique  du  résonateur  bipolaire.  Annales  i'Elec- 

trohiol.,  juillet-août  1900- 


— 62 


Lanouvelle  bobine  bipolaire  à haute  tension  de  d’Arson- 
val  permet  une  très  bonne  graduation  des  effets.  Elle  pré- 
sente cet  avantage  que  l’accord  entre  l’induit  et  l’inducteur 
existe  toujours.  Si  l’on  veut  pratiquer  la  double  effluvation, 
on  place  la  bobine  au  milieu  de  l’induit  ; si  l’on  ne  veut  utiliser) . 
au  contraire,  qu’un  seul  pôle,  il  suffit  de  placer  la  bobine  ; 
mobile  à une  extrémité  de  l’induit  dont  on  réunit  à la  terre 
le  pôle  correspondant;  on  fait  la  prise  à l’extrémité  opposée 
et  l’on  obtient  un  très  bel  effluve. 

Il  est  nécessaire  de  faire  remarquer  qu’on  dispose,  en 
dehors  de  ces  moyens  de  réglage,  particuliers  aux  différents  - 
résonateurs,  d’un  moyen  indépendant  du  type  môme  de  ces 
appareils.  On  peut  en  effet  modifier  le  rendement  d’un  résona-  ; 
teur  : 

1°  En  modifiant  le  courant  de  la  source  qui  alimente  le  cou- 
rant de  l’appareil  producteur  de  II.  F.  ; 

2°  En  rapprochant  ou  en  écartant  les  boules  de  l’exploseur, 
ainsi  que  nous  l’avons  déjà  vu  pour  d’autres  applications. 

On  pourra,  suivant  les  cas,  recourir  à l’un  quelconque  des 
procédés  que  nous  venons  d’exposer  ou  les  combiner  de  façon  I 
à obtenir  tous  les  effets  que  le  dispositif  est  susceptible  de  j 


fournir 


DEUXIÈME  PARTIE 


PROPRIÉTÉS  PHYSIOLOGIQUES  DES  COURANTS 
DE  HAUTE  FRÉQUENCE 


L’action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  l’organisme, 
liée  la  plupart  du  temps  aux  propriétés  physiques  de  ces 
courants,  sert  de  base  expérimentale  aux  applications  thé- 
rapeutiques que  nous  nous  proposons  d’étudier.  Il  est  donc 
nécessaire,  avant  d’aborder  l’histoire  et  la  discussion  des  ré- 
sultats que  cette  nouvelle  forme  de  l’énergie  électrique  a per- 
mis d’obtenir  dans  le  traitement  des  maladies,  de  faire  con- 
naître en  détail  ses  propriétés  physiologiques. 

Nous  exposerons  successivement  les  faits  relatifs  à l’action 
de  ces  courants  : 

1°  Sur  le  système  nerveux; 

2°  Sur  les  fonctions  de  nutrition  ; 

3°  Sur  les  microorganismes. 


CHAPITRE  I 


Action  des  courants  de  haute  fréquence  sur 
le  système  nerveux 

Ce  qui  caractérise  les  hautes  fréquences,  c’est  qu’elles  ne 
provoquent  aucune  excitation  sensitive  ou  motrice. 

L’étude  de  cette  propriété  essentielle,  qui  les  distingue  des'  ; 
autres  formes  de  l’énergie  électrique,  doit  donc  constituer  le 
préambule  naturel  à l’exposé  de  leurs  propriétés  physiologi-  ■ 
ques. 

Le  passage  de  ces  courants  à travers  l’organisme,  même 
à une  intensité  formidable  n’exerce  aucune  action  ni  sur  la 
sensibilité  générale,  ni  sur  la  contractilité  musculaire,  ne  dé- 
termine ni  sensation  consciente,  ni  mouvement  d’aucune 
espèce. 

Cette  propriété  singulière  est  démontrée  par  une  expérience 
très  simple.  On  place  dans  le  circuit  de  H.  F.  un  ou  plusieurs 
individus,  après  interposition  de  quelques  lampes  à incandes- 
cence. Quatre  lampes  de  125  volts  1 ampère  s’allument  ainsi 
sans  que  les  sujets  traversés  par  le  courant  qui  porte  les  fila- 
ments au  rouge  blanc  éprouvent  une  impression  sensorielle. 
C’est  à peine  si,  pour  des  courants  d'une  intensité  extrêmement 
élevée,  atteignant,  par  exemple,  3 ampères  comme  ceux  aux- 
quels s’est  soumis  d’Arsonval,  on  ressent  une  légère  sensa- 
tion de  chaleur  aux  points  d’entrée  et  de  sortie  du  courant. 
Ainsi  que  le  fait  remarquer  d’Arsonval,  à propos  de  cette 
expérience,  des  courants  d’une  intensité  dix  fois  moindre 
seraient  extrêmement  dangereux  si  la  fréquence,  au  lieu  d’êtrfi 


de  500.000  à 1 million  par  seconde,  était  abaissée  à 100,  comme 
cela  a lieu  pour  les  courants  alternatifs  industriels. 

Cette  expérience  de  d’Arsonval,  maintes  fois  renouvelée,  est 
une  démonstration  brillante  et  suggestive  de  cette  propriété 
fondamentale  des  hautes  fréquences,  et  voici  comment  s’ex- 
primait M.  Cornu,  qui  l’avait  présentée  à l’Académie  des 
sciences  : 

' 

«...  Nous  avons  été  particulièrement  frappés  de  l’expérience  dans 
laquelle  six  lampes  (125  volts,  0,8  ampère)  ont  été  portées  à l’incan- 
descence dans  le  circuit  formé  par  nos  bras,  circuit  formant  dériva- 
tion surles  extrémités  du  solénoïde  induitpar  les  décharges  oscillantes. 
Nous  n’avons  pas  éprouvé  la  moindre  impression  par  le  passage  du 
flux  électrique  auquel  nous  étions  soumis;  on  ne  pouvait  cependant 
pas  douter  de  l’énorme  quantité  d’énergie  traversant  notre  corps 
(900  volts  X 0,8  ampère  — 120  watts);  elle  se  manifestait  soit  par 
l’incandescence  des  lamp  es,  soit  par  les  étincelles  vives  et  nom- 
breuses qui  se  produisaient  à la  rupture  du  circuit.  Cette  même  quan- 
tité d’énergie  électrique,  transmise  sous  forme  de  courants  alternatifs 
à longues  périodes  (de  100  à 10.000  par  seconde),  aurait  suffi  pour 
nous  foudroyer  ; dans  les  conditions  ci-dessus,  elle  ne  produisait  aucune 
sensation  appréciable.  » 

Cette  démonstration  se  rapporte  au  cas  où  le  courant  tra- 
verse directement  l’organisme.  En  est-il  de  même  pour  les 

1 autres  modes  d'application. 

Le  corps  placé  à l’intérieur  d’un  solénoïde  parcouru  par  les 
décharges  de  H.  F.  et  sans  aucune  communication  avec  lui, 
est,  comme  nous  l’avons  vu,  le  siège  de  courants  induits 
extrêmement  énergiques.  Ces  excitations  induites,  elles  aussi, 
sont  dépourvues  d’action  sur  la  sensibilité  générale  ou  la  con- 
tractilité musculaire.  Si  le  sujet,  placé  dans  le  solénoïde, 
arrondit  les  bras  et  plonge  les  mains  dans  une  solution  saturée 
de  chlorhydrate  d’ammoniaque  légèrement  alcaline,  de  façon 
à former  un  circuit  que  l’on  puisse  compléter  par  une  lampe 


5 


— 6G  - 

à incandescence,  cette  lamp^  pourra  être  portée  au  roug'e 
blanc,  par  le  courant  induit  dans  ce  circuit,  sans  que  le  sujet 
accuse  la  moindre  sensation. 

Dans  le  procédé  par  condensation  il  en  est  de  même:  l’im- 
pression est  à peu  près  nulle  quoique  le  système  (lit  condensa- 
teur et  malade)  soit  traversé  par  un  courant  de  plus  de  300  mil- 
liampères. 

En  ce  qui  concerne  les  applications  locales  et  les  étincelles, 
il  est  nécessaire  de  dissiper  la  contusion  qui  pourrait  résulter 
d’une  fausse  interprétation  des  faits.  On  sait,  en  effet,  que  si 
l’on  approche  la  main  à une  courte  distance  du  solénoïde  de 
H.  F.,  il  jaillit  entre  la  main  et  les  spirales  de  cuivre  une 
pluie  d’étincelles  dont  les  effets  sont  assez  comparables  à ceux 
des  étincelles  fournies  parles  machines  statiques.  Il  en  est  de 
même  lorsqu’on  promène,  à quelque  distance  des  téguments, 
dans  un  but  thérapeutique,  un  excitateur  approprié  relié  au 
résonateur  Oudin.  Il  y a,  dans  ces  conditions,  une  action 
évidente,  parfois  désagréable,  sur  la  sensibilité,  et  une  action 
sur  la  contractilité  musculaire  rendue  surtout  manifeste  si  l’on 
fait  tomber  l’étincelle  sur  un  point  moteur.  Mais  ces  faits  ne 
constituent  nullement  une  exception  à la  propriété  générale 
des  hautes  fréquences  que  nous  venons  d’analyser.  Ce  n’est 
que  par  une  erreur  d’interprétation  que  l’on  pourrait  être 
amené  à conclure  que,  dans  ce  cas,  nos  nerfs  sont  impres- 
sionnés par  la  haute  fréquence. 

En  réalité , dans  ce  cas  particulier,  ainsi  que  le  fait  re- 
marquer Oudin  (1),  l'action  sur  la  sensibilité,  la  douleur, 
paraissent  être  la  conséquence  du  choc  de  l’étincelle  sur  la 
peau,  de  la  très  grande  densité  du  courant  au  point  de  péné- 
tration et  de  la  chaleur  considérable  développée  par  le  passage 
du  courant  à travers  une  région  très  limitée.  L’importance 


(1)  Oudin,  Annales  électrobiol.,  juillet-août,  1899. 


— 67  — 


de  ces  différents  facteurs  (choc,  densité,  élévation  de  tempé- 
rature) semble  d’ailleurs  confirmée  par  ce  fait  que,  si  l’on 
applique  le  courant  au  moyen  d’une  électrode  de  petite 
surface,  en  contact  immédiat  avec  la  peau,  on  ne  provoque 
plus  de  douleur,  mais  encore  une  sensation  de  chaleur  qui 
peut  être  désagréable  ; que,  si  l’on  emploie,  pour  un  courant 
de  même  intensité,  des  électrodes  de  surface  progressivement 
croissante,  diminuant  ainsi  et  la  densité  et  la  chaleur  déve- 
loppée, on  atténue  et  on  arrive  à supprimer  ce  phénomène. 

Quant  aux  contractions  musculaires  provoquées  par  les 
étincelles  de  haute  fréquence,  on  peut,  semble-t-il,  les  expli- 
quer parles  particularités  inhérentes  à ce  mode  d’application  : 
la  discontinuité  de  la  décharge,  les  variations  brusques  de 
force  électromotrice  correspondant  à l’établissement  et  à la 
rupture  de  l’étincelle.  Chaque  étincelle  est  d’ailleurs  consti- 
tuée par  une  série  d’oscillations  de  H.  F.,  et,  par  suite  même 
de  la  rapidité  de  ces  oscillations,  ne  provoque  qu’une  seule 
contraction. 

La  propriété  essentielle  des  hautes  fréquences  reste  donc 
bien  établie;  mais  comment  peut-on  l’expliquer?  Deux  hypo- 
thèses, d’ordre  différent , l’une  purement  physique,  l’autre 
physiologique,  ont  été  émises  pour  en  rendre  compte.  Elles  ont 
été  exposées  et  discutées  par  d’Arsonval  dont  les  conclusions, 
basées  sur  de  nombreuses  expériences,  ont  fourni  la  plus 
satisfaisante  solution  qu’il  soit  possible  d’apporter  à cette 
question. 

Hypothèse  physique.  — On  sait  que  les  courants  alter- 
natifs ou  plus  généralement  les  perturbations  électriques 
rapides  ne  possèdent  pas,  dans  les  conducteurs  utilisés  pour 
leur  propagation,  une  densité  uniforme.  L’induction  des  par- 
ties superficielles  tend,  à chaque  instant,  à développer  dans 
les  parties  profondes  des  courants  de  sens  contraire  au  cou- 


- 68  — 


rant  superficiel.  Les  parties  profondes  se  trouvent  ainsi  pro- 
tégées. C’est  la  propriété  connue  des  diaphragmes  ou  écrans 
magnétiques  s’exerçant  ici  au  sein  d’un  seul  et  même  con- 
ducteur. On  sait  également  que,  à mesure  que  la  fréquence 
augmente,  le  courant  tend  de  plus  en  plus  à se  localiser  dans 
les  portions  superficielles  des  conducteurs.  Un  courant  de 
haute  fréquence  ne  pénètre  donc  pas  dans  les  conducteurs, 
mais  s’écoule  à leur  surface. 

• En  vertu  de  ces  considérations  physiques,  on  a donc  tout 
d’abord  considéré  les  courants  de  haute  fréquence  comme 
s’écoulant  à la  surface  du  corps.  Il  paraissait,  dès  lors,  tout 
naturel  de  rapporter  à ce  défaut  de  pénétration  l’absence 
d’action  sur  la  sensibilité  générale  ou  la  contractilité  muscu- 
laire. Cette  hypothèse  ne  saurait,  cependant  être  acceptée  et 
cela  pour  plusieurs  raisons  : 

1°  Les  lois  relatives  à la  propagation  îles  courants  alter- 
natifs à la  surface  des  conducteurs  ne  sont  pas  applicables 
au  cas  où  le  conducteur  est  constitué  par  le  corps  humain. 
Elles  ne  s’appliquent  rigoureusement  qu’aux  corps  bons  con- 
ducteurs. La  pénétration  est  d’autant  plus  profonde  que  la 
résistance  spécifique  du  corps  à travers  lequel  se  propage  le 
courant  est  plus  grande.  Cette  pénétration  est  proportion- 
nelle à la  racine  carrée  de  la  résistance  spécifique  et  inver- 
sement proportionnelle  à la  racine  carrée  de  la  fréquence. 

Le  corps  humain  n’est  pas  bon  conducteur  ; c’est  un  con- 
ducteur électrolytique;  il  a une  résistance  considérable.  En 
opérant  sur  un  conducteur  de  même  nature,  présentant  sen- 
siblement la  même  résistance  spécifique  que  le  corps  humain, 
une  solution  d’eau  salée  à 7 pour  1000,  d’Arsonval  a,  d’ail- 
leurs, pu  constater  que  le  courant  passait  dans  la  partie  cen- 
trale et  que  l’intensité  atteignait,  dans  cette  partie,  à un 
centième  près,  la  même  valeur  qu’à  la  périphérie. 

2°  Cette  hypothèse  permettrait  sans  doute  d expliquer 


— 69  — 


pourquoi  les  hautes  fréquences  ne  provoquent  ni  sensation 
consciente,  ni  contraction  musculaire,  mais  le  défaut  de  péné- 
tration de  ces  courants  dans  l’organisme  n’est  pas  compatible 
avec  les  résultats  des  nombreuses  expériences  qui  établissent 
les  modifications  profondes  des  fonctions  de  nutrition  sous 
l’influence  de  ces  mêmes  courants. 

Cette  première  théorie  a été  défendue  par  Ratzikowski, 
Vigouroux,  etc...  Elle  est  aujourd’hui  à peu  près  abandonnée. 

Tesla  a donné  une  explication  différente.  Pour  lui,  l’innocuité 
de  ces  courants  tient  à ce  qu’ils  ne  pénètrent  pas  dans  l’or- 
ganisme par  je  point  en  contact  avec  les  électrodes,  mais  per- 
pendiculairement aux  téguments  et  également  par  toute  la 
surface  du  corps.  Quoi  qu’il  en  soit,  c’est  l’opinion  de  d’Ar- 
sonval,  qui  est  généralement  adoptée. 

Hypothèse  physiologique. — D’Arsonval  admet  que  les  nerfs 
sensitifs  et  moteurs  sont  organisés  pour  répondre  seulement  à 
des  vibrations  de  fréquence  déterminée.  Il  a recherché  ce  que 
deviennent  les  phénomènes  d’excitation  neuro-musculaire, 
lorsqu’on  augmente  indéfiniment  le  nombre  des  oscillations 
électriques  dans  l’unité  de  temps.  Il  a montré  que  des  ondes 
dont  chacune  produit  une  secousse  musculaire,  si  elles  sont 
suffisamment  espacées,  ne  produisent  plus  le  même  effet,  si 
le  ir  nombre  à la  seconde  augmente  dans  certaines  limites. 
Peu  à peu  les  diverses  contractions  arrivent  à se  fusionner; 
le  muscle  reste  alors  en  contraction  permanente  : il  est  téta- 
nisé. Pour  arriver  à ce  résultat,  il  faut  de  20  à 30  excitations 
à la  seconde,  s’il  s’agit  des  muscles  de  l’homme.  Le  muscle 
étant  tétanisé,  si  on  augmente  encore  le  nombre  des  ondes, 
les  phénomènes  d’excitation  neuro-musculaire  augmentent 
également  jusqu’à  un  maximum  qui  correspond  à 2.500  ou 
5.000  oscillations  électriques.  A partir  de  ce  moment,  on  voit, 
au  contraire,  les  phénomènes  d’excitation  décroître  à mesure 


— 70  — 


que  le  nombre  des  oscillations  à la  seconde  augmente.  Il  n’est 
donc  pas  étonnant  que,  lorsque  le  nombre  d’excitations  par 
seconde  atteint  une  valeur  aussi  élevée  que  celle  qui  carac- 
térise les  courants  de  haute  fréquence,  toute  réaction  neuro- 
musculaire soit  supprimée. 

Ces  faits  permettent  donc  d’attribuer  ce  défaut  d’action  à 
la  fréquence  extrêmement  élevée  de  ces  courants  : nos  nerfs 
sont  incapables  de  répondre  à des  excitations  aussi  rapides. 
Ce  n’est  d’ailleurs  pas  un  fait  qui  puisse  surprendre,  si  l’on 
réfléchit  aux  analogies  qui  le  rapprochent  de  phénomènes  bien 
connus  et  relatifs,  soit  au  nerf  optique,  soit  au  ne/f  acoustique.  : 
Nous  savons,  en  eflet,  que  le  nerf  optique  ne  perçoit  que  les 
vibrations  de  l’éther,  dont  le  nombre  se  trouve  compris  entre 
497  billions  (rouge)  et  728  billions  (violet)  par  seconde  ; qu’il 
est  aveugle  pour  les  vibrations  infra-rouges  et  ultra-violettes.  ; 
De  même  notre  nerf  acoustique  n’est  impressionnable  que 
par  des  vibrations  d’une  certaine  vitesse.  Les  sons  musicaux 
correspondant  il  des  vibrations  trop  lentes  ou  trop  rapides  ne  ) 
sont  pas  perçus. 

Outre  cette  explication  séduisante  et  généralement  adoptée  , 
de  l’innocuité  des  hautes  fréquences  par  l’absence  d’excitation,  ; 
d’Arsonval  ajoute  (1)  qu’on  peut  encore  admettre  « que  ces 
courants  exercent  sur  les  centres  nerveux  et  sur  les  muscles 
cette  action  particulière  si  remarquable,  étudiée  par  M.  Brown- 
Sequard,  sous  le  nom  d 'inhibition.  » 

Cette  action  inhibiloire  des  courants  de  haute  fréquence 
est  mise  en  évidence  par  plusieurs  expériences: 

a)  Les  tissus  traversés  par  ces  courants  deviennent  rapide- 
ment moins  excitables  aux  excitants  ordinaires.  On  peut 


(1)  D'Arsonval,  Action  physiologique  des  courants  alternatifs  à grande  fri 
quencc  (Soc.  française  de  physique,  janvier-avril  1893). 


même  observer  aux  points  de  pénétration  une  analgésie  qui 
peut  durer  d’une  à vingt  minutes. 

b)  Il  y a inhibition  manifeste  du  système  nerveux  vaso- 
moteur, puisqu’on  peut  voir,  sur  un  chien,  la  pression  arté- 
rielle tomber  de  quelques  centimètres  sous  l’influence  de  ce 
genre  d’électrisation. 

c)  La  sensibilité  électrique  de  la  peau,  ainsi  que  Bordier  (1) 
l’a  vérifié  expérimentalement,  est  très  diminuée  par  le  passage 
de  ces  courants.  Pour  que  les  sensations  galvanique  ou  fara- 
dique soient  perçues  aux  points  soumis  à l’action  des  courants 
de  haute  fréquence,  il  faut  employer  des  intensités  beaucoup 
plus  fortes  qu’avant  l’électrisation  par  cette  forme  de  courant. 

Quoi  qu’il  en  soit  et  en  dehors  de  toute  discussion  relative 
au  mécanisme  même  de  l’action  des  courants  de  haute  fré- 
quence sur  le  système  nerveux,  il  est  nécessaire  de  retenir 
quelques-uns  des  faits  que  nous  venons  d’exposer.  Ces  faits 
ont  été  parfaitement  observés  et  contribuent  à établir,  quelle 
que  soit  l’explication  adoptée,  les  propriétés  des  courants  de 
haute  fréquence.  Nous  pouvons  donc  retenir,  en  résumé  : 

1°  L’absence  d’excitation  sensitive  ou  motrice  ; 

2°  Des  effets  d’inhibition  ; 

3,°  Des  effets  sur  le  système  nerveux  vaso-moteur. 

Enfin,  dans  certaiues  conditions,  on  peut  observer  des  effets 
très  variables  avec  la  technique  même  des  expériences. 

Anesthésie.  — L’action  analgésique  dont  nous  avons  parlé 
dans  la  discussion  précédente  pourra,  dans  certains  cas,  être 
poussée  très  loin.  On  peut  atteindre  l’anesthésie  locale  com- 
plète. D’Arsonval,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  dit,  avait 
signalé  l’insensibilité  ou  même  l’anesthésie  qu’on  pouvait  obte- 


(1)  Bordier,  Sensibilité  électrique  de  la  peau. 


nirà  la  surface  de  la  peau  ou  des  muqueuses  aux  points  touchés, 
par  exemple,  par  l’étincelle  ou  « la  pluie  de  feu  ».  Cette  insen-  ' 
sibilité  ne  pénètre  pas  profondément;  elle  persiste  quelqiies 
minutes  et  peut  dépasser  un  quart  d’heure. 

Si  les  nerfs  ont  été  préalablement  mis  à nu,  on  observe  le  ' 
môme  phénomène.  Le  nerf  moteur  peut  ainsi  se  trouver  anes- 
thésié de  façon  à ne  pas  répondre  de  quelque  temps  aux  autres 
modes  d’excitation. 

Oudin  (1)  a montré  qu’à  l’anémie  spasmodique,  produite  par 
l’étincelle  de  résonance  sur  les  points  qu’elle  frappe  et  s’éten- 
dant à deux  centimètres  environ  autour  du  point  frappé, 
peut  succéder  un  véritable  trouble  trophique  local  allant  jus- 
qu’à la  mortification.  Cet  effet  a été  obtenu  par  la  répétition 
de  l’étincelle  sur  la  même  région.  Il  n’y  a de  sensation  péni- 
ble qu’au  début  de  l’opération  qui  devient  bientôt  absolument 
indolore. 

« 

Phénomènes  d'excitation  sensitive  ou  motrice. — Dounier  : 
et  Oudin (2)  expliquent  égalementpar  des  différences  de  tech- 
nique la  variabilité  des  résultats  obtenus  par  les  différents  ; 
auteurs.  Ces  divergences, qui  ont  pu  amener  certains  obser- 
vateurs à contredire  les  assertions  de  d’Arsonval , seraient 
imputables  aux  variations  des  conditions  dans  lesquelles  se  ; 
produit  l’amortissement  des  oscillations,  suivant  le  dispositif 
adopté. 

Deux  cas  peuvent,  en  effet,  se  présenter: 
fi1 


«h 


trobiologie,  juillet-août  1899). 

(2)  Doumcr  et  Oudin,  Propriétés  physiol.,  et  thérap.,  (les  courants  de  II.  F. 
[Annales  d'électrobiologie,  septembre-octobre  1900). 


•***••  t»  ’ 


- 73  — 


aucun  effet  sur  la  sensibilité  ou  la  contractilité  musculaire. 

b)  Les  oscillations  d’une  étincelle  sont  complètement  amor-  ' 
lies  quand  éclate  l’étincelle  suivante.  On  observe  alors  une 
contraction  musculaire  analogue  à celle  que  produit  un  cou- 
rant induit.  Cette  contraction  correspond  à la  première  oscil- 
lation, la  plus  élevée,  qui  fait  passer  brusquement  le  nerf  ou 
le  muscle  du  potentiel  0 au  potentiel  P.  Immédiatement  après, 
apparaît  la  haute  fréquence  qui  reste  sans  effet  sur  la  con- 
tractilité musculaire.  Ceci  explique  la  conclusion  de  Doumer 
et  Oudin:  Un  courant  de  haute  fréquence  ainsi  produit  « ne 
provoque  sur  nos  nerfs  ou  nos  muscles  aucune  sensation  spé- 
ciale quand  les  oscillations  de  haute  fréquence  sont  établies. 
Au  moment  où  elles  commencent,  elles  impressionnent  nos 
nerfs  sensitifs  et  moteurs.  » 

Battelli  (1),  à son  tour,  insiste  sur  la  nécessité  de  décrire 
« toujours  avec  exactitude  toutes  les  conditions  dans  lesquelles 
on  a expérimenté,  si  l’on  veut  obtenir  que  les  faits  observés 
puissent  être  coordonnés  avec  les  autres  dont  on  prend  peu  à 
peu  connaissance.  » Il  a montré,  par  quelques  expériences, 

« combien  les  phénomènes  peuvent  être  changés  par  un  cer- 
tain nombre  de  circonstances  qui  seraient  négligeables  s’il 
s’agissait  de  courants  ordinaires.  » Pour  la  réalisation  de 
ses  expériences,  il  s’est  servi  d’un  appareil  dans  lequel  les 
variations  de  capacité  sont  indiquées  à chaque  instant,  appa- 
reil permettant  aussi  d’obtenir  des  courants  ayant  même 
période,  mais  qui  présentent  un  amortissement  différent.  Il 
a pu  déterminer,  de  cette  façon,  l’influence  du  nombre  des 
oscillations  et  de  leur  amortissement,  l’influence  de  l’auto- 
induction et  de  la  capacité. 


(1)  Battelli,  Un  apparecho  per  produrre  correnti  di  alto,  frequenza  e di  alto 
potenziale  variabilifra  limiti  eatesi  ecl.  ( Rivistu  veneta  di  sciense  mediche,  juil- 
let 1898.  — Annules  d'électrubiologie,  novembre-décembre  1899). 


CHAPITRE  II 


Action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  les  fonctions 

de  nutrition. 


L’action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  les  diverses 
fonctions  n’a  pas  été  étudiée  d une  façon  complète  et  systé- 
matique. Néanmoins,  grâce  aux  nombreuses  expériences  de 
d’Arsonval  et  aux  recherches  entreprises  de  divers  côtés,  à 
la  suite  de  ses  travaux,  l’influence  considérable  des  hautes 
fréquences  sur  l’organisme  est  solidement  établie. 

Afin  d'introduire  un  peu  d'ordre  dans  cet  exposé,  il  nous 
a paru  utile  de  relater  les  faits  acquis  en  les  rattachant  aux 
différentes  fonctions  dont  ils  révèlent  les  modifications.  Nous 
pourrons  réunir  ensuite  ces  divers  éléments  en  une  vue  syn- 
thétique des  modifications  globales  de  la  nutrition. 

Nous  allons  donc  étudier  successivement  l’action  des  cou- 
rants de  haute  fréquence  : 


1°  Sur  la  circulation; 

2°  Sur  la  respiration  ; 

3*  Sur  la  thermogénèse  ; 

4°  Sur  la  sécrétion  urinaire. 


Il  importe  de  faire  remarquer  que,  si,  parmi  les  recherches 
que  nous  allons  analyser,  certaines  ont  été  poursuivies  au 
moyen  d'un  même  mode  d'application  des  hautes  fréquences, 
d’autres,  au  contraire,  ont  été  effectuées  avec  des  procédés 
différents.  Nous  indiquerons  donc  toujours  le  genre  d’électri- 
sation qui  a permis  d’obtenir  les  résultats  rapportés. 


75  — 


D’Arsonval,  dans  une  de  ses  communications  (1),  déclare,  à 
ce  sujet,  que  « les  effets  généraux  sont  sensiblement  les 
mêmes,  à l’intensité  près,  » que  ces  courants  soient  « appliqués 
directement,  par  condensation,  ou  par  autoconduction.  «C’est 
en  général  à ces  trois  procédés,  surtout  aux  deux  derniers,  qu’on 
a eu  recours  pour  étudier  les  modifications  de  la  nutrition. 

Quant  à l’effluve  et  aux  étincelles,  qui  se  distinguent  des 
autres  modes  d’application,  ainsi  que  nous  l’avons  montré, 
par  leur  action  locale  toute  particulière,  il  ne  faudrait  pas 
croire  que  leur  influence  soit  limitée  à la  région  traitée.  En 
réalité,  le  sujet  soumis  à l’étincelle  ou  à l’effluve  de  H.  F.  se 
charge  d’électricité,  et  l’on  peut  mettre  ce  phénomène  en  évi- 
dence en  tirant,  à la  main,  de  petites  étincelles  d’un  point 
quelconque  delà  surface  du  corps.  Ces  dernières  applications, 
qu’on  désigne  généralement  sous  le  nom  d’applications  loca- 
les, peuvent  donc  avoir  un  retentissement  sur  la  nutrition; 
leurs  effets  généraux  ont  d’ailleurs  été  étudiés,  à certains  points 
de  vue,  et  nous  les  exposerons  concurremment  aux  résultats 
du  même  ordre  obtenus  par  les  autres  procédés. 

Avant  d’entrer  dans  le  détail  des  faits  qui  mettent  en 
lumière  l’action  des  courants  de  haute  fréquence,  nous  tenons 
à faire  remarquer  que  les  éléments  de  cette  étude  ne  doivent 
pas  être  uniquement  fournis  par  les  travaux  de  physiologie 
pure.  Sans  doute  l’action  de  ces  courants  sur  l’organisme 
normal  doit  occuper  la  première  place,  mais  il  est  nécessaire 
de  rapporter  aussi  les  déductions  physiologiques  des  recher- 
ches entreprises  sur  l’organisme  malade,  car  ces  recherches 
éclairent,  confirment  ou  complètent  souvent  les  données  de 
l’expérimentation. 

(1)  D’Arsonval,  Société  des  électriciens,  1897. 


- 76  - 


ARTICLE  I.  — Action  sur  la  circulation 

1°  Applications  directes,  autoconduction,  condensation. 
— D’Arsonval  a signalé  l’action  énergique  de  ces  différents- 
modes  d’électrisation  sur  le  système  nerveux  vaso-moteur. 
Cette  influence  sur  la  contractibilité  vasculaire  ainsi  que  ses 
conséquences  sur  la  mécanique  circulatoire  sont  démontrées 
par  les  faits  suivants  : 

a)  Sur  le  lapin,  on  voit  les  vaisseaux  de  l’oreille  se  dilater 
très  rapidement,  comme  après  la  section  du  grand  sympathi- 
que. Cet  effet  est  suivi,  un  peu  plus  tard,  d’une  contraction 
énergique. 

b)  Sur  l’homme,  en  continuant  un  temps  assez  long,  on  voit 
la  peau  se  vasculariser  et  se  couvrir  île  sueur,  conséquence 
natruelle  de  l’action  sur  les  vaso-moteurs. 

Mais  ces  variations  de  la  résistance  des  capillaires  vont 
entraîner  nécessairement  des  modifications  de  la  pression 
artérielle.  Celle-ci  va  diminuer  si  les  petits  vaisseaux  se  dila- 
tent, augmenter  s’ils  se  resserrent.  Voici,  en  effet,  ce  que 
l’on  observe  : 

c)  En  faisant  une  légère  incision  à la  patte  d’un  lapin,  on 
voit  le  sang  couler  bien  plus  abondamment  après  le  passage 
du  courant 

d)  En  reliant  le  manomètre  à mercure  à la  carotide  d’un 
chien,  on  peut  voir  la  pression  artérielle  tomber  de  plusieurs 
centimètres  sous  l’influence  de  la  haute  fréquence,  puis  se 
relever  et  se  maintenir  à une  valeur  assez  élevée. 

e)  Le  sphygmographe  de  Marey,  le  sphygmomanomètre  de 
Potain  donnent,  pour  l'homme,  des  indications  identiques. 

2°  Applications  locales.  — Oudin,  Moutier,  Leduc  ont  si- 
gnalé, à.  ce  propos,  des  particularités  intéressantes  : 


— 77 


a)  Quand  on  dirige  l’étincelle  de  résonance  sur  la  peau,  on 
voit  autour  du  point  touché  et  sur  une  circonférence  de  1 à 2 cm. 
environ,  comme  le  fait  remarquer  Oudin  (1) , la  peau  s’anémier, 
devenir  d’un  blanc  crayeux.  Les  papilles  du  derme  s’érigent 
et  prennent  cet  aspect  particulier  que  l’on  désigne  sous  le  nom 
de  chair  de  poule.  Il  se  produit  donc,  à ce  moment,  une  sorte 
d’anémie  spasmodique  due  à une  vaso-constriction  très  éner- 
gique. Après  quelques  instants,  on  observe  une  teinte  érythé- 
mateuse qui  peut  durer  plusieurs  heures. 

b)  On  obtient,  par  ce  procédé,  une  augmentation  de  la 
tension  artérielle,  encore  plus  considérable  que  celle  qu’on  a 
constatée  après  Pautoconduclion. 

Moutier  a attiré  l’altention  sur  ce  phénomène  : « En  pro- 
duisant des  étincelles  ou  même  des  effluves,  à l’aide  de  l’ex- 
citateur relié  à cet  appareil  ( résonateur  de  Oudin),  le  long  de 
la  colonne  vertébrale,  chez  l’homme,  et  en  opérant  principa- 
lement de  haut  en  bas,  nous  avons  obtenu  des  élévations  de 
4,  5,  6 et  même  8 centimètres  de  mercure.  » Ce  résultat  est 
obtenu  « d’une  façon  beaucoup  plus  rapide  qu’avec  les  autres 
moyens  usités  jusqu’à  présent,  y compris  les  transfusions  de 
;Sérum  artificiel...  (2)  » Les  mêmes  effets  ont  été  observés  par 
Oudin,  Leduc  et  d’autres  auteurs. 

c)  Oudin  (3)  a,  en  outre,  recueilli  des  tracés  de  pouls  capil- 
laire au  moyen  du  sphygmomanomètre  de  Laulanié.  Il  a montré 
■que,  lorsque  l’effluve  de  résonance  touche  en  un  point  quel- 
conque du  corps,  il  se  produit  instantanément,  dans  les  capil- 
laires de  la  main  du  sujet  en  expérience,  un  spasme  vaso-moteur 


(1)  Oudin,  Applications  thérapeutiques  locales  des  courants  de  E.  F.  (Ann. 
d'élcctrobiol.,  juillet-août  1899). 

(2)  Moutier,  Sur  l’action  des  courants  de  H.  F.,  au  point  de  vue  cle  la  tension 
artérielle  (C.  R.  de  l’Académie  des  sciences,  2 août  1897). 

(3)  Oudin,  Communication  à la  Société  d’électrothérapie. 


5 

caractérisé  par  un  abaissement  notable  de  la  courbe  générale.  3 
11  a constaté,  en  même  temps,  tantôt  une  diminution  de  l’am-  I 
plitude  des  pulsations,  tantôt  une  suppression  à peu  près  corn-  | 
plète  se  traduisant,  sur  le  tracé,  par  une  ligne  très  peu  si- 
nueuse.  Dès  qu’on  cesse  l’effluvation,  le  pouls  tend  à reprendre  s 
ses  caractères.  Il  présente  toutefois,  avant  de  retrouver  sai 
forme  et  son  amplitude  normales,  des  alternatives  périodiques  ! 
d'abaissement  et  de  relèvement,  qui  semblent  traduire  toute  } 
une  série  de  vaso-contractions  et  de  vaso-dilatations  de  moins  - 
en  moins  accentuées. 

Ainsi  que  l’ont  montré  tous  les  observateurs,  les  courants  , 
de  H.  F.,  sous  quelque  forme  qu’ils  soient  appliqués,  exercent! 
donc  une  action  énergique  sur  le  système  nerveux  vaso-moteur 
et,  par  son  intermédiaire,  sur  la  mécanique  circulatoire. 

Enfin  le  sang  lui-même  subit  d’importantes  modifications.! 
Nous  les  exposerons  dans  l’article  suivant,  car  elles  se  ratta-^ 
client  à la  question  des  échanges  respiratoires. 

ARTICLE  II.  — Action  sur  la  respiration 

Expériences  de  d’Arsonval.  — Les  modifications  de  la 
respiration  provoquées  par  les  hautes  fréquences  ont  été  Ion-  I 
guement  étudiées  par  d’Arsonval,  qui  fait  remarquer,  comme 
nous  l’avons  vu  avant  d’exposer  les  propriétés  physiologiques 
de  ces  courants,  que  les  effets  sont  à peu  près  les  mêmes,  à 
l’intensité  près,  pour  les  applications  directes,  la  condensation 
ou  F autoconduction.  Il  semble,  cependant,  que  ce  dernier 
procédé  ait  été  mieux  étudié  que  les  autres  au  point  de  vue 
de  l’action  sur  l’appareil  respiratoire: 

lu  Sous  l’influence  des  hautes  fréquences  lonombre  etïarrfM 
plitude  des  mouvements  respiratoires  augmentent,  comme’ 


— 79  — 

le  montre  l’inscription  de  ces  mouvements  sur  un  cylindre  de 
Marey  (1). 

2°  D’Arsonval  a mis  en  évidence  l’augmentation  des  échan- 
ges, la  suractivité  des  combustions  respiratoires  par  plusieurs 
expériences  : 

a)  Par  le  dosage  des  gaz  de  la  respiration , qui  montre  que 
le  volume  d’oxygène  absorbé  et  d’acide  carbonique  émis  dans 
l’unité  de  temps  augmente  considérablement  chez  l’homme  et 
chez  les  animaux. 

D’Arsonval  a constaté  ainsi,  sur  lui-même,  que  le  volume 
d’acide  carbonique  éliminé  était  passé  de  17  à 37  litres  par 
heure. 

b)  Par  la  pesée  des  animaux  en  expérience.  — L’exagéra- 
tion des  combustions  organiques  peut  être  également  révélée, 
en  effet,  par  la  balance  qui  mesure  la  perte  de  poids  subie  par 
l’animal  en  expérience.  Voici  la  description  de  l’ingénieux 
dispositif  adopté  par  d’Arsonval  : Le  solénoïde  renfermant 
l’animal  était  placé  sur  le  plateau  d’une  balance  enregistrante 
Richard;  les  déjections  étaient  reçues  dans  un  récipient  con- 
tenant de  l’huile,  ce  qui  permettait  d’éviter  l’erreur  due  à 
l’évaporation. 

Chaque  expérience  comprenait  deux  opérations  : 1°  la 
détermination  du  poids  perdu,  dans  un  temps  donné,  par 
1 animal  simplement  enfermé  dans  le  solénoïde  non  parcouru 
par  le  courant;  2°  la  détermination  de  la  perte  de  poids  dans 
le  même  temps,  pendant  le  passage  du  courant. 

Dans  ces  conditions  : 

Un  premier  cobaye  qui  perdait  6 grammes  en  seize  heures, 
avant  le  passage  du  courant,  perdait  30  grammes  dans  le 


(1)  D’Arsonval.  — Séance  de  la  Société  française  de  physique  (3  mars  1893). 
- Société  de  Biologie  (février  1893).  - C.  R.  de  l’Acad.  des  sciences  (29  juin 
1896).  — Société  des  Électriciens  (8  avril  1897). 


— 80  — 


même  espace  de  temps,  quand  on  le  soumettait  à la  H.  P. 
Après  avoir  supprimé  le  courant,  on  observait  un  phénomène  j 
assez  inattendu  : 

« L’animal  gaqnç  en  poids  pendant  deux  heures.  Au  bout  4 
de  ce  temps,  il  a augmenté  de  1 gramme  environ.  Régnault  i 
et  Reizet  ont  constaté  un  phénomène  analogue  chez  certains 
de  leurs  animaux,  qui,  pendant  le  sommeil,  fixaient  plus  ' 
d’oxygène  qu’ils  n’éliminaient  d’acide  carbonique  et  de  vapeur 
d’eau.  Après  ces  deux  heures,  la  perte  de  poids  reprend  sa  i) 
marche,  tout  en  restant  plus  faible  (1).  » 

Un  deuxième  cobaye,  qui  perdait  6 grammes  en  cinq  heures,  J 
avant  le  passage  du  courant,  perdait  24  grammes  dans  le  : 
même  temps,  pendant  le  passage  du  courant. 

Un  lapin  perdait,  en  huit  heures,  23  grammes  avant  l’élec-1 
irisation,  48  grammes  pendant  l’électrisation. 

La  perte  de  poids  déterminée  par  la  haute  fréquence  semble  , 
donc  être  plus  accentuée  pour  les  animaux  de  petite  taille. 

Ce  n’est  guère,  en  général,  qu’une  demi-heure  après  l’éta- 
blissement du  courant  que  la  perte  de  poids  prend  son  régime,, 
uniforme. 

Il  faut  remarquer,,  enfin,  que  l’échauffement  de  la  cage  par 
le  courant  était  insignifiant,  puisque  la  température  ne  s’éle- 
vait pas  d’un  degré  et  ne  pouvait  agir,  par  conséquent,  sur  les. 
animaux  en  expérience. 

. . 

Expériences  de  L.  Querton  (2).  — Pour  étudier  l’action 
des  hautes  fréquences  sur  les  échanges,  cet  auteur  a adopté, 
comme  méthode  de  contrôle,  le  dosage  de  l’acide  carbonique 
éliminé  par  la  respiration.  Il  a employé,  comme  mode  d’appli- 
cation du  courant,  l’autoconduction.  Les  résultats  publiés  par 

(1)  D’Arsonval,  C.  R.  de  l’Acad.  des  sciences  (29  juin  1896.) 

(2)  L.  Querton,  Action  des  courants  de  haute  fréquence,  au  point  de  vue  phy^M 
Biologique  et  spécialement  des  efets  sur  le  taux  de  l’oxydation,  chez  le  cobayr  ' 
{Annules  d'éleclrobiol.,  janvier-février  1900). 


- 81 


Querton  méritent  de  retenir  l’attention  en  raison  du  soin 
apporté  par  l’auteur  à la  conduite  de  ses  expériences  et  parce 
qu’ils  semblent  contredire  les  faits  signalés  par  d’autres 
observateurs. 

Ces  recherches  ont  été  poursuivies  sur  le  cobaye  qui  con- 
stitue un  réactif  très  sensible.  Les  animaux  étaient  enfermés 
dans  une  cage  en  verre,  entourée  d’un- solénoïde.  L’air  était 
refoulé  par  une  pompe  automatique  et  envoyé  dans  la  cage. 
Deux  compteurs,  dont  l’un  était  placé  avant  la  cage,  l’autre 
constituant  la  dernière  pièce  de  l’appareil,  renseignaient  sur 
la  quantité  'd’air  qui  circulait  dans  l’unité  de  temps.  Un  sys- 
tème de  tubes  contenant  les  substances  nécessaires  servait  à 
dessécher  l’air,  soit  à l’entrée,  soit  à la  sortie.  L’acide  carbo- 
nique était  retenu  par  son  passage  dans  plusieurs  tubes  ren- 
fermant de^  la  chaux  sodée.  Des  thermomètres  indiquaient  la 
température  de  l’air  insufflé,  de  la  cage  et  du  laboratoire. 

Le  solénoïde  était  constitué  par  72  spires  d’un  fil  de  cuivre 
isolé,  de  3 millimètres  de  diamètre,  enroulé  sur  la  cage.  Une 
lampe  de  15  volts,  portée  par  deux  spires  de  fil,  plongées  dans 
le  solénoïde,  s'allumait  par  induction. 

Querton  attire  tout  d’abord  l'attention  sur  ce  fait  que  « de 
légères  différences  dans  les  conditions  du  milieu,  telles  que 
les  variations  delà  température,  le  transport  dans  un  endroit 
nouveau,  les  variations  d’intensité  de  la  ventilation, font  varier 
rapidement  et  considérablement  l’excrétion  de  l’acide  carbo- 
nique chez  le  cochon  d’Inde.  » 

Ses  expériences  se  divisent  en  deux  groupes  : 

Premier  groupe  d'expériences.  — Une  première  série 
de  déterminations  ont  été  effectuées  pour  établir  la  quantité 
de  CO3  éliminée  par  deux  cobayes,  non  soumis  à l’action  des 
courants  de  H.  F.  ( huit  épreuves.) 

Dans  une  deuxième  série,  l’auteur  a dosé  l’acide  carbo- 


0 


nique  émis  par  ces  mêmes  cobayes  pendant  le  passage  du 
courant  dans  le  solénoïde. 

Pour  chacune  de  ces  expériences,  les  cobayes  étaient  enfer- 
més, pendant  deux  heures,  dans  la  cage  en  verre.  Les  expé- 
riences ont  été  espacées  « de  façon  à permettre  aux  cobayes 
de  regagner  les  poids  perdus  à la  suite  d’un  séjour  dans  un 
courant  d’air  assez  rapide.  » 

La  quantité  d’air  insufflé,  notée  pour  chaque  épreuve, 
variait  de  23  à 39  litres  à l’heure. 

La  conclusion  à laquelle  arrive  l’auteur  est  la  suivante: 

« Dans  tous  les  cas  où  les  conditions  extérieures  ont  été 
indentiques  (autant  qu’il  est  possible  de  l’obtenir),  l’élimina- 
tion de  l’acide  carbonique  n’a  été  aucunement  influencée  par 
l'auto-induction.  » A propos  de  ces  premières  recherches, 
Querlon  ajoute  qu'il  a alors  modifié  sa  façon  d’opérer,  afin  de  ] 
voir  s’il  n’y  avait  pas  inconvénient  à expérimenter,  comme 
il  le  faisait,  « à des  moments  difiérentsde  la  journée,  laissant 
tantôt  un  jour,  tantôt  plusieurs  jours  d’intervalle  entre  deux 
expériences.  » 

Deuxième  groupe  d’expériences.  — L’acide  carbonique  J 
éliminé  par  trois  cobayes  d’un  poids  plus  faible  que  celui  des 
cobayes  précédents,  était  dosé  tous  les  jours  aux  mêmes  it 
heures,  on  effectuait  alternativement  une  épreuve  d’essai  (sans 
courant)  et  une  épreuve  avec  autoconduction.  Le  séjour  dans 
la  cage  était  tout  d’abord  de  deux  heures  et  en  dernier  lieu  , 
de  trois  heures. 

La  quantité  d’air  insufflé  a été  réduite  de  moitié  et  ramenée  ;• 
à 12  ou  16  litres  à l’heure.  Dans  ces  conditions,  les  cobayes  À 
ont  progressivement  diminué  de  poids,  « la  perte  de  poids 
subie  par  le  fait  de  l’expérience  ne  pouvait  être  compensée  en 
un  jour.  » L’auteur  estime  qu'elle  est  indépendante  de  toute 
influence  électrique. 


- 83  - 

L’autoconduction  n’a  encore  produit  aucune  augmentation 
de  l’acide  carbonique  éliminé. 

Au  cours  de  l’article  dans  lequel  il  relate  toutes  ces  expé- 
riences, Querton  fait  remarquer  qu’il  était  très  difficile  d’opérer 
toujours  dans  les  mêmes  conditions  de  température.  Il  en  est 
de  même  des  autres  conditions  expérimentales,  qui  ont  varié 
d’une  épreuve  à l’autre.  C’est  ainsi,  par  exemple,  que  pour 
certaines  d’entre  elles  que  l’on  peut  rapprocher  à cause  de  la 
similitude  à peu  près  complète  des  différents  facteurs,  on 
constate  cependant  quelques  différences,  soit  pour  la  tempé- 
rature, soit  pour  la  ventilation. 

L’auteur  signale,  en  outre,  un  détail  intéressant,  c’est  que 
« l’acide  carbonique  est  éliminé  en  plus  grande  quantité  par 
les  cobayes  pendant  les  premières  expériences  auxquelles  ils 
sont  soumis,  toutes  les  autres  conditions  restant  les  mêmes.  » 
On  peut  donc  supposer  que  la  répétition  prolongée  des  épreuves 
(13  pour  les  deux  premières  séries,  6 pour  la  dernière),  pouvait 
modifier  la  réaction  des  animaux. 

La  vitesse  du  courant  d’air  a varié  elle  aussi.  Sans  doute 
des  différences  minimes  peuvent  être  négligeables,  envisagées 
en  elles-mêmes.  Il  faut  cependant  remarquer  que  les  varia- 
tions du  courant  d’air  associées  aux  variations  de  température 
peuvent  entraîner  des  modifications  très  diverses  et  parfois 
considérables  dans  le  refroidissement  et  les  éliminations 
d'animaux  aussi  sensibles  que  les  cobayes. 

Enfin  Doumer  et  Oudin  (1)  présentent,  au  sujet  du  travail 
de  Querton,  les  observations  suivantes  : « Nous  remarquerons 
que  le  solénoïde  d'autoconduction  de  Querton  était  composé 
de  72  spires  de  fil,  tandis  que  celui  de  d’Arsonval  n’en  com- 
prenait que  quelques-unes.  Les  modifications  énormes  qu’ap- 

(1)  Doumer  et  Oudin,  Propriétés  physiologiques  et  thérapeutiques  des  courants 
de  E.  F.  [Annales  d’électrobiol.,  septembre-octobre  1900). 


— 84  — 

porte  la  self-induction  aux  courants  de  H.  F.,  ainsi  que  le 
prouve  l’emploi  du  résonateur  Oudin,  nous  font  pourtant  nous 
demander  si  les  conditions  expérimentales  étaient  aussi  sem- 
blables que  le  dit  Querton,  à celles  de  d’Arsonval.  D’autre 
part,  d’Arsonval  nous  fait  observer  que,  pour  ses  expériences, 
Querton  laissait  les  animaux  dans  une  atmosphère  confinée 
qui  se  saturait  de  plus  en  plus  d’acide  carbonique,  en  raison 
du  renouvellement  insuffisant  de  l’air,  et  que,  chez  un  animal 
placé  dans  ces  conditions,  le  taux  des  échanges  nutritifs  bais- 
sait notablement  ; que,  par  conséquent,  le  fait  d’avoir  trouvé 
le  même  poids  d’acide  carbonique,  au  lieu  d’une  diminution, 
prouvait  que  la  haute  fréquence  avait,  dans  une  certaine 
mesure,  compensé  les  résultats  dus  aux  défectuosités  de 
l’expérience.  » Il  est  facile  de  se  rendre  compte,  en  e H et,  que 
les  animaux  enfermés  dans  le  manchon  en  verre  entouré  par 
le  solénoïde  ne  se  trouvaient  pas  dans  les  conditions  physio- 
logiques. L’acide  carbonique  n’étant  pas  absorbé  sur  place- 
mais  après  avoir  été  entraîné  par  le  courant  d air,  se  trouvai, 
en  proportion  variable,  suivant  les  expériences  dans  l’atmot 
sphère  où  respiraient  les  cobayes.  Cette  proportion  a pu,  dans 
certains  cas,  atteindre  les  chiffres  élevés  de  5, 7, 8, 10  pour  100 
(en  volume). 

C’est  probablement  à une  ventilation  insuffisante  et  à ses 
conséquences  physiologiques,  qu’il  faut  donc  attribuer  la  perte  j 
de  poids  progressive  des  animaux  de  la  dernière  série. 

En  raison  des  considérations  qui  précèdent,  les  expériences 
de  d’Arsonval  ne  sauraient  être  infirmées  par  les  résultats 
obtenus  par  Querton.  Du  moins  cet  auteur  aura-t-il  montré,  • 
par  le  soin  apporté  à ses  expériences  et  par  les  détails  scru- 
puleux de  son  exposition,  combien  il  est  nécessaire  de  préciser 

les  conditions  expérimentales  dans  lesquelles  on  s est  placé. 

- 


— 85  — 

Action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  la  res- 
piration élémentaire  (Activité  des  échanges  entre  le  sang 
et  les  tissus.)  (1) 

Recherches  de  Tripet.  — Pendant  plus  de  deux  ans,  Tri- 
pet  (2)  a observé,  à la  clinique  d’Apostoli,  une  série  de  mala- 
des atteints  d’affections  diverses. 

L’examen  du  sang  fut  pratiqué  au  moyen  de  l’hématospec- 
troscope  de  Ilénocque,  et  l’activité  de  réduction  recherchée 
par  le  procédé  de  la  ligature  élastique  du  pouce,  avant,  pen- 
dant et  après  le  traitement  par  les  courants  de  haute  fré- 
quence. 

Les  résultats  du  traitement  par  la  H.  F.  se  résument  ainsi: 

« 1°  Dans  37  cas,  les  courants  de  H.  F.  ont  augmenté 
l’activité  de  réduction  de  Poxyhémoglobine,  ce  phénomène  se 
traduisant  particulièrement  chez  les  malades  à nutrition 
ralentie. 

» 2°  Dans  10  casoù,  avant  le  traitement,  l’activité  de  réduc- 
tion était  exagérée,  les  courants  de  H.  F.  ont  déterminé  un 
abaissement  de  nature  à rapprocher  cette  activité  de  la 
normale  1. 

» 3°  Dans  6 cas  seulement  où  la  déchéance  organique  con- 
tinua son  évolution,  l’activité  de  réduction  de  l’oxyhémoglo- 
bine,  malgré  le  traitement  par  les  hautes  fréquences,  conti- 
nua à baisser. 

» Il  est  à remarquer  que,  presque  toujours,  il  y aaugmenta- 

(1)  Etant  donnée  l’extrême  diversité  des  cas  cliniques  dans  lesquels  l’exa- 
men du  sang  a été  pratiqué,  et  quoiqu’elles  apportent,  par  certains  côtés, 
quelques  documents  à l’étude  thérapeutique  des  hautes  fréquences,  ces  recher- 
ches constituent,  à notre  avis,  une  étude  physiologique  très  intéressante  qui 
doit  trouver  sa  place  ici. 

(2)  Tripet,  C.  R.  des  séances  de  l’Acad.  des  sciences  (25  juin  1900). 


- 86  - 


tation  simultanée  et  parallèle  de  la  proportion  centésimale  de 
l’oxyhémoglobine  et  de  son  activité  de  réduction  ; de  sorte  que 
cette  augmentation  entre  pour  une  part  importante  dans  la 
régularisation  de  l’activité  de  la  réduction.  » 

• 

Recherches  df.  Guillaume  (1).  — Au  moyen  des  mêmes 
procédés  de  détermination,  Guillaume  a obtenu  sur  des  mala- 
des à nutrition  ralentie,  traités  par  le  lit  condensateur,  des 
résultats  analogues.  Il  conclut  que,  « même,  dans  les  cas  où 
l’amélioration  clinique  des  symptômes  principaux  est  nulle  ou 
insignifiante,  on  observe  une  modification  de  la  réduction  de 
l’oxyhémoglobine.  » 


ARTICLE  III.  — Action  des  courants  de  haute  fréquence 
sur  la  production  de  chaleur. 

. 1°  Expériences  de  d’Arsonval.  — Pour  étudier  l’influence 
de  l’autoconduction  sur  la  qualité  de  chaleur  dégagée  par  le 
corps  humain,  d’Arsonval  s’est  servi  de  l’appareil  qu’il 
a décrit  sous  le  nom  d’anémo-calorimètre  (2). 

Le  sujet  en  expérience  est  placé  au  centre  d’un  manchon 
athermane  constitué  par  un  drap  épais.  Le  manchon  se 
trouve  lui-même  à l’intérieur  d'un  grand  solénoide  ; il  est 
fermé  à sa  partie  supérieure  par  un  disque  de  bois  surmonté 
d’une  cheminée,  dans  laquelle  se  trouve  ajusté  un  anémo- 
mètre Richard,  très  sensible.  Sous  l’influence  de  la  chaleur  déga- 
gée par  le  sujet  enfermé  dans  le  manchon,  un  courant  d’air 
s’établit:  l’air  pénétrant  librement  par  la  partie  inférieure  de 
cette  sorte  de  chambre  et  s’échappant  par  la  cheminée.  Le 

(1)  Guillaume,  De  l'influence  des  courants  de  haute  fréquence  sur  l’activité  dé 
réduction  de  l’oxy  hémoglobine  (Thèse  de  Paris,  1901.  — Annales  d’électrobiol., 
mai-juiu  1900). 

(2)  Société  de  Biologie  (27  janvier  1894). 


- 87  — 


tirage  est  d’autant  plus  actif  que  le  dégagement  de  chaleur 
est  plus  considérable.  Le  nombre  de  tours  du  moulinet  de 
l’anémomètre  dans  l’unité  de  temps  mesure  très  exactement 
la  vitesse  du  courant  d’air  et,  par  suite,  la  chaleur  dégagée. 
Un  étalonnage  préalable  a pourvu  l’appareil  d’une  gradua- 
tion permettant  une  estimation  rapide  du  nombre  de  calories 
dégagées. 

Au  moyen  de  cet  anémo-calorimètre,  d’Arsonval  a constaté, 
sur  lui-même,  que  la  chaleur  émise  avant  et  après  l’électrisation 
pouvait  varier  de  79  cal. 6 à 127  cal.  4 par  heure,  à la  tempé- 
rature moyenne  de  17°.  On  tenait  compte  de  la  minime  quan- 
tité de  chaleur  due  au  passage  du  courant. 

Expériences  de  Bonniot  (1).  — L’auteur  a d’abord  déter- 
miné la  quantité  de  chaleur  produite  par  les  nouveau-nés.  Il 
a ensuite  cherché,  sur  eux,  l’influence  des  courants  de  haute 
fréquence  sur  la  thermogénèse.  Il  s’est  servi  de  l’anémo-calo- 
rimètre  de  d’Arsonval,  après  l’avoir  modifié  de  façon  à faire 
passer  le  courant  par  la  méthode  du  lit  condensateur.  A cet 
effet,  le  calorimètre  avait  été  entièrement  revêtu  de  plaques 
d’étain  et  l’enfant  était  couché  sur  une  lame  du  même  métal. 
Le  diélectrique  du  condensateur  était  donc  formé  de  l’enfant, 
de  la  couche  d’air  circulant  dans  la  caisse  et  des  parois  de  bois 
de  cette  caisse.  Dans  ces  conditions,  Bonniot  a constaté,  sous 
l’influence  des  courants  de  haute  fréquence,  une  augmentation 
de  la  quantité  de  chaleur  produite  par  l’enfant.  Il  fait  remar- 
quer que  cette  augmentation  était  toujours  précédée,  dès  la 
fermeture  du  circuit,  d’un  abaissement  brusque  de  la  chaleur 
produite.  Pour  expliquer  cette  apparente  contradiction,  l’auteur 
rappelle  les  expériences  de  Claude  Bernard  sur  le  sympathique 
et  la  corde  du  tympan. 

(1)  Bonniot,  Congrès  international  de  Paris,  1900.  Section  d’Electricité  méd. 
(Séance  du  8 août  1900). 


— 88  — 


Bordier  rapproche  cette  particularité  constante  signalée  par 
Bonniot  de  l’action  des  bains  froids  ou  réfrigérants  sur  la  tem- 
pérature du  corps  dont  ils  provoquent  d’abord  l’élévation,  ainsi 
que  l’a  montré  Sigalas. 

Expériences  de  Bordier  et  Lecomte  (l).  — Ces  auteurs 
ont  déterminé,  au  moyen  du  calorimètre  à rayonnement  de 
d’Arsonval,  la  quantité  de  chaleur  produite  par  des  lapins, 
avant  et  après  l'électrisation  par  l’autoconduction.  Ces  déter- 
minations ont  été  faites  pendant  une  semaine.  Voici  les 
moyennes  qu’ils  ont  obtenues: 


Lapin  A.  Lapin  B. 

1°  Puissance  calorifique  moyenne  : avant  l’auto- 
conduction : 2.519  calories.  3.312  calories. 

2°  Puissance  calorifique  moyenne  : après  quinze 

minutes  d’autoconduction  : 2.722  — 3.581  — 

Augmentation  du  nombre  de  calories  dégagées 
sous  l’influence  de  l’autoconduction  : 203  — 269  — 

ARTICLE  IV.  — Action  des  courants  de  haute  fréquence 
sur  la  sécrétion  urinaire. 


RECHERCHES  CLINIQUES 


L’action  des  hautes  fréquences  sur  la  sécrétion  urinaire  a 
été  étudiée  tout  d’abord  dans  le  domaine  clinique. 

Dès  le  début  de  ses  recherches  sur  les  applications  des  cou- 
rants de  H.  F.,  d'Arsonval  avait  démontré  leur  influence  sur 
la  sécrétion  urinaire  par  des  observations  recueillies  dans  le 
service  de  Cbarrin. 

« Chaque  jour,  sur  l’urine  émise  dans  les  vingt  quatre  heures, 
on  prélevait  un  cinquième,  par  exemple,  du  volume  total.  Tous 


(1)  Bordier  et  Lecomte,  Action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  la  quantité  ■' 
de  chaleur  dégagée  et  sur  les  produits  de  désassimilation  ( Communie,  au  Congrès  ; 
international  de  Paris,  1900.  Section  d’Electricité  méd.  — Société  de  Biologie, 

S mai  1901). 


les  cinq  jours  on  faisait  une  analyse.  Par  ce  procédé  on  a une 
moyenne  qui  élimine  les  causes  d’erreur  dues  aux  oscillations 
de  la  diurèse.  Les  précautions  étaient  prises  naturellement 
pour  mettre  ces  urines  à l’abri  de  la  décomposition.  Le  coef- 
ficient urotoxique  de  ces  urines,  coefficient  dont  on  connaît 
aujourd’hui  toute  l’importance,  grâce  aux  travaux  de  M.  Bou- 
chard, était  pris,  dans  son  laboratoire  même,  par  M.  Charrin.  » 

Lespremiers  résultats  publiés  sont  relatifs  à des  malades  trai  - 
tés  par  les  applications  directes.  L’un  des  pôles  du  solénoïde 
était  en  rapport  avec  l’eau  d’un  pédiluve  où  le  malade  plongeait 
les  deux  pieds  ; l’autre  pôle  était  relié  aux  deux  mains  par  un  fil 
bifurqué  terminé  par  des  poignées  métalliques.  L’intensité 
variait  de  350  à 450  ma;  la  durée  des  séances  quotidiennes  de 
dix  à cinq  et  trois  minutes.  Les  déterminations  effectuées  dans 
ces  conditions  avaient  montré  que  la  haute  fréquence  régula- 
risait la  diurèse,  augmentait  l’élimination  des  matières  extrac- 
tives, notamment  l’urée,  et  augmentait  aussi  la  toxicité  urinaire 
Dans  la  suite  ces  recherches  ont  été  étendues  aux  applications 
par  condensation  et  à l’autoconduction.  Elles  ont  montré  égale- 
ment des  modifications  profondes  de  la  nutrition. 

Morton,  en  1893,  constatait  de  son  côté  que,  chez  le  rhu- 
matisant chronique,  l’acide  urique  diminue  et  l’urée  augmente. 

Les  recherches  cliniques  poursuivies  dès  1894,  sur  un 
nombre  considérable  de  malades,  par  Apostoli  et  Berlioz, 
ont  nettement  établi  l’action  des  courants  de  haute  fréquence 
sur  la  sécrétion  urinaire. 

Ils  ont  communiqué  au  Congrès  de  Moscou  les  résultats 
obtenus  au  moyen  de  l’application  par  condensation  (lit)  et  de 
1 autoconduction  (cage).  La  durée  des  séances  de  traitement 
qui  étaient;  autant  que  possible,  quotidiennes,  variait  de 
dix  à trente  minutes,  la  moyenne  était  de  quinze  minutes. 

« Les  précautions  les  plus  strictes  ont  toujours  été  prises 
pour  écarter  toute  influence  parallèle,  soit  d’un  régime  spé- 


- 90  — 

cial,  soit  d’une  médication  additionnelle.  » Les  malades  ont 
été  soumis  exclusivement  à ce  traitement. 

Dans  ces  conditions,  ces  auteurs  formulent  les  conclusions 
suivantes: 

Tout  d’abord  les  analyses  chimiques,  au  nombre  de  761, 
faites  sur  *280  malades,  ont  confirmé  les  résultats  déjà  acquis  - 
par  des  expériences  précédentes  en  montrant  que  la  haute 
fréquence  amenait  : 

a)  L’amélioration  de  la  diurèse  et  l’élimination  plus  facile 
des  excrela  ; 

b)  Une  suractivité  plus  grande  des  combustions  organiques; 

c)  La  tendance  du  rapport  de  l’acide  urique  à l’urée  à se 
rapprocher  de  la  moyenne  normale,  c’est-à  dire  l/40c. 

M.  Berlioz  a,  en  outre,  comparé,  sur  les  mêmes  malades, 
les  résultats  du  traitement  par  le  lit  et  ceux  du  traitement  par 
la  cage.  Il  a pu  constater  ainsi  que,  sous  l’influence  de  l’appli- 
cation par  condensation,  « qui  paraît  plus  active  sur  le  pro 
cessus  nutritif  »,  l’émission  des  urines  avait  « légèrement 
augmenté  comme  abondance.  » « L’urée,  l’acide  urique, 
l’acide  phosphorique  et  les  chlorures  étaient  notablement 
accrus,  sous  la  réserve,  cependant,  que  les  acides  phos- 
phorique et  urique  avaient  conservé  sensiblement  leurs  mêmes 
rapports  avec  l’urée,  dans  les  deux  cas  (lit  et  cage).  » 


E.  Reale  et  de  Renzi  (1)  ont  établi,  à leur  tour,  que  les 
oxydations  organiques  augmentent  considérablement  sous 
l’influence  des  courants  de  haute  fréquence.  Ils  ont  démontré, 
en  effet,  que  ce  mode  de  traitement  diminue  la  proportion  de 
soufre  neutre  ou  non  complètement  oxydé  contenu  dans 
l’urine. 


Ces  auteurs  ont  d’abord  dosé  l’acide  oxyprotéique  récem- 


(1)  E.  Reale  et  E.  de  Renzi,  Communication  faite  au  VIII»  Congrès  de  mcd. 
interne  (Guzzetta  deç/li  ospedale  c delle  cliniche,  2 mai  1897). 


' 


— 91  — 


ment  découvert  par  Bondzunski  et  Gottlieb  et  qui,  selon  toute 
probabilité,  représente  la  portion  principale  du  soufre  neutre. 
Ils  ont  noté  que  ce  composé  diminuait  de  moitié  pendant  le 
traitement. 

Ils  attribuent,  en  outre,  aux  courants  de  haute  fréquence, 
une  action  manifeste  sur  la  nucléine,  action  mise  en  évidence 
par  l’augmentation  simultanée  de  l’acide  urique  et  de  l’acide 
phosphorique  ; le  sucre  provenant  probablement  de  la  nucléine, 
ils  expliquent-  ainsi  les  modifications  de  la  glycosurie  provo- 
quées chez  les  diabétiques  par  l’emploi  de  ce  traitement. 


RECHERCHES  EXPÉRIMENTALES 


1°  Sur  les  animaux.  — En  même  temps  qu’ils  expéri- 
mentaient l’action  de  l’autoconduction  sur  la  thermogé- 
nèse  (1)  chez  le  lapin,  Bordier  et  Lecomte  (2)  dosaient  l’urée, 
l’acide  urique  et  l’acide  phosphorique  dans  les  urines  du  même 
animal. 

Voici  les  chiffres  fournis  par  ces  auteurs  : 


Avant  le  traitement 


Urée 17,75 

Acide  urique 0,20 

Acide  phosphorique. . . 0,55 


Après  le  traitemeut 

20,55 


0,25 

0,86 


2°  Sur  l’homme.—  Vinaj  et  G.  Vietti  (3)  ont  effectué  leurs 
expériences  sur  deux  sujets  adultes  sains,  maintenus  en  état 
d’équilibre  azoté  à l’aide  d’un  régime  diététique  constant.  Les 
dosages  ont  été  faits  pendant  trois  périodes  d’une  même  durée 
de  trois  jours:  une  première,  préparatoire,  pendant  laquelle  on 
ne  faisait  aucune  application  de  courants  ; une  seconde,  période 


(1)  Voir  article  III. 

(2)  Communicat.  au  Congrès  international  de  1900,  Paris,  Section  d’élec- 
tricité médicale. 

(3)  Giomalc  di  elettricità  medica,  pp.  61-77,  1899, 


— 92  — 


d essai,  durant  laquelle  les  sujets  ôtaient  soumis,  quinze  mi- 
nutes, deux  fois  par  jour,  à V autoconduction  ; enfin,  une  troi- 
sième, destinée  à constater  les  variations  de  la  sécrétion 
urinaire  après  la  cessation  de  tout  traitement. 

Ces  auteurs  ont  pu  constater  les  résultats  suivants  : 

a)  La  quantité  d'urine,  excrétée  en  vingt-quatre  heures, 
n’a  presque  pas  varié,  pendant  la  période  de  traitement,  pour 
l’un  des  sujets  ; pour  l’autre,  elle  a été  diminuée.  Cette  dimi- 
nution serait  imputable  à la  sudation  abondante  provoquée, 
chez  ce  dernier,  par  l’autoconduction. 

b)  L'acidité  urinaire  a augmenté  pendant  le  traitement; 
elle  est  tombée,  après  sa  cessation,  à une  valeur  inférieure  à 
celle  qu’on  avait  trouvée  avant  toute  application  électrique. 
Cette  augmentation  de  l’acidité  serait  liée  à l’hyperproduc- 
tion  de  sels  acides  par  accroissement  du  métabolisme  des 
substances  protéiques. 

c)  L’azote  total  et  l'urée,  excrétés  en  plus  grande  abon-  i 
dance  pendant  le  traitement,  reviennent,  dans  la  troisième 
période,  aux  valeurs  notées  avant  l’action  du  courant. 

d)  L’élimination  des  phosphates  a subi  la  même  marche 
(augmentation  dans  la  deuxième  période  , retour  à la  normale 
dans  la  troisième). 

On  observe  des  variations  individuelles  dans  les  difTérents 
résultats  ainsi  relatés.  Les  auteurs  concluent,  en  résumé,  que 
les  courants  de  haute  fréquence  modifient  les  échanges  en 
produisant  une  augmentation  du  métabolisme  azoté. 

Expériences  de  Denoyés,  Martre  et  Rouvière  (1).— Nous 
avons  entrepris,  à notre  tour,  en  collaboration  avec  MM.  Mar- 
tre et  Rouvière,  l’étude  des  modifications  de  la  sécrétion  uri- 
naire sous  l’influence  de  l’autoconduction. 

(I)  Denoyés,  Martre  et  Rouvière,  Académie  des  sciences,  1er  et  15  juillet  | 
1901.  Notes  présentées  par  M.  d’Arsonval. 


A ‘".et  effet,  trois  sujets  adultes  sains  ont  été  soumis  à un 
régime  alimentaire  invariable  pendant  toute  la  durée  des 
expériences;  la  quantité  de  liquide  ingéré  a été  également 
maintenue  constante.  Trois  jours  après  l’institution  du  régime 
adopté,  nous  avons  commencé  à recueillir  les  urines  par 
vingt-quatre  heures. 

Sur  les  urines  ainsi  recueillies  nous  avons  effectué  trois 
séries  de  recherches:  1°  des  dosages  par  l’analyse  chimique; 
2°  des  épreuves  de’ toxicité;  3°  la  détermination  du  point  de 
congélation. 

Nos  expériences  ont  été  poursuivies  pendant  trois  périodes  : 
Dans  la  première,  nous  avons  procédé  à des  recherches  pré- 
liminaires destinées  à établir  les  valeurs  moyennes  des  éli- 
minations en  dehors  de  toute  influence  des  hautes  fréquen- 
ces. Dans  une  deuxième  période,  les  trois  sujets  en  expé- 
rience ont  été  soumis  à des  séances  d'autoconduction:  ils 
étaient  introduits  dans  un  grand  solénoïde  en  cuivre  dans 
lequel  circulait  le  courant  fourni  par  un  appareil  d’Arsonval, 
construit  par  Gaiffe.  La  durée  des  séances  a varié  de  six  à 
vingt-cinq  minutes  ; elle  a été  notée  dans  chaque  cas.  Une 
lampe  de  30  volts  10  bougies  s’allumait  par  induction  et  ren- 
seignait sur  le  passage  du  courant.  Enfin  nous  avons  continué 
les  dosages  et  les  déterminations  pendant  une  troisième  période, 
afin  de  constater  les  variations  consécutives  à la  cessation  du 
traitement. 

En  fait  de  phénomènes  subjectifs,  nous  avons  noté  de  la 
céphalée  et  une  légère  sensation  de  brisement,  après  la  deuxième 
séance  d’autoconduction,  pour  les  sujets  A et  C. 

Le  détail  des  résultats  obtenus  est  consigné  dans  les 
tableaux  ci-après. 

L’action  profonde  des  courants  de  haute  fréquence  sur  la 
sécrétion  urinaire  nous  parait  ressortir  nettement  des  diver- 
! ses  déterminations  que  nous  avons  pratiquées. 


— 94  - 


1°  Indications  fournies  par  L'analyse  chimique. — De  la 
comparaison  des  chiffres  contenus  dans  les  tableaux  suivants, 
il  résulte  que,  pendant  la  période  de  traitement,  il  y a aug- 
mentation du  volume  d’urine,  augmentation  île  l’urée,  de 
l'acide  urique,  de  l’azote  total,  du  rapport  azoturique, des  phos- 
phates, des  sulfates  et  des  chlorures  éliminés  en  vingt-qua- 
tre heures. 

2°  Indications  fournies  par  la  recherche  de  la  toxicité 
urinaire.  — Il  était  intéressant  d’étudier  les  modifications 
de  la  toxicité  urinaire  dont  les  travaux  de  Bouchard  ont 
démontré  l’importance.  La  connaissance  de  ses  variations 
r>  nseigne,  en  efiet,  sur  l'élimination  des  multiples  substances 
auxquelles  elle  est  due  et  qui  échappent  à l’analyse  chimique 
habituelle. 

Nous  avons  adopté  pour  ces  épreuves  la  méthode  des  injec- 
tions intra-veineuses  et  un  appareil  permettant  d’obtenir  une 
vitesse  d’écoulement  sensiblement  constante. 

Les  chiffres  relatifs  (voir  les  tableaux)  à la  toxicité  urinaire 
montrent  pendant  la  période  de  traitement: 

a)  Une  augmentation  de  la  quantité  de  substance  toxique 
éliminée  par  vingt-quatre  heures  et  par  kilogramme  de  poids 
vif.  Cette  modification  est  révélée  par  l’accroissement  du 
nombre  d’urotoxies  et  par  l’élévation  du  coefficient  uroloxi- 
que. 

b)  Une  diminution  du  nombre  de  molécules  élaborées 
moyennes  nécessaires  pour  tuer  un  kilogramme  d’animal  (1). 

(1)  Ce  nombre  de  molécules  élaborées  moyennes  nécessaires  pour  tuer 
un  kilogramme  d'animal  est  obtenu  en  multiplant  par  d (qu’on  calcule  par  la 
formule  citée  plus  loin,  d=  A — 0,605  X p),  le  volume  d’urine  nécessaire  pour 
tuer  le  même  poids  d’animal  (Bouchard,  Troubles  préalables  de  la  nutrition, 
in  Traité  de  Pathologie  générait,  tome  III). 

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J saxnaq  ÿg  aud 
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1 ANALYSE  CHIMIQUE 

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«— 1 ■ • ^ r— . — ^ ^ 

58  K * 

Nous  avons  donc  observé,  en  résumé,  des  modifications 
quantitatives  et  qualitatives. 

Cette  distinction  a son  importance  car,  comme  le  fait  judi- 
cieusement remarquer  Bouchard,  « l’unité  de  poids  d’albumine 
active  peut  livrer  aux  reins,  dans  l’unité  de  temps,  de^  quoi 
tuer  plus  ou  moins  de  matière  vivante,  pour  deux  raisons,  soit 
parce  qu’elle  fabrique  les  molécules  toxiques  normales  en 
quantité  plus  ou  moins  grande,  soit  parce  qu’elle  fabrique  des 
molécules  plus  ou  moins  toxiques.  » Il  est  donc  nécessaire 
de  pénétrer  plus  loin  que  nous  n’allions  autrefois:  il  faut 
« éclairer  la  notion  du  degré  de  la  toxicité  par  la  recherche 
de  la  qualité  de  la  molécule  toxique  et  par  la  détermination- 
du  nombre  de  ces  molécules  (i).  » 

Après  la  cessation  des  séances  d’auto-conduction,  les  modi- 
fications que  nous  avions  observées  durant  la  période  de  trai 
tement  ont  généralement  persisté  quoique  atténuées. 

3»  Indications  fournies  par  la  détermination  du  point 
de  congélation  A.  — La  cryoscopie,  dont  l’application  aux 
recherches  cliniques  est  de  date  toute  récente,  permet  de  cal- 
culer, au  moyen  de  certaines  formules,  les  valeurs  de  la  diurèse 
totale,  de  la  diurèse  des  molécules  élaborées  et  du  taux  des 
échanges  moléculaires  qui  se  produisent  dans  les  canalicules 
urinaires. 

Dans  les  expériences  que  nous  rapportons,  ces  calculs  ont 
été  effectués  avec  les  formules  données  par  Claude  et 
Balthazard  (2). 

(1)  Bouchard  loc.  citât. 

(2)  Claude  et  Balthazard,  La  Cryoscopie  des  urines.  Ces  formules  sont  les 
suivantes  : 

Pour  la  diurèse  moléculaire  totale 

Pour  la  diurèse  des  molécules  élaborées 
Pour  le  taux  des  échanges  moléculaires. 


— 99  — 


Le  poids  de  la  molécule  élaborée  moyenne  a éLé  calculé 
d’après  la  formule  de  Bouchard  (1). 

Les  résultats  fournis  par  cette  nouvelle  méthode  d’investi- 
gation confirment  ceux  que  nous  avons  précédemment  énu- 
mérés. 

On  constate,  en  effet,  sous  l’influence  du  traitement  par 
l’autoconduction  : 

1°  Une  augmentation  de  ladiurèse  moléculaire  totale, c’est-à- 
dire  une  augmentation  soit  du  nombre  de  molécules  excrétées 
par  vingt-quatre  heures  et  par  kilogramme  de  poids  vif,  soit 
du  nombre  de  molécules  qui  ont  traversé  les  glomérules  par 
vingt-quatre  heures  et  par  kilogramme  de  poids  du  corps. 

La  méthode  d’examen  cryoscopique  des  urines  repose,  en 
effet,  sur  la  théorie  de  Koranyi  ; or,  d’après  cette  théorie,  les 
molécules  changent  de  nature,  mais  non  de  nombre  : pour 
chaque  molécule  venue  du  sang  dans  l’urine,  une  molécule 
de  chlorure  de  sodium  passe  des  canalicules  dans  le  sang.  La 
diurèse  moléculaire  totale  exprime  donc,  par  un  seul  et  même 
chiffre,  le  nombre  des  molécules  échangées,  quel  que  soit  le 
sens  de  leur  passage. 

A représente  le  point  de  congélation' de  l’urine. 

V,  le  volume  d’urine  émis  en  vingt-quatre  heures. 

<y,  l'abaissement  du  point  de  congélation  dft  aux  substances  élaborées.  Cette 
dernière  valeur  est  obtenue  en  retranchant  de  A l’abaissement  du  pointde  congé- 
lation dd  aux  chlorures.  Elle  est  donc  fournie  par  la  formule 

(?  = A — 0,605  X p.  ; 

p étant  le  poids  de  chlorures  % . 

P représente  le  poids  du  corps. 

K P 

(1)  Cette  formule  est  la  suivante  : M = — — 

3 

M représente  le  poids  moléculaire  ; P,  le  poids  de  substances  élaborées 
en  dissolution  dans  un  litre  d’urine.  On  obtient  P en  multipliant  les  deux  der- 
niers chiffres  de  la  densité  par  2,26  et  en  retranchant  du  produit  le  poids  de 
NaCl  contenu  dans  le  litre  d’urine.  K est  une  constante:  18,5 et  3 est  obtenu 
comme  ci-dessus. 


- 100  — 

2°  Une  augmentation  de  la  diurèse  des  molécules  élabo- 
rées. Cette  indication  précise  l’influence  des  hautes  fréquen- 
ces. Elle  nous  révèle,  à côté  de  la  modification  purement  quan- 
titative mise  en  évidence  par  l’augmentation  de  la  diurèse 
moléculaire  totale,  un  accroissement  du  nombre  des  molécu- 
les qui  sont  l’objet  d’une  élaboration  spéciale  dans  l’économie, 
molécules  d’une  qualité  particulière  et  dont  l'excrétion  carac- 
térise, jusqu’à  un  certain  point,  l’activité  de  la  nutrition. 

3°  Quelques  modifications  de  l’activité  de  la  circulation 
rénale,  révélées  par  les  variations  du  rapport  — (1).  ' 

« Ce  rapport  exprime  le  quotient  du  nombre  de  molécules 

de  chlorure  de  sodium  qui  ont  filtré  par  les  glomérules,  par 

le  nombre  de  molécules  élaborées  qui  ont  été  excrétées, 

et,  comme  ces  dernières  se  sont  substituées,  molécule  par 

molécule,  aux  molécules  de  chlorure  de  sodium  qui  ont  été 

résorbées,  ^ mesure  le  taux  des  échanges  moléculaires  qui  se 
0 

produisent  dans  les  canalicules  urinaires  (2).  » 

4°  Quelques  modifications  du  poids  de  la  molécule  élabo- 
rée moyenne. 

La  détermination  du  poids  de  la  molécule  élaborée  moyenne 
renseigne  sur  « l’ensemble  des  molécules  urinaires  qui  ont 

(1)  La  valeur  élevée  du  rapport-T"pour  le  sujet  B nous  paraît  devoir  être 

attribuée  à l'ingestion  abondante  de  chlorure  de  sodium  : ce  sujet  ayant  l’habi- 
tude de  saler  ses  aliments  avec  excès  et  ne  s’étant  pas  départi  de  cette  habitude 
pendant  le  régime.  La  proportion  deNaCl  éliminé  est  d’ailleurs  considérable» 
comme  on  peut  le  constater  par  l’examen  des  tableaux. 

Claude  et  Balthazardont  signalé  cette  élévation  du  rapport— j-après  ingestion 
exagérée  de  chlorure  de  sodium,  élévation  qui  peut  même  donner  à la  courbe 
des  valeurs  obtenues  par  la  cryoscopie,  l'allure  d’une  fausse  insuffisance  rénale 
légère.  Cette  remarque  faite  sur  la  valeur  absolue  des  chiffres  relatés  pour 
le  sujet  B,  dans  le  tableau  qui  fait  suite,  les  résultats  n’en  restent  pac  moins 
comparables  entre  eux,  puisque  les  conditions  expérimentales  sont  restées  les 
mêmes. 

(2)  Claude  et  Balthazard,  loc.  citât. 


- 101  — 


pour  origine  l’albumine»,  car,  ainsi  que  le  fait  remarquer 
Bouchard,  la  molécule  élaborée  moyenne  n’est  nullement 
une  réalité,  mais  un  symbole  dans  lequel  se  résument  « les 
caractères  des  molécules  dérivées  de  l’albumine  qui  s’échap- 
pent par  les  urines.  » 


Diurèse  moléculaire  totale 
Diurèse  des  molécules 
élaborées 


Taux  des  échanges 

Poids  de  la  molécule  éla- 
borée moyenne 


MOYENNES 


Sujet  A 


II 

S c 

P-4  £ 


g.5 
^ 8 


3586  3851  3753 
2404  2535  2420 
t .49  1.52  1.54 
71  71.5  69.5 


Sujet  B 


= s 


+»  O 

= 3 

ës 

G '2 


3 | 

s-  ri 

cx.~ 

-i  £ 


3294  3675  3741 
2117  2234  2199 
1.64  1.64  1.70 
75.6  71.3  76.4 


Sujet  C 


| a 
-C  g 


w 

3 | 


a 

■U  a 

£ 3 

■g  3 £ 

I g ■* 

CU  43 
O 


3510  3665  3627: 
2387  2418  2462- 
1.47  1.51  1.47 
72  71  69.5 


Les  modifications  observées  démontrent  donc  qu'il  y a 
eu,  à certains  moments,  sous  l’influence  des  courants  de  haute 
fréquence,  des  variations  qualitatives  de  l’histolyse,  puisque 
le  poids  de  la  molécule  élaborée  moyenne  indique  « l’activité 
plus  ou  moins  grande  de  la  destruction  de  l’albumine,  le 
terme  plus  ou  moins  avancé  auquel  l’organisme  pousse  cette 
destruction.  » Si  la  destruction  de  l’albumine,  en  effet,  peut 
être  plus  ou  moins  abondante,  elle  peut  aussi  être  plus  ou 
moins  parfaite,  et  il  est  intéressant,  ici  encore,  de  pénétrer 
plus  avant  dans  l’analyse  des  phénomènes  histolytiques, 
d’ajouter  aux  indications  globales  que  peut  fournir  la  cryo- 
scopie  sur  la  quantité  des  matériaux  éliminés,  les  indications 
également  globales  qu’elle  est  susceptible  de  donner  sur  la 
qualité  de  ces  mêmes  matériaux. 

Les  moyennes  relatives  aux  différents  résultats  que  nous 
venons  d’énumérer  sont  consignées  dans  le  tableau  ci-dessus. 


— 102  — 


En  résumé,  on  peut  conclure  des  expériences  précédentes 
que  les  courants  de  haute  fréquence, appliqués  par  la  méthode 
de  l’autoconduction,  ont  augmenté  l’élimination  des  déchets 
urinaires. 

Les  différentes  méthodes  d’investigation  auxquelles  nous 
avons  eu  recours  nous  ont,  en  effet,  fourni  des  indications 
concordantes. 

Les  modifications  observées  se  sont  généralement  mainte- 
* nues  durant  les  trois  jours  qui  ont  suivi  la  cessation  du 
traitement  et  pendant  lesquels  nous  avons  continué  les 
dosages  et  les  déterminations  ; mais  elles  se  sont  atténuées. 

En  outre,  ces  modifications  ont  été  à peu  près  parallèles 
chez  les  trois  sujets  en  expérience  ; elles  ont  été  de  la  même 
nature  et  n’ont  guère  présenté  entre  elles,  suivant  les  sujets, 
que  des  différences  de  degré  (1),  sans  doute  liées  à des  con- 
ditions individuelles.  Nous  ne  croyons  pas  qu’il  soit  possible, 
d’après  un  nombre  aussi  restreint  d'observations,  de  tenter 
l’étude  de  la  marche  même  de  ces  modifications  et  des  courbes 
que  l’on  pourrait  construire  avec  les  valeurs  obtenues.  Ces 
expériences  (2)  mettent  simplement  en  évidence,  une  fois  de 
plus,  l’action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  la  nutrition; 
elles  apportent  une  nouvelle  confirmation  aux  remarquables 
recherches  de  d’Arsonval. 

* 

¥ ¥ 

Les  diverses  expériences  que  nous  venons  de  relater  dans 
ce  chapitre  constituent  un  ensemble  de  faits  suffisamment 

(1)  Il  nous  paraît  intéressant  de  signaler  que  le  sujet  C pour  lequel  l’action 
des  hautes  fréquences  sur  la  sécrétion  urinaire  parait  moins  accentuée,  se 
trouve  soumis,  depuis  plusieurs  années,  de  par  ses  fonctions,  à l’influence  de  ces 
courants,  soit  par  le  séjour  dans  le  champ  de  l’appareil  pendant  son  fonction- 
nement, soit  par  le  réglage  nécessité  par  certaines  applications  thérapeutiques. 

(2)  Les  détails  relatifs  à ces  expériences  ont  été  publiés  dans  un  mémoire 
paru  dans  les  Archives  d’électricité  médicale,  octobre  et  novembre  1001. 


— 103  — 

nombreux  et  suffisamment  établis  pour  mettre  hors  de  cloute 
la  réalité  d’une  action  profonde  des  courants  de  haute  fréquence 
sur  la  nutrition. 

Sans  doute  les  recherches  n’ont  pas  été  systématisées  et  il 
est  difficile  de  rapporter  exactement  à chaque  mode  d’appli- 
cation sa  part  d’influence  sur  l'organisme.  La  comparaison 
entre  les  différents  procédés  d!électrisation  par  les  hautes 
fréquences  est  à peine  ébauchée,  au  point  de  vue  physiolo- 
gique. Ce  n’est  que  par  une  longue  suite  d’expériences  qu’on 
arrivera  à préciser  les  propriétés  qui  peuvent  être  spéciales 
à chacun  d’eux. 

Il  n’en  demeure  pas  moins  solidement  établi  que,  sous  quel- 
que forme  qu’on  les  ait  appliqués,  les  courants  de  haute  fré- 
quence ont  toujours  produit  des  modifications  de  la  nutrition, 
modifications  variables  suivant  les  cas  et  les  conditions  de 
l’expérience. 

Cette  influence  est  mise  en  évidence,  du  côté  de  l’appareil 
circulatoire,  par  des  phénomènes  vaso-moteurs  et  par  l’éléva- 
tion de  la  tension  artérielle;  du  côté  de  l’appareil  respiratoire, 
parune  meilleure  ventilation  pulmonaire,  par  une  élimination 
plus  considérable  d’acide  carbonique  et  par  une  fixation  plus 
active  d’oxygène  par  le  sang  ; du  côté  de  la  sécrétion  urinaire, 
par  une  augmentation  notable  du  taux  des  substances  excré- 
tées ; et  enfin,  du  côté  de  la  thermogénèse,  par  une  production 
plus  grande  de  chaleur. 

On  peut  maintenant  se  demander  quel  est  le  mécanisme  de 
cette  action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  l’organisme. 

Faut-il  la  rapporter,  en  dernière  analyse,  à une  influence  sur 
le  système  nerveux  ou  n’y  voir  que  l’expression  même  des 
modifications  de  l’activité  circulatoire  ? Ces  deux  hypothèses 
ont  été  invoquées  pour  rendre  compte  des  effets  observés. 

Y a-t-il,  au  contraire,  une  action  directe  des  hautes  fréquen- 


— 104  — 


ces  sur  les  éléments  anatomiques,  pénétration  dans  l’intimité 
des  tissus  ? Certains  auteurs  ont  nié,  ainsi  que  nous  l’avons 
vu,  la  possibilité  de  cette  pénétration,  et  Vigouroux,  notam- 
ment, explique  les  effets  physiologiques  des  courants  de  haute 
fréquence  par  une  excitation  thermique  de  la  surface  cutanée. 

Les  expériences  de  d’Arsonval  sur  des  êtres  mono-cellulai- 
res, expériences  que  nous  allons  rapporter,  semblent  établir 
d’autre  part,  que  les  hautes  fréquences  peuvent  exercer  une 
influence  directe  sur  l’unité  même  de  matière  vivante,  sur  la 
cellule  et  le  protoplasraa. 

La  complexité  des  phénomènes  biologiques  autorise  toutes 
les  hypothèses,  mais  les  faits  observés  n’en  doivent  pas  moins 
conserver  toute  leur  valeur. 


CHAPITRE  III 


Action  des  courants  de  haute  fréquence 
sur  les  microorganismes 

Quelques  recherches  ont  été  entreprises  afin  de  déterminer 
l’action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  les  microbes  ou 
leurs  produits  de  sécrétion. 

D’Arsonval,  après  avoir  montré  que  la  levure  de  bière  et 
certains  êtres  monocellulaires  peuvent  être  influencés  par  ces 
courants,  entreprit  avec  Charrin  des  expériences  sur  les 
microbes  pathogènes. 

Ces  auteurs  font  remarquer,  dans  une  de  leurs  communica- 
tions (1),  que  les  hautes  fréquences  se  prêtent  très  bien  à 
l’étude  de  l’influence  de  l’énergie  électrique  sur  les  microor- 
ganismes, parce  que,  tout  en  provoquant  « de  violents  ébran- 
lements moléculaires  »,  elles  ne  produisent  pas  les  phénomè- 
nes d’ordre  chimique  qui  compliquent  forcément  le  passage 
des  courants  continus.  « Indépendamment  des  produits 
polaires  de  1 ’électrolyse,  il  y a »,  en  effet,  avec  ces  derniers 
courants,  « dans  l’espace  interpolaire,  toute  une  série  de 
décompositions  et  de  combinaisons  chimiques  qu’engendre  le 
transport  des  ions.  Il  est  donc  impossible,  avec  le  courant 
continu,  de  faire  la  part  qui  revient  exclusivement  à l’élec- 
tricité dans  les  phénomènes  observés.  » 

Au  cours  d’expériences  faites  en  1893,  d’Arsonval  et  Char- 
rin (2)  ont  obtenu  une  diminution  de  la  puissance  chromogène 

(1)  Société  de  biologie,  1er  février  1896. 

(2)  D’Arsonval  et  Charrin,  Action  des  courants  induits  de  haute  fréquence  sur 
le  bacille  pyocyanique  (Société  de  biologie,  6 mai  1893). 


du  bacille  pyocyanique  en  soumettant  ses  cultures  à l’auto- 
conduction,  sans  que  la  forme  même  du  bacille  ou  ses  fonctions 
pathogènes  aient  subi  de  grandes  modifications.  Ils  ont  observé, 
dans  la  suite  (1),  que  des  séances  prolongées  pouvaient  porter 
atteinte  à la  pullulation  du  germe. 

Enfin,  dans  des  essais  ultérieurs  (2),  ils  ont  fait  agir  « la 
haute  fréquence  directe  sur  une  culture  vivante  de  bacille 
pyocyanique.  Ensemencé,  après  l’électrisation,  sur  agar,  ce 
bacille  a poussé  en  conservant  intacte  sa  fonction  chromogène. 
Dans  la  culture  électrisée,  cette  fonction  a été  atténuée  au 
contraire.  L’atténuation  de  la  fonction  chromogène  semble 
donc  tenir  k la  modification  du  bouillon  de  culture,  non  à 
une  modification  du  bacille  lui -même.  » 

Ces  auteurs  font,  en  outre,  remarquer  que  le  bacille 
pyocyanique  n’avait  pas  été  influencé,  dans  ce  dernier  cas, 
par  l’application  directe  du  courant,  tandis  qu’il  l’avait  été  par 
l’autoconduction.  « Ce  résultat  démontre,  d’une  manière  évi- 
dente, cette  affirmation  de  M.  d’Arsonval,  à savoir  que  l’auto- J 
conduction  est  le  seul  procédé  qui  assure  la  production  d’un 
courant  dans  les  particules  matérielles  les  plus  ténues  telles 
que  les  microbes.  » 

D’Arsonval  et  Charrin  ont  également  recherché  (3)  l’action 
des  hautes  fréquences  sur  la  toxine  diphtérique.  A cet  effet, 
ils  ont  électrisé  pendant  un  quart  d’heure  une  toxine  diphtérique 
très  active,  puis  ils  ont  injecté  2 2C  5 de  cette  toxine  à trois 
cobayes  et  la  même  dose  de  la  même  toxine  à trois  cobayes 
témoins.  Dans  ces  conditions,  les  trois  témoins  moururent 
en  vingt,  vingt-quatre  et  vigt-six  heures,  tandis  que  les  trois 
animaux  qui  avaient  reçu  la  toxine  électrisée  ne  furent  même 

(1)  Société  de  biologie,  15  juillet  1893. 

(2)  Société  de  biologie,  8 février  1896. 

(3)  Société  de  biologie,  1er  février  1896. 


— 107  - 


pas  malades.  Quelque  temps  après,  les  trois  cobayes  qui  avaient 
survécu  reçurent,  en  même  temps  que  trois  nouveaux  témoins, 
1/2  cent,  cube  de  toxine  diphthérique.  La  mort  survint  deux 
jours  après  l’inoculation  pour  deux  des  témoins,  trois  jours 
après  pour  l’autre.  Parmi  les  cobayes  qui  avaient  reçu,  dans 
l’expérience  antérieure,  de  la  toxine. électrisée,  l’un  mourut 
quatre  jours  après  l’inoculation  et  les  deux  autres,  au  bout 
de  neuf  jours,  étaient  bien  portants.  D’Arsonval  et  Charrin 
concluent  « de  ces  faits,  que  les  toxines  électrisées  augmen- 
tent la  résistance.  » Dans  ces  expériences,  les  deux  extrémi- 
tés du  solénoïde  étaient  terminées  par  deux  fils  de  platine  qui 
plongeaient  dans  le  tube  en  U contenant  la  toxine  diphtéri- 
que. On  évitait  réchauffement  en  plongeant  le  tube  dans  un 
vase  réfrigérant.  De  cette  façon,  la  température  de  la  toxine 
pendant  l’expérience  ne  dépassait  jamais  18°. 

Los  recherches  de  d’Arsonval  et  Charrin  ont  été  reprises 
avec  succès  par  quelques  auteurs. 

En  Italie,  notamment,  Bonome,  Viola  et  Casciani  (1)  ont 
réussi  à rendre  dix  fois  moins  actives  les  toxines  du  strepto- 
coque. 

En  France,  Dubois  (de  Reims)  (2)  a expérimenté  également 
sur  le  streptocoque.  « La  culture,  en  sérum  liquide,  était 
contenue  dans  un  petit  sac  en  parchemin  dont  les  coutures 
étaient  soudées  à la  paraffine.  Ce  petit  sac,  de  6 à 8 cent,  de 
longueur  sur  1 cent,  de  large,  était  suspendu,  par  un  fil  de 
soie  fixé  à chaque  extrémité,  dans  un  tube  de  verre,  en 
forme  d’U,  très  ouvert  et  complètement  rempli  de  sérum 
liquide.  Chaque  extrémité  de  ce  tube  était  fermée  par  une 
rondelle  de  charbon  de  cornue  lutée  à la  paraffine  ; à ces  deux 

(1)  Bonome,  Viola  et  Casciani  (Centralbl.  f.  Bakleriol.,  nos  22  et  23,  18%. 

1 (2)  Dubois  (de  Reims),  Académie  des  sciences,  5 avril  1897  ( France 
Méd,  n*  16,  p.  145,  avril  1897). 


disques  de  charbon  étaint  fixés  les  fils  conducteurs.  Pendant 
le  passage  du  courant  le  tout  était  plongé  dans  un  bac  rempli 
d’eau  à la  température  de  20°  et  maintenue  à cette  tempéra- 
ture. L’effet  immunisant  et  l’effet  curatif  ont  été  nuis.  Les 
toxines  avaient  simplement  subi  une  atténuation  considé- 
rable. » 

D’autres  auteurs  ont  échoué  dans  leurs  essais  d’atténuation. 

L’explication  des  résultats  auxquels  sont  arrivés  les  obser- 
vateurs que  nous  venons  de  citer  a donné  lieu  à différentes 
interprétations  qui  ont  elles-mêmes  provoqué  de  nouveaux 
essais.  C'est  ainsi  que  Marinier  (1),  à la  suite  de  ses  propres 
expériences  (1896)  effectuées  sur  la  toxine  diphtérique,  la 
toxine  tétanique  et  le  venin  du  serpent  cobra,  prétendait  que 
l’atténuation  des  toxines  était  due  uniquement  à l’élévation 
de  température  produite  par  le  passage  du  courant. 

Telle  n’était  pas  l’opinion  de  d’Arsonval,  qui  faisait  remar- 
quer à ce  sujet  que,  dès  le  début  de  ses  expériences,  il  avait  «dit 
et  répété  à satiété  que  toutes  les  précautions  étaient  prises 
pour  éviter  tout  échauffement  anormal  des  toxines.  » 

A la  suite  de  la  publication  de  Marinier,  d’Arsonval  fit  de 
nouvelles  recherches  avec  Charrin,  «en  plongeant  les  toxines 
dans  des  mélanges  réfrigérants  ou  en  les  maintenant  dans  le 
vide.  » Il  poussa  même  jusqu’à  la  congélation,  soit  avec  des 
toxines,  soit  avec  des  ferments  solubles.  Les  résultats  lurent 
à peu  près  les  mêmes  ; à côté  d’échecs,  Charrin  put,  dans  cei- 
tains  cas,  constater  « une  atténuation  minime,  mais  nette.  » 

D’Arsonval  et  Phisalix  ayant  d’ailleurs  soumis  à la  haute 
fréquence  du  venin  de  cobra,  qui  ne  perdait  sa  virulence  que 
si  on  le  chauffait  à + 150°  en  tube  scellé,  l’ébullition  à 100°  étant 

(1)  Marmier,  Les  toxines  et  l électricité,  in  Annales  de  l Institut  Pasteur , i 
1896,  et  thèse  de  doctorat  en  médecine,  Paris,  1896. 


— 109  — 


insuffisante,  ce  venin  perdit  de  sa  virulence,  à la  suite  de 
l’électrisation,  sans  qu’il  fût  possible  d’incriminer  la  chaleur. 

Voici  comment  s’exprimait  Phisalix  (1)  à propos  de  ses 
expériences  sur  le  venin  de  vipère  : 

« Dans  un  premier  essai,  la  solution  du  venin  était  glycé- 
rinée  à 50  pour  100.  L’atténuation  fat  très  marquée.  Un 
cobaye  qui  avait  reçu  une  dose  de  venin,  mortelle  en  moins 
de  dix  heures  pour  un  témoin,  survécut.  Toutefois,  sa  tempé- 
rature avait  baissé  de  deux  degrés  et  les  accidents  locaux 
étaient  assez  prononcés.  Au  bout  de  six  jours,  il  fut  soumis 
à l’inoculation  d’épreuve  en  même  temps  qu’un  témoin.  Or, 
tandis  que  ce  dernier  succomba  en  cinq  heures  trente-cinq 
minutes,  le  cobaye  qui  avait  reçu  préalablement  le  venin 
électrisé  ne  mourut  qu’au  bout  de  douze  heures.  Ce  résultat, 
quoique  imparfait,  indiquait  la  possibilité  d’en  obtenir  de  plus 
positifs,  en  employant  non  plus  des  solutions  glycérinées  qui 
opposent  au  passage  du  courant  une  résistance  considérable, 
mais  des  solutions  de  venin  dans  l’eau  salée  à 7,5  pour  1000. 
C'est  ce  qui  a été  fait  dans  une  deuxième  série  d’expériences 
avec  un  plein  succès.  » 

En  résumé,  les  diverses  expériences  que  nous  venons  de 
rapporter  ont  été  effectuées  au  moyen  des  applications 
directes  et  de  l’autoconduction. 

Toute  restriction  faite  pour  le  bacille  pyocyanique,  c’est 
sur  les  toxines,  plutôt  que  sur  les  corps  bacillaires  eux-mêmes, 
qu’on  a étudié  l’influence  de  ces  deux  modes  d’application 
des  courants  de  haute  fréquence. 

Les  résultats  obtenus  ont  varié  avec  les  conditions  expé- 
rimentales, ce  qui  explique  leurs  divergences.  D’ailleurs, 

(1)  Phisalix,  Atténuation  du  venin  de  vipère  par  les  courants  à haute  fréquence; 
■nouvelle  méthode  de  vaccination  contre  ce  venin  (Société  de  biologie,  G mars 
1896). 


— 110  — 


ainsi  que  le  dit  d’Arsonval  (1),  l’atténuation  des  toxines  « ne 
s’obtient  pas  constamment  »;  « certaines  toxines  échappent  à 
cette  influence»  ; enfin,  « pour  une  même  toxine,  l’àge,  la  prove- 
nance , le  mode  de  préparation , etc. , agissent  sur  les 
résultats.  » 

L’atténuation  des  toxines  serait  due,  d'après  certains 
auteurs,  à la  chaleur  développée  par  le  passage  du  courant. 

D’après  d’Arsonval,  il  serait  impossible  de  rapporter  cette 
atténuation  des  toxines  à une  élévation  thermique: 

1°  Parce  que  dans  la  plupart  des  expériences,  cette  élévation 
de  température  a été  évitée,  grâce  à des  dispositifs  spéciaux.  * 

2°  Parce  que  l’on  a obtenu,  pour  certains  virus,  une  atté- 
nuation qui  aurait  nécessité,  si  on  avait  voulu  l’obtenir  par  la 
chaleur,  une  élévation  de  température  considérable  + 150°, 
par  exemple,  dans  les  expériences  de  Phisalix. 

D’Arsonval  attribue  l’action  des  courants  de  haute  fréquence 
â des  phénomènes  d’ordre  électrolytique,  « à des  combinaisons 
et  à des  décompositions  alternatives  extrêmement  rapides,  se 
faisant  dans  la  masse  du  liquide,  de  molécule  à molécule,  ne 
s’accompagnant  d’aucun  dégagement  de  produits  libres  pou- 
vant agir  chimiquement  sur  la  toxine.  » 

Il  nous  reste  à signaler  quelques  expériences  relatives  aux 
applicatious  locales. 

Doumer  et  Oudin  (2)  ont,  en  effet,  recherché  l’action  du 
courant  fourni  par  le  résonateur,  «avec  lequel  réchauffement 
est  bien  moins  à craindre  »,  sur  le  bacille  de  Lœtïïer  et  le 
bacille  de  Koch. 

a)  Si  l'on  entoure  de  quelques  spires  du  fil  terminal  du 

(1)  D'Arsonval,  Action  thérapeutique  des  courants  de  haute  fréquence  (Société  J 

de  biologie,  11  juillet  1896). 

(2)  Annales  d'électrohiolojic , septembre-octobre  1900. 


— 111  — 

résonateur  des  milieux  de  culture  ensemencés  en  même  temps 
que  des  milieux  témoins,  on  constate  que  les  cultures  traitées 
ne  subissent,  comparativement  aux  cultures  témoins,  aucune 
modification. 

b)  On  relie  à la  terre,  par  un  fil  de  platine  stérilisé  et  placé 
dans  le  tube,  la  culture  entourée  par  leS  spirales  du  résona- 
teur. Inversement,  on  relie  la  tige  placée  dans  le  tube  à l’ex- 
trémité du  résonateur  et  les  spirales  entourant  le  tube  à la 
terre.  Dans  l’un  et  l’autre  cas  on  n’observe  aucune  modifica- 
tion  de  la  culture. 

c)  Si  l’on  touche  avec  un  fil  de  platine  aux  cultures  men- 
tionnées (Lœffler  et  Koch),  et  si  l’on  attache  ce  fil  à l’extrémité 
d’un  résonateur  en  marche,  électrisant  ainsi  pendant  dix  mi- 
nutes tous  les  germes  recueillis  avec  le  fil,  tous  les  ensemen- 
cements faits  ensuite  avec  ce  fil  sont  positifs. 

Ces  auteurs  concluent  donc  qu’ils  ne  croient  pas  « que 
l’effluvation  de  résonance  soit  bactéricide.  » 

En  somme,  il  semble  ressortir  de  l’ensemble  même  de  toutes 
les  expériences  relatées  dans  ce  chapitre  que  les  courants 
de  haute  fréquence  peuvent,  dans  des  conditions  spéciales , 
comme  le  disait  d’Arsonval,  atténuer  certaines  toxines. 

De  nouvelles  expériences  sont  nécessaires  pour  compléter 
cette  étude. 


TROISIÈME  PARTIE 


PROPRIÉTÉS  THÉRAPEUTIQUES  DES  COURANTS 
DE  HAUTE  FRÉQUENCE 


Les  courants  de  haute  fréquence  ont  été  d’abord  employés 
contre  les  maladies  de  la  nutrition.  Leur  action  sur  la  circu- 
lation, sur  les  échanges  respiratoires,  sur  la  secrétion  urinaire 
etc.,  avaient,  en  effet,  inspiré  et  légitimé  cette  innovation  thé- 
rapeutique. 

Peu  à peu,  cependant,  des  tentatives  heureuses  faites,  de 
divers  côtés,  dans  certaines  affections  de  la  peau  et  des  mu- 
queuses,  dans  quelques  maladies  infectieuses  et  dans  toute 
une  série  de  processus  ou  de  syndromes  divers,  vinrent  élar- 
gir le  cadre  des  affections  justiciables  des  hautes  fréquences.  \ 

L’ensemble  de  faits,  publiés  dans  le  courant  de  ces  dernières  . 
années  (1889-1902)  sur  les  applications  thérapeutiques  de  cette 
nouvelle  forme  de  l’énergie  électrique  est,  somme  toute,  des  < 
plus  complexes.  L’expérience  n’a  pas  encore  été  poursuivie  - 
assez  longtemps  pour  que  tous  ces  faits  soient  également  ^ 
établis.  Pour  certaines  affections,  les  documents  abondent; 
pour  d’autres,  l’étude  est  à peine  ébauchée. 

Il  importe  néanmoins,  à l’heure  actuelle,  de  tenir  compte 
de  tous  les  faits.  Si  ce  chapitre  de  thérapeutique  électrique-; 


— 113  — 

manque,  par  certains  côtés,  de  celte  netteté  qu’une  analyse 
clinique  approfondie  est  seule  capable  de  fournir,  il  n’en  est 
pas  moins  utile  de  réunir  tous  les  matériaux,  qui  parais- 
sent définitivement  acquis,  ainsi  que  ceux  qui  résultent 
d’une  expérience  insuffisante.  Les  uns  et  les  autres  méritent, 
en  effet,  d’attirer  l’attention  : les  premiers'parce  qu’ils  montrent 
que  l’électrothérapie  dispose  d’une  nouvelle  et  précieuse  res- 
source; les  derniers  parce  que,  placés  en  situation  d’attente, 
ils  doivent  inspirer  un  supplément  d’expérience. 

Il  appartiendra  aux  recherches  ultérieures  de  préciser  la 
valeur  thérapeutique  des  hautes  fréquences  dans  les  cas  où 
elle  n’est  pas  encore  suffisamment  établie;  mais  un  travail 
préalable  de  coordination  des  faits  publiés  jusqu’ici  est  lui- 
même  nécessaire.  C’est  précisément  cette  coordination  que 
nous  avons  essayé  de  réaliser  dans  cette  troisième  partie  de 
notre  travail. 

Ainsi  que  nous  l’avons  déjà  dit,  les  processus,  dans  lesquels 
les  courants  de  haute  fréquence  ont  été  utilisés,  sont  très  variés 
et  quelque  peu  disparates.  Il  nous  a donc  paru  avantageux 
d’adopter,  dans  l’exposition  des  faits  observés,  la  division  en 
maladies  générales  dyscrasiques,  maladies  infectieuses  et 
maladies  des  différents  appareils,  division  adoptée  par  tous 
les  traités  de  médecine. 

Cette  classification  des  résultats  que  nous  avons  à énumérer 
aura  du  moins  l’avantage  de  donner  quelque  homogénéité  à 
cette  étude,  en  rapprochant  les  uns  des  autres  les  faits  qui 
se  trouvent  naturellement  reliés  par  la  pathogénie  ou  le  siège 
anatomique  des  affections  auxquelles  ils  se  rapportent. 

On  pourrait  aussi,  il  est  vrai,  rattacher  à chacun  des  modes 
d’application  des  courants  de  haute  fréquence  les  observations 
auxquelles  il  a donné  lieu;  mais,  outre  que  l’expérience  com- 
parative de  ces  divers  modes  d’application,  dans  un  même 
groupe  de  maladies,  n’a  pas  été  poursuivie  d’une  façon  systé- 


â 


- 114  — 


matique,  il  est,  au  contraire,  des  cas  où  l’association  de  ces 
différents  procédés  d’électrisation  paraît  devoir  être  très  avan- 
tageuse. Leurs  effets  ne  peuvent  donc  servir  de  base  à une 
division  suffisamment  tranchée. 

Toutefois,  la  technique,  qui  a permis  d’obtenir  les  résultats 
que  nous  allons  relater,  ne  saurait  être  négligée.  Nous  consa- 
crerons donc,  au  début  de  cette  troisième  partie,  un  chapitre 
spécial  à i’exposéde  quelques  détails  qu’il  est  nécessaire  de 
connaître,  si  l'on  veut  manier  judicieusement  chaque  mode 
d’application  et,  dans  la  suite,  nous  indiquerons,  à propos 
des  différentes  affections  traitées  par  les  hautes  fréquences, 
le  mode  opératoire  auquel  on  a eu  recours. 


CHAPITRE  I 


Utilisation  thérapeutique  des  différents  modes  d'appli- 
cation des  courants  de  haute  fréquence. 

Chacun  des  modes  d’application  des  courants  de  haute 
fréquence  comporte  sa  technique  propre  et  nécessite  des 
précautions  particulières. 

On  distingue,  ainsi  que  nous  l’avons  dit,  quatre  procédés 
d’électrisation  par  les  hautes  fréquences  : 

1°  Les  applications  directes  ou  par  dérivation  ; 

2°  L’autoconduction  ; 

3°  L’application  par  condensation  ; 

4°  Les  applications  locales. 

Dans  notre  première  partie,  nous  avons  déjà  exposé  (1)  à 
propos  de  chacun  de  ces  modes  d’application,  leur  principe, 
leurs  particularités,  au  point  de  vue  physique,  et  les  détails 
relatifs  à leur  graduation  et  à leur  mesure.  Nous  nous  borne- 
rons donc  à rappeler  brièvement,  dans  ce  chapitre,  ces  quel- 
ques notions  fondamentales,  et  nous  insisterons  surtout  sur 
les  considérations  qui  se  rattachent  exclusivement  à l’emploi 
thérapeutique  de  ces  procédés  d’électrisation. 


ARTICLE  I.  — Applications  directes  ou  par  dérivation 


Ce  mode  d’application  consiste,  ainsi  que  nous  l’avons  dit 
précédemment  (2),  à relier  le  malade  à deux  points  du  solé- 

(1)  Voir:  Première  partie,  chapitres  IV  et  V. 

(2)  Première  partie,  chapitre  IV,  p.  39. 


noïde  qui  fait  partie  de  tous  les  appareils  utilisés  pour  la  pro- 
duction des  hautes  fréquences.  Le  sujet  que  l’on  place  ainsi 
en  dérivation  sur  ce  solénoïde,  parcouru  par  les  oscillations 
de  H.  F.,  est  traversé  lui-même  par  ces  courants. 


• A M 

Figure  19. 

Schéma  du  dispositif  des  applications  directes. 

A.  — Millampèremètre  universel  de  d'Arsonval. 

M.  — Corps  du  malade. 

C.  C'.  — Les  deux  extrémités  du  solénoïde. 

La  ligne  pointillée  représente  l’une  des  positions  du  contact  mobile  C”  qui  per- 
met de  faire  varier  l'intensité. 


Ce  procédé  d’électrisation,  que  l’on  désigne  communément 
sous  le  nom  d’applications  directes  ou  par  dérivation,  est 
constitué  par  des  applications  bipolaires  continues. 

Electrodes.  — Le  malade  est  mis  en  communication  avec 


— 117 


chacun  des  deux  pôles  (1)  par  des  électrodes  de  formes  et 
de  dimensions  diverses  suivant  les  régions  que  l’on  veut 
soumettre  au  passage  du  courant. 

On  se  sert,  en  général,  d’électrodes  métalliques  : plaques 
ou  manettes  qui,  au  moyen  de  fils  bifurqués,  peuvent  être 
placées,  en  nombre  Suffisant,  pour  introduire  en  même  temps, 
dans  le  circuit,  plusieurs  parties  du  corps. 

Ces  électrodes  peuvent  être  mises  en  contact  immédiat 
avec  les  téguments  ou  après  interposition  de  peau  de  chamois, 
de  ouate  ou  de  flanelle  imbibées  d’eau. 

Elles  doivent  avoir  des  dimensions  assez  considérables  et 
être  exactement  moulées  sur  la  région,  de  façon  à réaliser  un 
excellent  contact.  On  pourra  ainsi  atteindre  des  intensités 
plus  élevées  et  on  évitera,  du  même  coup,  l’érythème  ou  les 
petites  brûlures  que  l’on  observe  parfois  lorsque  l’électrode 
a des  dimensions  insuffisantes  ou  se  trouve  inégalement 
appliquée. 

On  a recours,  dans  certains  cas,  pour  augmenter  la  surface 
de  pénétration  du  courant  et  pour  diminuer  la  densité,  à des 
cuves  remplies  d’eau  dans  lesquelles  on  fait  plonger  les  mains 
ou  les  pieds  du  malade.  Ces  cuves  sont  alors  reliées  au  solé- 
noïde de  H.  F.  par  une  électrode  en  charbon  ou  par  une 
plaque  métallique. 

Variations  de  technique.  — Ce  qui  précède  se  rapporte 
aux  applications  directes  stabiles  pour  lesquelles  le  malade  est 
relié  à deux  points  du  solénoïde  de  H.  F.,  par  des  électrodes 
fixes. 

On  pourra  quelquefois  avoir  intérêt  à pratiquer  l’électrisa- 
tion labile.  Le  sujet  sera  alors  relié  au  solénoïde,  d’une  part, 

(1)  Le  mot  pôle  est  employé  ici  pour  désigner  les  points  du  solénoïde  où  l’on 
effectue  les  prises  de  courant,  afin  d’établir  une  dérivation. 


— 118  — 


au  moyen  d une  électrode  fixe,  de  l’autre,  au  moyen  d’une 
clectiode  mobile.  Celle-ci  sera  alors  munie  d’un  manche  iso- 
lant, solide,  que  l’on  puisse  avoir  commodément  en  main,  de 
façon  que  le  déplacement  sur  la  peau  soit  parfaitement  continu. 

Ainsi  que  nous  l’avons  dit  plus  haut,  ces  applications  direc- 
tes, telles  qu’on  a du  moins  l'habitude  de  lés  décrire  et  qu’elles 
soient  d ailleurs  stabilesou  labiles,  sont  des  applications  bipo- 
laires continues.  Ces  derniers  termes  nous  paraissent  néces- 
saires pour  séparer  ce  mode  d’électrisation  par  les  hautes 
fréquences  de  certains  modes  opératoires  dans  lesquels  le 
malade  se  trouve,  soit  en  dérivation  sur  un  seul  pôle,  soit  en 
dérivation  sur  les  deux  pôles,  mais  dans  un  circuit  discontinu . 

Cette  distinction  a son  importance,  au  point  de  vue  théra- 
peutique, car  les  effets  obtenus  seront  différents  suivant  la 
technique  adoptée. 

Les  dérivations  monopolaires  (1),  d’ailleurs  fort  peu  em- 
ployées, se  distinguent  très  nettement  des  applications  direc- 
tes proprement  dites. 

Il  est  nécessaire,  au  contraire,  d’attirer  ici  l'attention  sur  les 
particularités  inhérentes  aux  dérivations  bipolaires  discon- 
tinues. 

La  discontinuité  du  circuit  rend  possible,  en  effet,  la  pro- 
duction d’étincelles  qui  provoquent  une  révulsion  parfois 
considérable  et  des  phénomènesd’excitation  neuro-musculaire 
qu’on  n’observe  pas  avec  les  applications  directes. 

Soit,  par  exemple,  un  malade  relié  à une  extrémité  du  solé- 
noïde  par  une  large  électrode  fixe  et  à l’autre  extrémité  par 
un  balai  de  fils  métalliques  que  l’on  promène  sur  la  peau.  Dans 
ce  cas,  le  courant  est  pris  directement  sur  le  solénoïde,  le  sujet 
est  placé  en  dérivation  et  le  circuit  est,  à certains  moments, 
fermé,  comme  avec  les  plaques  métalliques  utilisées  pour  les 


(1)  Voir  pages  44  et  45. 


— 119  - 

applications  directes  telles  que  nous  les  avons  décrites.  Il 
importe  de  remarquer  cependant  que  la  densité  considéra- 
ble du  courant,  au  niveau  du  point  de  contact  de  chaque  fil 
du  balai,  produit  une  révulsion  plus  ou  moins  intense. 
En  outre,  le  déplacement  du  balai  amène  quelque  discon- 
tinuité dans  le  contact  immédiat  avec  la  peau,  produit  des 
variations  d’intensité  et  rend  possible  l’excitation  des  nerfs 
sensitifs  et  moteurs. 

A cause  de  ces  particularités,  il  est  donc  nécessaire  de 
différencier  ce  dernier  mode  d’électrisation  de  celui  que  nous 
avons  décrit  dans  ce  chapitre,  quoiqu’ils  puissent  paraître 
très  voisins  l’un  de  l’autre. 

Dès  que  la  discontinuité  apparaît  dans  l’application,  le  pro- 
cédé se  rapproche,  au  point  de  vue  de  ses  effets,  des  appli- 
cations locales  que  nous  décrirons  plus  loin  (Article  IV). 


Réaction  provoquée  par  les  applications  directes.  — 

L’impression  immédiate,  accusée  par  les  malades,  est  à peu 
près  nulle  et  se  réduit,  lorsque  l'application  s’effectue  dans 
des  conditions  satisfaisantes,  à une  légère  sensation  de  cha- 
leur au  niveau  des  électrodes  ou  dans  leur  voisinage. 

Ainsi  que  nous  l’avons  déjà  signalé,  lorsque  l’application 
est,  au  contraire,  défectueuse,  le  malade  peut  éprouver  une 
sensation  de  brûlure  et  en  présenter  tous  les  signes.  Sudnik 
a observé  de  véritables  ulcérations  dues  aux  bosselures  des 
plaques,  et  nous-mêmes  avons  dû  renoncer  à traiter  par  ce 
procédé  une  malade  qui  ne  pouvait  supporter  la  température 
à laquelle  était  porté  un  tampon  de  charbon  (1)  recouvert 
de  ouate  mouillée. 

Nous  avons  également  observé  des  malades  qui  accusaient 

(1)  La  surface  de  ce  tampon,  que  nous  avions  choisi  pour  localiser  l’action 
du  courant,  mesurait  25  centimètres  carrés  environ. 


— 120  — 


une  vive  douleur  dès  qu’on  lançait  le  courant  dans  le  circuit  et 
chez  lesquels  la  douleur  devait  être  rapportée  à des  lésions  de 
la  peau  sousjacenteà  l’électrode,  puisqu’il  suffisait  de  déplacer 
celle-ci  pour  faire  cesser  toute  sensation  désagréable. 

Il  sera  également  utile,  afin  d’éviter  aux  malades  une  impres- 
sion douloureuse,  de  maintenir  les  fils  par  des  supports  isolants. 
Si  l’on  ne  prend  pas  cette  précaution,  il  peut  arriver,  en  effet, 
que  l’un  des  fils  vienne  toucher  une  partie  des  téguments  dans 
des  conditions  telles  que,  malgré  l’isolement  du  fil,  des  étin- 
celles trè3  désagréables  jaillissent  entre  le  cuivre  et  la  peau. 
Dans  ce  cas  on  peut  observer  encore  de  véritables  brûlures. 

Consécutivement  aux  séances  d’électrisation  par  les  appli- 
cations directes,  on  observe  des  effets  divers,  suivant  les 
malades,  effets  que  l’on  peut  rapporter,  comme  nous  le  ver- 
rons, dans  la  suite,  à une  action  analgésique,  vaso-motrice, 
résolutive  et  trophique  manifeste. 

On  observe  parfois  une  certaine  lassitude  durant  les  quelques 
heures  qui  suivent  les  séances  de  traitement,  lassitude  localisée 
aux  membres  électrisés,  par  exemple,  et  qui  ne  persiste  pas; 
mais  ce  fait  est  loin  d’être  fréquent. 


Intensité.  — Durée  et  nombre  des  séances.  — On  fait  t 
varier  l’intensité  du  courant,  dans  le  circuit  dérivé  dont 
fait  partie  le  malade,  en  faisant  varier  le  nombre  de  spires  du 
solénoïde  de  haute  fréquence  introduites  dans  le  circuit. 

On  peut,  à cet  effet,  modifier  le  point  de  contact  de  l’un  des  ^ 
rhéophores  sur  ce  solénoïde,  l’autre  restant  fixé  au  même  point. 
On  rapproche  ou  l'on  éloigne  ainsi  plus  ou  moins  les  deux  prises 
de  courant;  mais  ce  procédé  a l’inconvénient  de  prolonger  les 
tâtonnements  nécessaires  pour  obtenir  l’intensité  recherchée.  J 
Un  dispositif  beaucoup  plus  simple  est  le  suivant: 

Les  deux  fils  conducteurs  sont  fixés  à demeure  aux  deux  * 
extrémités  du  solénoïde.  Une  tige  métallique  rectiligne,  rao-  ; 


— 121  — 


bile  à l’intérieur  de  ce  solénoïde,  tige  dont  une  extrémité  est 
constamment  reliée  à l’un  des  pôles  du  solénoïde  et  dont 
l’autre  extrémité  prend  contact,  au  moyen  de  ressorts,  sur  une 
spire  plus  ou  moins  éloignée  de  l’autre  pôle,  suivant  la  position 
qu’on  lui  donne,  permet  de  faire  varier  très  rapidement  l’inten- 
sité. On  peut,  de  cette  façon,  passer,  en  quelques  secondes, 
de  0 à 700  ou  800  ma.  par  exemple.  Il  suffit  de  retirer  ou  d’en- 
foncer la  tige  dans  l’axe  du  solénoïde. 

A mesure  qu’on  introduit  des  spires  dans  le  circuit,  en  effet, 
la  self-induction  du  solénoïde  et,  par  suite,  sa  résistance  appa- 
rente augmentant,  une  plus  grande  fraction  du  courant  passe 
dans  le  circuit  dérivé.  Lorsqu’on  diminue  le  nombre  de  spires, 
le  phénomène  inverse  se  produit  (1). 

Le  solénoïde  de  haute  fréquence  joue  donc,  dans  les  appli- 
cations directes  ou  par  dérivation,  le  rôle  d’un  rhéostat. 

Il  n’est  guère  possible  d’indiquer  quelle  intensité  il  faut  em- 
ployer. Le  médecin  devra,  dans  chaque  cas,  procéder  avec 
prudence. 

Les  premières  séances  de  traitement  surveillées  avec  soin, 
et  la  réaction  du  malade  le  renseigneront  vite  sur  l’opportu- 
nité d’une  diminution  ou  d’une  augmentation  de  l’intensité. 

Il  semble  cependant  qu’il  y ait  intérêt,  dans  la  plupart  des 
cas,  à ne  pas  utiliser  moins  de  300  milliampères.  C’est  du 
moins  l’opinion  de  Sudnik,  à propos  des  névralgies.  Cet  auteur 
déclare  (2)  qu’il  obtenait  une  amélioration  manifeste,  lorsqu’il 
employait  des  intensités  de  300  à 400  ma.  ; tandis  que  l’effet 
était  nul,  lorsqu’il  n’employait  que  100  ma.  Nous  avons  nous- 
même  recouru  pour  ces  applications,  dans  un  très  grand  nombre 
de  cas,  aux  intensités  de  400  à 500  ma.  et  nous  avons  obtenu 

(1)  Voir:  Première  Partie,  chapitre  111.  Effets  d’induction.  Expérience  I. 

(2)  Sudnik,  Action  thérapeutique  locale  des  courants  de  haute  fréquence. 

( Annales  d'Electrnbiologie,  mai-juin  1899). 


— 122  — 


d’excellents  résultats.  Pour  certaines  névrites,  nous  avons 
atteint,  avec  avantage,  semble-t-il,  les  chiffres  de  700  et  800  ma. 

On  peut  utiliser  pour  la  mesure  le  milliampèremètre  uni- 
versel de  d’Arsonval,  qui  fournit  des  indications  rapides  et 
qui  est  un  appareil  véritablement  utile  en  clinique. 


On  ne  peut  pas  fixer  de  règles  relatives  à la  durée  des 
séances  de  traitement  ou  à leur  répétition.  En  général,  nous 
avons  prolongé  les  applications  durant  dix  minutes  et  nous  les 
avons  renouvelées  trois  fois  par  semaine.  Dans  certains  cas, 
leur  durée  plus  longue  (quinze  minutes)  ou  leur  répétition  quo- 
tidienne nous  ont  paru  accélérer  l’amélioration.  Ces  conditions 
doivent  varier  avec  la  nature  de  la  maladie  et  avec  la  tolérance 
du  malade. 


ARTICLE  II.  — Autoconduction 

Nous  avons  déjà  exposé  (1)  en  quoi  consiste  ce  mode  d’ap- 
plication. Le  sujet  que  l’on  veut  soumettre  à l’autoconduction 
est  placé  dans  un  grand  solénoïde,  sans  communication  mé- 
tallique avec  lui.  Ce  solénoïde,  étant  parcouru  par  le  courant 
de  haute  fréquence,  induit  des  courants  extrêmement  puissants, 
non  seulement  à la  surface  du  corps,  mais  jusque  dans  l’inti- 
mité des  tissus. 

On  utilise  difiérents  modèles  de  solénoïdes,  les  uns  verti- 
caux, les  autres  horizontaux,  que  nous  avons  déjà  décrits  (2) 
et  dont  les  dimensions  sont  suffisantes  pour  qu’un  malade 
puisse  s’y  tenir  debout  ou  couché,  suivant  les  cas.  Le  sujet,  qui 
se  trouve  ainsi  entouré  des  spires  de  l’appareil,  semble  enfermé 


(1)  Première  partie,  chapitre  IV. 

(2)  Ibid. 


— 123  — 


dans  une  cage  métallique  ; aussi  désigne-t-on  quelquefois  ce 
mode  d’application  sous  le  nom  de  procédé  de  la  cage. 

Variations  de  technique.  — L’autoconduction,  telle 
que  l’a  définie  d’Arsonval,  se  distingue  de  toutes  les  autres 
méthodes  d’électrisation  par  l’absence  de  tout  contact  éta- 
blissant une  communication  entre  le  courant  et  le  malade. 
Celui-ci  est  simplement  plongé  dans  le  champ  magnétique 
oscillant  engendré  par  le  solénoïde. 

Certains  auteurs  ont  eu  recours  à une  technique  différente 
qui  modifie  notablement  ce  mode  d’application. 

Dans  les  articles  qu’ils  ont  consacrés  à l’action  thérapeutique 
des  hautes  fréquences,  Apostoli  (1)  et  ses  collaborateurs 
décrivent,  en  effet,  deux  modalités  du  procédé  de  la  cage  : 

1°  La  cage  sans  contact  qui  représente  l’autoconduction 
telle!  que  nous  l’avons  décrite. 

2°  La  cage  « avec  contact  complémentaire  et  simultané 
du  malade,  par  les  mains,  à l’un  des  pôles  du  solénoïde.  » Dans 
ces  conditions,  le  sujet  en  traitement  est  en  dérivation  mono- 
polaire sur  le  solénoïde,  en  même  temps  qu’il  est  soumis  à 
l’autoconduction. 

Réaction  provoquée  par  l’autoconduction.  — S’il  est 
vrai,  au  point  de  vue  physiologique  (2),  que  les  courants  in- 
duits qui  prennent  naissance  dans  le  corps  du  sujet  soumis  à 

(1)  Apostoli  et  Berlioz,  Sur  l’action  thérapeutique  générale  des  courants  ulter 
natif»  de  haute  fréquence  (Communication  au  Congrès  international  de  Moscou 
Archives  d’Électr.  méd.,  1897). 

Apostoli,  Essai  de  synthèse  thérapeutique  de  la  Franklinisation  et  des  courants 
de  haute  fréquence  ( Annales  d'Électrobiol.,  1898). 

Apostoli  et  Laquerrière,  De  l’action  thérapeutique  des  courants  de  haute  fré- 
quence dans  l arthritisme  (Communication  à la  Société  française  d'électrothe- 
rapie.  Annales  d'Électrobiol.,  1899). 

(2)  Voir:  Deuxième  partie,  chapitre  I,  p.  65. 


— 124  — 

l’autoconduction,  n’exercent  aucune  action  sur  la  sensibilité 
générale  ou  la  contractilité  musculaire,  il  est  nécessaire,  au 
point  de  vue  clinique,  de  Faire  observer  que  tous  les  malades 
ne  réagissent  pas  de  la  même  façon  à ce  mode  d’application. 

C’est  certainement  sous  cette  forme  que  les  courants  de 
haute  fréquence  éveillent  le  plus  souvent  et  le  plus  facilement 
les  susceptibilités  individuelles.  Ces  susceptibilités  particu- 
lières se  traduisent  par  des  réactions  diverses  qui  peuvent 
même  atteindre  l’intolérance  absolue. 

Pendant  les  séances  d’autoconduction,  la  plupart  des  ma- 
lades n’éprouvent  aucune  impression.  Il  en  est  cependant  qui 
accusent,  sans  en  être  incommodés,  soit,  de  légers  picotements, 
soit  une  faible  sensation  de  chaleur  5,  la  face.  Il  est  facile  d’éli- 
miner la  suggestion,  en  supprimant  la  lampe  qui  renseigne 
sur  le  fonctionnement  de  l’appareil.  On  peut  ainsi  interroger 
les  malades  dans  des  conditions  d’expérience  que  1 on  lait 
varier  à leur  insu. 

Enfin,  dans  quelques  cas,  on  peut  observer  des  troubles 
assez  marqés  sur  lesquels  Apostoli  a attiré  l’attention. 

« C’est  tantôt  du  vertige,  tantôt  du  mal  de  tête  avec  impos- 
sibilité de  lire,  quelquefois  même  des  nausées;  en  un  mot, 
toute  une  série  de  troubles  congestifs,  céphaliques,  qui  don- 
nent à certains  malades  un  malaise  immédiat  et  rapide  avec 
une  impression  d ébriété. 

» Cette  réaction,  qui  se  manifeste  souvent  dès  le  début  de 
la  séance,  peut  s’accuser  immédiatement  après,  dans  les  heures 
qui  suivent,  par  une  fatigue  et  une  lassitude  extrêmes  et,  quel- 
quefois même,  peut  aller  jusqu’au  réveil  d’anciennes  douleurs 
qui  paraissaient  assoupies.  » 

D’après  Apostoli,  l’intolérance  pour  les  hautes  fréquences, 
quand  elle  existe,  atteint  son  maximum  pour  la  cage  sans 


(1)  Apostoli,  loc  cit. 


— 125  — 


contact,  c’est-à-dire,  pour  l’autoconduction  pure;  elle  est 
moindre  pour  la  cage  avec  le  contact  simultané  des  deux 
mains  à un  pôle  du  solénoïde;  ce  sont  surtout  les  hystériques 
anesthésiques  qui  présentent,  avec  toute  une  échelle  d’inten- 
sité, de  variété,  de  localisation  et  de  durée, *ces  réactions 
d’intolérance. 

A côté  de  ce  premier  groupe  de  malades,  cet  auteur  place, 
en  outre,  celui  des  débilités,  comprenant  les  rhumatismants 
séniles,  certains  diabétiques,  les  anémiques  ou  chloro-anémi- 
ques,  « chez  lesquels  on  peut  observer,  comme  réaction,  à la 
suite  des  séances,  tous  les  degrés  de  courbature,  depuis  la 
simple  lassitude,  jusqu’à  l’impression  de  surmenage.  » 

Ces  observations  d’Apostoli  se  rapportent  donc  à des  cas 
spéciaux  qu’il  a eu  soin  de  préciser. 

Il  est  juste  de  rappeler,  après  cet  exposé,  en  considérant 
non  plus  des  catégories  spéciales,  mais  la  généralité  même 
des  malades  soumis  à l’autoconduction,  que  ce  mode  d’appli- 
cation provoque  rarement,  surtout  pendant  la  séance,  des 
troubles  aussi  accentués. 

Nous  avons  observé,  de  notre  côté,  un  très  grand  nombre 
de  malades  traités  par  l’autoconduction.  Voici  les  constata- 
tions que  nous  avons  pu  faire. 

Tantôt  les  malades  n’accusent  aucune  sensation  ni  pendant, 
ni  après  la  séance  de  traitement. 

Tantôt  ils  éprouvent  de  légers  picotements  et  une  faible 
sensation  de  chaleur  à la  face  pendant  leur  séjour  dans  le 
solénoïde. 

Tantôt  enfin,  ils  se  plaignent,  au  sortir  du  solénoïde,  d’un 
légerdegré  de  vertige,  d’une  tendance  à l’éblouissement,  d’un 
certain  trouble  dans  la  perception  des  objet  environnants, 
toutes  sensations  qu’ils  comparent  volontiers  à un  commen- 
cement d’ébriété  et  qui  peuvent  être  ressenties  à des  degrés 
divers  suivant  les  sujets. 


— 126  — 

Ces  différentes  sensations  nous  paraissent  dépendre,  d’après 
les  faits  que  nous  avons  pu  analyser,  de  deux  facteurs  prin- 
cipaux : 1°  la  susceptibilité  individuelle  ; 2°  la  durée  des 
séances. 

L’importance  du  premier  de  ces  facteurs  a été  bien  mise  en 
évidence  par  Apostoli,  par  l’étude  des  cas  où  cette  réaction 
est  poussée  à l’extrême  et  arrive  à constituer  une  contre- 
indication  de  l’emploi  de  l’autoconduction. 

Nous  avons  également  rencontré  des  malades  qui  n’ont 
jamais  pu  supporter  les  séances  d’autoconduction,  à cause  du 
malaise  que  ce  mode  de  traitement  leur  procurait  durant  toute 
la  journée,  sans  qu’il  fût  possible  de  rapporter  cette  intolé- 
rance à une  cause  apparente. 

Elle  est  également  démontrée  par  l’absence  de  toute  réac- 
tion, chez  un  grand  nombre  de  malades  soumis  à ce  mode  de  ' 
traitement  dans  les  mêmes  conditions  qui,  chez  d’autres, 
déterminent  l’apparition  de  quelques  troubles. 

L’inlluence  de  la  durée  des  séances  nous  paraît  ressortir 
manifestement  des  faits  suivants: 

Des  séances  d’autoconduction  d’une  durée  déterminée  et 
toujours  égale,  provoquent,  au  début,  chez  certains  malades, 
une  réaction  anormale  qui  s’atténue  promptement  et  finit  par 
disparaître. 

D’autres  malades  n’ayant  présenté,  à la  suite  d’une  première 
séance,  aucun  trouble  appréciable,  réagissent  d’une  façon 
anormale  à la  suite  de  la  deuxième,  si  celle-ci  est  notablement 
plus  longue. 

Enfin  une  augmentation  brusque  de  la  durée  habituelle  des 
séances  peut  déterminer  l’apparition  de  quelques  troubles,  - 
chez  des  malades  qui  n’avaient  présenté,  jusque-là,  rien  de 
particulier  à ce  point  de  vue,  ou  bien  reproduire  les  phéno- 


— 127  — 

mènes  de  légère  intolérance  chez  des  sujets  qui  ne  les  accu- 
saient plus  depuis  un  certain  temps. 

L’influence  de  la  durée  des  séances  est  donc,  en  réalité, 
assez  complexe,  car  elle  varie  elle-même  avec  les  sujets. 

Les  faits  que  nous  venons  d’énumérer  démontrent  que  la 
répétition  des  séances  peut  amener  une  véritable  accoutu- 
mance à l’autoconduction. 

En  résumé,  on  observe  donc: 

1°  Des  cas  de  tolérance  remarquable  ; 

2°  Des  cas  d’intolérance  absolue,  liée  à des  conditions 
individuelles  ; 

3°  Des  cas  d’intolérance  relative,  simplement  passagère, 
liée  aux  conditions  même  de  l’application  et  qui  ne  tarde  pas 
à faire  place  à l’accoutumance  (1). 

La  distinction  de  ces  différentes  formes  de  réaction  nous 
parait  très  importante,  car  elle  doit  inspirer  quelques  précau- 
tions dans  l’emploi  thérapeutique  de  l’autoconduction. 

En  vertu  des  considérations  qui  précèdent,  il  y aura  toujours 
intérêt,  en  effet,  à commencer  le  traitement  par  des  séances 
dont  la  durée  sera  d’abord  très  courte  et  progressivement 
augmentée.  Cette  façon  de  procéder  permettra  de  se  rendre 
compte  des  intolérances  individuelles  en  réduisant  au  mini- 
mum les  troubles  provoqués  par  les  applications.  Elle  aura, 
en  outre,  l’avantage  d’éviter  aux  malades  qui  peuvent  béné- 

(1)  Cette  accoutumance  elle-même  nous  a paru  variable  avec  les  sujets. 
Nous  avons  eu  l'occasion,  en  effet,  d’observer  par  exemple  une  malade  dont 
le  traitement  fut  interrompu  plusieurs  fois  et  pour  laquelle  il  fallut  user,  à 
chaque  reprise,  des  mêmes  précautions  dans  l’application  du  traitement. 
D’autres,  au  contraire,  ayant  suivi  un  long  traitement  et  ayant  été  soumis 
à des  séances  que  l’on  prolongeait  jusqu’à  trente  minutes,  pouvaient,  sans 
inconvénient,  après  une  interruption,  reprendre  leur  traitement  par  de  longues 
séances. 


— 128  — 

licier  de  ce  mode  d’électrisation,  une  première  impression 
désagréable  et  souvent  môme  décourageante. 

Les  troubles  que  nous  avons  décrits,  s’ils  sont  négligeables 
quand  ils  sont  légers,  peuvent,  au  contraire,  s’ils  sont  accen- 
tués, inquiéter  des  malades  non  prévenus.  Il  est,  d’ailleurs, 
possible,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  dit,  que  ces  phénomènes, 
au  lieu  de  durer  quelques  secondes,  comme  cela  a lieu  le  plus 
souvent,  se  prolongent  pendant  quelques  heures.  Nous  avons 
observé  ainsi  des  malades  qui  conservaient  une  céphalée  assez 
intense  durant  quatre  ou  cinq  heures. 

Ces  particularités  nous  ont  naturellement  amené  à réduire 
systématiquement  la  durée  des  premières  séances  d’aulocon- 
duction  à deux  ou  trois  minutes.  Nous  augmentons  graduelle- 
ment leur  durée,  dans  la  suite.  Il  ne  saurait  d’ailleurs  y avoir, 
à ce  point  de  vue,  de  règle  absolue. 

Cette  sorte  de  posologie  de  l’autoconduction  constitue  le 
point  le  plus  important  de  la  pratique:  elle  est  laissée  tout 
entière  au  discernement  du  médecin.  Nous  savons,  en  effet  (1), 
que  la  graduation  et  la  mesure  des  effets  d’induction  auxquels 
on  soumet  le  malade,  ne  sont  pas  réalisées  d’une  façon  bien 
précise. 

Il  y a certainement  lieu  de  regretter  que  nous  ne  possédions  1 
pas  un  appareil  d’un  maniement  facile,  fournissant  rapide- 
ment des  indications  assez  exactes  sur  les  courants  d’induction 
dont  le  corps  du  malade  est  le  siège. 

ARTICLE  III.  — Application  par  condensation 

L’application  par  condensation  consiste,  ainsi  que  nous 
l’avons  dit  (2),  à placer  le  malade  dans  des  conditions  telles  . 


(1;  Voir:  Première  partie,  chapitre  V,  p.  58. 
(2)  Voir  : Première  partie,  chapitre  IV. 


— 129  — 


qu’il  constitue  l’une  des  armatures  d’un  condensateur.  La 
figure  13  (Voy.  p.  44)  montre  la  disposition  schématique  des 
appareils  utilisés  à cet  etlet. 

Nous  nous  bornons  à rappeler  que  le  malade  est  mis  en 
communication  avec  l’une  des  extrémités  du  sblénoïde  de 
haute  fréquence,  et  qu’il  est  séparé  de  la  lame  métallique 
reliée  à l’autre  extrémité  et  constituant  la  deuxième  arma- 
ture du  condensateur  par  un  matelas  isolant  qui  représente 
lui-même  le  diélectrique. 

Variations  de  technique.  — Nous  avons  déjà  signalé 
qu’on  se  contentait  parfois  de  relier  le  corps  du  malade  à 
l’une  des  extrémités  du  solénoïde  de  haute  fréquence  ; mais 
ce  mode  d’application,  qu’on  désigne  sous  le  nom  d’application 
monopolaire,  a été  bien  peu  employé. 

Réaction  provoquée  par  l’application  par  conden- 
sation. — Les  sujets  soumis  à l’application  par  condensation 
n’éprouvent,  généralement,  à l’état  physiologique,  qu’une 
sorte  de  frémissement  dans  les  mains,  au  point  de  contact 
immédiat  avec  le  courant.  Cette  sensation,  d’après  Apostoli, 
« est  toujours  bien  tolérée  et  ne  doit  jamais  aller  jusqu’à  la 
douleur.  » 

Il  est  facile  de  constater  que  le  sujet  placé  sur  le  lit  con- 
densateur est  cependant  réellement  électrisé.  Si  l’on  effleure 
du  bout  des  doigts  ses  téguments,  on  perçoit,  en  effet,  de 
petites  étincelles  qui  ne  sont,  d’ailleurs,  nullement  doulou- 
reuses. Si  l’on  approche  la  main  de  la  tête  du  patient, 
sans  tirer  d’étincelles,  celui-ci  éprouve  le  plus  souvent  une 
sensation  particulière  qu’il  lui  est  difficile  de  définir  et  dont 
il  rend  compte  en  disant  qu’il  se  sent  la  tâte  lourde. 

Dans  les  conditions  ordinaires  de  l’application,  quoique  le 
courant  auquel  est  soumis  le  malade  soit  assez  puissant,  les 


9 


— 130  — 

sensations  immédiates  provoquées  par  ce  mode  d’électrisation 
sont  donc  généralement  négligeables. 

Il  est  intéressant  de  faire  remarquer,  à ce  sujet,  que  l’ap- 
plication par  condensation  est  habituellement  mieux  supportée 
par  les  malades  que  l’autoconduction. 

Nous  avons  insisté,  dans  l’article  précédent,  à propos  de 
l’autoconduction  sur  les  réactions  d’intolérance  provoquées, 
dans  certains  cas,  par  les  hautes  fréquences.  Apostoli  que 
nous  avons  cité  à ce  sujet  déclare  précisément  que  l’intolé- 
rance se  manifeste  à un  degré  moindre  sous  l’intluence  du  lit 
condensateur  que  sous  l’influence  du  grand  solénoïde,  pour 
la  plupart  des  malades. 

Cet  auteur  apporte  cependant  une  restriction  à cette  règle 
pour  ceux  qu’il  a appelés  des  débilités,  c’est-à-dire,  pour  les 
rhumatisants  séniles,  certains  neurasthéniques,  certains  dia- 
bétiques et  les  anémiques  ou  chloro-anémiques.  On  constate, 
en  effet,  chez  eux,  d’après  lui,  que  « c’est,  au  contraire,  le 
lit  condensateur  qui  est  plus  fatiguant  que  la  cage.  » 

Intensité.  — Durée  des  séances.  — L’intensité  du  cou- 
rant auquel  est  soumis  le  malade  varie  avec  le  réglage  de 
l’appareil  producteur.  On  pourra  donc  la  faire  varier  en  mo- 
difiant ce  réglage.  Elle  peut  d’ailleurs  être  mesurée  en  plaçant 
le  galvanomètre  universel  (Fig.  18  ) en  tension  sur  le  circuit. 

Les  documents  manquent  pour  établir  l’influence  de  l’inten- 
sité du  courant  et  de  la  durée  des  séances  sur  les  résultats 
thérapeutiques. 

ARTICLE  IV.  — Applications  locales 

Parmi  les  différents  modes  d’utilisation  des  courants  de 
haute  fréquence,  les  applications  locales  sont  certainement 
celles  dont  la  technique  présente  le  plus  de  variations. 


Des  modifications  diverses  ont  été  successivement  intro- 
duites dans  la  pratique,  modifications  qui  présentent  chacune 
leur  avantage,  à des  points  de  vue  différents,  et  qu’il  est  néces- 
saire de  connaître,  si  l’on  veut  tirer  de  ce  mode  d’électrisation 
le  meilleur  parti  possible. 

Nous  avons  indiqué  précédemment  (1)  que  l’on  pouvait  uti- 
liser, pour  ces  applications  locales,  soit  le  courant  fourni  par 
le  solénoïde  qui  fait  partie  de  l’appareil  producteur  et  qui 
relie  entre  elles  les  armatures  externes  des  condensateurs, 
soit  le  courant  fourni  par  un  résonateur  ou  une  bobine  de 
haute  tension. 


1°  Applications  locales  du  courant  fourni  par  le  9olénoïde 
de  l'appareil  producteur. 

On  utilise,  dans  le  traitement  des  malades  par  ce  procédé, 
des  excitateurs  munis  d’une  sphère,  d’une  pointe  ou  d’un 
pinceau  de  fils  métalliques  et  qui  sont  analogues  à ceux  que 
l’on  emploie  couramment  pour  l’électricité  statique. 

L’excitateur  est  relié,  par  un  fil  souple  isolé,  à l’une  des 
extrémités  du  solénoïde  de  haute  fréquence. 

L’autre  extrémité  du  solénoïde  peut  être  mise  en  commu- 
nication avec  le  malade  au  moyen  d’une  large  plaque  d’étain, 
par  exemple,  ou  avec  le  sol  au  moyen  d’un  conducteur  quel- 
conque. On  peut  également  s’abstenir  de  la  relier  soit  au 
malade,  soit  au  sol. 

Eéaction  provoquée  par  ces  applications  et  varia- 
tions de  technique  . — La  réaction  provoquée  par  ces 
applications  locales  est  quelque  peu  différente,  suivant  la 
technique  qu’on  a adoptée. 


(1)  Voir:  Première  partie,  chapitre  IV. 


Si  l'on  se  contente  d’approcher  de  la  peau  un  excitateur 
réuni  à l’un  des  pôles  du  solénoïde,  sans  compléter  le  circuit 
par  un  contact  avec  l’autre  pôle,  on  obtient  des  étincelles  qui 
provoquent  une  révulsion  d’autant  plus  vive  que  l’action  est 
plus  prolongée.  Cette  révulsion  se  traduit  d’abord  par  une 
légère  rougeur  localisée  ; mais  elle  diffuse  très  vite  et  s’étend 
à une  surface  sensiblement  plus  grande  que  celle  qui  a été 
atteinte  par  l’étincelle.  La  rougeur  persiste  de  vingt-cinq  h 
trente  minutes  après  l’électrisation. 

Si  le  malade  est  relié  en  même  temps  à l’autre  extrémité 
du  solénoïde,  les  étincelles  sont  beaucoup  plus  bruyantes  et 
plus  chaudes  que  dans  le  cas  précédent.  Une  seule  de  ces 
étincelles  sutlit  à déterminer,  sur  une  circonférence  d’un  cen- 
timètre et  demi  ou  deux,  autour  du  point  touché,  une  sorte 
d’anémie  de  la  peau,  qui  devient  d un  blanc  crayeux,  pendant 
que  « les  papilles  du  derme  s'érigent  comme  par  une  forte 
chair  ae  poule.  Cet  état  persiste  pendant  une  ou  deux  mi- 
nutes, suivant  les  sujets,  puis  1 érection  papillaire  disparaît 
peu  à peu,  et  k l’anémie  spasmodique  du  début  succède  une 
teinte  érythémateuse  assez  forte,  persistant  quelquefois  plu- 
sieurs heures.  Chez  certains  sujets  à peau  particulièrement 
sensible,  on  peut,  le  lendemain  encore,  constater  la  présence  ; 
de  cet  érythème.  » Oudin  (1)  déclare  qu  on  peut  meme  voir, 

«si  on  prolonge  l’action  locale,  apparaître,  après  quelques  . 
heures,  une  phlyctène  au  point  touché.  » Nous  avons,  de 
notre  côté,  observé  le  même  phénomène. 

Lorsque  l’extrémité  du  solénoïde  opposée  à celle  que  l’on  ; 
a reliée  k l’excitateur  est  en  communication  avec  le  sol  et  non 
plus  avec  le  malade,  les  effets  sont  un  peu  moins  accentués  1 
que  dans  le  cas  que  nous  venons  d’envisager. 

(1)  Oudiu,  Les  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension  dans  le  Irai-  j 
tement  des  maladies  de  la  peau  et  des  muqueuses  {Annales  délectrohwl.,  1 

1898). 


- 133  — 

Quelle  que  soit  la  technique  employée,  ces  applications 
locales  du  courant  fourni  par  le  petit  solénoïde  de  haute 
fréquence  présentent,  au  point  de  vue  de  leur  utilisation 
thérapeutique,  de  sérieux  inconvénients  que  nous  .avons  déjà 
indiqués  (1),  mais  qu’il  est  utile  de  rappeler  ici  : 

1°  Il  n’est  pas  facile  d’utiliser  exclusivement  l’effluve,  car 
celui-ci  étant  très  nourri  et  ayant  une  longueur  voisine  de 
celle  de  l’étincelle,  il  suffit  d’un  déplacement  minime  de 
l'excitateur  pour  qu’on  obtienne  des  étincelles.  La  graduation 
des  effets  demandés  à ce  mode  d’application  est  donc 
défectueuse  ; 

2°  Les  étincelles  auxquelles  le  malade  se  trouve  soumis, 
soit  qu’on  ait  recours  à cette  forme  de  traitement,  soit 
qu’elles  se  produisent  sans  qu’on  les  ait  recherchées,  sont 
très  douloureuses  et  difficilement  supportables,  alors  même 
qu’on  diffuse  leur  action,  en  employant  un  pinceau  de  fils 
métalliques.  Ainsi  que  nous  l’avons  dit  plus  haut,  elles  sont 
d’ailleurs  susceptibles  de  provoquer  de  petites  brûlures 
toujours  désagréables. 

Ces  diverses  considérations  ont  fait  adopter,  dans  la 
pratique  des  applications  locales,  un  mode  opératoire  tout 
différent,  qui  a permis  une  utilisation  très  large,  facile  à 
proportionner  à chaque  cas,  de  l’effluve  ou  de  l’étincelle  de 
haute  fréquence. 


2°  Applications  locales  au  moyen  d’appareils  qui  élèvent 

la  tension. 

Nous  avons  déjà  donné  la  description  détaillée  des  prin- 
cipaux appareils  employés  pour  élever  la  tension  en  vue  de 
ces  applications  locales  (Voy  première  partie,  p.  47). 

♦ 

(1)  Première  partie,  page  46. 


- 134  - 

On  a utilisé,  dans  la  construction  de  ces  appareils,  soit  les 
puissants  ellets  d’induction,  soit  les  remarquables  propriétés 
de  résonance  des  courants  de  haute  fréquence. 

Ces  applications  peuvent  être  faites  dans  des  conditions 
très  diverses  que  l’on  peut,  jusqu’à  un  certain  point,  faire 
varier  à volonté  de  façon  à réaliser  une  sorte  de  posologie 
très  avantageuse  au  point  de  vue  thérapeutique.  Elles  ont  été 
minutieusement  étudiées  par  Oudin,  qui  a établi  l’influence 
d’un  grand  nombre  de  ces  conditions  que  nous  allons  mainte- 
nant passer  en  revue. 

Certains  détails  de  l’exposé  qui  va  suivre  ont  déjà  été  indi ; 
qués  à propos  de  la  technique  générale,  de  la  graduation  ou 
de  la  mesure  de  ce  mode  d’application.  Il  importe,  cependant, 
de  les  rappeler  ici,  en  y joignant  d’autres  considérations  qui 
n'ont  pas  trouvé  place  dans  notre  première  partie  et  qu’il  est 
également  très  important  de  connaître  si  l’on  veut  manier  les 
applications  locales  avec  discernement  dans  des  cas  cliniques 
différents. 

Variations  de  technique.  — Le  traitement  qu’on  peut 
appliquer  aux  malades  varie,  en  effet,  avec  les  conditions  sui- 
vantes : 

1°  Avec  le  réglage  de  l'appareil  utilisé  pour  élever  la 
tension  ; 

2°  Avec  les  différents  modèles  d’appareils  utilisés; 

3°  Avec  certains  détails  de  construction  d’un  même  type 
d’appareil  ; 

4°  Avec  certaines  conditions  de  l’application  faite  au 
malade  ; 

5°  Avec  les  électrodes  ou  les  excitateurs  employés. 

Réglage  de  l’appareil  employé.  — La  puissance  de 
l’eflluve  ou  des  étincelles  dépend,  pour  un  même  appareil, 


— 135  — 


du  réglage  que  l’on  a réalisé  au  moment  de  l’application. 
Nous  avons  indiqué,  précédemment  (1),  le  principe  et  le  mode 
opératoire  de  ce  réglage. 

Nous  nous  bornons  à rappeler  ici  que  le  rendement  maxi- 
mum d’un  résonateur  est  obtenu  lorsqu’on  établit  un  accord 
parfait  entre  celui-ci  et  le  solénoïde  de  l’appareil  producteur. 

Comme  nous  l’avons  déjà  dit,  on  arrive  à ce  résultat  en 
faisant  varier  le  nombre  de  spires  mises  dans  le  circuit;  on 
modifie  ainsi,  en  effet,  la  self-induction  et  la  capacité,  et  l’on 
arrive  à atteindre  un  rapport  donné  de  ces  deux  valeurs, 
variable  avec  chaque  appareil,  auquel  correspond  le  fonction- 
nement optimum. 

Une  fois  l'accord  établi,  si  l’on  vient  à changer  un  des 
éléments  du  rapport,  soit  la  self,  soit  la  capacité,  les  vibra- 
tions diminuent  rapidement,  l’effluve  ou  les  étincelles  que 
fournit  l’appareil  deviennent  de  plus  en  plus  grêles  et,  finale- 
ment, ne  se  produisent  plus. 

Différents  modèles  d’appareils  employés  pour  élever 
la  tension.  — Avec  les  premiers  résonateurs  employés  poul- 
ies applications  thérapeutiques,  il  suffisait,  comme  le  fait 
remarquer  Oudin,  de  changer  de  quelques  centimètres  le 
point  d’attache  du  fil  souple  reliant  le  solénoïde  de  haute  fré- 
quence et  le  résonateur,  pour  voir  l’étincelle  diminuer  instan- 
tanément d’une  façon  considérable.  « 2 ou  3 centimètres  en 
plus  ou  en  moins  suffisaient  pour  diminuer  de  moitié  la  lon- 
gueur de  l’étincelle.  » 

Ces  appareils  présentaient  donc  un  sérieux  inconvénient, 
car,  lorsqu’on  voulait  diminuer  la  puissance  de  l’effluve  ou 
des  étincelles,  on  obtenait  une  atténuation  brusque  et  trop 
considérable  des  effets. 


(1)  Voir  Première  partie,  chapitre  V. 


136  — 


Les  nouveaux  modèles  qui  permettent  d’obtenir  un  rende- 
ment maximum,  bien  supérieur  à celui  des  précédents,  se 
prêtent  à une  graduation  plus  étendue  et  plus  délicate  de 
leurs  effets.  On  peut  donc,  avec  eux,  arriver,  par  le  seul 
réglage  de  l’appareil,  à proportionner,  dans  une  certaine 
mesure,  le  traitement  local  à la  lésion  contre  laquelle  on  le 
dirige. 


Les  résonateurs  et  les  bobines  bipolaires  présentent,  à leur 
tour,  un  avantage  sur  tous  les  autres  appareils.  Voici  com- 
ment s’exprime  Oudin  à ce  sujet:  « Je  ne  crois  pas  qu’il  l’aille, 
si  on  veut  soumettre  le  malade  tout  entier  aux  oscillations  de 
haute  fréquence,  attacher  une  grande  importance  à ce  carac- 
tère bipolaire,  qui  existe  forcément  avec  un  résonateur  simple 
dont  l’effluve  es'  dirigé  sur  un  malade.  En  effet,  dans  chaque 
moment  du  temps,  alors  qu’un  effluve  positif,  par  exemple, 
se  dirige  sur  une  capacité  comme  le  corps  d’un  malade,  en  face 
de  l’effluve  cette  capacité  prend  un  potentiel  négatif  et  réci- 
proquement quand  le  sens  du  courant  change.  Mais  je  crois 
que  ce  caractère  bipolaire  a le  grand  intérêt  de  créer  une  zone 
de  densité  plus  grande  du  courant  entre  les  deux  pôles  quand 
on  veut  faire  une  application  locale  (1).  » 

Détails  de  construction  d’un  même  appareil.  — Le  dia- 
mètre du  lîl  qui  constitue  les  spires  du  résonateur,  n’a  pas 
grande  importance  au  point  de  vue  de  la  production  de  la  réso- 
nance, comme  le  fait  remarquer  Oudin;  mais  il  a une  influence 
considérable  sur  les  propriétés  physiques  de  l’effluve  et  de 
l’étincelle. 

Si  l’on  emploie  un  fil  fin,  on  obtient  une  étincelle  « maigre, 
longue  et  sinueuse,  très  peu  douloureuse,  l'effluve  est  aussi 
beaucoup  moins  nourri.  Avec  un  fil  de  plus  fort  diamètre, 

(1)  Oudiu,  Action  thérapeutique  du  résonateur  bipolaire  ( Annales  d’élcclrobiol. > 
juillet-août  lOOOj. 


— 137  — 


l’effluve  et  Pélincelle  gagnent  en  puissance,  ceci  étant  en  rap- 
port beaucoup  plus  avec  la  capacité  totale  du  système  qu’avec 
sa  self-induction.  » 

« Si  l’on  ajoute  au  résonateur  une  capacité  annexe  quel- 
conque, son  étincelle  devient  plus  forte  et  plus  douloureuse 
qu’avant.  C’est  pour  cela  que  la  capacité  des  bouteilles  de 
Leyde  doit  être  faible  »,  et  qu’il  ne  faut  pas  faire  entrer,  dans 
la  construction  d’un  résonateur  destiné  aux  usages  thérapeu- 
tiques, des  surfaces  métalliques  inutiles. 

Conditions  de  l’application  au  malade.  — Indépen- 
damment du  modèle  même  de  l’appareil  utilisé  et  du  réglage 
obtenu,  le  médecin  peut  faire  varier,  à son  gré,  certaines  con- 
ditions de  l’application  dont  l’importance  est  également  très 
grande,  au  point  de  vue  des  effets  thérapeutiques. 

Le  courant  fourni  par  le  résonateur-nu  la  bobine  de  haute 
tension,  quels  qu’ils  soient,  peut,  en  elïet,  être  appliqué  au 
malade  de  plusieurs  façons.  Il  suffit  de  parcourir  les  publica- 
tions des  auteurs  qui  se  sont  occupés  des  applications  locales 
des  courants  de  haute  fréquence,  pour  constater  que  la  tech- 
nique à laquelle  ils  ont  eu  recours  a été  très  souvent  modifiée, 
suivant  les  cas. 

L’application  peut  être  continue  ou  discontinue.  Elle  est 
continue  si  l’on  emploie,  par  exemple,  comme  électrode  un 
excitateur  en  cuivre,  en  contact  immédiat  avec  les  téguments 
ou  la  région  à électriser.  Elle  est  discontinue,  si  l’on  emploie 
un  pinceau  de  fils  métalliques  tenu  à distance  ou  bien  une  élec- 
trode à manchon  de  verre.  Enfin,  lorsqu’on  utilise  un  balai  de 
fils  métalliques  qu’on  promène  sur  la  peau,  l’application  sans 
être  absolument  continue,  comme  avec  l’excitateur  en  cuivre, 
présente  cependant  une  discontinuité  moins  grande  que  dans  le 
cas  où  le  même  balai  est  tenu  à distance.  On  peut  donc  con- 


sidérer  cette  application  comme  intermédiaire  entre  les  deux 
procédés  que  nous  venons  d’envisager. 

Cette  distinction  (1)  a son  importance,  car  les  effets  immé- 
diats produits  par  ces  diverses  applications  seront  différents. 
Les  phénomènes  sensitifs,  la  révulsion,  en  un  mot  la  réaction 
du  malade,  que  nous  étudierons  plus  loin,  seront  variables 
suivant  les  cas. 

L’application  locale  peut,  en  outre,  être  monopolaire  ou  bi- 
polaire. 

Nous  avons  déjà'dit  que  certains  appareils  permettaient  de 
soumettre  le  malade  à l'effluve  ou  aux  étincelles  fournis  si- 
multanément par  les  deux  pôles  du  résonateur  ou  de  la  bo- 
bine de  haute  tension.  Dans  ce  cas,  les  deux  pôles  sont  actifs, 
si  l’on  peut  s’exprimer  ainsi  ; mais  on  peut  encore  réaliser  une 
application  bi-polaire,  en  reliant  le  malade,  par  une  électrode 
indifférente,  k l’extrémité  du  solénoïde  de  haute  fréquence 
opposée  k celle  où  l'on  a effectué  la  prise  de  courant  qui  fait 
communiquer  le  résonateur  avec  l’appareil  producteur. 

Enfin,  on  peut  encore  relier  cette  extrémité  du  solénoïde 
de  haute  fréquence  à la  terre  ou  bien  ne  la  mettre  en  com- 
munication ni  avec  le  malade,  ni  avec  le  sol. 

Suivant  la  disposition  qu’on  adoptera  pour  établir  ou  com- 
pléter le  circuit,  les  effets  obtenus  pourront  être  plus  ou  moins 
puissants. 

Nous  ajouterons  que,  dans  le  cas  d’application  discontinue, 
on  peut  faire  varier  les  effets  en  modifiant  la  distance  de  l’ex- 
citateur à la  région  soumise  au  traitement. 

Si  l’on  veut  augmenter  l’action  de  l’effluve,  au  travers  du 

(1)  Nous  avons  déjà  attiré  l’attention,  dans  le  cours  de  ce  même  chapitre,  à 
propos  des  applications  directes,  sur  l’importance  de  ce  caractère  continu  ou 
discontinu  de  l'application  au  malade.  11  ne  s’agissait  nullement  alors  des 
applications  avec  interposition  d’un  résonateur  que  nous  envisageons  actael- 
lemcnt. 


— 139  — 


corps,  dans  une  direction  déterminée,  on  peut  placer  sur  la 
région  opposée  à celle  où  se  trouve  l’excitateur,  l’électrode  in- 
différente dont  on  se  sert  dans  les  applications  bi-polaires. 

On  obtiendra  le  même  résultat,  dans  des  conditions  diffé- 
rentes, au  moyen  du  procédé  indiqué  par  Oudin.  « On  peut, 
en  effet,  diriger,  dans  une  certaine  mesure,  les  lignes  de  force 
des  oscillations,  dans  le  corps  d’un  patient  relié  au  résonateur, 
vers  une  région  déterminée,  en  approchant  de  ce  point,  sur 
lequel  on  veut  agir  plus  particulièrement,  une  capacité,  la 
main  par  exemple,  ou  une  sphère  métallique.  Entre  le  corps 
et  cette  capacité  éclatent  des  étincelles  qui  sont  d’autant  plus 
longues  que  la  densité  du  courant  est  plus  grande,  c’est-à-dire 
que  les  surfaces  de  contact  sont  plus  petites  et,  chose  curieuse, 
ces  étincelles  sont  plus  désagréables  quand  le  patient  est  frappé 
par  l’effluve  que  quand  il  est  au  contact  direct  du  résonateur  » 

De  son  côté,  Marie  (de  Toulouse)  a introduit,  dans  la  tech- 
nique des  applications  locales,  une  ingénieuse  modification. 

Cet  auteur  a utilisé,  en  effet,  les  courants  de  haute  fré- 
quence pour  produire  des  contractions  musculaires,  au 
moyen  d’un  dispositif  particulier.  Voici  comment  il  le  décrit  : 

« Nous  nous  servons  du  matériel  dont  le  principe  a été 
donné  par  M.  d’Arsonval  et  du  résonateur  bipolaire  de  Oudin. 
Aux  extrémités  des  deux  solénoides,  je  fixe  un  fil  aboutissant 
aux  tampons  humides  dont  on  se  sert  habituellement  en  élec- 
trothérapie pou4  les  applications  du  courant  d’induction.  Sur 
le  trajet  de  l’un  des  fils  est  placé  un  anneaù  isolant,  supportant 
deux  tiges  de  cuivre  qu’on  peut  éloigner  l’une  de  l’autre  à 
volonté.  On  utilise  ainsi  non  seulement  les  intervalles  de 
décharge  (1)  de  l’étincelle  oscillatoire,  mais  aussi  les  varia- 

(1)  On  sait,  en  effet,  que  dans  certaines  conditions  les  étincelles  oscillantes 
qui  ne  produisent  aucune  réaction  nerveuse  pendant  leur  durée,  ne  se  succédant 
pas  avec  une  rapidité  suffisante,  les  intervalles  entre  ces  étincelles  sont  assez 
grands  pour  que  les  nerfs  soient  excités  au  commencement  de  chaque  décharge. 


— 140  — 


lions  qui  résultent  de  la  production  des  étincelles  dans  le 
circuit  des  deux  résonateurs  et  du  malade.  Le  réglage  de  ces 
courants  se  fait  avec  la  plus  grande  facilité,  soit  en  faisant 
varier  l’énergie  du  courant  primaire,  soit  en  faisant  varier  la 
longueur  de  l’étincelle^ de  décharge  des  condensateurs,  soit 
enfin  en  faisant  varier  la  longueur  de  l’étincelle  de  l’appareil 
que  je  viens  de  décrire  et  qui  est  placé  sur  le  circuit  du 
malade.  La  sensation  éprouvée  est  uniquement  celle  d’un  choc 
plus  ou  moins  violent,  suivant  que  la  contraction  est  plus  ou 
moins  énergique.  Il  n’y  a pas  de  douleur  réelle  et,  comme  on 
s’habitue  rapidement  à ce  choc  dû  au  mouvement,  on  peut 
arriver,  dès  la  première  séance,  à réaliser  un  travail  muscu- 
laire très  énergique  (1).  » 

Divers  modèles  d’électrodes  ou  d’excitateurs.  — Il 
nous  reste  û faire  connaître  divers  modèles  d’électrodes  ou 


Figure  20. 

1.  M,  manche  isolant;  P,  pinceau  de  fils  métalliques  fins;  CO,  conducteur; 
souple  reliant  l’excitateur  au  résonateur;  B,  boule  sur  laquelle  peuvent  être  fixés 
des  excitateurs  d’une  autre  forme. 

2.  M,  inanche  isolant:  Co,  excitateur  souple. 

3.  M,  manche  isolant  ; D,  électrode  métallique,  entourée  d’un  manchon  en  verre 
B.  bouton  de  prise. 


(1)  T.  Marie,  Nouvelle  extension  de  l'emploi  des  courants  de  haute' 
fréquence  en  thérapeutique  (Mémoires  de  l’Académie  des  sciences,  inscriptions 
et  belles-lettres  de  Toulouse.  Dixième  série,  tome  I,  avril  1901). 


- 141  — 

d’exciiateurs  utilisés  pour  les  applications  locales  et  qui  ont 
été  imaginés  soit  pour  faciliter  simplement  l’application,  soit 
pour  obvier,  dans  quelques  cas,  à certains  inconvénients. 

On  se  sert  le  plus  souvent  d’excitateurs  constitués  par  des 
pinceaux  de  fil  métallique  très  fin  et  très  souple. 

Leur  forme  et  leurs  dimensions  sont  extrêmement  variables. 
Un  seul  pinceau  suffit  pour  l’effluvation  d’une  région  limitée  ; 
plusieurs  pinceaux  sont  montés  sur  un  disque  ou  le  long 
d’une  tige,  s’il  faut,  au  contraire,  diffuser  l’effluve  sur  une 
surface  étendue.  La  figure  20  représente  un  modèle  d’excita- 
teur de  ce  genre. 

Bisserié  a fait  construire  une  électrode  spéciale  (.1),  repro- 
duite par  la  figure  21,  destinée  à concentrer  sur  une  région 
limitée  la  totalité  des  effluves,  de  façon  à obtenir  des  effets 
thérapeutiques  énergiques. 


Figure  21. 

Electrode  de  Bisserié  pour  applications  de  courants  de  haute  fréquence  eu 
effluvations  localisées. 


Le  balai  à fils  métalliques  a une  forme  circulaire  « et  se 
trouve  engainé  dans  un  manchon  de  verre  ouvert  à ses  deux 
extrémités  et  dans  lequel  il  peut  glisser,  à volonté,  d’avant 
en  arrière,  ou  d’arrière  en  avant.  » Quand  le  résonateur  est 
réglé,  on  fixe  le  balai  dans  le  manchon  de  verre,  dans  une 
position  déterminée  qui  reste  constante  pendant  toute  la 
durée  de  1 application.  On  évite  ainsi  très  facilement  les  étin- 
celles, lorsqu’on  les  juge  inutiles  ou  nuisibles. 


(1)  Description  in  Archives  d'èleclr.  mèdio. , 15  mai  1901. 


— 142  - 

Celte  électrode  est  très  commode  pour  le  traitement  des 
névro-dermites  circonscrites  et  des  plaques  de  lichénification 
de  dimensions  restreintes. 

Il  est  possible  de  limiter  encore  davantage  l’action  du  cou- 
rant en  faisant  usage  d’une  simple  pointe  métallique. 

Ces  divers  modèles  d’excitateurs  sont  employés  avec  avan- 
tage dans  le  traitement  d’aflections  chroniques,  à marche 
lente,  ne  présentant  pas  une  réaction  inflammatoire  intense, 
comme  le  psoriasis,  l’eczéma  sec,  la  tricophytie,  la  pelade,  etc... 

Ils  ne  sauraient  être  utilisés,  au  contraire,  lorsqu’il  faut 
opérer  sur  une  surface  particulièrement  sensible,  comme  la 
face  ou  une  muqueuse,  ou  sur  une  région  dont  la  sensibilité  a 
été  exagérée  par  l’inflammation.  Dans  ces  conditions  parti- 
culières, l’étincelle  du  résonateur  est,  en  effet,  le  plus  souvent 
insupportable  ou,  tout  au  moins,  très  désagréable. 

Pour  éviter  cet  inconvénient,  Oudin  a fait  construire  une 
électrode  qui  se  compose,  en  principe,  d’une  tige  conductrice 
engainée  dans  une  enveloppe  isolante.  « Ce  système  constitue, 
avec  les  téguments  du  patient,  un  condensateur  qui  se  déchar- 
ge à chaque  oscillation  par  une  pluie  de  petites  étincelles 
violacées,  très  fines,  formant,  autour  de  l’électrode,  une  gaine 
lumineuse  (1)  » et  qui  sont  très  facilement  supportables. 

Dans  un  premier  modèle  la  tige  conductrice  était  constituée 
par  une  baguette  de  charbon,  enfermée  dans  un  tube  de  verre; 
le  tout  était  monté  sur  un  manche  en  ébonite. 

Dans  un  second  modèle,  un  fil  métallique  fin  était  engainé 
dans  un  tube  de  verre  à conduit  capillaire  et  à parois  épaisses. 
Autour  de  ce  premier  tube,  se  trouvait  une  deuxième  enveloppe 
de  verre  qui  lui  était  soudée  à ses  deux  extrémités.  Dans  l’es- 
pace annulaire  était  contenue  une  huile  isolante  qui  protégeait 


(1)  Oudin,  Nouveau  modèle  d'étectrode  pour  courants  de  haute  fréquence 
(Archives  d'ékclr.  médic.,  1897). 


— 143  — 


la  main  de  l’opérateur.  Le  tube  de  verre  contenant  le  fil  métal- 
lique pouvait  avoir  la  forme  et  les  dimensions  nécessaires  pour 
pénétrer  dans  certaines  cavités,  l’utérus,  par  exemple. 

Les  modèles  d’électrode  condensateur  Oudin,  actuellement 
en  usage,  se  composent  d’une  tige  métallique  engainée  dans 
un  manchon  de  verre  ; le  tout  est  monté  sur  un  manche  isolant. 
La  tige  métallique  et  le  manchon  en  verre  peuvent  avoir  des 
formes  très  diverses  suivant  l’emploi  auquel  on  les  destine:  la 
forme  d’un  hystéromètre  pour  l'utérus,  la  forme  d’une  sonde 
d’Itard  pour  les  fosses  nasales,  etc...  La  figure  22  montre  dif- 
férentes dispositions  de  cette  électrode  (A,  B,  D). 


Figure  22. 


Ex.  Excitateur  du  docteur  Albert- Wcill,  utilisé  pour  les  applications  de  l'effluve 
dans  les  cavités.  Le  tube  en  ébonite  T-,  gradué,  qui  glisse  à frottement  doux  dans 
un  manchon  en  verre  épais  M,  permet  de  se  rendre  compte  de  la  longueur 
d’effluve  que  l’on  applique  au  malade. 

Les  accessoires  A,  B,  C,  D,  E,  de  formes  variées,  permettent  l’emploi  de  cet 
excitateur  on  différents  cas. 

Cette  figure  représente  également  un  dispositif  dû  au  doc- 
teur Weill  et  au  moyen  duquel,  on  mesure  la  longueur  de 
l’effluve  pendant  l’application. 

Bisserié,  de  son  côté,  a imagine  et  décrit  (1)  une  ingénieuse 
modification  de  l’électrode,  à manchon  de  verre,  grâce  à 

(1)  Bissené,  Traitement  du  lupus  érythémateux  par  les  courants  de  haute 
fréquence  [Archives  d' électricité  médicale , 15  mars  1901). 


— 144  — 

laquelle  il  est  possible  de  régler  aisément,  à chaque  instant, 
l'effluve  que  l’on  dirige  sur  les  parties  malades  (Voy.  fig.  23). 


i a s c B 


MR  F 

Figure  23. 


P.  — Manche  en  ébonite. 

A.  B.  — Supports  métalliques  servant  de  glissières  à la  tige  C. 

G.  — Tige  métallique  servant  à régler  la  puissance  des  effluves. 

D.  — Extrémité  de  la  tige  régulatrice  reliée  à la  terre  par  une  chaîne  métallique. 

I.  — Armature  métallique  portant  l’électrode  à manchon  de  verre. 

M.  — Manchon  de  verre  engainant  l’électrode. 

R.  — Chaîne  reliant  l'électrode  au  résonateur. 

S.  — Bouton  métallique  destiné  à manœuvrer  la  lige  régulatrice. 

« Sur  un  manche  en  ébonite  P,  sont  fixés  deux  supports 
métalliques  A et  B,  dans  lesquels  peut  glisser  d’avant  en 
arrière,  et  vice  versà,  une  lige  métallique  C,  terminée  en  j 
olive  à l’extrémité  qui  regarde  l’armature  I portant  le  man-  ; 
chon  de  verre  M et  par  un  petit  anneau  à son  autre  extré-  j 
mité  D.  Cette  tige  métallique  C porte  en  S un  bouton  métalli-  j 
que  sur  lequel  on  appuie  le  pouce  pour  le  mouvoir.  » 

« L’extrémité  terminée  en  olive  peut  être  amenée  en  con-  j 
tact  avec  l’armature  I;  elle  peut  en  être  écartée  d’environ  fj 
cinq  à six  centimètres,  suivant  qu’à  l’aide  du  bouton  S on  la  ,f 
pousse  en  avant  ou  en  arrière  ; elle  peut  occuper  successive-  ^ 
ment  et  à volonté  toutes  les  positions  intermédiaires.  » 

« A l’extrémité  D est  fixée  une  chaîne  métallique  qui  relie  | 
la  tige  mobile  à la  terre.  » 

« Quand  on  fait  une  application  à l’aide  de  cet  instrument,  * 
on  relie  l’armature  I,  qui  porte  le  manchon  de  verre,  à l’extré-l 
mité  libre  du  résonateur  par  le  conducteur  R,  après  avoir  ^ 
réglé  le  résonateur  de  façon  à ce  qu’il  donne  des  effluves 
d’une  puissance  maxima.  Cela  fait,  on  fixe  à l’extrémité  D de 


— 1 45  — 

Ja  tige  régulatrice  une  chaîne  métallique  destinée  à la  relier 
à la  terre  ; à l’aide  du  bouton  métallique  S,  on  pousse  en 
avant  la  tige  mobile  C,  jusqu’à  ce  qu’elle  arrive  en  contact 
avec  l’armature  I;  les  courants  fournis  par  l’appareil  généra- 
teur arrivent  au  manchon  par  le  conducteur  R,  passent  direc- 
tement par  la  tige  C,  en  contact  avec  l’armature  I,  et  delà 
se  perdent  directement  dans  la  terre  par  l’intermédiaire  de 
la  chaîne  reliée  à l’extrémité  D de  la  tige  régulatrice;  l’appa- 
reil est  ainsi  réglé  pour  la  puissance  minima;  il  n’y  a pas 
production  d’effluves.  » 

« On  applique  alors  le  manchon  de  verre  sur  les  points  à 
traiter;  pour  déterminer  la  production  des  effluves,  il  suffit, 
en  manœuvrant  d’avant  en  arrière  la  tige  régulatrice  C, 
d’éloigner  son  extrémité  olivaire  de  l’armature  I.  On  voit 
alors  éclater  dans  le  manchon  de  verre  des  effluves  dont  la 
puissance  augmente  à mesure  que  l’olive  s’éloigne  de  l’arma- 
ture I.  » 

L’électrode  de  Bissérié  présente  les  avantages  suivants, 
très  importants  dans  la  pratique  : c’est  que  l’on  peut,  à chaque 
instant,  augmenter  ou  diminuer  la  puissance  des  effluves 
et  que  la  variai  ion  dans  la  puissance  des  effluves  peut  se 
faire  soit  brusquement,  soit  progressivement  et  d’une  façon 
insensible,  suivant  qu’on  le  juge  nécessaire. 

Nous  avons  fait  construire  nous-même  par  M.  Thomann, 
mécanicien  du  laboratoire  de  physique  de  Montpellier,  un 
modèle  d’électrode  condensateur  où  le  manchon  de  verre  et  le 
cylindre  en  cuivre  enfermés  dans  le  manchon  peuvent  tourner 
autour  de  leur  axe.  Cette  disposition  a son  avantage.  Il 
arrive,  en  effet,  avec  les  électrodes  couramment  employées, 
lorsque  l’application  est  quelque  peu  prolongée  et  surtout 
lorsque  le  rendement  du  résonateur  est  considérable,  que  le 
verre  s’échauffe  suffisamment  pour  provoquer  une  sensation 


10 


116  — 


de  chaleur  désagréable  (1)  et  pour  déterminer  parfois  un  léger 
érythème. 

La  disposition  de  l’électrode  repré- 
sentée en  A,  par  la  figure  24,  est  des 
plus  simples.  Un  cylindre  en  cuivre  est 
enfermé  dans  un  manchon  de  verre  ; 
il  est  vissé  , à chacune  de  ses  extré- 
mités, dans  un  disque  en  ébonite  qui 
le  maintient  au  centre  du  manchon.  Le 
courant  arrive  au  cylindre  central  en 
cuivre  par  la  monture  métallique  de 
l’électrode. 

Lorsqu’on  promène  ce  rouleau  sur 
les  téguments,  le  verre  est  traversé 
par  une  multitude  d’étincelles.  Comme 
la  partie  du  manchon  de  verre  à tra- 
vers laquelle  passent  les  étincelles  est 
entraînée  par  la  rotation,  elle  n’est 
soumise  à réchauffement  que  chaque 
fois  qu’elle  revient  au  contact  de  la 
peau  et  a le  temps  de  se  refroidir  légè- 
rement dans  l’intervalle.  Cette  élec- 
trode a l’avantage  de  permettre  une 
application  plus  longue  de  l’effluve. 
Elle  est  d’un  maniement  très  commode 
pour  l’effluvation  d’une  région  étendue. 

Figure  24. 

A.  — Electrode  à manchon  de  verre. 

1.  Manchon  de  verre.  — 2.  Cylindre  en  cuivre.  — 3.  Disque  en  ébonite.  — 
4.  Extrémité  du  cylindre  en  cuivre.  — 5.  Manche  isolant  en  ébonite.  — 6.  Monture 
métallique.  — 7.  Bouton  mollelé  pour  serrer  le  fil  conducteur.  — 8.  Vis  permet- 
tant de  remplacer  l'électrode  A par  l'électrode  B. 

B.  — Cylindre  en  cuivre. 


(1)11  est  facile  de  différencier  cette  sensation  de  chaleur  due  à l’élévation 
de  température  du  manchon,  de  la  sensation  de  chaleur  provoquée  par  le  cou- 
rant lui-même,  en  touchant  l'électrode  après  avoir  supprimé  le  courant. 


— 147  — 


Le  cylindre  en  cuivre  représenté  en  B peut  se  visser  dans 
la  monture  et,  par  suite,  être  utilisé  soit  pour  les  applications 
locales  avec  résonateur,  soit  pour  les  applications  directes 
labiles.  Ce  cylindre  peut,  si  on  le  juge  utile,  être  recouvert  de 
peau  de  chamois. 

Réaction  provoquée  par  les  applications  locales 
effectuées  au  moyen  d’appareils  qui  élèvent  la  tension. 

— De  l’exposé  qui  précède,  il  ressort  qu’un  grand  nombre  de 
détails  de  technique  l'ont  varier  l’application;  la  réaction  des 
malades  varie  également  avec  ces  différentes  conditions.  Nous 
ne  saurions  entrer  dans  la  description  de  chaque  cas  particu- 
lier; nous  nous  bornerons  à indiquer  les  phénomènes  qu’on 
observe  le  plus  souvent. 

A plusieurs  reprises  nous  avons  parlé  de  la  sensation  de 
chaleur  provoquée  par  le  passage  du  courant.  Dès  qu’on  prend 
en  main  un  conducteur  relié  à un  appareil  de  haute  fréquence 
on  est,  en  effet,  frappé  de  la  sensation  de  chaleur  vive,  rapi- 
dement gênante,  développée  aux  points  de  contact (1). 

Oudin  a fait  quelques  expériences  qui  démontrent  «que  la 
quantité  d’énergie  qui  circule  dans  ces  conducteurs  est  rela- 
tivement considérable  et  bien  supérieure  à celles  des  machi- 
nes statiques  (2).  » Voici  certains  des  résultats  auxquels  il  est 
arrivé  : 

« J’envoie  dans  le  primaire  de  la  bobine  un  courant  de  20  volts 
et  2 ampères  qui,  avec  un  écartement  des  boules  de  l’explo- 

(1)  Nous  insistons  sur  cette  particularité  des  courants  de  haute  fréquence, 
à propos  des  applications  locales,  parce  que  c’est  surtout  à l’occasion  de  ces 
applications  et  en  raison  même  de  leur  technique  que  les  malades  accusent 
cette  sensation  de  chaleur. 

Les  essais  que  nous  relatons  et  qui  ont  été  effectués  par  Oudin  ont  d’ail- 
leurs été  faits,  la  plupart,  pour  les  applications  locales  avec  résonateur. 

(2)  Oudin,  Applications  thérapeutiques,  locales  des  courants  de  haute  fréquence 
{Annales  d’éleclrobiologie,  juillet-août  1899). 


148  - 


seur  de  7 centimètres,  me  donne  une  effluve  de  0m10  et  une 
étincelle  de  0"’15.  Si  j’intercale  l’ampèremètre  dans  un  cir- 
cuit dérivé  pris  aux  deux  extrémités  du  résonateur,  j’ai  une 
déviation  de  50  milliampères;  et  si,  prenant  d’une  main  le  fil 
qui  va  à l’ampèremètre,  je  touche,  de  l’autre  main,  le  résona- 
teur, la  déviation  est  de  45  milliampères. 

» Pour  un  courant  de  65  volis  et  de  5 ampères,  qui  donne 
un  effluve  de  0'"20  et  une  étincelle  île  0m10,  la  déviation  est 
de  130  milliampères  e(,  avec  interposition  du  corps  humain, 
de  140  milliampères. 

» Ampèremètre  relié  à l’extrémité  supérieure  du  solénoïde 
de  d’Arsonval  continue  avec  le  résonateur,  déviation  0.  En 
touchant  l’aulre  contact  de  l'ampèremètre,  déviation  30. 

» Ampèremètre  relié  à l’extrémité  supérieure  du  résona-  : 
teur  par  un  seul  de  ses  pôles,  déviation  65.  Si  on  touche  du 
doigt  l’autre  pôle,  110  ma. 

» Aussi, si  par  une  application  locale  unipolaire,  nous  mêl- 
ions notre  corps  en  contact  avec  l’extrémité  supérieure  il  un 
résonateur  donnant  20  centimètres  d’effluve,  il  est  le  siège 
d’oscillations  électriques  capables  de  produire,  dans  un  fil  ; 
métallique,  le  même  échauflfement  qu’un  courant  continu  de 
120  ma. 

. » Et  je  crois  que  les  chiffres  ci-dessus  pour  les  grands  efflu- 
ves sont  trop  faibles,  parce  que,  avec  ces  potentiels  énormes, 
il  faudrait  des  instruments  à isolement  tout  spécial,  ce  que  je 
n’avais  pas,  et  que  dans  l’ampèremètre  se  produisaient  des 
étincelles  qui  devaient  fausser  les  résultats. 

» Le  môme  instrument  fermant  le  circuit  d’une  machine 
de  Voss  à 4 plateaux  de  75  centimètres,  tournant  à grande 
vitesse,  et  donnant  une  étincelle  de  20  centimètres  de  lon- 
gueur, n’accuse  aucune  déviation  de  l’aiguille.  » 

La  sensation  de  chaleur  produite  par  le  passage  du  courant  ' 
est  surtout  appréciable  quand  on  promène  un  pinceau  de  fils 
métalliques  sur  la  peau  ou  lorsqu’on  lire  quelques  étincelles. 


— 149 


Au  point  de  vue  de  leur  action  immédiate,  l’effluve  et  l’étin- 
celle diffèrent  beaucoup.  L’effluvation  ne  provoque  qu’un  léger 
picotement  et  elle  est, en  général,  très  bien  supportée.  Les  étin- 
celles sont  plus  ou  moins  douloureuses  suivant  les  conditions 
de  l’application.  Elles  sont  supportées  d’une  façon  variable, 
suivant  l’impressionnabilité  des  sujets.  Il  faut  rappeler  ici  que 
l’emploi  d’un  manchon  de  verre  diminue  beaucoup  et  supprime 
même  habituellement  l’impression  douloureuse  qu  elles  éveil- 
lent. Il  est  d'ailleurs  toujours  facile  d’improviser  une  électrode 
condensateur,  quand  on  en  a besoin. 

L’anémie  de  la  peau,  l’érection  de  la  papille  et  la  rougeur 
qui  apparaissent  successivement  au  cours  et  à la  suite  de  l’ap- 
plication dépendent  encore  de  l’intensité  du  traitement. 

La  révulsion  peut  être  très  intense  et  peut  aller  jusqu’à  la 
vésicaiion,  si  les  étincelles  sont  particulièrement  puissantes, 
si  elles  sont  appliquées  trop  longtemps  ou  trop  souvent  répé- 
tées à la  même  place. 

Après  la  séance,  les  malades  accusent  généralement,  outre 
une  sensation  de  chaleur,  une  impression  de  mieux-être  local. 
La  peau  est  moite,  humide.  Souvent  même,  soit  pendant,  soit 
après  l’application,  on  voit  sourdre  des  gouttelettes  de  sueur. 

Il  est  bon  de  rappeler  que  ces  applications,  ainsi  que  nous 
l’avons  signalé,  en  exposant  leurs  propriétés  physiologiques, 
n’ont  pas  seulement  une  action  locale,  mais  une  action  géné- 
rale indiscutable. 

Elles  ont,  eneffetsur  l’étatgénéral  des  malades  une  influence 
favorable  mise  en  lumière  par  les  différents  auteurs  qui  les 
ont  étudiées  (1). 

Nombre  et  durée  des  séances.  — Intensité  du  traite- 
ment. — Le  nombre  et  la  durée  des  séances  sont  variables 

(I)  Oudin  émet,  à ce  sujet,  l’hypothèse  suivante  : « Je  crois  que  quand  en 
dirige  1 effluve  de  résonance  sur  l’épiderme,  celui-ci  se  comporte  comme  un 


— 150  — 


suivant  les  cas.  Il  ne  saurait,  en  effet,  y avoir  de  règle  précise 
à cet  égard.  La  région  à électriser  peut  être  très  limitée  et 
la  durée  de  l’application  sera  alors  très  courte.  Lorsqu’il  sera 
nécessaire,  au  contraire,  de  soumettre  au  traitement  une 
région  étendue  ou  des  lésions  nombreuses  et  disséminées, 
l’application  sera  nécessairement  plus  longue. 

La  durée  et  la  répétition  des  séances  dépendent  encore  de 
la  nature  de  la  lésion  et  de  la  réaction  provoquée  par  le  trai- 
tement. 

La  posologie  est  également  liée  à ces  diverses  conditions. 
Suivant  l’action  locale  ou  générale,  superficielle  ou  profonde 
que  l’on  désire  obtenir,  il  faut  modifier  l’application  en  faisant 
varier  les  différents  facteurs  que  nous  avons  passés  en  revue, 
fi  propos  de  la  technique.  « Pour  les  applications  purement 
locales  et  s’adressant  îi  une  surface  restreinte,  comme  pat- 
exemple  une  pustule  d’acné,  il  faut  réduire  au  minimum  la 
longueur  de  l’étincelle  ou  de  l’effluve.  Si,  au  contraire,  on  veut 
agir  sur  une  large  surface,  ou  s’attaquer  à des  lésions  profondes, 
comme  pour  une  névralgie,  ou  un  poumon  tuberculeux,  il 
faut  demander  à l’appareil  tout  ce  qu'il  peut  donner  (Oudin).  » 


diélectrique  et  est  traversé  avec  la  plus  grande  facilité  par  l’effluve  qui  va  char- 
ger la  capacité  formée  par  les  tissus  sous-jacents.  On  peut  du  reste  observer 
très  facilement  qu'un  morceau  de  cuir,  même  très  épais,  est  traversé  complète- 
ment par  l’effluve. 

» Comment  se  comportent  ces  tissus  sous-jacents  à l’épiderme,  c'est-à-dire 
le  corps,  relativement  à l’effluve?  Comme  une  capacité  volumétrique  qui  serait 
soumise  à des  oscillations  électriques  se  répandant  dans  toute  sa  masse  en 
s'amortissant  assez  rapidement,  et  non  comme  l'armature  interne  d'un  conden- 
sateur dont  l'épiderme  serait  le  diélectrique.  Les  ondes  alternatives  semblent 
do  leur  point  d'entrée  dans  le  corps  se  diffuser  dans  la  masse  de  l’organisme 
comme  elles  s’étalent  à la  surface  d’une  eau  tranquille,  à partir  du  point  qui  a 
été  frappé  par  une  pierre,  ou,  plus  exactement,  comme  des  ondes  sonores  se 
répandant  dans  l’air  autour  d’une  corde  vibrante.  » 

(1)  Oudin,  Les  courants  de  haute  fréquence  dans  les  maladies  de  la  peau  et  des 
muqueuses  [Annales  d'électruhiologie,  1898). 


CHAPITRE  II 


Action  des  courants  de  haute  fréquence  dans  les 
maladies  générales,  toxiques  et  dyscrasiques. 

INTOXICATIONS 

Les  courants  de  haute  fréquence  ne  paraissent  pas  avoir  été 
utilisés  contre  les  effets  généraux  'des  intoxications.  Leur 
emploi  paraît,  au  contraire,  avoir  été  limité  à certains  trou- 
bles localisés  : troubles  circulatoires,  névrites,  parésies  ou 
paralysies  provoqués  par  les  diverses  influences  toxiques. 

Nous  renvoyons  l’exposé  des  résultats  thérapeutiques  rela- 
tifs à ces  dernières  affections  au  chapitre  consacré  aux  effets 
des  courants  de  haute  fréquences  dans  les  maladies  du  sys- 
tème nerveux. 


MALADIES  DE  LA  NUTRITION 

C’est  contre  ces  maladies  que  les  courants  de  haute  fré- 
quence ont,  tout  d’abord,  été  essayés. 

Cette  tentative  thérapeutique  était  des  plus  séduisantes 
et  paraissait  être  l’aboutissant  naturel  des  expériences  de 
d’Arsonval. 

Ces  expériences  démontraient,  en  effet,  que  les  hautes  fré- 
quences  activaient  considérablement  les  échanges  organiques 
et  pouvaient  atteindre  « la  vie  dans  ses  manifestations  les  plus 
intimes  »,  en  touchant  « au  fonctionnement  de  la  cellule 
vivante  elle-même.  » Il  était  donc  logique  d’appliquer  cette 
nouvelle  forme  de  l’énergie  électrique  au  traitement  de  mala- 
dies essentiellement  constituées  par  un  trouble  de  la  nutrition, 


152  — 


maladies  totius  substantiæ , unanimement  rattachées,  sous 
des  noms  différents,  à la  même  prédisposition  morbide:  l’ar- 
thritisme des  anciens,  la  diathèse  brady  trophique  de  Bouchard 
ou  l’herpétisme  de  Lancereaux. 

Les  premières  observations  cliniques  publiées  par  d'Ar- 
sonval  et,  h sa  suite,  par  un  certain  nombre  d’auteurs, 
notamment  par  Apostoli  et  ses  collaborateurs,  furent  des  plus 
encourageantes,  et  les  hautes  féquences  eurent  leur  époque 
de  faveur  dans  le  traitement  de  ces  affections. 

Actuellement  on  peut  dire  qu’elles  paraissent,  au  con- 
traire, quelque  peu  délaissées,  ou  tout  au  moins  que  letude 
de  leur  influence,  à ce  point  de  vue  spécial,  ne  progresse  pas 
beaucoup. 

Voici  comment  s’expriment,  à ce  sujet,  Doumer  et  Oudin 
dans  leur  rapport  au  Congrès  international  de  1900:  Les  | 
résultats  thérapeutiques  publiés  au  début  « paraissaient  si 
bien  concorder  avec  les  résultats  physiologiques  obtenus  par  | 
le  professeur  d’Arsonval,  qu’ils  furent  acceptés  d’enthousiasme  \ 
par  tous  ceux  qui  s’occupaient  d’électrobiologie  et  d’éleclro- 
thérapie»  ; mais  la  plupart  de  ceux  « qui  essayèrent  conscien- 
cieusement l’emploi  de  ces  procédés  thérapeutiques  éprou-  j 
vèrent  d’amères  déceptions. 

» Il  ne  serait  pas  juste,  cependant,  de  dénier  aux  applica- 
tions d’autoconduction  , de  lit  condensateur  ou  de  petit  J 
solénoïde,  toute  action  thérapeutique  dans  ces  sortes  d’alïec-  • 
lions.  On  observe,  en  effet,  de  loin  en  loin,  quelques  résullals  j 
assez  heureux:  on  a pu,  par  exemple,  signaler  quelques  amé- 
liorations très  appréciables  de  diabète,  de  même  que  dans  r 
l’arthritisme  et  l’obésité  on  a vu,  parfois,  des  améliorations  3 
très  notables  de  malades  soumis  à ces  modes  de  traitement.  » ; 
Mais  « ces  cas  heureux  sont  très  rares  et  les  améliorations  j 
qu’on  a pu  constater  ne  diffèrent  guère,  tant  au  point  de  vue  \ 
de  leur  marche  que  de  leur  degré,  des  améliorations  que  l’on  \ 


— 153  - 


obtient  par  les  autres  modes  d’électrisation  plus  ancienne- 
ment connus  et  ne  légitiment  guère  l’achat  d’un  matériel  coû- 
teux et  encombrant.  » 

« Si  donc  nous  n’avions  comme  résultats  thérapeutiques 
que  ceux  qui  semblaient  découler  des  propriétés  physiologi- 
ques énoncées  par  M.  d’Arsonval.,  on  pourrait  dire  que  celte 
nouvelle  forme  de  l’énergie  électrique  n’a' pas  rendu  tout  ce 
qu’on  en  attendait.  Mais  très  heureusement,  en  dehors  de  ces 
affections  générales  et  dans  une  voie  tout  à fait  inattendue, 
les  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension  appliqués 
non  plus  par  l’autoconduction  ni  parle  lit  condensateur,  mais 
à l’aide  de  prises  directes  sur  le  petit  solénoïde  ou  bien  mieux 
à l’aide  du  résonateur  Oudin,  se  sont  montrés  d’une  efficacité 
des  plus  remarquables  et  ont  permis  d’étendre  le  champ  de  la 
thérapeutique  électrique  dans  une  partie  de  la  pathologie, 
qui  semblait  devoir  lui  être  à tout  jamais  fermée.  » 

Doumer  et  Oudin  font  ainsi  allusion  aux  excellents  résultats 
que  les  applications  locales  ont  permis  d’obtenir  dans  le  trai- 
tement des  dermatoses,  de  la  sphincléralgie,  et  de  certaines 
maladies  infectieuses. 

C’est  sans  doute  parce  que  la  plupart  des  observateurs 
ont  porté  leur  efforts  dans  celte  nouvelle  direction  et  parce 
que  leurs  tentatives  ont  été  couronnées  d’un  plein  succès, 
que  l’élude  de  l’action  des  hautes  fréquences  sur  les  maladies 
de  la  nutrition  est  restée,  par  certains  côtés,  inachevée. 

Il  faut  reconnaître,  d’ailleurs,  que  l’expérimentation  de  cette 
modalité  électrique  dans  ces  dernières  affections  présente  de 
sérieuses  difficultés,  en  raison  même  de  la  longue  durée  du 
traitement  nécessaire  pour  obtenir  un  résultat  satisfaisant  (1) 

(I)  Parmi  les  malades  dont  Apostoli  et  Laqnerrière  ont  publié  les  observa- 
tions, la  plupart  avaient  été  soumis  à 20,  30,  50  séances  de  traitement.  Pour 
un  cei  tain  nombre,  le  total  des  applications  de  haute  fréquence  dépassait  même 
les  chiffres  élevés  de  100  et  200.  * 


154  - 


et  en  raison  également  de  la  nature  des  renseignements  qu’il 
faut  recueillir  (1)  pour  soumettre  les  malades  à une  observa- 
tion rigoureuse. 

Quoi  qu’il  en  soit,  un  assez  grand  nombre  de  documents 
cliniques  ont  été  publiés.  Nous  exposerons  donc  les  faits 
intéressants  qui  semblent  se  dégager  de  ces  publications  et 
qui  sont  relatifs  aux  diverses  affections  représentant  les  expres- 
sions variées  d’une  seule  et  même  diathèse  : l’arthritisme. 

Nous  passerons  en  revue  les  applications  des  hautes  fré- 
quences au  traitement  : 

1°  De  l’obésité  ; 

2°  Du  diabète; 

3°  De  la  goutte; 

4°  Du  rhumatisme. 

5°  Des  lithiases  ; 

6°  De  diverses  manifestations  de  l’arlhristisme. 

Obésité 

Apostoli  et  Berlioz  (2)  signalaient,  en  1897,  au  Congrès 
international  de  médecine  de  Moscou,  l’heureuse  influence  des 
courants  de  haute  fréquence  sur  l’obésité.  Foveau  de  Cour- 
melles(3)  faisait  la  même  remarque  au  Congrès  international 
de  neurologie  de  Bruxelles.  Boinet  et  Caillol  de  Poney  (4) 

(1)  Les  analyses  d'urine,  notamment,  ne  sont  pas  faciles  à obtenir,  d’une 
façon  fréquente,  pour  des  malades  qui  continuent  amener  leur  existence  ordi- 
naire et  qui  ne  sont  pas  hospitalisés. 

(2)  .Apostoli  et  Berlioz,  Sur  l'action  thérapeutique  générale  des  courants 
alternatifs  île  haute  frèqu< nce,  (Communication  au  Congrès  international  de 
médecine  do  Moscou,  in  Arch.  d'électr.  médic.,  1877). 

(3)  Voy.  Compte  rendu  des  séances  du  premier  Congrès  international  de 
neurologie,  psehyehiatrie,  électricité  médicale,  etc.,  de  Bruxelles,  in  Archives 
d'électr.  médic.,  1877. 

(4)  Boinet  et  Caillol  de  Poney,  Recherches  sur  les  effets  thérapeutiques  des 
courants  de  haute  fréquence,  (Communication  à la  Société  de  biologie, 
31  juillet  1897). 


155  - 


déclaraient  avoirobservé  une  malade  « quiavait  perdu  3 kil .200 
de  son  poids,  après  vingt-deux  séances  de  traitement.  » 
Apostoli  et  Laquerrière,  qui  ont  publié  un  long  article  (1) 
très  documenté  sur  l’action  des  courants  de  haute  fréquence 
dans  l’arthritisme,  s’expriment  ainsi  à ce  sujet  : 

«f  Puisque  les  hautes  fréquences,  activent  et  régularisent  à 
la  fois  la  nutrition,  il  était  logique,  a priori,  d’admettre 
qu’ils  pouvaient  être  utilement  mis  à contribution  dans  le 
traitement  de  l’obésité. 

» C’est  surtout  chez  les  arthritiques  obèses  que  l’on  pou- 
vait espérer  exercer  le  plus  d’influence.  Ce  sont  eux  qui  doi- 
vent retirer  le  plus  de  bénéfice  d’une  médication  qui  augmente 
la  liberté  des  mouvements,  qui  rend  la  marche  plus  aisée  et 
plus  facile  et  favorise  l’élimination  des  excreta  urinaires. 

» La  clinique  a confirmé  ces  prévisions  en  nous  montrant 
qu’un  traitement  prolongé  par  les  hautes  fréquences  peut, 
en  beaucoup  de  circonstances,  enrayer  ou  diminuer  certaines 
obésités,  non  d’une  façon  directe,  mais  par  une  action  secon- 
daire, en  régularisant  le  taux  de  la  nutrition.  » 

Dans  son  Traité  d'électrothérapie,  Larat  (2),  après  avoir 
préconisé  l’emploi  du  bain  hydro-électrique  dans  le  traitement 
de  l’obésité,  ajoute:  « On  peut  aussi,  dans  le  même  but, 
utiliser  les  courants  de  haute  fréquence.  Nous  les  considérons, 
pour  notre  part,  comme  un  moyen  moins  actif,  plus  dispen- 
dieux, plus  compliqué,  mais  qui,  si  ôn  n’a  pas  le  bain  élec- 
trique sous  la  main,  peut  parfaitement  être  utilisé.  » 

Guilloz  (3)  donne  sur  cette  question  les  détails  suivants  : 


(1)  Apostoli  et  Laquerrière,  De  l'action  thérapeutique  des  courants  de  haute 
fréquence  duïis  l arthritisme  ^Communication  faite  à la  Société  française 
d’électrothcrapie.  Publié  in  Annales  d’électrohiol  , 1899  et  1900b 

(2)  Larat,  1 raitè pratique  d électricité  médicale.  Maladies  de  la  nutrition. 

(3)  Th.  Guilloz,  Communication  à l’Académie  des  sciences.  Séance  du  l*’r  mai 
1899,  Analys.  in  Annales  d’éleclrobiol.,  juillet-août  1899). 


- 156  — 


« Dans  l’application  des  courants  de  haute  fréquence,  et  en 
prenant  l’obèse  comme  réactif,  la  méthode  d’a utoconduction 
de  M.  d’Arsonval  m’a  seule  donné  des  résultats.  Un  obèse, 
qui  avait  maigri  par  le  courant  continu  (1),  engraissa  sous 
l’a ction  directe  des  courants  à haute  fréquence  qui,  au  bout 
de  quelques  jours,  fut  même  appliqué  journellement  pendant 
deux  heures  avec  une  intensité  de  300  h 330  milliampères, 
mesurées  par  une  lampe  de  30  volts  en  séria  avec  lui.  » 

Cette  particularité  est  intéressante  à noter,  car  elle  fournit 
une  indication  sur  la  technique  à employer  dans  le  traitement 
de  l’obésité  par  les  hautes  fréquences. 

Les  seuls  modes  d'application  qui  aient  donné,  semble-t-il, 
des  résultats  favorables  (2)  et  auxquels  on  pourra  avoir 
recours,  sont  l’autoconduclion  et  la  condensation. 

Le  traitement  électrique  sera  d’ailleurs  associé  à un  régime 
approprié,  car,  si  les  hautes  fréquences  peuvent  contribuer 
à augmenter  les  oxydations,  insuffisantes  dans  cotte  maladie, 
il  reste  indispensable  de  diminuer  l’apport  des  graisses,  de 
façon  h atténuer,  autant  que  possible,  leur  accumulation 
dans  l’économie. 

Enfin,  il  faudra  proscrire  le  traitement  électrique  chez  les 
obèses  cardiaques,  chez  les  obèses  sur  lesquels  on  a constaté 
l’affaiblissement  mécanique  du  cœur  et  la  dégénérescence 
graisseuse  du  myocarde.  Si  les  lésions  sont  peu  avancées,  on 
pourra  faire  quelques  tentatives  de  traitement,  en  surveillant 
étroitement  les  malades.  D ns  ce  cas,  les  séances  devront 


(1)  Guilloz  ayant  remarqué,  en  effet,  que  les  goutteux  qu  il  traitait  par  des 
courants  continus,  de  150  à 200  milliampères  (transport  électrolytique  du 
lithium),  maigrissaient,  a été  amené  à traiter  également  les  obèses  par  les 
courants  continus. 

(2)  Apostoli  et  Laquerrière,  également,  ont  surtout  employé  1 autoconduction 
et  l’application  par  condensation.  Les  applications  directes  ne  figurent  dans  leur 
statistique  générale  que  pour  un  chiffre  minime. 


— 157  — 


être  de  courte  durée  et  le  traitement  supprimé  dès  que  l’on 
constatera  la  moindre  intolérance.  Il  faudra  d’ailleurs  prati- 
quer très  souvent  l’examen  des  ur'nes  et  suivre  avec  soin  les 
variations  dans  l’élimination  de  l’urée. 

L’observation  suivante,  due  à d’Arsonval  et  Charrin  (1), 
montre  bien  que  le  mauvais  état  du  cœur  peut  constituer  une 
contre-indication  formelle  de  l’emploi  des  hautes  fréquences. 

C’est  une  particularité  qui  mérite  d’être  signalée  et  rete- 
nue non  seulement  au  point  de  vue  tout  spécial  du  traitement 
de  l’obésité,  mais  encore,  d’une  façon  générale,  pour  toutes 
les  applications  thérapeutiques  de  ces  courants. 

Observation.  — Il  s’agit  d’un  obèse,  âgé  de  trente-six  ans,  cocher, 
pesant  130  kilogrammes  et  présentant  une  arythmie  cardiaque  ttès 
marquée.  Séances  de  dix  minutes  quotidiennes  (applications  directes). 
Mieux  pendant  quelques  jours.  Le  chiffre  de  l’urée  excrétée  s’élève 
de  33  gr.  72  à 41  gr.  63  en  vingt-quatre  heures.  La  pression  monte 
de  18  à 20  centimètres  de  mercure,  et  le  pouls  passe  de  72  à 108.  Au 
bout  de  quinze  jours,  le  malade  avoue  avoir  des  accès  de  dyspnée  qu’il 
cachait,  ayant  grande  confiance  dans  ce  traitement  et  ne  voulant  pas 
le  suspendre  ; le  taux  de  l’urée  baisse  et  tombe  à 24  grammes  par  jour. 

On  suspend  les  séances  pendant  une  quinzaine,  et  on  les  reprend 
avec  une  durée  moindre  (trois  minutes  au  lieu  de  dix).  Au  bout  de 
quelques  jours,  les  mêmes  phénomènes  de  dyspnée,  d’abaissement  du 
taux  de  l’urée  et  de  la  pression  sanguine  se  montrent.  On  cesse  le 
traitement.  Quant  à la  toxicité  des  urines,  elle  a peu  varié  : 84  au 
début,  87  à la  fin  du  premier  essai. 


Diabète 

Étant  considéré,  en  raison  de  la  théorie  pathogénique 
formulée  et  défendue  par  Bouchard,  comme  lié  à un  raten- 


(1)  D'Arsonval,  Action  physiologique  et  thérapeutique  des  courants  de  haute 
fréquence  (Communication  faite,  en  avril  1897,  à la  Société  internationale  des 
électriciens). 


158  - 


lissement  de  la  nutrition,  le  diabète  a été  l’objet  de  tentati- 
ves thérapeutiques  par  les  hautes  fréquences  dès  le  début  de 
leurs  applications. 

Les  premières  observations  publiées  sur  ce  point  sont  dues 
à d'Arsonval  et  Charrin.  Ce  sont  les  suivantes: 

OBSERVATIONS 

(Recueillies  dans  le  service  de  Charrin,  à l'Hôtel  «Dieu.  Communiqucos  par 
d'AnsoNVAL  à la  Société  des  électriciens,  avril  181)7). 

Ous.  1.  — Homme  de  trente-trois  ans,  atteint  de  diabète  grave 
depuis  quatre  ans,  est  mis  en  observation  pendant  une  quinzaine 
sans  aucun  traitement. 

Dans  ces  conditions,  il  rendait  une  moyenne  de  11  lit.  300  d’urine 
en  vingt  quatre  heures,  contenant  54  grammes  de  sucre  par  litre, 
soit  620  grammes  de  sucre  par  jour.  La  pression  artérielle  était  de 
15  centimètres  de  mercure  seulement  ; le  pouls  à 72  et  la  température 
au-dessous  de  la  normale.  La  toxicité  des  urines  est  presque  nulle  : 
250  grammes  injectés  à un  lapin  le  rendaient  à peine  malade. 

On  applique  la  haute  fréquence  par  séances  quotidiennes  de  dix 
minutes.  Des  les  premiers  jours,  disparition  des  douleurs  dans  les 
membres,  sommeil  meilleur,  non  interrompu  par  la  soif  ou  le  besoin 
d’uriner,  plus  de  cauchemars,  clarté  plus  grande  de  la  vue,  retour  de 
la  mémoire  et  lucidité  d’esprit  rendant  la  lecture  possible.  Voilà  pour 
les  phénomènes  subjectifs.  Quant  aux  phénomènes  objectifs:  dispari- 
tion d’un  œ lème  malléolaire  remontant  presque  à mi-jambe,  rétroces- 
sion d’un  certain  degré  d’ascite  et  réveil  de  la  sensibilité  aux  jambes, 
qui  avait  complètement  disparu. 

Pendant  le  premier  septénaire,  peu  de  modifications  du  côté  de 
l’urine  et  de  la  production  de  sucre,  à l’exoeption  de  la  diurèse,  qui  se 
régularise  et  ne  présente  plus  de  sauts  brusques,  passant  de  7 litres  à 
13  litres  dans  les  vingt-quatre  heures. 

Dans  le  second  septénaire,  tout  se  modifie  rapidement  et,  après 
quarante-deux  jours  de  traitement,  on  constatait  les  faits  suivants: 
Moyenne  de  la  quantité  d’urine  des  vingt-quatre  heures,  7 litres  ; sucre 
rendu,  en  vingt- quatre  heures,  180  grammes;  pression  artérielle 
atteignant  25  centimètres  le  vingtième  jour  ; pouls  à 104,  température 
s’élevant  jusqu’à  3S°  et  se  fixant  enfin  à 37°.  Toxicité  de  l’urine  con- 


— 159  — 


sidérablement  accrue.  Après  un  mois,  64  grammes  tuent  1 kilogramme 
d’animal.  Enfin,  oscillations  du  poids,  qui  tombe  d’abord  de57kilog.  500, 
à 51  kilogrammes,  pour  remonter  graduellement  à 56  kilogrammes. 

Obs.  II.  — Femme  de  cinquante-neuf  ans,  diabétique  grasse;  pré- 
sence du  sucre  constatée,  il  y a deux  mois  pour  la  première  fois,  à la 
Pitié;  soignée  à plusieurs  reprises  pour  albuminurie.  Actuellement, 
ni  albumine,  ni  néphrite.  Rend  3 lit.  300  d’ùrine  en  vingt  quatre  heures, 
contenant  43  grammes  de  sucre  par  litre,  soit  137  grammes  par  jour. 
Polyphagie,  polydypsie,  faiblesse  générale,  courbature  et  douleurs  des 
membres.  Pression  artérielle  très  élevée,  de  27  centimètres  à‘30  cen- 
timètres de  mercure  ; pouls  lent,  à 64  par  minute  ; température  un  peu 
au-dessus  de  la  normale:  oscille  de  37°3  à 37°5.  Toxicité  des  urines  : 
107  par  kilogramme. 

Séances  d’électrisation  de  dix  minutes,  bien  supportées,  maislaissant 
aprè3  elles  un  grand  sentiment  de  lassitude.  Après  quinze  jours  de  trai- 
tement, pas  de  variations  dans  la  quantité  d’urine  éliminée  en  vingt- 
quatre  heures,  mais  le  sucre  a baissé  de  moitié,  24  grammes  par  litre  au 
lieu  de  43  grammes. 

La  pression  artérielle  descend  à 25  centimètres  de  mercure,  le  pouls 
monte  à 76  ou  80,  température  peu  influencée.  Toxicité  des  urines, 
monte  à 87  par  kilogramme.  Malgré  la  diminution  du  sucre,  le  bien- 
être  ressenti  n’est  pas  aussi  grand  que  chez  le  malade  précédent.  On 
suspend  le  traitement  pendant  quelques  jours  et  on  le  reprend  ensuite 
avec  des  séances  abaissées  successivement  comme  durée,  de  dix  mi- 
nutes à trois  minutes.  Le  bien-être  ressenti  est  beaucoup  plus  grand, 
la  malade  se  sent  reposée,  dort  bien,  n’a  plus  de  courbature,  et  le 
chiffre  de  sucre  tombe  à 38  grammes  par  vingt-quatre  heures. 

« Ce  cas,  dit  d’Arsonval,  prouve  de  quelle  importance  est 
la  technique  en  pareille  matière.  Quel  doit  être  le  nombre 
et  la  durée  des  séances?  Doit-on  les  espacer,  les  suspendre? 
Autant  de  questions  que  l’expérience  seule  pourra  trancher.  » 

Un  certain  nombre  d’auteurs  ont  également  publié  quelques 
résultats  favorables.  Apostoli  et  Berlioz  (1),  ayant  traité  plu- 


(1)  Apostoli  et  Berlioz,  loc . citât. 


100 


sieurs  cas,  déclarent:  « Le  diabète  a largement  bénéficié 
de  ce  traitement  et,  sous  son  unique  influence,  la  quantité  de 
sucre  a souvent  diminué.  Même  dans  les  cas  nombreux,  en 
apparence  réfractaires,  avec  conservation  intégrale  du  sucre, 
sans  modification  chimique  appréciable  de  la  glycosurie,  l’état 
général  a toujours  été  relevé  et  le  traitement  a été  marqué  par 
une  amélioration  symptomatique  constante.  » 

Kéale  et  de  Renzi  (1),  dans  une  étude  relative  à l’influence 
des  courants  de  haute  fréquence  sur  les  échanges  nutritifs,  ; 
après  avoir  mis  en  évidence,  par  l’augmentation  simultanée  de 
l’acide  urique  et  de  l’acide  phosphorique,  l’action  manifeste  j 
de  ces  courants  sur  lanucléine,  disent  qu’ils  ont  constaté  dans 
plusieurs  cas  de  diabète  grave,  la  disparition  complète  du  sucre 
dans  les  urines. 

Boinet  et  Caillol  de  Poney  (2)  ont  publié  quatre  observa- 
lions  de  diabétiques  traités  par  les  applications  directes.  Ils 3 
ont  obtenu  une  amélioration  considérable  de  l’état  général  et  .j 
le  relèvement  des  forces;  mais  la  glycosurie  n’a  pas  été! 
influencée. 

De  son  côté,  Vinas  (de  Turin)  (3),  prétend  avoir  constaté  H 
l’ efficacité  de  ces  courants  dans  le  diabète,  la  diminution  du  1 
sucre  dans  les  urines  et  l’amélioration  de  l’état  général. 

Au  cours  de  leurs  recherches  expérimentales  et  cliniques  ; 
dont  nous  avons  déjà  rendu  compte  (4)  en  partie,  Vinaj  et  ■ 

(1)  Réale  ot  de  Renzi,  Influence  des  courants  de  Testa  sur  les  échangés^ 
organiques  (Communication  au  VIII*  Congrès  international  de  médecine, 

Gazctta  degli  ospedale  e délie  cliniche,  2 nov.  1897).  J 

(2)  Boinet  et  Caillol  de  Poney.  Recherches  sur  les  effets  thérapeutiques  des  •1 
courants  de  haute  fréquence  (Communication  à la  Société  de  Biologie,  juillet^ 

1897).  „ , 

(3)  G S.  Vinas  (de  Turin).  — L Echange  organique  sous  l acUon  des  cou-m 

rants  de  haute  fréquence  (Congrès  d'électrobiologie  et  d'électrolhcrap.e  deH 

Corne,  octobre  1899). 

(4)  Voy-  deuxième  partie,  p.  91. 


— 161  - 


Vietti (1)  ont  eu  l’occasion  de  soumettre  quatre  diabétiques  à 
l’autoconduction.  Ils  ont  observé,  après  un  nombre  variable 
d’applications,  la  disparition  totale  du  sucre  urinaire. 

Dans  une  séance  de  la  Société  de  médecine  interne  de 
Berlin,  Cohn  (2),  exposant  les  résultats  de  ses  recherches  sur 
l’action  thérapeutique  des  hautes  fréquences,  déclare  que, 
chez  les  diabétiques,  la  quantité  de  sucre  contenu  dans  les 
urines  n’a  pas  été  modifiée. 

Bœdeker(3),  rendant  compte  des  recherches  qu’il  a entre- 
prises dans  le  laboratoire  du  professeur  Eulenburg,  dit  avoir 
traité  par  l’autoconduction  trois  cas  de  diabète.  Le  traite- 
ment n’avait  pas  modifié  la  quantité  de  sucre.  Chez  un 
malade  qui  présentait  de  l’acétonurie,  l’acétone  disparut 
après  quatre  séances  et  ne  reparut  pas  d’une  semaine  pen- 
dant laquelle  l’autoconduction  était  appliquée  chaque  jour. 
Le  traitement  ayant  été  interrompu,  l’acétone  reparut  pour 
disparaître  de  nouveau  à la  reprise  de  l’auloconduction.  Chez 
les  diabétiques  observés  par  cet  auteur,  les  symptômes  géné- 
raux furent  toujours  améliorés  (4). 

Nous  avons  eu  l’occasion  de  traiter  nous-même  trois  dia- 
bétiques par  l’autoconduction  ; nous  n’avons  noté  qu’un 
relèvement  très  marqué  de  l’état  général  et  aucun  effet  appré- 
ciable sur  la  glycosurie  (5). 

(1)  G.  Vinaj  et  G.  Viett,  Action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  les 
échanges  organiques.  Recherches  expérimentales  et  cliniques  ( Giornale  di  elettri- 
cità  medica,  décembre  1899.) 

(2)  Société  de  médecine  interne  de  Berlin,  18  février  1900(in  Thérap.  Monats., 
avril  1900.) 

(3)  Bœdeker,  La  d’ Arsonvalisation  ( Wiener  Klin.,  octobre-novembre  1901, 
p.  295.  Analy.  par  E.  Castes,  in  Arcli.  d’électr.  méd.,  janvier  1902). 

(4)  Deus  femmes  atteintes  de  prurit  vulvaire  en  furent  débarrassées  à la  condi- 
tion de  suivre  régulièrement  leur  traitement  électrique.  Chez  le  troisième  malade, 
auquel  l’auteur  fait  allusion,  des  craquements  très  gênants  dans  le  cou  dis- 
paraissaient en  quelques  minutes. 

(5)  Ces  trois  cas  étaient  d’ailleurs  impropres  à une  étude  rigoureuse  de 

II 


— 162  — 


En  somme,  un  seul  fait  se  dégage  nettement  de  l’ensemble 
môme  des  publications  que  nous  venons  de  citer,  c’est  que  les 
courants  de  haute  fréquence  améliorent  presque  toujours  l’état 
général  des  diabétiques  soumis  à leur  influence. 

Quant  à l’action  de  ces  courants  sur  la  glycosurie,  les  obser- 
vations publiées  jusqu’à  ce  jour  prouvent  qu’elle  est  variable 
et  incertaine. 

Certains  auteurs,  en  effet,  ont  observé  la  disparition  totale 
du  suore  dans  les  urines  de  leurs  malades;  d’autres  n’ont 
constaté  qu’une  diminution,  et  quelques-uns,  enfin,  n’ont 
obtenu  aucune  modification  à ce  point  de  vue.  Il  y a donc 
lieu  de  se  montrer  réservé  sur  ce  point  et  de  souhaiter  que 
des  faits  plus  nombreux  viennent  autoriser  des  conclusions 
plus  catégoriques. 

A propos  des  observations  de  d’Arsonval,  que  nous  avons 
précédemment  reproduites,  Vigouroux  (1)  fait  remarquer  que 
les  améliorations  obtenues  au  moyen  des  hautes  fréquences 
sont  moins  marquées  que  celles  qu’on  a observées  après 
l’emploi  de  l’électricité  statique. 

Il  rappelle  à ce  sujet  une  très  intéressante  observation  rela- 
tive à un  diabétique  chez  lequel,  à la  suite  d’un  traitement 
par  la  franklinisation  (30  séances),  le  sucre  était  tombé  de 
i .260  grammes  à 360  grammes,  la  quantité  d’urine  émise  dans 
les  vingt-quatre  heures,  était  passée  de  16  litres  à 4 litres. 

Sans  doute  le  cas  auquel  il  fait  allusion  semble  attribuera 


l’influence  des  hautes  fréquences  sur  la  glycosurie,  soit  parce  que  les  malades 
avaient  suivi  leur  traitement  irrégulièrement  et  avec  intermittences,  soit  parce  ' 
qu'ils  avaient  été  placés,  à divers  moments,  dans  des  conditions  variées  de 
régime  et  d'existence.  • 

(1)  Vigouroux,  Le  Traitement  des  maladies  par  ralentissement  de  la  nutri-  : 
tion,  au  moyen  des  courants  de  haute  fréquence  ( Reçue  internationale  d'électro 
thérapie,  octobre  et  novembre  1896.) 

Sur  l'emploi  thérapeutique  des  courants  à haute  fréquence  ( Progrès  médical , 
1896.) 


; 

J 


— 1G3  — 


la  franklinisation  une  efficacité  supérieure  à celle  des  hautes 
fréquences;  mais  une  comparaison  rigoureuse  entre  ces  deux 
modalités  électriques  ne  saurait  être  basée  sur  le  nombre 
restreint  de  faits  dont  nous  disposons,  et,  comme  le  dit 
Vigouroux,  « les  éléments  d’un  parallèle  complet  font  encore 
défaut.  » 

La  détermination  exacte  de  la  valeur  thérapeutique  de  ces 
diverses  méthodes  de  traitement  est  rendue  d’ailleurs  extrê*- 
mement  complexe,  sinon  par  l’incertitude  où  l’on  se  trouve 
souvent  sur  la  nature  même  du  diabète  auquel  on  a affaire, 
du  moins  par  l’anatomie  pathologique,  variable  suivant  les  cas, 
et  qui  doit  constituer,  la  plupart  du  temps,  la  vraie  cause  des 
insuccès  thérapeutiques,  quelle  que  soit  d’ailleurs  la  méthode 
employée. 


Goutte 

Les  courants  de  haute  fréquence  ont  été  employés  tantôt 
seuls,  tantôt  associés  à une  autre  modalité  électrique  dans  le 
traitement  de  la  goutte.  , 

Guilloz  (1),  considérant  que  la  goutte  est  généralement  re- 
gardée comme  une  auto-intoxication  due  à un  ralentissement 
de  la  nutrition  et  entraînant  un  dépôt  de  composés  uratiques 
dans  les  tissus,  s’est  proposé  de  remplir  deux  indications 
principales  au  moyen  du  traitement  électrique  qu’il  a préconisé 
et  dont  il  a démontré  l’efficacité. 

« Il  convient,  en  effet,  dit-il,  d’augmenter  l’activité  nutritive 
des  tissus  et  de  les  pousser  à accomplir  jusqu’à  ses  termes 
normaux  leur  cycle  trophique,  sans  s’arrêter  à des  produits 


(1)  Th.  Guilloz,  Traitement  électrique  de  la  goutte.  Communication  à l’Aca- 
démie des  sciences,  séance  du  l°r  mai  1899  (Article  iu  Archives  d'élect.  médic ., 
juin  1899).  Voir  également  A.  Guilloz,  Thèse  de  doctorat  en  médecine,  Nancv, 
1898. 


intermédiaires  de  désassimilation,  produits  nuisibles  par  leur 
toxicité  propre  ou  par  leur  état  d’insolubilité  dans  le  milieu 
organique.  Il  convient  aussi  de  dissoudre  et  d’éliminer  les 
déchets  existants  et  de  réparer,  dans  la  mesure  du  possible, 
les  altérations  qu’ils  ont  déjà  provoquées.  » 

Il  est  donc  nécessaire  d’exercer  sur  l’organisme  du  goutteux 
une  double  action  : une  action  générale,  afin  de  déterminer 
une  véritable  suractivité  de  nutrition  et  une  action  locale 
afin  de  dissoudre  et  d’éliminer  les  dépôts  uratiques  exis- 
tants. 

Pour  obtenir  une  action  trophique  générale,  Guilloz  a 
recours  à la  fois  aux  courants  de  haute  fréquence  et  aux 
courants  continus  (1)  de  grande  intensité  (120  à 200  milliam- 
pères). 

Dans  le  traitement  des  lésions  locales,  il  utilise  l’une  des 
propriétés  physico -chimiques  du  courant  continu  (l’électrolyse) 
et  il  l’emploie  « comme  agent  de  transport,  pour  faire  péné- 
trer le  lithium  (2)  à l’état  naissant  au  niveau  des  concrétions 
uratiques  (3)  et  des  infiltrations  ligamentaires.  » 

Cet  auteur  a appliqué  ce  traitement  à plus  de  soixante-dix 
malades  et  il  en  a obtenu  d’excellents  résultats  comme  en 
témoigne  l’observation  suivante  : 


(1)  Guilloz  a pu  obtenir,  en  effet,  par  l’emploi  des  courants  continus  de 
grande  intensité,  sans  aucun  changement  de  régime,  chez  les  obèses,  un  amai- 
grissement pouvant  aller  jusqu’à  10  et  15  kilogrammes.  « Dans  tous  les  cas, 
les  urines  soigneusement  analysées  n’ont  pas  accusé  d’augmentation  de  déchets 
azotés.  L’amaigrissement  se  fait  donc  aux  dépens  des  hydro-carbonés,  ce  qui 
est  une  preuve  absolue  d'une  nutrition  suractivée.  » 

(2)  Cette  méthode  a été  consacrée  par  les  travaux  d’Edison,  Labatut,  Porte 
et  Jordanet,  etc. 

(3)  « Le  lithium  électrolysé  agit  en  alcalimsant  la  jointure  et  en  créant  ainsi 
à l’urate  de  soude  un  milieu  déplus  grande  solubilité.  Peut-être  agit-il  égale- 
ment en  déplaçant  le  sodium  de  sa  combinaison  urique  pour  former  un  urate  de 
ithium  extrêmement  soluble,  qui  s'élimine  rapidement  par  les  urines.»  (Guilloz.) 


— 165  — 


Observation.  — (Publiée  par  Guilloz,  in.  Archives  d’électricité  médicale,  juin  1899). 

(Résumée).  — Goutte  confirmée,  avec  lésions  persistantes  après  les  accès. 

M.  W...,  cinquante-deux  ans. 

Mère  obèse,  oncle  goutteux. 

Fluxion  de  poitrine  dans  la  jeunesse.  Pas  de  migraines.  Nombreux 
épistaxis  dans  son  adolescence. 

Grand  buveur  de  bière,  très  bon  vivant,  semble  avoir  acquis  son 
affection  par  son  hygiène. 

Premier  accès  de  goutte  en  septembre  1875.  Atteintes  successives 
à l’orteil  gauche,  à l’orteil  droit  et  aux  chevilles.  Cet  accès  dure 
six  semaines,  dont  un  mois  de  lit,  et  s’accompagne  de  fièvre,  de  délire, 
de  céphalée  et  de  bourdonnements  d’oreilles  (le  malade  avait  pris  du 
salicylate). 

Deuxième  accès  six  mois  après,  et,  depuis  lors,  le  malade  est  soumis, 
chaque  année,  à 3 ou  4 accès  durant  au  moins  trois  semaines. 

De-puis  quelques  années,  les  crises  sont  moins  douloureuses,  mais 
le3  ankylosés  consécutives  s'accentuent. 

En  1896,  le  malade  aurait  souffert  d’une  congestion  pulmonaire 
indépendante  de  tout  accès  et  de  coliques  hépatiques  avec  ictère  pro- 
noncé. Quelques  semaines  après,  en  novembre  1896,  une  crise  vio- 
lente se  déclare. 

M.  W...  est  de  constitution  vigoureuse,  il  présente  de  nombreuses 
déformations  goutteuses  en  divers  points.  Les  premières  déformations 
sérieuses  remontent  à quatre  ans.  Les  pieds  sont  doublés  de  volume  ; 
les  orteils  chevauchent  les  uns  sur  les  autres,  et,  du  troisième  orteil 
gauche,  gros  comme  une  petite  noix,  sort  une  substance  crayeuse. 
Les  articulations  du  poignet  et  les  articulations  métacarpo-phalan- 
giennes sont  fortement  atteintes.  Les  métacarpiens  semblent  tordus  ; 
les  doigts  sont  noués  par  des  tophus  volumineux,  durs  et  adhérents. 
Au  coude,  au  genou,  se  présentent  des  tophus  de  la  grosseur  d’une 
mandarine.  Les  oreilles  en  abritent  quelques-uns,  dont  le  plus  gros 
n’atteint  pas  le  volume  d’un  pois.  Eczéma  sur  la  face  dorsale  du  pied 
gauche. 

M.  W...  se  présente  à nous  au  mois  de  mai  1897.  Il  marche  très 
péniblement  sur  une  distance  d’une  vingtaine  de  mètres  et  éprouve 
une  raideur  générale  qui  ne  lui  permet  qu’avec  peine  de  se  lever  de 
son  fauteuil.  Nous  le  soumettons  aux  applications  habituelles. 

Au  bout  de  cinq  ou  six  séances  de  traitement,  il  se  sent  un  peu  plus 


- 166  - 


souple.  Après  quinze  séances,  l’enflure  des  pieds  commence  à dispa- 
raître. Vers  la  vingtième  application,  le  malade  fait  2 ou  3 kilomètres 
à pied  et,  après  vingt-quatre  applications,  il  considère  son  état  comme 
excellent  et  cesse  son  traitement.  Toutefois,  un  orteil  luxé  sous  la 
plante  du  pied  rend  la  marche  encore  douloureuse.  Sur  nos  conseils, 
il  le  fait  enlever  par  le  docteur  Frœlich  et,  depuis,  il  marche  comme 
tout  le  monde. 

Depuis,  son  état  général  est  excellent.  Il  a voyagé  en  Angleterre, 
en  Italie,  en  Russie,  etc.,  pour  placer  ses  produits,  sans  ressentir  les 
atteintes  habituelles.  A peine  a-t-il  eu  une  petite  poussée,  qui  a duré 
deux  jours,  à la  suite  d’un  dîner  fin  où  il  avait  absorbé,  entre  autres, 
plusieurs  bouteilles  de  champagne.  Ainsi,  en  juillet  1898,  malgré  un 
régime  moins  que  sévère,  M.  W...  marche  facilement  et  n’a  pas  eu 
d’accès  sérieux. 

Le  malade,  revu  en  mai  1899,  nous  dit  n’avoir  pas  eu  de  grands 
accès  et  n’avoir  été  immobilisé  que  huit  jours  en  passant  par  Nice, 
à la  suite  de  quelques  jours  de  fête. 

Guilloz,  à la  suite  de  ses  observations,  arrive  aux  conclu- 
sions suivantes: 

« Les  accès  traités  dans  leur  période  aiguë  avortent  rapi- 
dement et  ne  laissent  aucun  reliquat  après  leur  disparition. 
Les  empâtements  articulaires  chroniques  se  dissipent  géné- 
ralement après  un  nombre  de  séances  variable  de  quatre  ou 
cinq  à vingt-cinq  ou  trente,  à moins  toutefois  qu’ils  ne  s’ac- 
compagnent d’ostéite  chronique  ancienne.  » 

Ce  traitement  « n’apporte  pas  seulement  aux  douleurs  un 
soulagement,  à l’impotence  des  membres  une  restauration 
fonctionnelle  plus  ou  moins  complète  ; il  modifie  profondément 
l’état  général. 

» Un  des  résultats  les  plus  frappants  signalés  par  les  mala- 
des, consiste  daus  la  bien  moins  grande  durée  des  accès  qu’ils 
ont  pu  avoir  après  leur  traitement.  Ce  sont  des  accès  qui 
avortent  en  quelque  sorte  en  donnant  moins  de  douleurs  et 
une  impotence  fonctionnelle  beaucoup  plus  courte.  » 

Apostoli  et  Laquerrière  ont  également  utilisé  les  courants 


— 167  — 


de  haute  fréquence,  dans  le  traitement  de  la  goutte,  mais 
sans  les  associer  à une  autre  forme  de  courant. 

Ils  déclarent  que  l’on  peut  obtenir  de  bons  résultats,  en  se 
conformant  aux  règles  suivantes  qui  leur  ont  été  imposées 
par  leurs  propres  observations  : 

« 1°  Se  garder  d’intervenir  dans  la  période  aiguë  ; 

»2°  Appliquer  aux  goutteux,  en  commençant,  un  traitement 
peu  intensif  dont  on  augmentera  progressivement  et  le  nom- 
bre des  séances  et  la  durée  d’application  ; 

» 3°  Suspendre  immédiatement  toute  application  devant 
l’invasion  d’un  accès  de  goutte  et  ne  reprendre  le  traitement 
que  lorsque  l’accès  sera  terminé  ; 

» 4°  Ne  pas  hésiter  parfois  5,  prolonger  le  traitement  pendant 
plusieurs  mois,  comme  cela  peut  être  nécessaire,  avec  de 
petits  repos  intercalaires. 

» 5°  Ne  jamais  promettre  au  malade  la  disparition  intégrale 
des  tophus  et  généralement  des  déformations  articulaires  ou 
autres  qui  peuvent  persister  avec  ou  sans  modifications,  même 
après  l’apaisement  symptomatique  plus  ou  moins  complet. 

» 6°  Assurer  aux  malades  la  restauration  symptomatique 
constante  des  forces  et  le  retour  plus  ou  moins  complet  de  la 
santé  générale,  si  le  traitement  est  continué  un  temps  suffi- 
samment long  et  même  s’il  y a échec  de  la  cure  des  accidents 
goutteux  proprement  dits  ; 

» 7°  Il  y a tout  lieu  de  croire  qu’un  traitement  prolongé 
éloignera  les  accès  dégoutté  ou  préviendra,  d’une  façon  plus 
ou  moins  durable,  leur  retour  ultérieur.  » 

Ces  auteurs  ont  été  amenés  à faire  les  différentes  ré- 
serves qui  précèdent  parce  qu’ils  ont  vu,  dans  trois  cas,  «au 
début  d’un  traitement  général  par  les  hautes  fréquences  (lit 
et  cage),  et  dès  les  premières  séances,  éclater  brusquement 
un  accès  de  goutte  que  rien  ne  faisait  prévoir.  » 

Il  y a donc,  au  sujet  de  l’opportunité  du  traitement  par  les 


— 168  — 

fautes  fréquences,  dans  la  période  aiguë  de  la  maladie,  une 
divergence  absolue  (1)  entre  les  conclusions  d’Apostoli  et  La- 
queirière  et  celles  de  Guilloz.  Il  importe  de  remarquer  que 
leurs  techniques  diffèrent  considérablement  : les  uns  limi- 
tant leur  intervention  à une  action  générale,  l’autre  associant 
au  traitement  général  un  traitement  local  énergique.  D’autre 
part,  Sudnik  déclare  que  quelques  cas  qu’il  a lui-même  obser- 
vés ne  lui  permettent  pas  de  partager,  sur  ce  point,  l’opinion 
d’Apostoli. 

Sans  doute  des  différences  dans  la  technique  employée 
peuvent  expliquer  la  divergence  des  résultats  obtenus,  mais 
les  documents  publiés  jusqu’à  ce  jour  ne  nous  paraissent  pas 
suffisants  pour  établir  que  les  hautes  fréquences  sont  mani- 
festement contre-indiquées  dans  la  goutte  aiguë. 

Ce  n’est  pas,  d’ailleurs,  en  plein  accès  aigu  que  le  goutteux 
sera  généralement  justiciable  d’un  traitement  électrique.  Cet 
accès  commande  le  repos,  non  seulement  de  la  jointure 
atteinte,  mais  le  repos  général  et  de  préférence  au  lit.  Les 
considérations  qui  précèdent  nous  paraissent  donc  seulement 
applicables  aux  attaques  moins  intenses  et  plus  prolongées 
par  lesquelles  la  goutte,  passée  à l’état  chronique,  manifeste 
son  activité  sur  les  diverses  articulations. 

Dans  ces  cas-là  on  s’inspirera  de  l’état  du  malade  pour 
commencer  d'emblée  ou  différer  au  contraire  un  traitement 
par  les  hautes  fréquences.  Celui-ci  sera  appliqué,  comme  le 

(1)  L’opportunité  d’un  traitement  médicamenteux,  au  moment  de  l’accès,  est 
elle-même  discutée.  C’est  ainsi  que  Bouchard  n’emploie  le  colchique,  qui  est 
jusqu’ici  l’un  des  meilleurs  médicaments  utilisés  contre  la  goutte,  qu’à  partir 
du  douzième  joui-,  quand  l’acuité  de  l’accès  a tout  à fait  disparu,  tandis  que 
Lccorché  l’administre  d’emblée.  Bouchard  considère,  en  effet,  la  crise  aiguë 
comme  utile,  tandis  que  Lecorché  la  regarde  non  point  comme  une  décharge  à 
rechercher,  mais  comme  une  manifestation  de  l’intensité  de  la  maladie  qu’il 
faut  tâcher  d’enrayer  à cause  de  la  souffrance  et  de  l’épuisement  qu’elle  pro- 
cure au  malade. 


— 169  — 


recommandent  Apostoli  et  Laquerrière,  en  augmentant  pro 
gressivement  le  nombre  et  la  durée  des  séances. 


Rhumatisme 

En  raison  de  la  diversité  des  états  pathologiques  décrits 
sous  le  nom  de  rhumatisme  et  des  nombreuses  discussions 
que  leur  groupement  ou  leur  séparation  ont  provoquées,  nous 
les  passerons  tous  brièvement  en  revue,  afin  de  signaler,  à 
propos  de  chacun  d’eux,  les  tentatives  thérapeutiques  dont 
ils  ont  été  l’objet  au  point  de  vue  qui  nous  intéresse. 

Un  grand  nombre  de  recherches  contemporaines,  soit  clini- 
ques, soit  expérimentales,  ont  cherché,  en  effet,  à catégori- 
ser ces  affections  diverses  autrefois  communément  embrouillées 
dans  le  chaos  de  l’arthrilisme.  Ces  recherches  ont  contribué 
à isoler  les  affections  suivantes: 

1°  Une  maladie  aiguë,  fébrile,  générale:  le  rhumatisme 
articulaire  aigu  ; 

2°  Des  déterminations  articulaires,  s’accompagnant  d’un 
trouble  général  de  la  santé  et  survenant  dans  le  cours  ou  le 
décours  d’infections  ou  d’intoxications  variées  : les  pseudo- 
rhumatismes, rhumatismes  infectieux  ou  toxiques; 

3°  Des  manifestations  à caractère  souvent  fluxionnaire  et 
douloureux  ayant  pour  siège  les  autres  appareils  que  l’appa- 
reil articulaire  : le  rhumatisme  abarticulaire  ou  viscéral  ; 

4°  Un  groupe  d’affections  articulaires  chroniques  qui  ne  sont 
généralement  pas  accompagnées  de  fièvre,  qui  persistent  pen- 
dant des  mois,  des  années,  toute  la  vie  même,  produisant,  de 
temps  en  temps,  des  accès  douloureux  comme  la  goutte,  et 
aboutissant  comme  elle  à des  déformations  des  articulations  : 
le  rhumatisme  chronique. 

La  distinction  la  plus  importante  et  la  plus  complexe  est 


— 170  — 

celle  qui  sépare  le  rhumatisme  articulaire  aigu,  encore  appelé 
fièvre  rhumatismale  ou  polyarthrite  aiguë  fébrile,  et  qui  est 
considéré  comme  une  maladie  infectieuse,  du  rhumatisme 
chronique,  que  l’on  regarde  comme  un  trouble  de  la  nutrition. 
« Le  tableau  symptomatique  diffère  du  tout  au  tout,  si  l’on 
considère  les  types  extrêmes  de  rhumatisme  articulaire  aigu 
et  de  rhumatisme  articulaire  chronique  ; mais  toutes  les 
transitions  se  rencontrent  aussi,  et  la  limite  entre  le  domaine 
du  rhumatisme  aigu  et  celui  du  rhumatisme  chronique  est 
bien  difficile  à tracer.  Les  auteurs  qui  rangent  le  rhumatisme 
aigu  parmi  les  maladies  infectieuses  et  rejettent  l’étude  du 
rhumatisme  chronique  dans  le  groupe  des  maladies  de  la 
nutrition  , sont  obligés  de  reconnaître  que  beaucoup  de 
rhumatismes  chroniques  sont  d’origine  infectieuse  et  que,  par 
leur  début,  ils  peuvent  revêtir  les  allures  du  rhumatisme 
aigu  (1).  .. 

Nous  pouvons  donc  rapprocher  ces  deux  formes  dans  ce 
chapitre,  consacré  aux  maladies  de  la  nutrition. 

Rhumatisme  articulaire  aigu.  — Les  hautes  fréquences 
ne  paraissent  pas  avoir  été  souvent  employées  dans  le  rhuma- 
tisme articulaire  aigu. 

Soulages  a publié  l’observation  d'un  malade  traité  en  pleine 
crise  aiguë  et  dont  l’état  avait  été  très  rapidement  amélioré 
par  l’autoconduction  ; mais  il  s’agissait  probablement  d’un 
accès  aigu  survenu  dans  un  cas  de  rhumatisme  chronique;  du 
moins  l’observation  résumée  ne  fixe  pas  sur  ce  point. 

♦ L’emploi  des  courants  de  haute  fréquence  dans  le  rhuma- 
tisme articulaire  aigu,  est,  au  contraire,  réprouvé  par  les 
auteurs  qui  ont  traité  cette  question. 

Pour  Apostoli  et  Berlioz,  « toutes  les  affections  fébriles,  où 
l’élément  douloureux  est  prépondérant  (comme  le  rhumatisme 


(1)  Auscher,  Rhumatismes  aigus,  in  Manuel  de  médecine. 


— 171  — 


aigu,  l’accès  de  goutte,  etc,..),  ne  sont  l’objet  d’aucun  soula- 
gement immédiat  sous  l’action  des  hautes  fréquences,  et  on 
assiste  même  parfois  à une  aggravation  des  troubles  sympto- 
matiques douloureux  antérieurs.  » 

Apostoli  et  Laquerrière,  qui  ont  recueilli  un  grand  nombre 
d’observations  de  rhumatisants  traités  par  cette  forme  de 
courant,  déclarent  formellement  qu’ils  ne  croient  pas  la 
forme  aiguë  du  rhumatisme  justiciable  des  hautes  fréquen- 
ces. Ils  considèrent,  au  contraire,  ces  courants  « comme 
nettement  contre  - indiqués  et  susceptibles  d’aggraver  la 
maladie.  » 

« Dans  les  formes  subaiguës  » (les  auteurs  désignent  sans 
doute  ainsi  les  formes  légères  du  rhumatisme  aigu(l),  formes 
dont  les  symptômes  sont  peu  intenses  et  qui  cependant  traî- 
nent longtemps  (2),  « on  peut  tenter  l’application,  en  modé- 
rant, au  début,  l’intensité  et.  la  durée  des  séances,  sous  la 
réserve  formelle  que  toute  intolérance  initiale  sera  respectée 
et  sera  un  critérium  qui  imposera  la  suspension  de  la  médi- 
cation électrique.  » Si  le  malade  supporte  bien  son  traitement, 
et  « si  une  amélioration  même  légère  se  manifeste  au  début, 
pour  augmenter  progressivement,  il  y a lieu  de  persévérer 
et  de  continuer  le  même  traitement.  » 

Il  nous  paraît  important  de  faire  remarquer  ici  que  l’exis- 
tence d’une  lésion  cardiaque  constituant  une  contre-indication 
de  l’emploi  des  hautes  fréquences,  il  est  logique,  en  vertu  des 
lois  de  Bouillaud,  de  proscrire  l’usage  de  ces  courants  dans 
le  rhumatisme  articulaire  aigu,  violent,  généralisé,  et  de  le 
permettre,  au  contraire,  à la  condition  que  le  malade  soit  sur- 

(1)  Aucher,  Rhumatisme  articulaire  aigu,  franc,  in  Manuel  de  médecine. 

(2)  Les  formes  abortives  ne  doivent  pas  avoir  été  comprises  sous  cette 
dénomination,  car  si  cette  forme  est  caractérisée  par  la  brièveté  de  l’évolution 
du  mal,  elle  ncst  pas  toujours  bénigne  et  peut  s’accompagner  de  fluxions 
articulaires  très  marquées  et  d’hyperthermie  intense. 


— 172  — 


veillé,  dans  le  rhumatisme  articulaire  aigu,  léger,  partiel, 
apyrétique. 

Enfin,  s’il  est  utile  de  distinguer  entre  les  formes  cliniques 
de  la  maladie,  pour  atténuer,  au  profit  de  certains  cas,  la 
rigueur  de  la  règle  relative  à ces  contre-indications,  il  est 
également  utile  d’établir  une  distinction  entre  les  périodes 
de  la  maladie. 

La  convalescence  du  rhumatisme  articulaire  aigu  s’accom- 
pagne généralement  de  troubles  divers  de  la  nutrition;  1’  ané- 
mie est,  le  plus  souvent,  très  marquée  et  ne  disparaît  qu’à 
la  longue.  Le  malade  reste  même  débilité  longtemps  après  la 
guérison;  il  souffre  encore  de  ses  jointures  malhabiles;  ses 
masses  musculaires  sont  diminuées  de  volume  ou  frappées 
d’atrophie.  Au  pourtour  des  articulations,  il  se  produit  parfois 
des  rétractions  aponévrotiques  ou  tendineuses  qui  provoquent 
des  déformations  rappelant  de  loin  le  rhumatisme  chronique. 
Lorsque  les. attaques  de  rhumatisme-articulaire  aigu  se  sont 
rapidement  succédé  les  unes  aux  autres,  il  persiste  fréquem- 
ment après  lqi  des  lésions  articulaires  ou  péri  articulaires. 

Enfin,  certains  auteurs  signalent  tles  cas  dans  lesquels,  au 
déclin  de  la  maladie,  « l’arthropathie  passe  à l’état  subaigu; 
l'articulation  reste  plus  ou  moins  douloureuse,  les  tissus  fibreux 
péri-articulaires  s’épaississent  et  deviennent  le  siège  de  pous- 
sées fluxionnaires  multiples,  les  aponévroses  et  les  tendons 
fléchisseurs  se  rétractent,  etc...,  en  un  mot,  on  assiste  à l’évo- 
lution d’une  des  formes  du  rhumatisme  chronique.  » Quoique 
sur  ce  dernier  point  les  interprétations  soient  différentes,  le 
cadre  nosologique  dans  lequel  doivent  rentrer  les  faits  de  ce 
genre  variant  avec  les  auteurs,  ces  cas,  quelle  que  soit  l’opinion 
qu’on  adopte,  n’en  doivent  pas  moins,  eux  aussi,  être  envisa- 
gés à part. 

Dans  les  diverses  conditions  que  nous  venons  d’énumérer, 
on  se  trouve  en  présence  de  reliquats  du  rhumatisme  aigu 


- 173  — 

qui,  par  leur  nature  même  (atrophiss,  "empâtements  articu- 
laires), paraissent  justiciables  d’une  thérapeutique  électrique. 
Les  applications  locales  et  les  applications  directes  des  cou- 
rants de  haute  fréquence  pourront  être,  semble-t-il,  avanta- 
geusement utilisées. 

Pseudo  rhumatismes  — Nous  exposerons,  dans  le  chapitre 
consacré  aux  maladies  infectieuses,  les  résultats  obtenus  par 
les  applications  de  courants  de  haute  fréquence,  dans  le 
rhumatisme  blennorragique,  le  seul  rhumatisme  provoqué  par 
une  infection  sur  lequel  nous  ayons  pu  recueillir  quelques 
documents. 

Rhumatisme  abarticulaire.  On  peut  observer  le  rhu- 
matisme viscéral,  soit  à titre  de  complication  au  cours  d’une 
crise  de  rhumatisme  articulaire  aigu,  soit  en  dehors  de  toute 
localisation  articulaire. 

Ces  déterminations,  dont  la  nature  rhumatismale  ne  sau- 
rait faire  de  doute  lorsqu’elles  accompagnent  une  atteinte 
articulaire,  n’en  sont  pas  moins  de  la  même  nature,  lorsque 
les  arthropathies  font  défaut.  Leur  origine  pathologique  est, 
sans  doute,  plus  difficile  à établir  dans  ce  dernier  cas;  mais 
on  y arrive  cependant  en  consultant  l’hérédité,  l’état  antérieur 
et  constitutionnel  du  malade  qui  les  présente. 

Parmi  ces  nombreuses  localisations  viscérales,  qu’elles 
fassent  ou  non  partie  du  cortège  symptomatique  du  rhuma- 
tisme articulaire,  quelques-unes  seulement  paraissent  justi- 
ciables d’un  traitement  par  les  hautes  fréquences.  Nous 
citerons  les  névralgies  et  le  rhumatisme  musculaire. 

N évralgies . — Apostoli  et  Laquerrière  ont  utilisé,  dans  le 
traitement  des  névralgies  rhumatismales,  soit  isolément,  soit 
conjointement,  les  applications  générales  et  les  applications 
locales  des  courants  de  haute  fréquence. 


Sous  la  seule  influence  des  applications  générales,  ils  ont 
souvent  obtenu  des  résultats  rapides  et  favorables,  « tels  que 
la  disparition  des  douleurs  et  le  rétablissement  progressif  de 
la  puissance  fonctionnelle,  dans  la  névralgie  des  membres.  » 
Ils  ont  noté,  par  exemple,  plusieurs  guérisons  de  sciatique. 

Les  applications  locales  isolées,  sous  forme  d’effluvation, 
ont  paru  avoir  une  influence  plus  variable  : tantôt,  elles  ont 
procuré  « une  sédation  durable  ; tantôt,  elles  ont  procuré 
une  analgésie  considérable,  mais  tout  à fait  momentanée; 
parfois  encore,  elles  n’ont  donné  aucun  résultat  appréciable. 
Dans  quelques  cas  enfin,  elles  ont  semblé  être  plutôt  défavo- 
rables, en  provoquant  une  poussée  congestive  nouvelle  avec 
un  accroissement  parallèle  de  la  douleur  et  une  sensation 
consécutive  de  fatigue.  » 

Sudnik  a constaté,  lui  aussi,  des  aggravations  produites, 
dans  des  cas  analogues,  par  les  applications  faites  au  moyen 
d’un  résonateur. 

« Ces  échecs  partiels  sont-ils  tributaires  de  la  médication 
proprement  dite  ou  de  la  technique  opératoire?  C’est  un  sujet 
encore  peu  exploré,  qui  réclame  un  supplément  de  recherches 
cliniques;  elles  aboutiront  très  probablement  à mieux  fixer 
et  à préciser  les  questions  de  dosage  et  de  durée,  ainsi  que 
les  indications  de  l’association  parallèle  des  applications 
locales  et  des  applications  générales  (Apostoli  et  Laquer- 
rière).  » 

Rhumatisme  musculaire.  — Nous  rapportons  l'observation 
suivante,  relative  à un  cas  qui  nous  parait  devoir  rentrer  sous 
ce  titre  et  dans  lequel  l’auloconduction  a permis  d’obtenir  une 
très  grande  amélioration  de  l’état  du  malade. 

Observation  (Personnelle  et  inédite.  Recueillie  dans  le  service  d’électrothérapie 
de  l'hôpital  suburbain  de  Montpellier). 

G.  D.,  étudiant  en  médecine,  vingt-sept  ans. 

Antécédents  héréditaires.  — Grand-père  paternel  mort  paraplégique 


— 175  — 

à soixante  ans.  Grand-père  maternel  mort  à un  âge  avancé,  avait  eu 
des  rhumatismes. 

Père  très  bien  portant,  âgé  de  soixante-dix  ans. 

Mère  arthritique  névropathe. 

Frère  souffrant  depuis  une  dizaine  d'années  de  douleurs  rhumatis- 
males musculaires. 

Antécédents  personnels.  — Il  y a quatre  ans,  quelques  accès  de 
paludisme.  En  1899,  grippe  légère. 

Histoire  de  la  maladie  actuelle.  — A commencé  à souffrir,  vers  l’âge 
de  quinze  ans,  de  douleurs  vagues  dans  les  reins,  douleurs  surve- 
nant à des  intervalles  éloignés  , à la  suite  d une  fatigue  ou  d un 
refroidissement  et  de  courte  durée.  A 1 âge  de  dix-huit  ans,  poussée 
très  intense,  avec  douleur  vive  au  niveau  de  l’émergence  du  sciati- 
que, s’irradiant  le  long  du  quadriceps  et  du  jumeau  interne  et  alter- 
nant dans  les  deux  membres  inférieurs.  Cette  poussée  a duré  deux 
mois  et  a coïncidé  avec  un  changement  de  climat;  elle  a été  traitée 
par  des  bains  de  vapeur.  A vingt  ans,  nouvelle  poussée  avec  les 
mêmes  localisations  ; elle  a duré  pendant  toute  la  saison  froide  et 
n’a  été  l’objet  d’aucun  traitement. 

Etat  actuel.  — Actuellement,  le  malade  souffre  depuis  le  3 décem- 
bre 1900.  Il  se  plaint  de  douleurs  erratiques  très  vives,  survenant  par 
poussées  tous  les  deux  ou  trois  jours  daus  les  masses  communes,  les 
insertions  des  muscles  abdominaux  et  des  grands  dorsaux.  Ces  dou- 
leurs apparaissent  surtout  le  matin  et  s’atténuent  dans  la  journée, 
sans  toutefois  disparaître  complètement. 

Pas  de  douleurs  articulaires. 

Traitements  et  résultats  du  traitement.  — Le  20  mai  1901,  le  malade 
souffrant  du  membre  inférieur  droit  est  soumis,  à titre  d’essai,  à une 
application  directe  de  haute  fréquence.  Une  plaque  d’étain,  reliée  à 
l’une  des  extrémités  du  solénoïde  de  l’appareil  producteur,  est  placée 
à la  partie  supérieure  et  antérieure  de  la  cuisse  droite  ; une  seconde 
plaque,  reliée  à l’autre  extrémité  du  solénoïde,^est  appliquée  sur  le 
mollet  droit(I  = 400  à 500  ma.)  Amélioration  sensible  et  instantanée. 
Deux  jours  après,  même  traitement  et  même  effet. 

Le  26  mai,  les  douleurs  s’étant  déplacées,  le  malade  est  traité  par 
l’autoconduction,  seul  traitement  continué  dans  la  suite.  Les  séances, 
très  courtes  au  début,  atteignent  progressivement  dix  et  quinze  minutes. 


— 176  — 


A la  suite  du  traitement  par  l’autoconduction,  les  poussées  s’espa- 
cent ; une  détente  se  produit  dans  l'état  général  ; les  urines  devien- 
nent très  chargées  en  urates  et  en  phosphates  terreux. 

Fin  juillet  (après  une  vingtaine  de  séances  d’autoconduction),  le 
malade  interrompt  son  traitement.  Les  douleurs  n’ont  pas  complète- 
ment disparu  ; mais  elles  sont  extrêmement  atténuées.  Les  poussées 
qui  survenaient,  avant  le  traitement,  tous  les  deux  ou  trois  jours,  et 
étaient  très  violentes,  sont  maintenant  légères  et  séparées  par  de  longs 
intervalles. 

Des  lichens,  jusqu’alors  très  fréquents  au  visage,  ont  disparu 
petit  à petit.  La  séborrhée  graisseuse  dont  le  malade  avait  constaté 
l’existence  a considérablement  diminué. 

Dans  son  Traité  pratique  d'électricité  médicale,  Larat, 
résumant  l’exposé  relatif  au  traitement  électrique  du  rhuma- 
tisme musculaire,  conseille  de  recourir  soit  aux  étincelles 
sialiques,  soit  à la  faradisation  au  moyen  du  pinceau  de 
Duchenne,  soit  enfin  aux  étincelles  de  haute  fréquence,  si 
l’on  n’a  pas  à sa  disposition  le  bain  hydro-électrique  qui  a, 
d’après  lui,  sur  ces  procédés,  l’avantage  de  constituer  un 
traitement  général.  Il  semble  que  l’observation  qui  précède 
doit  encourager  à essayer,  dans  ce  cas,  à titre  de  traitement 
général  également,  les  séances  d’autoconduction. 

Rhumatisme  chronique.  — C’est  principalement  dans  la 
thérapeutique  du  rhumatisme  chronique  que  les  procédés 
d’électrisation  générale  par  les  hautes  fréquences  ont  donné 
de  bons  résultats. 

Aposloli  et  Berlioz,  rendant  compte  des  nombreuses  ana- 
lyses d’urine  pratiquées  pour  leurs  malades,  résument  ainsi 
les  faits  qu’ils  ont  observés  : 

Ces  analyses  ont  révélé  « l’amélioration  de  la  diurèse  et 
l’élimination  plus  facile  des  excreta  ; la  suractivité  plus 
grande  des  combustions  organiques;  la  tendance  du  rapport 
de  l’acide  urique  à l’urée  à se  rapprocher  de  la  moyenne  nor- 
male, c’est-à-dire  de  i/409.  » 


— 177  — 


D’après  eux,  « le  rhumatisme  chronique  s’améliore  le  plus 
souvent  considérablement.  Les  mouvements  deviennent  plus 
faciles,  les  membres  plus  souples,  la  marche  plus  aisée.  Les 
douleurs,  toutefois,  ne  s’atténuent  que  plus  ou  moins  tardive- 
ment; mais  la  guérison  symptomatique  définitive  peut  être 
quand  même  obtenue  sous  l’unique  influence  des  courants  de 
haute  fréquence.  » 

L’étude  la  plus  documentée  publiée  sur  cette  question  est 
contenue  dans  le  travail  consacré  par  Apostoli  et  Laquerrière 
à l’action  des  courants  de  haute  fréquence  dans  l’arthritisme. 
Cette  étude  est  basée,  en  effet,  sur  quarante  et  une  observa- 
tions de  rhumatisme  chronique  traité  par  cette  modalité 
électrique.  Ces  observations  ont  été  également  analysées  par 
Rilhac  (1),  dans  sa  thèse. 

Ces  auteurs  insistent  sur  la  nécessité  de  poursuivre  long- 
temps le  traitement  par  les  hautes  fréquences  si  l’on  veut 
obtenir  une  amélioration  durable.  D’après  eux,  « vingt-cinq 
à trente  séances  consécutives  et  quotidiennes  sont  générale- 
ment un  minimum  qu’il  faudra  atteindre  et  qu’il  faudra  par- 
fois faire  suivre,  après  quelques  jours  de  repos,  d’une  seconde 
et  au  besoin  d’une  troisième  série  de  traitement.  » Chez  cer- 
tains malades,  en  effet,  ce  n’est  qu’après  deux  cents  ou  trois 
cents  applications  que  leurs  efforts  ont  été  couronnés  de  suc- 
cès. 

Après  avoir  fait  ces  réserves,  ils  concluent  catégorique- 
ment qu’il  est  absolument  exceptionnel  que'  des  malades 
atteints  « de  rhumatisme  nettement  chronique  n’aient  pas 
retiré  d’un  traitement  régulièrement  suivi  et  suffisamment 
prolongé  des  améliorations  marquées,  équivalant  parfois  à 
de  véritables  guérisons  symptomatiques.  » 

Nous  avons  eu  nous-même  l’occasion  de  traiter  par  l’auto- 

(1)  Rilhac,  Des  courants  de  haute  fréquence  (thèse  Paris,  1899). 


12 


— 178  — 

conduction  plusieurs  malades  atteints  de  rhumatisme  chro- 
nique et  dont  l’état  fut  très  sensiblement  amélioré (1). 

L’analyse  des  laits  publiés  montre  que  les  considérations 
qui  précèdent  sont  applicables  aux  diverses  formes  du  rhuma- 
tisme chronique.  L’amélioration  que  l’on  peut  obtenir  par 
l’emploi  des  hautes  fréquences  est,  d’ailleurs,  naturellement 
subordonnée  à la  gravité  anatomique  de  ces  formes  elles- 
mêmes. 

Il  est  des  cas,  en  effet,  dans  lesquels  le  pronostic,  au  point 
de  vue  du  résultat  thérapeutique,  devra  être  extrêmement 
réservé  et  dans  lesquels  une  longue  et  patiente  application  du 
traitement  est  particulièrement  nécessaire. 

Dans  le  rhumatisme  noueux,  par  exemple,  les  déformations 
acquises  peuvent  rester  indélébiles,  et  il  faudra  se  garder  de 
promettre  aux  malades  une  restauration  complète  ou  rapide 
de  tissus  profondément  modifiés.  Il  importe  cependant  de 
remarquer  que  les  déformations  articulaires  ne  sont  point 
toute  la  maladie.  Celle-ci  s'accompagne,  en  effet,  de  troubles 
nerveux  et  de  troubles  trophiques  extrêmement  importants. 
Ces  différents  symptômes:  les  douleurs,  les  névralgies,  la 


(1)  Nous  avons  observé,  notamment,  une  malade  présentant  du  rhumatisme 
fibreux.  Les  articulations  des  mains,  des  épaules,  des  genoux  et  des  pieds 
étaient  atteintes,  et  la  malade  se  trouvait,  en  conséquence,  à peu  près  immo- 
bilisée. Elle  présentait,  en  outre,  des  troubles  trophiques  divers,  se  plaignait 
de  douleurs  continues  et  d'une  insomnie  rebelle.  Des  séances  d’autoconduction 
d’une  durée  moyenne  de  quinze  à vingt  minutes  amenèrent  assez  rapidement 
une  amélioration  notable  de  l’état  général  et,  en  particulier,  le  retour  du  som- 
meil. Dans  la  suite,  les  douleurs  furent  progressivement  atténuées  ; les  forces 
devinrent  même  suffisantes  et  les  mouvements  assez  étendus  pour  que  la  malade, 
qu’on  apportait  au  début  dans  la  salle  de  traitement  sur  un  brancard  et  qu’un 
infirmier  devait  déposer  dans  le  grand  solénoïde,  pût  venir  seule  en  s’aidant 
simplement  d’une  chaise  pour  se  soutenir,  se  placer  dans  l’appareil.  Cette 
malade,  ayant  été  obligée  d’interrompre  son  traitement,  n’a  pu  bénéficier  de 
ces  longues  séries  de  séances  recommandées  en  pareil  cas  ; mais  l’amélioration 
obtenue  a été  cependant  assez  accentuée  pour  mériter  d’être  signalée. 


migraine,  l’insomnie,  l'atrophie  musculaire,  les  troubles  tro- 
phiques cutanés,  etc...,  qui  constituent  une  bonne  partie  de 
l’affection  sont  précisément  plus  facilement  amendés,  et  c’est 
en  les  modifiant  favorablement  que  les  hautes  fréquences 
peuvent,  même  dans  les  cas  les  plus  graves,  procurer  un  réel 
soulagement  aux  malades. 

Dans  les  formes  légères,  caractérisées  par  leur  bénignité 
anatomique  , dans  le  rhumatisme  chronique  simple , par 
exemple,  on  obtiendra  des  améliorations  plus  complètes,  per- 
sistant pendant  plusieurs  années,  malgré  la  cessation  de  tout 
traitement  et  parfois  même  définitives. 

Les  deux  observations  suivantes,  empruntées  au  travail 
d’Apostoli  et  Laquerrière,  montrent  bien  l’efficacité  du  traite- 
ment par  les  hautes  fréquences  dans  l’affection  qui  nous 
occupe. 


OBSERVATIONS 

(Publiées  par  Apostoli  et  Laquerrière,  in  Annales  d’Électro  biologie , 
janvier-février  1900.) 

Obs.  I.  — Rhumatisme  chronique  des  deux  mains  et  de  L'articulation 
coxo-fêmorale  droite.  — Mm3  Sal...,  cinquante-cinq  ans,  sa  présente  à 
la  clinique  du  docteur  Apostoli,  le  19  avril  1894,  pour  rhumatisme 
chronique. 

Antécédents  personnels.  — Impétigo  de  six  à dix  ans.  Pas  de  rhuma- 
tismes dans  la  jeunesse.  La  malade  souffre  de  l’estomac  depuis  douze 
ans.  Elle  a même  eu,  il  y a sept  ans,  des  hématémèses  : depuis  cette 
époque,  elle  ne  se  nourrit  que  de  lait,  d’œufs  et  de  légumes  verts. 
Ménopause  à cinquante  et  un  ans. 

Il  y a six  mois,  ses  mains  se  sont  enflées  : elle  y a ressenti  de  vives 
douleurs  qui  l’empêchaient  de  faire  aucun  mouvement.  Les  articula- 
tions des  genoux  et  de  l’épaule  droite  ont  suivi  celles  des  mains.  La 
malade  dit  avoir  eu  de  la  fièvre  à ce  moment  et  avoir  gardé  le  lit  pen- 
dant quinze  jours. 

h tat  actuel  (19  avril  1894).  — Actuellement,  les  douleurs  des  genoux 
et  de  1 épaule  ont  notablement  rétrocédé,  mais  la  malade  souffre  tou- 


180  — 


jours  de  douleurs  dans  les  articulations  des  doigts  de  chaque  côté. 
Ceux-ci  sont  tuméfiés  ; la  flexion  en  est  incomplète  et  très  dou- 
loureuse. 

Elle  se  plaint  aussi  de  douleurs  paraissant  siéger  dans  l’articulation 
coxo-fémorale  droite  avec  irradiations  dans  toute  la  cuisse,  dès  qu’elle 
se  met  en  marche. 

Son  état  général  laisse  beaucoup  à désirer,  elle  se  dit  très  faible, 
elle  a fréquemment  des  vertiges.  Le  sommeil  fait  complètement 
défaut.  Elle  est  très  nerveuse,  irritable,  a des  accès  de  iarmcs  sans 
raisons:  elle  a eu,  il  y a une  dizaine  d’années,  des  petites  crises  d'hys- 
térie  fruste,  sans  perte  complète  de  connaissance,  à l’occasion  de 
contrariétés. 

Traitement.  — Les  séances  de  haute  fréquence  commencées  le 
21  avril  ont  été  interrompues  au  bout  de  quinze  jours  par  une  bron- 
chite intercurrente  et  reprises  trois  semaines  après,  le  26  mai,  pour  se 
continuer  quotidiennement  jusqu’au  16juiu. 

A cette  époque 'la  malade  avait  fait  trente-quatre  séances  d’auto- 
conduction sans  contact. 

Réaction.  — Pendant  la  séance,  elle  disait  ressentir  de  petits  picote- 
ments dans  les  doigts,  et  au  bout  de  quelques  jours  ses  mains,  ordi- 
nairement glacées,  devenaient  chaudes  et  se  couvraient  d’une  légère 
transpiration. 

Après  la  séance,  pendant  la  nuit,  elle  éprouvait  des  tiraillements 
dans  les  membres,  sensation  que  l’on  retrouve  chez  un  certain  nombre 
de  malades,  surtout  chez  les  nerveuses. 

Résultats  immédiats.  — Le  premier  résultat  obtenu  fut  un  relèvement 
marqué  de  l’état  général.  La  malade  se  sentit  d’abord  plus  forte  : elle 
n’eut  plus  ces  étourdissements  au  milieu  de  la  rue  qui  lui  faisaient 
craindre  de  tomber.  Le  sommeil  devint  très  calme  : elle  remarque 
même  qu’après  une  séance  manquée  au  début,  le  sommeil  de  la  nuit 
suivante  était  plus  agité.  Le  nervosisme  fut  également  beaucoup 
moindre. 

Parallèlement  à l’amélioration  générale,  bien  qu’avec  plus  de  len- 
teur, les  lésions  locales  ont  subi  une  régression  appréciable. 

Au  bout  de  quinze  séances,  elle  put  reprendre  son  travail  de  couture 
interrompu  depuis  longtemps.  La  flexion  des  doigts  était  devenue  pos- 
sible et  non  douloureuse  ; ses  mains,  plus  souples,  étaient  devenues 
un  peu  moites. 


— 181  — 


L'œdème  avait  presque  complètement  disparu.  Mais  la  malade  se 
plaignait  encore  d’une  impression  douloureuse  dans  les  coudes  et  les 
bras. 

Lesdouleurs  ne  disparurent  jamais  complètement,  bien  que  le  travail 
fût  redevenu  facile  et  malgré  l’amélioration  persistante  de  l’état  général. 
Elles  firent  encore  des  apparitions  de  courte  durée  sur  tel  point  ou  sur 
tel  autre.  Ainsi  les  10  et  11  juin  (vingtième  et  vingt  et  unième  séances), 
la  malade  ressentit  de  vives  douleurs  dans  les  membres  inférieurs  avec 
gonflement  des  chevilles  et  des  genoux,  douleurs  qui  disparurent  trois 
jours  après. 

Au  moment  de  la  Cessation  du  traitement  (16  juin  1894),  l’état  de  la 
malade  était  le  suivant  : 

1°  Restauration  de  l’état  général  : plus  de  force,  sommeil  excellent  ; 

2°  Marche  plus  facile  : la  malade,  qui  avait,  avant  le  traitement, 
une  grande  difficulté  à monter  les  escaliers  et  était  obligée  de  mettre 
les  deux  pieds  sur  la  même  marche,  peut  aujourd’hui  les  monter  un 
pied  sur  chaque  marche  ; 

3°  Atténuation  notable,  mais  non  disparition  complète  des  douleurs 
des  membres  supérieurs,  en  particulier  des  mains. 

Elle  est  venue,  sur  notre  demande,  le  30  juin  1897  ( trois  ans  après 
la  cessation  du  traitement).  ! 

Depuis  qu’elle  a quitté  la  clinique,  elle  a continué  son  travail  sans 
l'interrompre  un  seul  jour.  Presque  complètement  guérie  lors  de  son 
départ,  elle  a vu,  dans  les  semaines  suivantes,  les  améliorations  conti- 
nuer à s’accroître,  et  depuis  elle  n’a  que  très  rarement  un  peu  de  gon- 
flement des  mains  et  quelques  légères  douleurs  articulaires. 

Dort  bien,  marche  facilement,  monte  facilement  les  escaliers. 

En  somme,  l’amélioration  s’est  encore  accrue  après  son  départ  de  la 
clinique  et  depuis  elle  s’est  intégralement  maintenue. 

Résumé  des  analyses  d'urine.  — lia  été  pratiqué  des  analyses  d’urine  par 
le  docteur  Berlioz.  Au  début,  la  diurèse  était  insuffisante  (550  grammes, 
puis  850  grammes),  la  proportion  des  matériaux  azotés  était  inférieure 
à la  normale  et  le  rapport  de  l’acide  urique  à l’urée  = 1/330. 

Sous  l’influence  du  traitement,  ladiurèse  a augmenté  (1.000 grammes 
les  deux  dernières  fois);  la  proportion  des  éléments  azotés  est  restée 
faible,  «mais  le  rapport  de  l’acide  urique  à l'urée  a oscillé  entre  1/30° 
et  1/58°. 


— 182 


Obs.  II  (résumée).  — Rhumatisme  chronique.  — Mœc  Fo....,  qua- 
rante-neuf ans,  ménagère,  se  présente  à la  clinique  du  docteur 
Apostoli,  le  21  mai  1895,  pour  des  douleurs  de  l’épaule  et  du  bras 
droits. 

Antécédents  héréditaires.  — Rhumatisme  chez  la  mère. 

Antécédents  personnels.  — S’est  toujours  bien  portée,  sauf  des  torti- 
colis et  des  lumbagos  fréquents.  A quarante-deux  ans,  elle  aurait  eu 
un  ictus  avec  perte  de  connaissance  se  prolongeant. durant  quelques 
jours,  après  lequel  elle  s’est  rapidement  rétablie  sans  paralysie  et  sans 
trouble  de  la  parole;  cela  n’a  laissé  comme  vestiges  que  des  céphalées 
durant  un  an  à dix-huit  mois.  A quarante-trois  ans,  elle  a commencé 
à ressentir  des  douleurs  dans  l’épaule  et  le  bras  droits.  Depuis,  ces 
douleurs  ont  été  en  augmentant  et  sont  surtout  violentes  depuis 
deux  ans. 

Etal  à rentrée  (21  mai  1895).  — Tous  les  mouvements  de  l’épaule 
sont  très  limités  et  douloureux. 

Douleurs  continuelles  dans  l’épaule,  assez  fortes  pour  empêcher 
tout  travail  avec  le  membre  supérieur  droit,  surtout  gênantes  la  nuit, 
la  malade  ne  pouvant  trouver  au  lit  une  position  dans  laquelle  elle 
n’éprouve  pas  de  douleurs.  Quelques  douleurs  au  coude. 

En  temps  ordinaire,  rien  de  pathologique  à l’avant-bras,  au  poignet 
et  à la  main;  mais,  au  moment  des  règles  et  sous  l’influence  des 
changements  de  temps,  ces  régions  deviennent  plus  ou  moins  doulou- 
reuses ; il  se  produit,  en  particulier,  du  gonflement  et  de  la  douleur 
dans  les  doigts. 

Sommeil  gêné  par  la  douleur.  Appétit  un  peu  faible.  Constipation 
habituelle.  Un  peu  de  faiblesse  générale;  fatigue  facile. 

Traitements  suivis.  — Durant  six  mois,  elle  a été  soignée  à la  consul- 
tation de  Lariboisière,  où  on  lui  a fait  des  siphonnages  répétés  ; puis 
elle  a été  à l'hôpital  Beaujon,  où  on  lui  a appliqué  successivement  des 
douches  sulfureuses,  du  massage,  des  pointes  de  feu.  Tous  ces  traite- 
ments n'ont  donné  aucun  résultat  appréciable. 

Traitement  électrique.  — Première  série , du  21  mai  au  12  décembre 
1895,  soixante-deux  séances  de  cage  (autoconduction) . 

Résultats  immédiats.  — Après  la  dix-septième  séance,  nous  notons 
(25  juin):  1°  Les  douleurs  du  bras  sont  moins  fortes;  2J  elle  sè  sent 
plus  vigoureuse;  3°  sommeil  meilleur  depuis  quelques  jours  (depuis 


que  des  réparations  à l’appareil  de  haute  fréquence  ont  augmenté 
l’intensité  du  courant). 

Le  25  juillet,  après  trente  et  une  séances:  les  douleurs  du  bras  ont 
beaucoup  diminué  ; elles  ne  se  produisent  plus  qu’à  l’occasion  des 
mouvements  ou  d’une  fausse  position,  en  particulier  quand  la  malade 
se  met  au  lit.  Les  mouvements  sont  plus  étendus.  Le  sommeil  est  bien 
meilleur.  Le  travail,  la  marche,  etc.,  sont  plus  faciles.  Les  digestions 
sont  bonnes  ; l’appétit,  quoique  amélioré,  reste  un  peu  faible. 

Ces  améliorations  vont  en  s’accentuant  notablement  jusque  vers  le 
début  de  décembre  1895  (cinquante  séances).  A ce  moment,  l’état 
reste  stationnaire,  puis,  au  bout  de  quelque  temps,  devient  moins  bon. 
Les  douleurs  reprennent  un  peu  d’intensité,  tandis  que  le  sommeil  et 
l’appétit  recommencent  à être  faibles.  Dans  ces  conditions,  le  12  dé- 
cembre 1895,  on  met  la  malade  au  lit  condensateur. 

Deuxième  série , du  12  décembre  1895  au  31  mars  1896:  quarante-sept 
séances  de  lit  condensateur. 

Résultats  immédiats . — La  malade  qui,  malgré  la  légère  rechute, 
reste  notablement  améliorée,  au  point  de  vue  local  et  au  point  de  vue 
général,  éprouve,  dè3  le  début,  un  retour  immédiat  des  bénéfices 
perdus. 

Puis,  très  rapidement,  se  manifestent  de  nouveaux  progrès:  après 
la  vingt-quatrième  séance,  les  mouvements  sont  plus  étendus  et  plus 
libres  qu’ils  n’ont  jamais  été  sous  l’influence  de  l’autoconduction  ; les 
douleurs  sont  de  moins  en  moins  fortes. 

A partir  de  la  vingt-quatrième  séance,  on  lui  fait  parfois  jaillir  des 
étincelles  durant  la  séance  ; elle  remarque  que  les  jours  où  l’on  pratique 
ce  procédé,  elle  dort  mieux  et  éprouve  un  soulagement  considérable 
de  ses  douleurs  durant  un  temps  plus  ou  moins  long. 

Après  la  quarante-septième  séance,  la  douleur  de  l’épaule  avait 
à peu  près  complètement  disparu,  il  n’y  avait  plus  aucune  gêne 
fonctionnelle  ; les  mouvements  de  l’épaule  présentaient  une  étendue 
normale.  Le  sommeil  était  bon  ; la  malade  se  sentait  plus  forte,  plus 
vigoureuse.  En  somme,  tant  au  point  de  vue  local  qu’au  point  de  vue 
général,  sa  santé  était  presque  parfaite  et  elle  pouvait  s’occuper  de 
tous  les  travaux  de  son  ménage.  Elle  interrompit  le  traitement,  se 
considérant  comme  guérie. 

Chaque  séance  de  condensation  procurait  un  soulagement  plus 
marqué  que  les  séances  d’autoconduction. 


184  - 


Su'tes  éloignées.  — Vient  nous  voir,  sur  notre  demande,  en  juin 
1877  et  en  juin  1878.  Elle  est  restée,  plus  de  trois  ans  après  la  cessa- 
tion du  traitement  électrique,  exactement  dans  le  même  état  que  lors 
de  sa  sortie  de  la  clinique.  Ni  les  douleurs,  ni  l’impotence  n’ont 
jamais  reparu.  Elle  a eu  seulement  parfois  un  peu  de  raideur  dou- 
loureuse au  moment  des  périodes  menstruelles;  mais  elle  a toujours 
pu  continuer  tous  les  travaux  de  son  ménage,  sans  aucune  interrup- 
tion. Continue  à se  trouver  plus  vigoureuse,  à marcher  plus  faci- 
lement, à se  fatiguer  moins  vite  qu’avant  lé  traitement  électrique. 
Mange  bien,  digère  bien,  dort  bien.  La  constipation,  qui  n’a  été  nul- 
lement modifiée  durant  le  traitement,  est  restée  depuis  ce  qu’elle 
était  avant.  Elle  a été  régulièrement  réglée  jusqu’à  ces  derniers 
temps  (a  actuellement  cinquante-cinq  ans).  Depuis  quelques  mois, 
irrégularité  menstruelle  avec  bouffées  de  chaleur  et  légers  étourdis- 
sements. 

En  somme,  elle  reste  guérie  de  la  maladie  pour  laquelle  elle  s'était 
présentée  à la  clinique. 

« Cette  observation  est  particulièrement  intéressante  par  ce  fait 
que  la  cure  électrique  a triomphé  là  où  diverses  médications  classi- 
ques, même  longtemps  continuées,  avaient  tout  à fait  échoué.  Elle 
permet  de  tirer  les  conclusions  suivantes  : 

» 1°  Le  traitement  général  par  les  H.)F.  peut  avoir  raison  des  ma- 
nifestations rhumatismales  même  très  localisées  et  qu’on  serait  tenté, 
au  premier  abord,  de  traiter  par  des  médications  locales; 

» 2°  Le  lit  condensateur  paraît  avoir  une  influence  plus  marquée 
que  l’autoconduction  ; 

» 3°  La  révulsion  loco  dolenti , obtenue  en  faisant  jaillir  des  étincelles, 
durant  la  séance  du  lit,  procure,  dans  certains  cas,  un  soulagement 
immédiat  de  plusieurs  heures  ; 

» 4°  L’action  des  H.  F.  est  particulièrement  marquée  à distance 
et,  sans  médication  additionnelle,  la  guérison  obtenue  sous  leur  uni- 
que influence  peut  se  maintenir  durant  des  années.  » 

La  technique  du  traitement  du  rhumatisme  chronique,  par 
les  hautes  fréquences,  varie  suivant  les  indications  qu’on  se 
propose  de  remplir. 

Lorsqu’on  a voulu  obtenir  uniquement  une  action  générale 


- 185  - 

sur  la  nutrition,  on  a employé  l’autoconduction  ou  1 applica- 
tion par  condensation.  Apostoli  et  Laquerrière,  qui  ont  expé- 
rimenté les  deux  procédés  ont  constaté,  dans  bien  des  cas,  la 
supériorité  du  lit  condensateur  sur  le  grand  solénoïde.  Quant 
aux  applications  directes,  elles  ont  été  fort  peu  utilisées  parce 
qu’elles  ne  donnaient  que  des  résultats  médiocres. 

Si  l’on  veut  joindre  à l’action  générale  une  action  locale, 
sur  les  points  douloureux  par  exemple,  on  complète  le  traite- 
ment par  des  séances  d’effluve  ou  d’étincelles  de  haute  fré- 
quence, ou  bien  encore  de  souffle  statique.  On  peut  aussi, 
comme  l’indiqiient  Apostoli  et  Laquerrière,  obtenir  d’excel- 
lents résultats  en  tirant  des  étincelles  au  niveau  des  régions 
douloureuses,  pendant  que  le  malade  se  trouve  soumis  à la 
condensation. 

i 

De  notre  côté,  nous  avons  observé  de  très  bons  effets  en 
employant  les  applications  directes,  non  point  comme  modifi- 
cateur général,  mais  comme  traitement  local  sur  les  articu- 
lations malades.  Dans  un  certain  nombre  de  cas,  en  effet, 
l’adjonction  des  applications  directes  à l’autoconduction  nous 
a permis  d’obtenir,  plus  rapidement  que  ce  dernier  mode 
d’application  employé  seul,  la  mobilisation  des  articulations  (1) 
en  même  temps,  d’ailleurs,  qu’une  diminution  notable  des 
phénomènes  douloureux. 

L’association  judicieuse  de  ces  différents  moyens  est  laissée 
au  sens  clinique  des  médecins. 

Lithiases 

Les  lithiases,  définitivement  rangées  parmi  les  manifesta- 
tions de  l’arthritisme  et  dont  les  statistiques  de  Bouchard 


(1)  Nous  avons  observé  un  malade  atteint  de  rhumatisme  scapulaire  atro- 
phique, traité  par  l’autoconduction  avec  adjonction  à plusieurs  reprises  d’appli- 
catipns  directes.  Chez  ce  malade  qui  se  plaignait  d’élancements  irradiés  dans 
le  moignon  de  l’épaule  et  dont  la  jointure  était  à peu  près  immobilisée,  nous 
avons  constaté  une  augmentation  très  nette  de  l’amélioration  au  début  et  à 
chaque  reprise  des  applications  directes  : la  douleur  était  sensiblement  dimi- 
nuée et  les  mouvements  devenaient  moins  pénibles  et  plus  étendus. 


ont  particulièrement  bien  montré  la  filiation  avec  les  autres 
maladies  arthritiques,  ont  été  l’objet  d’intéressantes  tentatives 
thérapeutiques  par  les  hautes  fréquences  de  la  part  de 
Moutier  (1). 

Cet  auteur  a publié  les  faits  suivants  : 

OBSERVATIONS 

(Publiées  par  Moutier,  in  Annales  d'Élcctrobiologie.  Janvier  1899.) 

Obs.  I (résumée).  — Lithiase  urique.  — Un  premier  malade  présen- 
tant chaque  année,  depuis  cinq  à six  ans,  des  crises  de  gravelle,  fut 
traité  simultanément  par  l’autoconduction  appliquée  pendant  vingt  à 
vingt-cinq  minutes  et  par  le  bain  statique,  suivi  de  souffle  et  d’étin- 
celles. 

« Après  la  deuxième  séance  d’électrisation,  le  malade  eut  une  véri- 
table décharge  d’acide  urique;  il  ren  lit  en  très  grande  quantité  du 
gravier  et  des  petits  calculs  dont  les  plus  gros  étaient  de  la  grosseur 
d’un  petit  pois.  » Il  n’en  avait  jamais  rendu  « en  aussi  grande  quantité 
à la  fois  et  sans  ressentir  aucune  douleur,  o Dans  la  suite,  il  ne  rendit 
plus  ni  calculs,  ni  gravier,  et  l’état  général  devint  meilleur. 

Bref,  « depuis  cette  époque,  c’est-à-dire  depuis  plus  de  deux  ans,  le 
malade  a continué  à bien  se  porter,  il  n’a  pas  eu  de  nouvelles  crises, 
bien  qu’il  rendît,  de  temps  à autre,  du  gravier.  » 

Obs.  II  (résumée).  — Lithiase  urique.  — Un  deuxième  malade  ayant 
rendu  plusieurs  fois  des  calculs  d’acide  urique,  fut  traité,  en  1896,  à 
la  suite  de  deux  nouvelles  ci  ises  récentes,  par  l’autoconduction  pendant 
six  semaines  (vingt  à trente  minutes,  trois  fois  par  semaine).  «Après 
la  deuxième  séance,  comme  dans  le  cas  précédent,  notre  malade  ren- 
dit de  petits  calculs,  sans  ressentir  de  douleurs,  puis  il  ne  se  produisit 
plus  ni  calculs,  ni  gravier.  Au  mois  d’avril  1897,  nouvelle  cure  élec- 
trique de  six  semaines Jusqu’au  mois  d’octobre  suivant,  l’état 

resta  bon,  sans  qu’il  se  produisit  aucune  manifestation  de  la  diathèse 

(1)  Moutier,  Traitement  des  lithiases  par  les  courants  de  haute  fréquence. 
(Société  française  d'électrothérapie.  Séance  du  15  décembre  1898.) 

Essai  sur  le  traitement  des  lithiases  à l'aide  des  courants  de  haute  fréquence 
[Annales  d’électrobiol.,  janvier  1899). 


— 187  - 

urique;  mais,  vers  le  15  octobre,  il  se  produisit  une  violente  colique 
néphrétique,  suivie  de  l’émission  de  petits  calculs.  Notre  malade  fut 
alors  soumis  à une  troisième  saison  électrique  faite  dans  les  mêmes 
conditions  que  les  précédentes.  Mais  ayant  constaté  une  hypotension 
artérielle  assez  marquée  (0m,10  de  mercure  à la  radiale),  nous  lui 
fîmes  en  plus  des  applications  de  courants  de  haute  fréquence  et  de 
haute  tension  le  long  de  la  colonne  vertébrale. 

» Aucune  nouvelle  manifestation  ne  se  produisit,  mais  dan3  la 
crainte  d’en  voir  survenir  et  sur  la  demande  même  de  notre  malade, 
deux  nouvelles  cures  électriques  de  quatre  semaines  chacune  furent 
faites  en  février  et  en  mai.  Puis  notre  mata  le  put  aller  passer  les  mois 
de  juillet  et  août  à Evian,  et  depuis  aucun  accident  ne  se  pro- 
duisit. » 

» 

Obs.  III.  (résumée).  — Lithiase  biliaire.  — Mme  W. .,,  quarante- 
quatre  ans.  A eu,  du  mois  de  mars  à la  fin  juin  1895,  des  coliques 
hépatiques  très  fréquentes  et  très  douloureuses.  Présente,  en  outre, 
un  fibrome  utérin. 

Réapparition  des  coliques  en  septembre  1895.  « Nous  constatons, 
alors,  chez  cette  malade,  un  état  général  mauvais,  un  faciès  subicté- 
rique,  une  diminution  de  forces  correspondant  à une  hypotension 
artérielle  marquée  (8  centimètres  de  mercure  au  niveau  de  la  radiale). 
La  malade,  ne  pouvant  se  rendre  à Vichy,  est  soumise  à des  séances 
d’autoconduction  d’une  durée  de  vingt  à trente  minutes  avec  applica- 
tions, au  niveau  de  la  colonne  vertébrale,  de  courants  de  haute  fré- 
quence pour  relever  la  tension  artérielle.  » 

En  même  temps,  traitement  électrique  local  du  fibrome.  « Les 
séances  eurent  lieu  trois  fois  par  semaine,  avec  arrêt  au  moment  des 
règles;  au  bout  de  quelques  jours,  l’état  général  devient  meilleur,  les 
douleurs  disparaissent,  le  faciès  reprend  sa  coloration  normale,  les 
forces  reviennent,  la  tension  artérielle  se  relève,  atteint  et  conserve 
la  valeur  normale....  Les  séances  furent  au  nombre  de  vingt  et  ces- 
sèrent à la  fin  d’octobre.  Ni  pendant  le  traitement,  ni  depuis,  la 
malade  n’a  eu  de  coliques,  c’est  la  plus  longue  rémission  que  nous 
ayons  observée  depuis  le  début  de  la  maladie.  » 

Obs.  IV.  (in  extenso).  — Lithiase  biliaire.  — MUo  Z..  , trente-huit 
ans,  ni  antécédents  héréditaires,  ni  antécédents  personnels. 


— 188  — 


En  avril  1881,  Mlle  Z...  est  atteinte  de  rhumatisme  articulaire  aigu 
et  généralisé;  elle  est  obligée  de  garder  le  lit  pendant  six.  semaines. 
En  novembre  de  la  même  année,  première  colique  hépatique  avec 
douleurs  extrêmement  vives  au  niveau  de  l’hypocondre  droit,  douleurs 
qui  s’irradient  dans  l’épaule  gauche,  ictère,  etc. 

En  octobre  1883,  il  se  produit  une  nouvelle  crise  de  rhumatisme, 
subaigu  cette  fois,  mais  qui  intéresse  la  plupart  des  articulations  les 
unes  après  les  autres  et  qui  nécessite  un  séjour  de  six  mois  au  lit  ; à la 
suite  nouvelle  colique  hépatique. 

Depuis,  presque  chaque  mois,  sans  qu’il  existe  de  coïncidence  avec 
l’époque  des  règles,  notre  malade  est  prise  d’une  colique  plus  ou 
moins  forte,  mais  qui  nécessite  toujours  le  repos  au  lit  pendant  quel- 
ques jours. 

En  1894,  il  se  produit  une  colique  beaucoup  plus  violente  avec  des 
douleurs  très  vives;  notre  malade  fut  obligée  de  garder  le  lit  pendant 
trois  semaines. 

A la  suite  de  cette  colique  on  constate,  dans  les  matières  fécales,  la 
présence  de  nombreux  calculs  de  la  grosseur  de  gros  grains  de  plomb 
de  chasse. 

Notre  malade  ressentait,  en  outre,  des  douleurs  vives  au  niveau  de 
la  région  lombaire  de  temps  à autre,  et  ces  douleurs  sont  devenues 
permanentes  depuis  le  mois  d'octobre  1896  ; de  plus,  elle  conserve  un 
teint  jaune  subictérique  et  présente  une  décoloration  des  téguments 
et  des  muqueuses;  enfin,  on  constate  chez  elle  de  l'hypotension  arté- 
rielle (7  centimètres  de  mercure). 

L’état  général  est  d'autant  plus  mauvais,  que  notre  malade  est  sur- 
menée par  un  travail  très  pénible  qu’elle  n’interrompt  que  lorsqu’elle 
est  forcée  de  rester  au  lit,  et  qu’elle  reprend  aussitôt  qu’elle  peut 
marcher. 

Le  traitement  électrique  fut  commencé  le  22  janvier  1898  et  con- 
sista en  des  séances  d’autoconduction  d’une  durée  de  trente  à qua- 
rante minutes  avec  des  applications  de  courants  de  haute  tension  le 
long  de  la  colonne  vertébrale  pour  relever  la  pression  artérielle,  et  au 
niveau  des  points  douloureux  : (région  du  foie,  région  lombaire,  épaule 
gauche),  pour  obtenir  une  action  analgésique. 

Dès  la  première  séance,  nous  constatons  la  disparition  de  la  dou- 
leur qui  existait  d’une  façon  si  intense,  au  niveau  de  la  région  lom- 
baire, et  jamais  depuis  cette  douleur  ne  s’est  reproduite. 


— 189  — 

A la  suite  de  la  quatrième  séance,  notre  malade  fut  prise  d’une 
colique  hépatique  qui  la  força  d’interrompre  son  traitement  et  de 
garder  la  chambre  pendant  quelques  jours. 

Puis  le  traitement  est  repris  jusqu’au  14  mai,  et  pendant  cette 
période  nous  fîmes  trente- huit  séances. 

Dès  le  début  du  traitement,  nous  avons  constaté  une  amélioration 
de  l’état  général,  le  teint  devenait  meilleur,  les  forces  revenaient,  la 
tension  artérielle  atteignait  la  normale,  la  malade  pouvait  marcher 
assez  facilement  et  même  faire  de  longues  courses,  ce  qui  lui  était 
impossible  avant  notre  intervention. 

Le  traitement  est  repris  de  la  fin  juin  jusqu’au  mois  d’août  ; pendant 
ce  temps  il  y eut  onze  séances;  rien  de  particulier  à signaler,  sauf  une 
colique,  mais  qui  resta  légère  et  n'empêcha  pas  la  malade  de  conti- 
nuer ses  occupations.  A la  suite,  notre  malade  put  faire  un  séjour  de 
deux  mois  et  demi  à la  campagne.  Quant  à une  cure  thermale,  il  ne 
fallait  pas  y songer  ; c’était  une  chose  impossible  pour  des  raisons 
particulières.  Pendant  son  séjour  à la  campagne,  notre  malade  put 
faire  de  longues  promenades  à pied,  elle  n’eut  pas  de  colique  et 
revint  assez  bien.  Nous  avons  pensé  cependant  que  le  traitement 
n’était  pas  suffisant  et  nous  avons  conseillé  une  série  de  cures  de  six 
semaines  séparées  par  des  périodes  de  deux  mois  de  repos. 

Nous  avons  recommencé  en  conséquence  le  traitement  au  commen- 
cement de  novembre,  et  après  les  premières  séances  nous  avons 
constaté  une  nouvelle  colique,  très  légère  du  reste,  comme  si  la  reprise 
du  traitement  provoquait  l’expulsion  de  calculs  fabriqués  pendant 
l’intervalle  des  cures. 

Actuellement  l’état  de  la  malade  est  aussi  satisfaisant  que  possible. 

Ainsi  cette  malade,  atteinte  de  coliques  hépatiques  depuis  1881, 
qui  depuis  1883  a eu  chaque  mois  une  ou  plusieurs  coliques,  n’a  eu 
depuis  le  commencement  du  traitement,  c’est-à-dire  de  fin  janvier  à 
fin  novembre,  que  trois  coliques,  et  encore  les  deux  dernières  furent- 
elles,  pour  ainsi  dire  et  en  comparaison  des  autres,  insignifiantes. 

De  plus,  les  douleurs  si  vives  qui  existaient  dans  la  région  lom- 
baire, à l’état  permanent  depuis  quinze  mois,  ont  disparu  dès  la  pre- 
mière séance  pour  ne  plus  reparaître. 


Ainsi  donc,  le  traitement  appliqué  par  Moutier  a toujours 
consisté  en  séances  d’autoconduction.  Celle-ci  a été  combi- 


— 190  — 


née,  dans  l’un  des  cas  rapportés  par  l’auteur,  à l’emploi  de 
l’électricité  statique  et,  dans  les  trois  autres  cas,  à l’applica- 
tion d’effluves  ou  d’étincelles  le  long  de  la  colonne  verté- 
brale pour  relever  la  tension  artérielle. 

Apostoli  et  Laquerrière  (1)  ont  également  utilisé  les  hautes 
fréquences  dans  le  traitement  des  lithiases.  Ils  ont  surtout 
constaté  « l’éloignement,  l'atténuation  et  la  disparition  ulté- 
rieure des  accès-  » Ces  auteurs  conseillent,  ici  encore, 
cpmme  pour  le  rhumatisme  chronique,  de  continuer  longtemps 
les  séances  d’électrisation. 

• Ces  auteurs  ne  croient  pas  que  quelques  séances  de  haute 
fréquence  puissent  généralement  provoquer  l’expulsion  immé- 
diate des  calculs.  Ils  font  au  sujet  de  celte  action  expulsive, 
qui  semble  ressortir  des  observations  que  nous  avons  analy- 
sées ou  rapportées,  les  plus  grandes  réserves  et  déclarent 
ne  l’avoir  jamais  observée.  Ils  se  demandent  môme  « si  dans 
les  faits  qu’on  a publiés  et  qui  ont  dû  être  bien  observés, 
on  ne  s’est  pas  trouvé  en  présence  de  simples  coïncidences  ». 

Par  contre  ce  qui  leur  « paraît  acquis,  c’est  l’action  préven- 
tive que  les  courants  de  haute  fréquence  peuvent  exercer  sur 
les  diverses  lithiases  dont  ils  arrêtent  ou  retardent  parfois 
l’évolution.  » 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  faits  signalés  par  ces  auteurs,  et 
notamment  par  Moutier,  ne  sont  pas  assez  nombreux,  comme 
le  déclare  ce  dernier  lui-même,  « pour  permettre  de  formuler 
des  conclusions  fermes  et  définitives.  » Ces  faits  n’en  doivent 
pas  moins  encourager  à poursuivre  l’expérimentation  des 
hautes  fréquences  dans  la  thérapeutique  des  lithiases.  Il  y 
aurait,  en  effet,  grand  intérêt,  dans  l’intervalle  tles  cures  ther- 
males, à faire  bénéficier  les  malades  d’une  médication  des- 
tinée à activer  leur  nutrition. 


(1)  Apostoli  et  Lacquerrière,  loc.  citât. 


191  — 


Migraines 

La  migraine  des  arthritiques  peut,  d’après  Apostoli  et 
Laquerrière,  disparaître  sous  la  seule  influence  d’un  traite- 
ment général  par  les  hautes  fréquences  (cage  et  lit)  Ces 
auteurs  ont  pu,  par  ce  moyen,  libérer  quelques-uns  de  leurs 
malades  (1)  « de  leur  crise  fréquente  de  migraine,  dont  les 
accès  ont  été  progressivement  en  s’atténuant  comme  nombre, 
comme  intensité  et  comme  durée.  » 

Oudin  a également  obtenu  d’excellents  résultats  (2)  au  moyen 
des  applications  locales  dans  plusieurs  cas.  Il  cite,  notamment, 
celui  ■d’une  malade  qu’il  traitait  pour  « une  alopécie  rapide- 
ment croissante  contre  laquelle  la  thérapeutique  ordinaire 
restait  impuissante.  La  malade  arthritique  et  nerveuse  souf- 
frait depuis  des  années  de  migraines  très  violentes  se  répé- 
tant plusieurs  fois  par  semaine.  Après  quelques  séances,  elle 
annonçait  que  ses  migraines  allaient  en  diminuant  de  fré- 
quence et  d’intensité,  et,  après  quelques  semaines  de  traite- 
ment, elles  avaient  à peu  près  complètement  disparu.  » Oudin 
a pu  suivre  cette  malade  « pendant  plus  d’un  an.  Elle  n’avait 
plus  de  migraines  qu’au  moment  de  ses  règles.  » 

Manifestations  diverses  de  l’arthritisme 

Diverses  manifestations  de  l’arthritisme  ont  été  aussi  favo- 
rablement modifiées  par  l’emploi  des  hautes  fréquences,  soit 


(1)  L’une  des  observations  publiées  par  ces  auteurs,  dans  leur  étude  de  l’ac- 
tion des  hautes  fréquences  sur  l’arthritisme,  est  précisément  relative  à une 
malade  arthritique,  rhumatisante,  et  chez  laquelle  la  seule  amélioration  obtenue 
fut  la  disparition  complète  dos  migraines  fréquentes  et  très  intenses  dont  elle 
se  plaignait. 

(2)  Voy.  l’article  d'Oudin  sur  les  courants  de  haute  fréquence  dans  les 
maladies  de  la  peau  et  des  muqueuses,  in  Annales  d’Éiectrobiol,  1898. 


- 192  — 


que  celles-ci  leur  fussent  spécialement  appliquées,  soit  que 
cette  heureuse  influence  ait  été  simplement  consignée  dans 
l’observation  de  malades  traités  pour  l’une  des  affections  que 
nous  avons  passées  en  revue  dans  ce  chapitre.  L’eczéma,  les 
hémorroïdes,  l’artério-sclérose,  l’asthme,  certaines  formes  de 
neurasthénie,  etc...,  ont  été  l’objet  de  ces  tentatives  ou  de 
ces  observations. 

Pour  certaines  de  ces  manifestations  les  documents  sont 
encore  insuffisants  ; pour  d’autres,  les  résultats  obtenus  méri- 
tent d'être  rapportés,  mais  trouveront  leur  place  naturelle 
dans  les  chapitres  suivants. 


I 


CHAPITRE  III 


Maladies  infectieuses 

Nous  avons  déjà  exposé  les  expériences  relatives  à l’action 
des  courants  de  haute  fréquence  sur  les  microorganismes  (1). 

Des  essais  très  intéressants  ont  été  faits,  dans  la  suite, 
pour  appliquer  cette  nouvelle  forme  de  l’énergie  électrique 
au  traitement  des  maladies  infectieuses. 

Tuberculose 

En  ce  qui  concerne  la  tuberculose,  on  trouve  relatés  dans 
des  articles  de  S.  Catellani  (2)  quelques  essais  dont  l’auteur 
déclare  ne  pouvoir  tirer  aucune  indication  précise.  Il  s’agis- 
sait de  tuberculoses  chirurgicales. 

Sudnick  (3)  signale  peu  après  (1899)  l’influence  favorable 
des  applications  directes  plutôt  que  de  l’effluve  de  résonance 
sur  les  ulcérations  et  les  abcès  tuberculeux.  Cet  auteur  fait 
allusion  à quelques  cobayes  tuberculisés  qu’il  a traités  et 
observés,  et  conclut  que  ses  expériences  « autorisent  l’espoir 
d’obtenir  l’atténuation  desbacilles  de  Koch  »,  mais  que  d’autres 
expériences  « plus  rigoureuses  sont  nécessaires  pour  établir 
définitivement  ce  fait.» 

En  réalité,  c’est  surtout  la  communication  à l’Académie  des 
sciences  (février  1900)  d’une  note  de  M.  Doumer  (4)  qui  a 


(1)  Deuxième  partie,  chapitre  Y. 

(2)  La  Riforma  med.,  n1 2 03 4  48  et  49,  1898. 

(3)  Ann.  d' électrobiologie,  mai-juin  1899. 

(4)  Acad,  des  sciences,  février  1900. 


— 191  — 


attiré  l’attention  sur  le  sujet  qui  nous  occupe.  Dans  cetle  noie, 
relative  à l’acfion  îles  courants  de  haute  fréquence  eide  haute 
tension  sur  la  tuberculose  pulmonaire  chronique,  M.  Doumer 
annonçait,  en  effet,  qu’il  avait  obtenu  d’excellents  résultats 
de  l’emploi  de  l’eflluve  qu’il  avait  l'ait  agir  sur  la  surface  du 
thorax  correspondant  aux  lésions  tuberculeuses. 

De  son  côté,  Oudin  (1)  avait  publié  quatre  observations  de 
tuberculeux  ayant  retiré  le  plus  grand  bénéfice  de  ce  genre 
de  traitement. 

A ces  premiers  résultats  cliniques  sont  d'ailleurs  venus  s’en 
ajouter  d’autres,  communiqués  par  Gandil  (2)  et  Rivière  (3), 
au  Congrès  international  de  Paris  (1900). 

Après  avoir  exposé  les  résultats  de  quelques  recherches 
que  nous  avons  entreprises  pour  étudier  l’action  des  courants 
de  haute  fréquence  sur  la  tuberculose  expérimentale,  nous 
reviendrons  sur  les  applications  de  ces  courants  contre  la 
tuberculose,  dans  le  domaine  clinique. 

1.  — Tuberculose  expérimentait} 

A la  suite  de  l’intéressante  communication  de  M.  Doumer, 
nous  avons  nous-mêrm  entrepris,  en  collaboration  avec 
M.  Lagrifioul^»),  l’élude  de  l’influence  des  courants  de  haute 


(1)  Oudin,  Applications  thérapeutiques  locales  des  courants  de  haute  fréquence 
et  de  haute  tension  (Ann.  d'électrobiologie,  juillet-août  1899). 

(2)  Gandil,  Traitement  de  la  tuhcrculcse  pulmonaire  par  les  effluves  de  haute 
fréquence  (Congrès  international  d'électrologie  et  radiologie  médicales,  27  juil- 
let 1900). 

(3)  Rivière,  Action  des  effluves  de  haute  fréquence  sur  la  tuberculose  et  les 
tumeurs  malignes  (Congiès  international  d'électrologie  et  radiologie  médicales 
27  juillet  1900). 

(4)  Lagrifloul  et  Denoyés.  Communication  à la  Société  des  sciences  médicales 
de  Montpellier,  5 juin  1900.  — Communication  au  Congrès  international  de 
médecine  de  1900  (Section  de  pathologie  générale).  — Archives  d'électricité 
médicale  (15  novembre  et  15  juillet  1901). 


— 195  — 


fréquence  sur  la  tuberculose  du  cobaye,  afin  de  vérifier,  dans 
le  domaine  expérimental,  les  faits  signalés  par  cet  auteur  dans 
le  domaine  clinique. 

PREMIER  GROUPE  DE  RECHERCHES 

Conditions  expérimentales.  — Technique.  — Nous  avons  étudié, 
en  même  temps  que  l’action  de  l’effluve,  celle  de  l’autoconduction  et, 
pour  chacun  de  ces  modes  d’ap,  lication,  l’influence  soit  du  traitement 
immédiat  (préventif),  soit  du  traitement  tardif  (curatif). 

Nous  avons  mis  en  expérience  deux  lots  de  cobayes  (l’un  de  15, 
l’autre  de  12).  Chaque  lot  était  divisé  en  trois  séries  : l’une  pour 
l’effluve,  l’autre  pour  l’autoeonduction,  la  troisième  composée  de 
témoins. 

Enfin,  soit  parmi  les  cobayes  traités  par  l’effluve,  soit  parmi  ceux 
qui  étaient  traités  par  l’autoconduction,  certains  étaient  soumis  à 
des  séances  plus  fréquentes  ou  même  plus  longues  que  les  autres. 

Pour  les  animaux  du  premier  lot,  le  traitement  a commencé  dès  le 
lendemain  ou  le  surlendemain  de  l’inoculation.  Pour  ceux  du  deuxième 
lot,  il  n’a  commencé  qu’après  l'apparition  de  ganglions  à l’aine  gauche, 
lieu  de  l’inoculation. 

Nos  divisions  étant  ainsi  définies,  voici  dans  quelles  conditions 
nous  avons  appliqué  les  deux  traitements. 

Le  courant  était  fourni  par  un  appareil  d’Arsonvul-Gaiffe. 

Effluve.  — Les  cobayes  traités  par  l’effluve  étaient  maintenus  sur 
une  planchette,  et  l’on  promenait  au-dessus  de  l’aine  et  de  la  cuisse 
gauches  un  pinceau  de  fils  métalliques  fins,  relié  au  résonateur 
Oudin  (premier  modèle).  Nous  nous  sommes  attachés  à éviter  les 
étincelles,  que  les  animaux  nous  avaient  paru  mal  supporter  dans 
la  première  séance.  Après  un  mois  de  ce  traitement,  nous  avons 
substitué  au  pinceau  un  excitateur  constitué  par  six  balais  de  fil  très 
fin,  montés  sur  un  disque,  et  qui  permettait,  en  lui  faisant  subir  de 
très  légers  déplacements,  de  diffuser  l’effluve  sur  les  membres  posté- 
rieurs, l’abdomen  et  le  thorax  (1). 

Autoconduction.  — Les  cobayes  soumis  à l’autoconduction  étaient 

(1)  Les  cobayes  traités  par  1 effluve  dans  le  deuxième  lot  ont  toujours  été 
traités  de  oette  façon,  sauf  aux  deux  premières  séances. 


— m — 

placés  par  deux  dans  le  résonateur  Oudin  (premier  modèle),  que 
nous  mettions  en  relation  avec  l'appareil  producteur,  aux  lieu  et  place 
du  grand  solénoïde  qui  sert  pour  le  traitement  des  malades  par  ce 
procédé  (1).  Dans  ces  conditions,  une  lampe  de  30  volts,  10  bougies, 
portée  par  un  anneau  en  cuivre  que  l’on  plaçait  autour  du  résonateur, 
sans  communication  aucune  avec  le  courant,  s allumait  par  inductiou. 
Les  animaux  i eposaient  sur  un  coussin  de  papier  et  étaient  maintenus, 
autant  que  possible,  au  centre  du  solénoide. 

D’une  façon  générale,  le  traitement  a été  très  bien  supporté  par  tous 
les  cobayes.  Ceux  que  l’on  soumettait  à l’effluve  (2)  ne  se  montraient 
sensibles  qu’aux  étincelles  qui  éclataient  de  temps  en  temps,  quand  on 
approchait  un  peu  trop  l’excitateur.  Ceux  qui  étaient  soumis  à l’auto- 
conduction présentaient,  au  sortir  du  solénoïde,  une  sorte  d’hébétude 
qui,  d’ailleurs,  ne  durait  que  deux  ou  trois  minutes. 

Afin  de  permettre  de  comparer  plus  facilement  ces  diverses  obser- 
vations entro  elles,  nous  les  avons  résumées  sous  forme  de  tableaux. 
Dans  ces  tableaux,  nous  indiquons,  pour  chaque  cobaye,  le  nombre 
des  séances  de  traitement,  la  durée  totale  du  traitement,  la  perte  de 
poids  du  jour  de  l’inoculation  au  jour  où  l’animal  a succombé  ou  a été 
sacrifié,  la  survie,  l’état  dans  lequel  les  ganglions,  la  rate,  le  foie  et  les 
poumons  ont  été  trouvés  à l’autopsie  (3).  Enfin,  nous  indiquons  la 
perte  moyenne  de  poids  dans  chaque  série. 

Résultats  nu  Traitement 

A.  _ PREMIER  LOT.  — Traitement  immédiat. 

Inoculation.  — Le  25  avril  1900,  ou  sacrifie  un  cobaye  tuberculeux. 
On  recueille  un  ganglion  inguinal,  deux  ganglions  lombaires  et  la 
rate,  qui  est  augmentée  de  volume  et  criblée  de  tubercules.  On  broie 
le  tout  dans  un  mortier,  en  ajoutant  environ  15  centimètres  cubes  de 

(1)  Ce  petit  appareil  servait  donc  tout  simplement,  dans  ces  conditions,  de 

solénoïde  pour  l’autoconduction. 

(2)  Ou  trouvera  notée  dans  l’observation  du  cobaye  3 une  brûlure  à aine 
gauche.  U est  à remarquer  que  cet  accident  est  survenu  à la  suite  de  l’applica- 
tion du  traitement  au  moyen  de  l’électrode  à manchon  de  verre,  dont  on  ne 

s’est  servi  qu’une  seule  fois  et  seulement  pour  ce  cobaye. 

(3)  Nous  avons  cherché  à exprimer  soit  l’état  des  ganglions,  soit  les  résul- 
tats de  1’autopsie  pour  les  différents  organes  par  un  nombre  limite  d expres- 
sions, correspondant  chacune  à un  degré  différent  des  lésions.  Ainsi,  pour  es 


197  — 


bouillon.  On  inocule  à chacun  des  15  cobayes  de  ce  premier  lot  un 
demi-centimètre  cube  de  cette  émulsion  à la  cuisse  gauche,  tout  près 
du  pli  de  l’aine. 

Série  I.  — Effluve.  — Le  traitement  a été  commencé  le  27  avril. 
Les  cobayes  1,  3 et  5 ont  toujours  été  soumis  à trois  séances  de  cinq 
minutes  par  semaine  jusqu’au  20  juillet;  les  cobayes  2 et  4 à ces 
mêmes  séances  jusqu’au  29  mai  et,  à partir  de  ce  moment,  à six  séances 
de  cinq  minutés  par  semaine,  et  même  de  dix  minutes  du  17  au  20  juillet. 

En  ce  qui  concerne  les  cobayes  traités  par  l’effluve  dès  l’inoculation 
(traitement  immédiat),  un  fait  ne  peut  manquer  de  frapper  l’observateur  : 
c’est  l’influence  marquée  qu’a  exercée  la  plus  ou  moins  grande  inten- 
sité du  traitement  sur  les  résultats  obtenus.  En  effet,  les  3 cobayes 
traités  seulement  trois  fois  par  semaine  pendant  cinq  minutes  présen- 
taient encore  trois  mois  après  l’inoculation  un  bon  état  général  ; la 
moyenne  de  leur  perte  de  poids  était  de  110  grammes  ; on  les  sacrifia 
alors  et  on  trouva,  à l’autopsie,  leurs  différents  organes,  les  poumons, 
en  particu'ier,  très  peu  atteints.  Au  contraire,  les  2 cobayes  traités 
pendant  cinq  minutes  six  fois  par  semaine,  moururent  en  moins  de 
deux  mois  et  demi.  La  moyenne  de  leur  perte  de  poids  était  de 
225  grammes  ; à l’autopsie,  leurs  viscères,  surtout  les  poumons,  étaient 
criblés  de  tubercules. 

Donc,  dans  cette  série,  les  seuls  cobayes  qui  aient  retiré  un  bénéfice 
nettement  marqué  de  l’effluve  sont  ceux  qui  étaient  soumis  au  traite- 
ment le  moins  intensif. 

Série  IL  — Autoconduction.  — Le  traitement  a commencé  le  26 
avril.  Les  cobayes  2,  4 et  5 ont  toujours  été  traités  trois  fois  par 
semaine  ( séances  de  cinq  minutes),  jusqu’au  20  juillet;  les  cobayes 
1 et  3 d’abord  de  la  même  façon  et,  à partir  du  29  mai,  six  fois  par 
semaine  (séances  de  dix  minutes). 

Les  cobayes  soumis  à 1 autoconduction  dès  l'inoculation  ont  retiré 
de  bons  résultats  de  ce  mode  de  traitement  : les  5 cobayes  composant 
cette  série  présentaient  tous  un  état  général  satisfaisant  trois  mois 
après  1 inoculation  ; la  moyenne  de  leur  perte  de  poids  était  de 

ganglions,  nous  avons  adopté  une  série  de  qualificatifs  (très  petits,  petits, 
moyens,  assez  gros,  gros,  très  gros)  qui  correspondent  aux  différents  volumes 
consignés  dans  les  observations  (ganglions  du  volume  d’une  lentille,  d’un  pois, 
d’un  haricot,  d’une  noisette,  etc.),. 


110  grammes.  Lorsqu’on  les  sacrifia,  à celte  époque,  on  les  trouva  at- 
teints de  lésions  tuberculeuses  viscérales  peu  avancées. 

Nous  n’avons  pas  constaté,  comme  pour  l’effluve,  que  le  nombre  et 
la  durée  des  séances  aient  eu  une  influence  bien  nette  sur  les  résultats 
obtenus.  C’est  la  série  qui,  dans  son  ensemble,  a retiré  le  plu3  de  bé  - 
néfice  du  traitement. 

Série  III.  Témoins.  — Des  5 cobayes  témoins  du  premier  lot, 
3 étaient  morts  trois  mois  après  l’inoculation,  et  les  2 autres  étaient 
à cette  époque  extrêmement  malades;  la  moyenne  de  leur  perte  de 
poids  était  de  185  grammes;  chez  ces  5 cobayes  témoins,  l’autopsie 
permit  de  constater  une  grande  généralisation  et  une  extrême  con- 
fluence des  lésions  tuberculeuses. 

B.  — DEUXIÈME  LOT.  — Traitement  tardif. 

Inoculation.  — Le  5 mai  1900,  on  sacrifie  un  cobaye  tuberculeux. 
On  prend  sa  rate,  qui  est  très  augmentée  de  volume  et  farcie  de  tuber- 
cules. On  la  broie  dans  un  mortier,  avec  15  centimètres  cubes  de 
bouillon  stérilisé,  et  on  injecte  un  demi-centimètre  cube  de  cette 
émulsion  sous  la  peau  delà  cuisse  gauche  de  chacun  des  cobayes  sui- 
vants. 

Poifr  ces  cobayes,  le  traitement  n’a  commencé  qu’après  l’apparition 
de  ganglions  à l’aine  gauche,  lieu  de  l’inoculation. 

Série  IV.  — Effluve.  — Le  traitement  a été  commencé  le  21  mai.  Les 
cobayes  furent  d’abord  tous  soumis  à trois  séances  de  cinq  minutes 
par  semaine;  à dater  du  29  mai,  les  n°*  1 et  2 furent  traités  six  fois 
par  semaine  (séances  de  cinq  minutes),  les  nos  3 et  4 continuant  tou- 
jours leur  premier  traitement. 

Chez  les  cobayes  soumis  à l’effluve  après  l’apparition  des  premiers 
ganglions  (traitement  tardif),  nous  constatons,  comme  pour  la  série  I 
(traitement  immédiat  par  l’effluve),  et  dans  le  même  sens,  une  influence 
très  nette  du  nombre  des  séances  sur  les  résultats  obtenus.  En  effet, 
les  2 cobayes  traités  seulement  trois  fois  par  semaine  pendant  cinq 
minutes  présentaient  encore,  deux  mois  et  demi  après  l’inoculation,  un 
bon  état  général  ; la  moyenne  de  leur  porte  de  poids  était  seulement  de 
10  grammes.  On  les  sacrifia  alors  et  on  trouva,  à l'autopsie,  des  lésions 
viscérales  fort  peu  avancées. 

Au  contraire,  les  2 cobayes  traités  six  fois  par  semaine  pendant  cinq 


— 199  — 


minu'es  moururent  eu  moins  de  deux  mois  et  demi;  la  moyenne  de 
leur  perte  de  poids  était  de  176  grammes  ; à l’autopsie,  on  trouva 

leurs  viscères  criblés  de  tubercules. 

Nous  devons  dire  aussi  que  tous  les  cobayes  de  cette  quatrième  sérié 
présentaient  des  ganglions  moins  volumineux  que  ceux  des  cobayes 

témoins. 

Modérément  appliqué,  le  traitement  curatif  par  l’effluve  a donc  donne 

de  bons  résultats. 

Série  Y.  - Autoconduction.  - Le  traitement  fut  commencé  le  21 
mai.  Ces  cobayes  furent  d'abord  tous  soumis  à trois  séances  de  cinq 
minutes  par  semaine.  A dater  du  23  mai,  les  numéros  1 et  — tarent 
traités  six  fois  par  semaine  (séances  de  dix  minutes),  les  numéros 
3 et  4 continuant  le  premier  traitement. 

Des  quatre  cobayes  traités  par  l’autoconduction  après  1 apparition 
des  premiers  ganglions,  un  mourut  en  moins  de  deux  mois  et  dem.  , 
les  trois  autres,  au  bout  de  ce  laps  de  temps,  présentaient  un  état 
général  médiocre,  moins  mauvais  cependant  que  celui  des  témoins. 
La  moyenne  de  leur  perte  de  poids  était  de  113  grammes.  Lorsqu’on 
les  sacrifia,  on  les  trouva,  à l’autopsie,  porteurs  de  lésions  viscérales 
assez  avancées,  moins  avancées  pourtant  que  celles  des  témoins. 

Les  ganglions  des  cobayes  de  cette  série  étaient  moins  volumineux 
que  ceux  des  cobayes  témoins. 

En  somme,  léger  bénéfice  du  traitement,  marqué  surtout  au  point 
de  vue  des  ganglions. 

Série  VI.  — Témoins.  — Des  quatre  cobayres  témoins  du  deuxième 
lot,  aucun  n’était  encore  mort,  il  est  vrai,  au  bout  de  deux  mois  et 
demi;  mais,  à cette  époque,  leur  état  général  était  extrêmement 
mauvais;  la  moyenne  de  leur  perte  de  poids  était  de  79  grammes.  A 
l’autopsie,  on  trouva  leurs  viscères,  surtout  les  poumons,  absolument 
criblés  de  tubercules.  Les  ganglions  dont  ils  étaient  porteurs  étaient 
extrêmement  volumineux. 


PREMIER  GROUPE  DE  RECHERCHES  PREMIÈRE  SERIE.  — EFFLUVE  PREMIER  LOT 


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— 202  — 

Nous  pouvons  maintenant  rapprocher  les  résultats  de  ces 
expériences  et  voir  quelles  conclusions  on  en  peut  tirer. 

D’une  façon  générale,  les  courants  de  haute  fréquence  ont 
eu  une  certaine  efficacité  dans  la  tuberculose  expérimentale 
du  cobaye. 

lu  Effluve.  — a)  Le  traitement  par  l’effluve,  appliqué  dans 
certaines  conditions,  a donné  de  bons  résultats. 

b)  Ces  bons  résultats  n’ont  été  constatés  que  chez  les  co- 
bayes traités  de  la  façon  la  moins  intensive. 

c)  Cette  heureuse  influence  de  l’effluve,  appliquée  modéré- 
ment, s’est  retrouvée  aussi  bien  pour  le  traitement  tardif 
que  pour  le  traitement  immédiat. 

2°  Autoconduction.  — a)  L’autoconduction,  dans  le  cas 
de  traitement  immédiat,  a donné  de  bons  résultats,  compara- 
bles à ceux  de  l’effluve  à dose  modérée. 

b)  Dans  le  cas  de  traitement  tardif,  elle  n’a  donné  que  des 
résultats  médiocres,  inférieurs  alors  à ceux  de  l’effluve  em- 
ployé modérément 

c)  Le  nombre  et  la  durée  des  séances  ne  paraissent  pas 
avoir  eu  sur  les  résultats  obtenus  une  influence  aussi  grande 
que  dans  le  cas  de  traitement  par  l’effluve. 

3°  Le  traitement  tardif,  aussi  bien  par  l’effluve  que  par 
l’autoconduction,  a exercé  une  influence  manifeste  sur  les 
ganglions,  qui  ont  été  trouvés  moins  volumineux  chez  les 
traités  que  chez  les  témoins. 

DEUXIÈME  GROUPE  DE  RECHERCHES 

A la  suite  de  ces  premières  expériences,  nous  avons  entre- 
pris une  nouvelle  série  de  recherches  (1)  afin  de  vérifier  et  de 

(1)  Nous  avons  choisi  pour  ces  expériences  des  cobayes  du  poids  de  300  à 
650  grammes.  Ils  ont  été  répartis  dans  les  différents  lots  et  les  diverses  séries, 
de  telle  façon  que  le  poids  des  animaux  soumis  à une  même  expérience  fût 
sensiblement  le  même.  Dans  ces  conditions,  il  nous  a paru  inutile  de  spécifier 
le  poids  initial  de  chaque  cobaye.  Nous  nous  sommes  bornés  à indiquer,  dans 
es  tableaux,  la  perte  de  poids  totale. 


— 203 


compléter  les  résultats  que  nous  avions  précédemment  obte- 
nus. 

Technique.  — L’effluve  et  l’autoconduction  ont  été  appliqués  dans 
les  conditions  définies  plus  haut.  Il  nous  suffit  de  faire  remarquer  que 
lorsque  l’effluve  et  l’autoconduction  ont  été  associés,  ces  deux  modes 
d’application  alternaient  entre  eux.  Dans  ce  cas,  les  séances  d’auto  - 
conduction  duraient  cinq  minutes,  celles  d’effluve  ne  duraient,  la 
plupart  du  temps,  que  trois  minutes  seulement. 

A.  — Première  série  d’expériences 

Dans  une  première  série  d’expériences  nous  avons  cherché  à véri- 
fier les  résultats  obtenus  précédemment  au  moyen  de  l’effluve  et  de 
l’autoconduction  appliqués  dès  l'inoculation  (traitement  immédiat). 

Conditions  expérimentales.  — Nous  avons  essayé  de  reproduire 
les  mêmes  conditions,  soit  au  point  de  vue  de  l’inoculation,  soit  au 
point  de  vue  du  traitement. 

a)  Inoculation.  — Le  16  novembre  oç  sacrifie  2 cobayes  tuberculeux 
à chacun  desquels  on  prend  deux  ganglions  inguinaux  et  la  rate  qui 
est  augmentée  de  volume  et  criblée  de  tubercules.  On  broie  le  tout 
dansun  mortier  avec  30  cent,  cubes  d’eau  stérilisée.  On  injecte  1 cent, 
cube  de  cette  émulsion  sous  la  peau  delà  cuisse  gauche  à chacun  des 
dix-huit  cobayes  qui  composent  le  lot. 

b)  Divisions.  Traitement.  — Ces  dix-huit  cobayes  ont  été  divisés  en 
trois  séries  composées  de  six  animaux  : l’une  pour  l’effluve,  l’autre 
pour  l’autoconduction,  la  troisième  constituée  par  les  témoins.  En 
outre,  soit  dans  la  série  de  l’effluve,  soit  dans  la  série  de  l’auto- 
conduction, certains  animaux  étaient  soumis  à six  séances  de  traite- 
ment par  semaine  et  d’autres  à trois  séances  seulement. 

Le  traitement  a été  institué  dès  l’inoculation,  le  16  novembre  (trai- 
tement immédiat). 

RÉSULTATS  DE  CETTE  PREMIERE  SÉRIE  D’EXPÉRIENCES  (1) 

Les  observations  de  ces  cobayes  se  trouvent  résumées  dans  le 
tableau  I (Voir  pages  206-207). 

(1)  Les  autopsies  de  ces  animaux  ont  été  faites  une  quarantaine  de  jours 
après  l’inoculation.  11  est  nécessaire  de  justifier  ce  détail  d’expérience. 

Les  cages  renfermant  les  cobayes  de  ce  premier  lot  ayant  été  laissées,  par 


— 201  — 

Notons  tout  d’abord  que,  d’une  façon  générale,  les  cobayes  traités 
soit  par  1 eflluve,  soit  par  l'autoconduction,  ont  été  trouvés,  à l’au- 
topsie, porteurs  de  lésions  tuberculeuses  moins  avancées  que  celles 
des  témoins.  Les  circonstances  nous  avaient  cependant  forcés,  ainsi 
que  nous  l’avons  déjà  expliqué,  à sacrifier  ces  animaux  plus  tôt  que 
nous  1 aurions  voulu  II  faut  tenir  compte  de  cette  particularité  dans 
l’appréciation  des  résultats,  car  le  traitement  n’avait  peut-être  pas 
été  appliqué  assez  longtemps  pour  avoir  pu  produire  tous  ses  effets. 

Pour  chaque  série,  en  particulier,  voici  ce  qui  paraît  ressortir  éga- 
lement des  observations  résumées  dans  le  tableau  I : 

a)  Effluve.  — Les  cobayes  de  cette  série  étaient,  en  général,  beau- 
coup moins  atteints  que  les  témoins.  Nous  retrouvons  pour  les  cobayes 
traités  par  l'effluve  l’influence  de  l’intensité  du  traitement  sur  les 
résultats  obtenus.  Le  traitement  modéré  semble  encore  avoir  été  plus 
efficace  que  le  traitement  intensif.  Cette  différence  est,  sans  doute, 
bien  moins  marquée  que  dans  nos  premières  expériences,  mais  le  fait 
peut  fort  bien  s’expliquer  par  la  durée  moins  longue  du  traitement. 
Le  nombre  des  séances  d’effluvation  avait  atteint,  en  effet,  le  chiffre 
de  38  (traitement  modéré)  et  de  59  (traitement  intensif)  dans  ces 
premières  expériences,  alors  qu’il  n’a  été,  dans  le  cas  présent,  que 
de  14  (modéré)  et  22  (intensif). 

b)  Auioconduction.  — Les  cobayes  soumis  à l'autoconduction  immé- 
diatement après  l’inoculation  ont  retiré  de  bous  résultats  de  ce  mode 
de  traitement,  résultats  comparables  à ceux  de  l’effluve.  Leurs  lésions 
viscérales  étaient  bien  moins  avancées  que  celles  des  témoins.  Nous 
n’avons  pas  constaté,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  observé  dans  les 
expériences  antérieures,  que  le  nombre  et  la  durée  des  séaoces  aient 
une  influence  marquée  sur  les  résultats  obtenus. 

mégarde,  exposées  assez  longtemps  à un  courant  d’air  par  un  froid  rigoureux, 
un  certain  nombre  d’animaux,  soit  parmi  les  traités,  soit  parmi  les  témoins, 
moururent  de  pneumonie.  Nous  avons  alors  sacrifié  tous  les  autres  afin  de 
pouvoir  comparer  les  lésions  tuberculeuses  des  divers  organes,  chez  tous  nos 
animaux,  à un  même  moment.  A ':ne  expérience  ainsi  conduite,  il  manque,  il 
est  vrai,  les  renseignements  fournis  par  l'évolution  de  la  maladie,  et  le  con- 
trôle de  la  survie.  Il  nous  a paru,  néanmoins,  intéressant  de  noter  l’état  des 
organes  à une  date  également  éloignée  de  l’inoculation,  et  non  plus  à des 
moments  différents  échelouués  parfois  sur  un  long  intervalle  de  temps  par 
l’évolution  naturelle  de  la  maladie. 


l'ableou  I.  PREMIÈRE  SÉRIE  D’EXPÉRIENCES.  — TRAITEMENT  IMMÉDIAT 


SElilE  B.  - COBAYES  TRAITÉS  PAR  L'AUTOCONDUCTION 


Moyenne  : 82  grammes. 


— 207  - 


c)  Témoins. — Les  six  témoins  autopsiés  trente-quatre  ou  trente-sept 
jours  après  l’inoculation  présentaient  des  lésions  tuberculeuses  avan- 
cées, ce  qui  montre  bien  l’activité  du  processus. 

B,  — Deuxième  série  d’expériences 

Dans  cette  deuxième  série  d’expériences,  le  traitement  par  la  haute 
fréquence  s’est  trouvé,  en  raison  des  conditions  expérimentales  dans 
lesquelles  nous  nous  sommes  placés,  appliqué  à une  tuberculose  des 
plus  intenses. 

Conditions  expérimentales.  — Nous  avons  procédé,  en  effet,  aux 
inoculations  dans  des  conditions  différentes  de  celles  réalisées  pré 
cédemment.  Nous  avons  employé  des  cultures  de  tuberculose  sur 
pomme  de  terre  glycérinée.  Le  produit  de  raclage  de  dix  de  ces  cul- 
tures, âgées  d’environ  deux  mois,  fut  émulsionné  dans  90  centimètres 
cubes  de  bouillon  stérilisé.  On  inocula,  sous  la  peau  de  . la  cuisse 
gauche,  2 centimètres  cubes  de  cette  émulsion  à 44  cobayes  (1)  qui 
furent  répartis  en  deux  lots,  composés  chacun  de  22  cobayes. 

L’un  de  ces  lots  a été  consacré  à l’expérimentation  du  traitement 
immédiat,  l’autre  fut  réservé  pour  le  traitement  tardif.  Dans  ces  deux 
lots  une  série  a été  spécialement  affectée  à l’étude  d’un  nouveau  mode 
de  traitement:  l’effluve  et  l'autoconduction  associés. 

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RÉSULTATS  DE  LA  DEUXIÈME  SÉRIE  D'EXPÉRIENCES 

Avant  d’aborder  l’examen  des  tableaux  II  et  III,  il  importe  de  faire 
remarquer  combien  l’évolution  de  cette  tuberculose  a été  rapide  et 
surtout  combien  les  lésions  qu’elle  a provoquées  ont  été  intenses  et 
généralisées.  M.  le  professeur  Rodet,  qui  a bien  voulu  examiner  les 

(1}  Le  nombre  des  animaux  en  expérience  s’est  trouvé  réduit  en  raison  des 
circonstances  suivantes  : 

Dans  les  cinq  ou  six  jours  qui  ont  suivi  l’inoculation,  un  certain  nombre 
d’animaux  ont  été  enlevés  par  une  mort  rapide,  indistinctement  parmi  les  traités 
et  les  témoins,  et  aussi  bien  dans  le  lot  de  cobayes,  sur  lesquels  le  traitement 
était  déjà  commencé,  que  dans  le  lot  tenu  en  réserve.  L’autopsie  montra,  pour 
la  plupart  de  ces  animaux,  des  lésions  de  péritonite  aiguë  (épanchement  hémor- 
ragique dans  le  péritoine,  congestion  de  l’intestin,  etc.).  Ces  accidents  pour- 
raient être  expliqués  par  ce  fait  que,  les  animaux  s’étant  débattus  pendant 
l’inoculation,  et  celle-ci  ayant  été  faite  avec  une  assez  grosse  aiguille,  l’injec- 
tion a pu  fuser  dans  le  péritoine. 


— 208  — 

organes  de  nos  cobayes,  nous  a déclaré  qu’il  avait  très  rarement  vu 
des  lésions  tuberculeuses  aussi  avancées,  aussi  généralisées  que  celles 
des  cobayes  témoins. 

D’une  façon  générale,  tous  les  animaux  traités  dans  cette  deuxième 
série  d’expériences  ont  été  moins  malades  que  les  témoins.  Le  traite- 
ment par  la  haute  fréquence  a donc,  dans  une  certaine  mesure, 
enrayé  la  marche  envahissante  de  l’affection,  et  assez  nettement 
atténué  l’intensité  et  la  généralisation  des  lésions- viscérales. 

Au  milieu  des  observations  résumées  dans  les  tableaux  II  et  III, 
quelques  faits  méritent  d’attirer  particulièrement  l’attention  (Voir  pa- 
ges 210,  211,  212  et  213). 

a).  — Traitement  immédiat 

Effluve.  — Parmi  les  3 cobayes  soumis  à l'effluve,  à dose  modérée, 
dès  l’inoculation,  le  cobaye  n°  2 a retiré  du  traitement  un  bénéfice 
évident.  Alors  que  les  témoins  survécurent  seulement  de  quarante- 
quatre  à cinquante-six  jours,  ce  cobaye  eut  une  survie  de  cent 
quarante-six  jours.  Son  état  général  resta  excellent  pendant  très 
longtemps;  soixante-quatre  jours  après  l’inoculation,  il  avait  gagné 
125  grammes  sur  son  poids  initial,  et,  au  moment  de  sa  mort,  il 
n’avait  perdu  que  38  grammes.  L’autopsie  montra,  d’ailleurs,  que  les 
divers  organes  et,  en  particulier,  les  poumons  étaient  considérable- 
ment moins  atteints  que  ceux  des  témoins. 

Quant  au  cobaye  n°  1,  ses  lésions  tuberculeuses,  bien  qu’assez  mar- 
quées, étaient  cependant  manifestement  atténuées,  comparativement  à 
celles  des  témoins.  Enfin,  le  cobaye  n°  3 ne  peut  servir  de  terme  de 
comparaison,  étant  donné  qu’il  a été  enlevé  par  une  péritonite  (1) 
vingt-quatre  jours  après  l'inoculation,  à un  moment  où  ses  divers 
organes  ne  présentaient  encore  aucune  lésion  macroscopique. 

Le  traitement  intensif  par  l’effluve  a donné  ici  encore  des  résultats 
moins  bons  que  le  traitement  par  l’effluve  à dose  modérée. 

Effluve  et  autoconduction  associés.  — En  ce  qui  concerne  les  ani- 
maux traités  par  l’effluve  et  l’autoconduction  associés,  on  peut  voir 
qu’ils  ont  retiré  du  traitement  quelques  bons  effets.  L’atténuation  de 
la  tuberculose  est  moins  marquée  chez  eux  que  chez  les  cobayes 

(1)  L’autopsie  montra  des  dépôts  de  fibrine  sur  les  feuillets  du  péritoine  et 
quelques  adhérences. 


— 209  — 

soumis  à l’effluve  modérément  appliqué.  Il  est  nécessaire  de  signaler 
à ce  propos  que  les  séances  d’effluve  auxquelles  les  cobayes  de  la 
série  C étaient  soumis  ne  duraient  généralement  que  trois  minutes, 
alors  que  les  séances  d’effluve  pour  la  série  A duraient  en  général 
cinq  minutes.  Le  nombre  des  séances  par  semaine  était  le  même  dans 
les  deux  cas.  Le  traitement  intensif  par  l’effluve  était  constitué  par 
des  séances  de  cinq  minutes,  renouvelées  six  fois  par  semaine. 

b).  — Traitement  tardif 

{Appliqué  après  P apparition  de  ganglions  à l'aine  gauche , lieu  de  l’ino- 
culation).— Les  cobayes  soumis  au  traitement  tardif,  soit  par  l’effluve 
à dose  modérée,  soit  par  l’autoconduction,  soit  enfin  par  l’effluve  et 
l’autoconduction  associés,  ont  tous  retiré  un  léger  bénéfice  de  leur 
traitement.  Il  ne  paraît  pas  exister  de  différences  saillantes  entre 
les  diverses  séries  de  ce  second  lot.  Sans  doute,  les  premières  recher- 
ches que  nous  avons  publiées  avaient  montré  que  l’effluve,  à dose 
modérée,  avait  donné  de  bons  résultats,  même  appliqué  tardivement, 
c’est-à-dire  après  l’apparition  de  ganglions  à l’aine  gauche,  lieu 
de  l’inoculation;  mais  la  tuberculose,  il  importe  de  le  rappeler,  était 
incontestablement  moins  intense  que  dans  le  cas  présent.  Il  n’est 
pas  surprenant,  en  effet,  que  l’activité  même  du  processus  constitue 
une  condition  d’inefficacité  relative  pour  un  traitement  qui  n’est 
appliqué  qu’à  une  date  tardive. 

C.  — Troisième  série  d’expériences 

Afin  de  combler  la  lacune  créée,  dans  le  deuxième  lot,  par  l’absence 
de  cobayes  traités  seulement  par  l’autoconduction  dès  l’inoculation, 
nous  avons  inoculé  4 animaux  le  22  décembre  1900,  et  4 autres  le  9 
janvier  1901. 

Conditions  expérimentales.  — Dans  chacun  de  ces  lots,  2 cobayes 
étaient  soumis  à des  séances  d’autoconduction  ( traitement  immédiat ), 
les  2 autres  servaient  de  témoins. 

Les  4 premiers  avaient  reçu,  le  22  décembre,  sous  la  peau  de  la 
cuisse  gauche,  4 centimètres  cubes  d’une  émulsion  ainsi  composée  : 
produit  de  raclage  de  2 cultures  (sur  pomme  de  terre  glycérinée)  de 
tuberculose  humaine  du  7 juillet  et  bouillon  stérilisé  20  centimètres 
cubes.  Les  4 autres  avaient  reçu,  le  9 janvier,  sous  la  peau  de  la  cuisse 


14 


Tsatïleeii*  II.  DEUXIÈME  SÉRIE  D'EXPÉRIENCES. — TRAITEMENT  IMMÉDIAT 


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de  raclage  de  3 cultures  de  tubercu’ose  humaine, sur  pomme  de  terre 
glycérinée,  du  14  août,  et  20  centimètres  cubes  de  bouillon  stérilisé. 

RÉSULTATS  DE  CETTE  TROISIÈME  SÉRIE  D’EXPÉRIENCES 

L examen  du  tableau  IX  montre  que  pour  les  2 premiers  cobayes 
l’autoconduction  n’a  produit  qu’une  atténuation  légère  des  lésions 
viscérales.  La  survie  a été  la  même  pour  eux  et  pour  les  2 suivants 
qui  servaient  de  témoins.  La  différence  entre  les  témoins  et  les  traités 
a été  plus  marquée  pour  les  4 cobayes  du  deuxième  lot.  Dans  ce  der- 
nier cas,  on  constate  très  nettement  que  les  poumons,  par  exemple, 
étaient  beaucoup  moins  atteints  chez  les  traités  que  chez  les  témoins. 
(Voir  tableau  ci- contre). 

En  résume,  dans  toutes  les  séries  qui  composent  ce  deu- 
xième groupe  d'expériences,  les  traités  ontëté  moins  mala- 
des que  les  témoins.  La  différence  a été  variable  suivant  les 
cas.  Les  éléments  de  comparaison  sont,  d’ailleurs,  fournis,  par 
les  divers  tableaux  que  nous  avons  dressés.  Ainsi  qu’on  peut 
le  voir  dans  les  colonnes  consacrées  aux  autopsies,  les  lésions 
viscérales  des  traités  ont  toujours  élé  moins  étendues  et 
moins  généralisées  que  celles  des  témoins. 

Il  nous  a paru,  en  outre,  inutile  de  répéter,  h propos  de 
chaque  série,  ce  qui  était  relatif  à la  perte  de  poids  ou  à la 
survie  des  animaux  en  expérience.  Le  détail  de-  ces  chiffres  est 
donné  par  les  tableaux.  Il  nous  suffira  de  faire  remarquer 
d’une  façon  générale:  1°  que  la  moyenne  des  pertes  de  poids 
des  traités  a toujours  été  inférieure  h celle  des  témoins  et 
quelquefois  dans  des  proportions  considérable*;  2°  que  la 
survie  moyenne  lies  traités  n’a  jamais  été  inférieure  à la 
survie  moyenne  des  témoins,  qu'elle  lui  a été  le  plus  souvent 
supérieure  et  parfois  d’une  façon  notable. 

Si  nous  rapprochons  ces  résultats  de  ceux  de  nos  premières 


T£»l3le>£ivi  IV.  TROISIÈME  SÉRIE  D’EXPÉRIENCES.  TRAITEMENT  IMMÉDIAT  PAR  L'ADTOCONDDCTIQN 


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sauf  quelques  différences  minimes,  en  général  expliquées  par 
des  détails  d'expérience,  de  grandes  analogies. 

Le  traitement  par  l'effluve  modérément  appliqué  a exercé 
une  heureuse  influence  sur  la  marche  de  la  tuberculose.  Quand 
il  a été  employé  d’une  façon  intensive,  ce  traitement  a eu  une 
influence  moins  marquée. 

L’action  favorable  de  l’autoconduction  sur  l’évolution  de  la 
tuberculose  a été,  en  général,  moins  accusée  que  celle  de 
l’effluve,  à dose  modérée. 

L’association  de  l’autoconduction  et  de  l’effluve  ne  parait 
pas  avoir  accentué  les  eftets  de  l’un  ou  de  l’autre  de  ces 
modes  d’application  employé  isolément. 

L’influence  des  courants  de  haute  fréquence  s’est  manifestée, 
quoique  à un  moindre  degré,  même  dans  le  cas  où  le  traite- 
ment avait  été  appliqué  tardivement,  c’est-à-dire  après  l’appa- 
rition de  ganglions  au  lieu  d’inoculation.  Dans  ce  cas,  c’est 
surtout  l'effluve,  à dose  modérée,  quia  pu  atténuer  l’intensité 
des  lésions. 

Nous  n’avons  noté  aucun  effet  manifeste  du  traitement  sur 
les  adénopathies. 

Somme  toute,  ces  nouvelles  recherches  confirment  dans  leur 
formule  générale  nos  premières  conclusions.  Les  courants  de 
haute  fréquence  ont  exercé,  dans  certaines  conditions  d’ap- 
plication, et  particulièrement  sous  forme  d’effluve  à dose  mo- 
dérée, une  heureuse  influence  sur  la  marche  de  la  tuberculose 
expérimentale,  sans  pouvoir  toutefois  en  empêcher  la  généra- 
lisation. Cette  action  des  hautes  fréquences,  qui  nous  parais- 
sait déjà  ressortir  nettement  de  nos  premières  expériences, 

(1)  Les  détails  relatifs  à ces  deux  groupes  d’expériences  ont  été  exposés 
dans  deux  mémoires  publiés  dans  les  Archives  cl' électricité  médicale:  Lagriffoul 
et  Denoyés,  Action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  la  tuberculose  expérimen- 
tale ( Archives  d'êlect.  méd  , novembre  1900  et  juillet  1901). 


- 217  — 


se  trouve,  semble-t-il,  encore  mieux  établie  par  l’atténuation 
d’une  tuberculose  très  intense,  résultant  de  l’emploi  d’une 
grande  quantité  de  matière  virulente  dans  nos  dernières  re- 
cherches. 

Il  nous  paraît  impossible,  cependant,  de  baser  sur  un  nombre 
de  faits  relativement  restreint  des  conclusions  définitives.  Bien 
des  détails  de  technique,  de  construction  ou  de  réglage  des 
appareils  utilisés  pour  les  applications  de  haute  fréquence, 
peuvent  entraîner  des  modifications  considérables  des  condi- 
tions de  l’expérimentation.  Les  conclusions  que  nous  venons 
de  déduire -des  faits  observés  par  nous  doivent  donc  être  rigou- 
reusement rapportées  aux  conditions  d’expériences  dans  les- 
quelles nous  nous  sommes  placés. 

Sans  vouloir  hâtivement  généraliser  les  effets  que  nous 
avons  constatés,  ceux-ci  montrent  du  moins  que  si  le  traite- 
ment de  la  tuberculose  humaine  par  les  courants  de  haute 
fréquence  doit  être  dirigé  avec  beaucoup  de  prudence,  il  y a 
lieu,  cependant,  de  poursuivre  l’étude  des  cas  et  des  conditions 
dans  lesquels  les  tuberculeux  doivent  pouvoir,  semble-t-il, 
bénéficier  de  cette  thérapeutique  nouvelle. 

II.  — Tuberculose  pulmonaire 

Ainsi  que  nous  l’avons  fait  remarquer,  Doumer  et  Oudin 
sont  arrivés,  chacun  de  leur  côté  et  à peu  près  à la  même 
époque,  à des  résultats  identiques  en  soumettant  au  traite- 
ment par  l’effluve  de  H.  F.  des  malades  atteints  de  tubercu- 
lose pulmonaire  chronique. 

Doumer  a recueilli  17  observations  dont  5 se  rapportaient 
à des  malades  dont  le  traitement  était  terminé,  au  moment  de 
sa  publication,  depuis  deux  ans  au  moins.  Pour  ces  derniers, 
les  suites  du  traitementavaient  donc  pu  être  surveillées  pen- 
dant un  temps  assez  considérable.  La  guérison  symptomatique 
t était  parfaitement  maintenue,  malgré  de  graves  maladies  in- 
sercurrentes. 


— 21S  — 

Oudin  a publié  quatre  observations  également  intéressan- 
tes, et  Gandil  deux  autres  qu’il  a communiquées  au  Congrès 
de  Paris  (1900). 

Enfin  Rivière  a fait  allusion,  dans  une  communication  au 
même  Congrès,  à des  malades  atteints  de  tuberculose  pul- 
monaire qu’il  avait  soumis  à des  séances  d’autoconduction. 
II  a soin  de  faire  remarquer  toutefois  que  ses  malades  « sui- 
vaient en  même  temps  le  traitement  classique  de  la  tuber- 
culose» et  qu'il  alternait  les  «séances  de  haute  fréquence 
avec  des  applications  de  rayons  Rontgen  et  des  inhalations 
d’ozone.  » Les  résultats  qu’il  a obtenus  ne  doivent  donc  pas 
être  rapportés  exclusivement  à l’action  des  courants  de  haute 
fréquence. 

Voici  quelques-unes  des  observations  publiées  par  ces  au- 
teurs : 

OBSERVATIONS 

Obs.  I.  — Tuberculose  pulmonaire  (OIh.  publiée  par  Oudin,  Annales  d'électrobio- 
logie, juillet-août  1899.) 

M,u  T...,  dix  neuf  ans,  vient  me  trouver  pour  la  première  fois  en 
juin  1898.  Elle  sort  de  Lariboisière  où  elle  est  restée  six  mois  en 
traitement,  et  où  elle  a été  opérée  d’un  empyèrae  du  côté  gauche. 
Elle  est  malade  depuis  un  an  et  a commencé  à tousser  en  soignant  un 
frère  mort  tuberculeux,  au  mois  de  décembre  1897. 

Amaigrissement  considérable,  dyspnée  extrême,  toux  presque  con- 
tinuelle.Expectoration,  surtout  le  matin,  d’abondants  crachats  num- 
mulaires.  Sueurs  nocturnes  abondantes.  Tous  les  soirs,  élévation  de 
température,  38°5  à 39°,  en  moyenne. 

Il  y a eu,  à différentes  reprises,  la  dernière  fois  il  y a quinze  jours, 
des  hémoptysies  durant  plusieurs  heures.  Appétit  presque  nul.  Vomis- 
sements fréquents  pendant  les  quintes  de  toux. 

A l’auscultation  : à la  base  gauche,  siège  de  la  pleurésie  purulente 
guérie,  diminution  considérable  du  murmure  vésiculaire,  respiration 
souillante,  nombreux  frottements,  chevrotement  de  la  voix,  matité 
absolue.  Au  sommet  gauche,  souille  cavitaire;  en  avant,  gargouil - 
lements;  en  arrière,  nombreux  râles  humides,  souille  rude.  Matité  de 
tout  ce  sommet. 


Au  sommet  droit,  respiration  prolongée,  craquements,  submatité. 

L’examen  radioscopique  montre,  à la  base  gauche,  une  large  zone 
obscure  remontant  jusqu’à  la  huitième  cote.  Les  deux  sommets  sont 
farcis  de  noyaux  sombres  isolés  à droite,  presque  confluents  à gau- 
che. 

Je  fais  prendre,  par  jour,  quatre  cuillerées  d’huile  de  foie  de 
morue,  tous  les  matins  une  inhalation  d’ozone,  et  fais,  tous  les  huit 
jours,  de  nombreuses  pointes  de  feu. 

Au  mois  d’octobre,  il  y avait  une  légère  amélioration.  La  malade 
mangeait  mieux,  n’avait  plus  de  fièvre  tous  les  jours,  suait  moins  ; 
mais  elle  n’avait  pas  augmenté  de  poids,  la  dyspnée  restait  la  même, 
la  toux  était  un  peu  moins  fréquente  et  les  crachats  un  peu  moins 
abondants. 

Le  5 octobre,  la  malade  fut  prise  brusquement  d’une  poussée  con  • 
gestive  qui  commença  par  une  hémoptysie  avec  fièvre  (39°5).  Elle 
resta  oouchée  trois  jours,  pendant  lesquels  elle  se  plaignait  beaucoup 
de  la  base  gauche.  C’est  en  raison  de  cette  douleur  que,  quand  elle  a 
pu  se  lever  et  venir  chez  moi,  je  lui  fis  de  l’effluvation  de  résonnance 
sur  le  thorax.  Je  criblais  les  premiers  jours,  la  base  gauche  seule, 
ensuite  tout  le  thorax,  des  effluves  les  plus  puissants  que  peut  me 
donner  mon  appareil,  c’est-à-dire  ayant  environ  vingt-cinq  centimè 
très  de  longueur  et  produisant  sur  les  téguments  un  picotement  assez 
désagréable,  suivi  d’une  rubéfaction  vive. 

Dès  la  première  séance,  la  malade  me  dit  n’avoir  presque  pas 
toussé  de  la  journée  et  avoir  beaucoup  mieux  dormi  ; le  lendemain, 
les  crachats  avaient  été  aussi  abondants  et  la  toux  avait  repris 
comme  d’habitude,  mais  la  douleur  de  la  base  avait  notablement 
diminué. 

Pendant  quinze  jours,  la  malade  retrouva  après  l’effluvation  la 
même  amélioration  pendant  les  heures  qui  suivaient.  Puis  peu  à peu, 
cette  amélioration  devint  persistante  et  alla  en  s’accentuant  progres- 
sivement*, au  point  que,  trois  mois  après  le  début  du  traitement,  la 
malade  avait  ehgraissé  de  cinq  kilogr.,  ne  toussait  plus  que  le  matin, 
pour  expectorer  seulement  deux  ou  trois  crachats,  n’avait  plus  de 
dyspepsie  et  mangeait  de  bon  appétit. 

L’examen  radioscopique  montrait  un  éclaircissement  très  notable 
des  régions  obscures. 

A l’auscultation,  on  n’avait  plus  que  de  l'expiration  prolongée  sans 
craquements  à droite;  à gauche,  le  souffle  cavitaire  était  devenu  un 


— 220  - 

souffle  doux,  accompagné  de  quelques  rares  craquements  humides  dans 
les  grandes  inspirations.  A ce  moment,  avril  1899,  la  malade  a quitté 
Paris,  pour  aller,  avec  sa  famille,  habiter  le  Midi.  J’ai  eu,  récem- 
ment, de  ses  nouvelles.  Elle  continue  à aller  aussi  bien  que  possible. 

Obs.  II. — Tuberculose  pulmonaire  (obs.  publiée  par  Doumer.  Annales 
d’électrobiologie,  mars-avril  1900).  Résumée. 

Robert  (H...),  dix  huit  ans,  ouvrier  rattacheur. 

Tousse  depuis  six  mois  et  a beaucoup  maigri. 

Mère  morte  d’une  maladie  de  poitrine  de  longue  durée;  père  vivant 
et  bien  portant;  deux  frères  plus  âgés  bien  portants  ; une  sœur  morte 
vers  vingt  ans  d’une  maladie  de  la  poitrine  ; lui-même  s'enrhume  faci- 
lement. 

Il  n’a  jamais  eu  de  crachements  de  sang  ; mais  il  est  tourmenté  par 
une  toux  sèche  incessante,  surtout  pénible  le  soir  et  le  matin;  il 
expectore  un  certain  nombre  de  crachats  muco-purulents,  parfois 
striés  de  sang;  nombreux  bacilles. 

L’amaigrissement  est  considérable,  car  le  malade  a perdu  5 kilo- 
grammes depuis  le  commencement  de  « son  rhume  ».  Tous  les  soirs  il 
a un  peu  de  fièvre  et,  parfois  la  nuit,  il  est  trempé  de  sueur  ; mais  ces 
sueurs  ne  sont  pas  constantes,  quoique  assez  fréquentes.  L’appétit  est 
nul;  le  malade  s’alimente,  d’ailleurs,  fort  mal. 

Il  a été  traité  par  la  suralimentation,  et  a pris  des  pilules  de  créo- 
sote, de  la  liqueur  de  Fowler  et  des  phosphates. 

A l’examen,  je  constate  une  émaciation  extrême.  La  cage  thoracique, 
surtout,  paraît  squelettique. 

A la  percussion  : en  avant,  submatité  dans  les  deux  fosses  sous-cla- 
viculaires, tirant  à la  matité  à gauche  ; en  arrière,  matité  dans  les  deux 
fosses  sus-épineuses. 

A l’auscultation  : expiration  saccadée  et  prolongée  en  avant  comme 
en  arrière  et  des  deux  côtés.  En  arrière  et  dans  les  fosses  sus-épi- 
neuses, bouffées  de  râles  sous-crépitants  et  quelques  craquements. 
Bronchophonie. 

Dyspnée  accusée,  anémie,  palpitations.  Souffle  systolique  à la  base. 

On  commence  le  traitement  le  3 mars  1897,  à raison  d’une  séance 
tous  les  jours.  Je  me  sers  d’effluves  et  de  longues  étincelles  grêles  et 
peu  douloureuses.  Chaque  séance  dure  douze  minutes  et  j’insiste  sur- 
tout sur  la  partie  postérieure  du  thorax,  au  niveau  des  fosses  sus-épi- 
neuses. Ce  traitement  a duré,  sans  discontinuer,  jusqu’au  31  juillet. 


I 


- 221  — 

Voici,  maintenant,  les  annotations  que  je  relève  sur  mon  cahier 
d'observations  : 

Le  15  mars,  plus  de  transpirations  nocturnes  ; un  peu  moins  de 
fièvre. 

Le  22  mars.  — La  nuit  dernière  il  n’y  a pas  eu  de  fièvre  et  le  som- 
meil a été  très  calme.  La  toux  diminue,  surtout  la  nuit.  Examen  des 
crachats:  nombreux  bacilles  de  Koch.  (A  remarquer  qu’à  partir  de  ce 
jour,  à part  une  petite  pousséejqui  a eu  lieu  en  mai,  la  fièvre  n’a  plus 
reparu.) 

Le  19  avril,  le  malade  ne  tousse  presque  plus  dans  la  journée, 
du  tout  la  nuit.  Tous  les  soirs,  vers  les  huit  heures,  et  tous  les  matins 
vers  les  six  heures,  il  est  pris  de  quintes  de  toux,  mais  ces  quintes 
ne  durent  guère  plus  de  sept  à dix  minutes,  au  dire  du  malade. 

L’appétit  est  bon  depuis  longtemps  et  le  malade  a cessé  de  maigrir. 
Poids,  58  kilogrammes. 

Le  13  mai,  poids,  58  kilogr.  500.  Depuis  deux  jours,  le  malade 
tousse  un  peu  plus 'et  a un  peu  plu3  de  fièvre:  il  est  vrai  qu’il  acommis 
l’imprudence  de  s’exposer  à la  pluie  et  de  rester  mouillé  une  partie  de 
l’après-midi  du  11.  Auscultation  : toujours  des  sous-crépitants  en 
arrière  et  des  deux  côtés;  il  semble  même  qu’ils  aient  augmenté  à 
gauche;  on  les  entend  du  moins  plus  facilement  en  avant  qu’au  début 
du  traitement.  Depuis  quelques  jours  l'appétit  a fléchi. 

Le  15  mai,  la  fièvre  persiste  encore,  mais  non  les  transpira- 
tions. L’appétit  commence  à revenir.  Le  malade  déclare  qu’il  se  sent 
mieux  qu’avant-kier. 

Le  21  mai.  — Depuis  deux  jours  la  fièvre  a disparu  et  le  malade 
recommence  à moins  tousser.  Poids,  58  kilogr.  500. 

Le  10  juin,  poids,  59  kilogrammes. 

Le  25  juin,  poids,  59  kilogrammes.  A l’auscu'tation,  on  trouve  moins 
de  râles,  surtout  à droite,  où  ils  paraissent  avoir  disparu.  Le  malade 
a meilleur  aspect. 

Le  3 juillet,  poids,  59  kilogr.  500. 

Le  10  juillet,  poids,  60  kilogrammes.  L’appétit  devient  impérieux. 

Le  17  juillet,  poids,  60  kilogr.  600. 

Le  24  juillet,  poids,  62  kilogrammes. 

Le  31  juillet,  poids,  62  kilogrammes.  A l’auscultation,  on  ne  trouve 
plus  que  de  la  rudesse  de  la  respiration,  surtout  du  côté  gauche;  plus 
de  râles  en  aucun  point  du  thorax.  Le  malade  a repris  son  travail 


— 222  — 


depuis  longtemps,  l’appétit  reste  toujours  impérieux.  A ce  moment, 
cessation  du  traitement. 

Le  16  septembre,  le  malade  revient  me  voir  ; il  a fort  bonne  mine 
et  parait  très  engraissé  ; en  fait,  il  pèse  65  kilos,  soit  une  Augmentation 
(le  2 kil.  $00  depuis  la  fin  de  juillet.  A la  percussion,  je  trouve  un  peu 
de  submatité  dans  les  fosses  sous-claviculaires  et  dans  les  fosses  sus- 
épineuses.  Mais  cette  submatité  est  très  amoindrie.  A l’auscultation 
on  ne  perçoit  plus  aucun  râle;  la  respiration  est  toujours  rude,  du 
moins  dans  la  fosse  sus-épineuse  gauche.  A droite,  la  respiration  parait 
normale.  L’amélioration. paraissant  s'être  accrue,  malgré  la  cessation 
du  traitement,  j’estime  inutile  de  reprendre  les  séances.  J’ai  cessé  de 
voir  ce  malade  jusqu’en  janvier  1899,  moment  où  il  est  venu  me  demander 
un  certificat  pour  le  conseil  de  révision.  Je  l’ai  examiné  à ce  moment 
de  nouveau  et  je  l’ai  trouvé  dans  le  même  état  qu’en  1897. 

11  m’apprit  que, pendant  tout  le  laps  de  temps  qui  s’était  écoulé  depuis 
la  cessation  du  traitement,  il  ne  s’était  pas  enrhumé  sérieusement,  qu’il 
avait  eu  une  grippe  légère  en  1898,  mais  qu’il  n’avait  pas  jugé  utile 
de  venir  me  voir  à cette  occasion.  Je  lui  donne  une  lettre  pour  le  major 
chargé  de  l’examen  des  recrues,  racontant  l’histoire  de  ce  malade. 

Je  l’ai  revu  quelques  jours  après  le  conseil  de  révision  et  il  m’a 
appris  que  le  major  l’avait  examiné  avec  soin  et  l’avait  jugé  bon  pour 
le  service.  Il  est  actuellement  au  régiment. 

Obs.  III.  — Tuberculose  pulmonaire  (Obs.  communiquée  par  Ganbil, 
au  Congrès  international  d’électrologie  médicale,  août  1900) 

Le  6 avril  1900,  s’est  présenté  à la  consultation  du  docteur  Gandil, 
M.  X. . . (Ed.),  comptable,  âgé  de  vingt-sept  ans,  en  traitement  dans 
un  asile  de  Nice. 

Les  parents  du  malade  sont  bien  portants,  ainsi  que  ses  frères  et 
sœurs. 

Il  y a dix-huit  mois,  à la  suite  d'une  course  à bicyclette,  refroidis- 
sement; deux  mois  après  le  malade  commençait  à tousser  et  à expec- 
torer des  crachats  jaunâtres.  Au  mois  de  septembre  1898,  il  avait  déjà 
eu  une  hémoptysie  abondante.  Il  en  a eu  une  deuxième  en  février  1899. 
Dans  le  courant  d’août  1899,  pleurésie  aiguë  du  côté  gauche.  Fin 
novembre,  transpirations  qui  ont  persisté  un  mois.  Ce  malade  menait 
une  vie  sédentaire,  ne  faisant  d’exercice  que  le  dimanche,  et  parfois, 
alors,  avec  excès.  Il  a pris  de  la  créosote  pendant  un  an,  puis  de  l’huile 
de  foie  de  morue  à fortes  doses  (10  à 14  cuillerées  à soupe  par  jour). 


— 223  - 

Il  est  envoyé  à Nice  fin  février  1900;  depuis  lors  amélioration  de 
l'état  général  et  de  l’appétit  ; le  sommeil  a toujours  été  bon. 

« Actuellement,  il  tousse  et  il  expectore  abondamment  des  crachats 
jaunes*  verdâtres,  surtout  le  matin.  L’appétit  et  le  sommeil  sont  assez 
bons  ; essoufflement  en  montant  les  escaliers  ; garde-robes  en  diarrhée, 
trois  fois  par  jour. 

Auscultation. — Au  sommet  gauche,  dans  la  région  sous-claviculaire, 
on  perçoit  de  la  submatité,  des  râles  sous-crépitants  pendant  l’inspi- 
ration principalement  ; en  arrière,  du  même  côté,  matité  au  sommet, 
submatité  à la  base,  bruit  de  souffle  et  gros  râles  caverneux  dans  une 
étendue  de  18  centimètres,  à partir  et  au-dessous  de  la  crête  de  l’omo- 
plate ; voix  caverneuse  superficielle,  dans  le  même  espace  ; absence 
de  bruit  respiratoire  à la  base. 

Traitement.  — A dater  du  6 avril,  suppression  de  l’huile  de  foie 
de  morue  et  du  sirop-de  codéine,  institution  d’un  traitement  électri- 
que : « Effluve  de  haute  fréquence  avec  le  résonateur  Oudin,  sur  le 
sommet  du  poumon  gauche,  trois  fois  par  semaine  (dix  à douze  minutes 
chaque  fois),  tantôt  en  avant,  tantôt  en  arrière,  produisant  une  révul- 
sion assez  marquée  de  la  peau  ; aération  continue,  dans  la  mesure  du 
possible,  le  malade  faisant  observer  que  deux  autres  malades  couchaient 
dans  la  même  chambre  que  lui. 

Le  13  avril,  le  malade  est  moins  essoufflé  en  montant  l’escalier  ; 
l’appétit  est  meilleur,  le  sommeil  bon.  Il  se  plaint  de  douleurs  dans  le 
côté  gauche,  pendant  les  efforts  de  respiration.  Cette  douleur  est 
attribuée  à des  adhérences  pleurales;  pour  les  rompre,  on  l'engage  à 
monter  un  escalier  à marches  peu  élevées,  garni  de  bancs  pour  se 
reposer  au  besoin. 

Le  14,  radiographie  du  thorax  (1). 

Le  17,  diminution  de  la  toux  et  de  l’expectoration. 

Le  19,  douleurs  dans  le  côté  gauche. 

Le  21,  la  toux  et  1 expectoration  sont  en  voie  de  diminution.  Le 
sommeil  est  toujours  bon,  l’appétit  s’est  amélioré,  la  douleur  du  côté 
a presque  disparu. 

Le  23,  le  malade  monte  facilement  les  escaliers  ; plus  de  douleurs 
dans  le  côté. 

Le  25,  il  raconte  qu’il  a pu  faire,  sans  s’arrêter,  sans  tousser,  ni 


(1)  Cette  radiographie  a été  publiée  par  Gandil  (Communication  au  Congrès 
international  d’électrologie  médicale,  1”  août  1900). 


• ^ T»  


— 224  — 

cracher,  1 ascension  d un  escalier  de  197  marches.  Par  conire,  le  poids 
qui  était  de  60  kilogr.  600,  au  début  du  traitement,  a baissé  de  1 kilo- 
gramme. On  prescrit  la  suppression  de  tout  exercice  un  peu  forcé, 
le  repos  le  plus  complet  possible  le  jour,  au  soleil  et  au  bord  de  la 
mer. 

Le  30,  plus  d'essoufflement;  encore  quelques  crachats. 

Le  2 mai,  le  malade  va  bien  ; il  a des  garde-robes  naturelles,  une 
seule  fois  par  jour. 

Le  7 mai,  l’état  général  est  très  bon.  Nouvelle  radiographie. 

Le  9 mai,  le  poids  est  remonté  à 61  kil.  500. 

Depuis  le  26  avril,  le  malade  ne  crache  plus  que  4 à 5 fois  par  vingt- 
quatre  heures;  il  ne  tousse  que  pour  expectorer. 

À ce  moment,  le  malade  quitte  Nice.  L’auscultation  pratiquée  avant 
son  départ,  donne  les  résultats  suivants:  « A gauche,  en  avant,  sous 
la  clavicule,  état  normal  ; en  arrière,  submatité  dans  le  tiers  supérieur  ; 
en  bas,  respiration  à peu  près  normale.  Un  peu  de  diminution  de  la 
sonorité  et  du  murmure  vésiculaire,  dans  le  tiers  supérieur;  pas  de  ré- 
sonance de  la  voix;  quelques  ronchus  de  catarrhe  bronchique.  » 

L’examen  microscopique  et  bactériologique  d’un  crachatavait  montré 
le  5 mai,  moins  de  bacilles  de  Koch  que  le  premier  examen  pratiqué 
le  10  avril. 

A propos  de  cette  observation,  Gandil  fait  remarquer  que  l’amélio- 
ration survenue  chez  ce  malade,  amélioration  rendue  évidente  par  la 
restauration  de  l’état  général,  la  diminution  de  la  toux  et  de  l’expec- 
toration, la  disparition  de  la  dyspnée  d’ascension,  la  modification  des 
signes  d’auscultation,  les  é/treutws  radiographiques  et  l’examen  des  cra- 
chats, a été  « obtenue  sans  rien  pouvoir  changer  aux  conditions  déplo- 
rables d’hospitalisation  et  d’alimentation  que  subissait  le  malade.  » 

Une  autre  observation  de  Gandil  montre  surtout,  chez  un  deuxième 
tuberculeux,  une  amélioration  sensible  de  l’état  général. 

Technique  du  traitement  de  la  tuberculose  pulmo- 
naire chronique.  — C’est  à l’effluve,  aux  aigrettes  ou  aux 
étincelles,  que  les  différents  observateurs  ont  eu  généralement 
recours.  Voici  comment  s’exprime  Oudin  àce  sujet:  « L’effluva- 
tion était  aussi  puissante  que  possible  et  poussée  au  point  de 
sinapiserla  peau.  Les  aigrettes  étaient  dirigées  sur  le  thorax 
pendant  10  ou  15  minutes,  et  deux  doigts  de  l’opérateur  placés 


- 225  -- 

de  l’autre  côté  du  thorax  en  face  des  points  les  plus  malades, 
de  façon  à diriger  autant  que  possible  le  maximum  du  courant 
sur  les  lésions  tuberculeuses.  A la  fin  de  chaque  séance  je 
promène  direclement  sur  la  peau  le  pinceau,  criblant  aussi 
la  région  de  nombreuses  étincelles.  » Il  ajoute  que  « pour 
toutes  ces  applications  locales  profondes,  il  faut  demander  au 
résonateur  tout  ce  qu’il  peut  donner  comme  effluve.  » 

Rivière  seul  a utilisé  l’autoconduction  pour  le  traitement  de 
ses  malades,  qu’il  enfermait  pendant  vingt  minutes  dans  un 
grand  solénoïde. 

Analyse  et  interprétation  des  résultats  obtenus.  — 
Les  effets  de  cette  nouvelle  application  des  courants  de  haute 
fréquence  sont  particulièrement  bien  analysés  et  mis  en  lumière 
dans  les  remarquables  travaux  de  Doumer  et  de  Oudin  et  dans 
leur  rapport  sur  les  propriétés  physiologiques  et  thérapeutiques 
des  hautes  fréquences.  C’est  dans  ces  différentes  publications 
que  nous  avons  puisé  les  éléments  de  cette  étude. 

En  général,  les  premières  séances  de  traitement  ne  provo- 
quent aucune  modification  particulière.  Quelquefois,  en  raison 
probablement  de  susceptibilités  individuelles,  elles  peuvent, 
momentanément  et  pendant  leur  durée  même,  augmenter  les 
quintes  de  toux. 

Les  différents  symptômes  ne  sont  pas  modifiés  avec  la 
même  rapidité. 

Les  transpirations  nocturnes  et  la  fièvre  hectique  diminuent 
d’abord  et  disparaissent  ensuite,  à peu  près  dans  le  même 
temps. 

L’appétit  ne  tarde  pas  à devenir  meilleur,  s’il  était  bon;  à 
augmenter  ou  à se  régulariser,  s’il  était  mauvais  eu  incon- 
stant. 

Plus  tard,  la  toux  devient  moins  persistante  et  moins  pénible 
et  le  malade  n est  plus  tiré  de  son  sommeil  par  des  quintes  fa- 
tigantes. A son  tour,  l'expectoration  devient  moins  abondante 


15 


— 226  — 


et  ses  caractères  se  modifient  : les  crachais  qui  étaient  puru- 
lents deviennent  muco-purulents  ou  même  hyalins. 

En  outre,  lorsque  l’examen  bactériologique  des  crachats  a 
pu  être  fait,  on  a pu  constater  la  diminution  du  nombre  des 
bacilles  et  parfois  leur  disparition. 

« Les  râles  et  les  craquements  se  raréfient  et  finissent  par 
disparaître,  comme  si  la  lésion  anatomique  qui  les  produit 
disparaissait  elle-même  et  laissait  à sa  place  un  tissu  pulmo- 
naire sain  et  normal.  Cette  disparition  des  râles  et  des  craque- 
ments est  lente  à se  produire;  ce  n’est  guère  que  vers  le 
troisième  ou  le  quatrième  mois  du  traitement  qu’on  commence 
à la  constater  »,  mais  Doumer  ajoute  « quelle  est  la  règle  et 
que  bien  rares  sont  les  cas  où  elle  n’est  pas  complète  ou  à 
peu  près  complète.  » Enfin  l’état  général  s’améliore  rapide- 
ment et  progressivement  ; le  poids  du  corps  augmente  parfois 
dans  des  proportions  notables. 

Il  est  intéressant  d’ajouter  que  la  radioscopie,  pratiquée  sur 
un  certain  nombre  de  malades,  a montré  le  retour  du  tissu 
pulmonaire  à sa  transparence  normale. 

Comment  peut-on  expliquer  l’action  des  courants  de  haute 
fréquence  sur  la  tuberculose?  Dans  sa  première  note,  Doumer 
faisait  remarquer  qu’il  ne  pouvait  invoquer  pour  expliquer  les 
résultats  obtenus  l’action  bactéricide  des  hautes  fréquences, 
soit  parce  que  cette  propriété  n’éfait  pas  démontrée,  soit 
parce  qu’il  avait  traité  ses  malades  par  l'effluve  et  qu’aucune 
expérience  n’avait  été  faite  pour  établir  l’influence  de  cette 
modalité  électrique  sur  les  microorganismes.  11  croyait  plu- 
tôt que  ce  traitement  avait  favorisé  la  phagocytose,  qu’il  avait 
augmenté  « la  réaction  défensive  de  l’organisme.  » 

On  retrouve  la  même  opinion  dans  le  rapport  de  Doumer 
et  Oudin  au  Congrès  de  1900. 

Au  point  de  vue  clinique,  ces  auteurs  se  refusent  également 


_ 99 7 

/WM  I 


à admettre  une  action  directe  sur  les  bacilles,  étant  donné  que 
l’amélioration  était  survenue  chez  leurs  malades  bien  avant 
qu’on  eût  pu  constater  la  diminution  du  nombre  des  bacilles, 
mais  aù  contraire  à un  moment  où  ces  derniers  avaient 
« conservé  toute  leur  virulence  et  toute  leur  nocivité.  » Ils 
ajoutent  qu’on  peut  tirer,  en  faveur  de  l’opinion  qu’ils  soutien- 
nent, un  argument  très  sérieux  « de  ce  fait  que  toutes  les  tuber- 
culoses locales  ne  se  comportent  pas,  vis-à-vis  des  courants  de 
haute  fréquence,  comme  la  tuberculose  pulmonaire,  que  notam- 
ment les  tuberculoses  articulaires,  c’est-à  dire  d’organes  re- 
lativement 'peu  irrigués  où  les  phénomènes  de  phagocytose 
sont  très  diminués,  ne  sont  que  très  peu  inlluencées  par  des 
applications  de  la  nature  de  celles  qui  agissent  si  bien  dans 
la  tuberculose  pulmonaire  chronique.  » 

Enfin  une  part  des  effets  obtenus  reviendrait  à l’ozone  pro- 
duit par  le  courant,  pendant  les  applications  du  traitement 
par  l’effluvation.  Ce  mécanisme’d’action  ne  saurait  cependant 
être  généralisé,  car  des  observations  ont  montré  que  l’effluve 
avait  donné  de  bons  résultats  dans  des  cas  où  l’ozone  avait 
été  employé  sans  succès. 

Si  l’on  veut  maintenant,  d’après  les  faits  observés  par  les 
différents  auteurs  que  nous  venons  de  citer,  fournir  une  for- 
mule des  indications  des  courants  de  haute  fréquence,  au  point 
de  vue  tout  spécial  de  la  tuberculose  pulmonaire,  on  peut  rete- 
nir l’une  de  leurs  conclusions,  à savoir  que:  ces  courants 
sont  susceptibles  d’amener  une  amélioration  considérable  et 
même  une  guérison  complète,  chez  les  malades  qui  n’ont  pas 
encore  dépassé  la  période  de  crudité. 

Il  est  en  outre  intéressant  de  signaler  que  dans  les  formes 
hémorrhagiques,  ainsi  que  le  fait  remarquer  Doumer,  il  faut 
éviter  « une  inhalation  trop  directe  ou  trop  intense  d’ozone  » ; 
qu’il  ne  faut  pas  faire,  par  conséquent,  d’applications  sur  le 
devant  de  la  poitrine. 


— 2^8  — 


Enfin  il  est  juste  de  faire  observer  que,  d’après  les  auteurs 
qui  ont  expérimenté  les  courants  de  haute  fréquence  contre 
la  tuberculose  pulmonaire,  ce  traitement  ne  doit  pas  être 
exclusif,  mais  « judicieusement  associé  à celui  des  cures 
actuellement  en  vigueur  (1).  » 


En  résumé,  les  courants  de  haute  fréquence,  appliqués 
sous  forme  d’effluve,  d’aigrette  ou  d’étincelle,  ont  donné, 
entre  les  mains  de  quelques  observateurs,  d’excellents  résul- 
tats dans  le  traitement  de  la  tuberculose  pulmonaire  chroni- 
que. 

Il  ne  faut  pas  se  hâter  de  généraliser  des  faits  établis  par 
une  observation,  sans  doute  rigoureuse  et  vraiment  scientifi- 
que, mais  encore  trop  limitée,  comme  le  reconnaissent  eux- 
mêmes  ces  auteurs. 

Il  importait  néanmoins  der  signaler  cette  heureuse  tenta- 
tive qui  peut  ouvrir  aux  hautes  fréquences  une  voie  très 
féconde.  Alors  même  que  cette  action  favorable,  sinon  cura- 
tive, des  hautes  fréquences  sur  la  tuberculose,  en  particulier, 
ne  serait  pas  confirmée,  les  faits  dont  nous  venor.s  de  parler 
n’en  conserveraient  pas  moins  une  haute  signification  au  point 
de  vue  de  l’action  générale  de  cette  forme  de  courants. 

III.  Tuberculose  chirurgicale 

Quelques  tentatives  ont  été  faites  également  pour  appliquer 
les  hautes  fréquences  à la  thérapeutique  de  la  tuberculose 
chirurgicale,  mais  le  nombre  des  faits  publiés  à ce  sujet, si  l’on 
en  juge  du  moins  par  les  périodiques  que  nous  avons  pu  con- 
sulter, est,  jusqu’à  présent,  des  plus  restreints.  Nous  les 

(1)  Downer,  Action  des  courants  de  II.  F.  sur  lu  tuberculose  pulmonaire 
chronique  ( Annales  d’èlcclrobioloejic,  mai-avril  lüOO). 


— 229  — 


relatons  brièvement,  avant  d’exposer  les  résultats  que  nous 
avons  nous-même  obtenus  avec  M.  le  professeur  agrégé 
L.  Imbert,  en  traitant,  au  moyen  de  ces  courants,  trois 
malades  atteints  l’un  d’arthro-synovite,  l’autre  d’adénite  cer- 
vicale, le  troisième  de  diaphysite  tuberculeuse. 

En  1898,  dans  une  publication  consacrée  aux  applications 
médicales  des  courants  de  haute  fréquence,  S.  Cattelani  (1) 
que  nous  avons  déjà  cité,  rendait  compte  de  quelques  essais 
de  traitement  des  tuberculoses  chirurgicales  par  cette  moda- 
lité électrique  ; il  exposait  les  faits  suivants  : 

Un  malade  atteint  de  tuberculose  de  la  première  articula 
lion  interphalangienne  du  deuxième  orteil  droit,  avait  été 
traité  pendant  vingt  jours.  A la  suite  des  premières  séances 
on  avait  noté  une  augmentation  de  la  solution  de  continuité.  A 
partir  du  deuxième  jour,  au  contraire,  l’ulcération  s’était  peu 
à peu  rétrécie  ; mais  le  malade  ayant  réclamé,  d’une  façon 
pressante,  une  intervention  chirurgicale,  le  traitement  élec- 
trique fut  supprimé,  sans  qu’il  fût  possible  d’être  fixé  sur  le 
résultat  définitif  de  l’emploi  des  hautes  fréquences. 

Dans  un  cas  de  tuberculose  du  taise  droit,  le  traitement 
fut  appliqué  cent  soixante-quatre  jours,  « sous  forme  d’effluve, 
de  bains  ou  de  décharges,  toujours  localisés  à la  partie  ma- 
lade (2).  » La  durée  des  séances  variait  de  quinze  à quarante 
minutes. 

A la  suite  de  ses  observations,  Cattellani  déclare  ne  pou- 
voir apporter  de  conclusions  précises  sur  la  valeur  thérapeu- 
tique des  courants  de  haute  fréquence  dans  les  tuberculoses 
chirurgicales. 

(1)  S.  Cattelani,  État  actuel  des  applications,  en  médecine,  des  courants  de 
grande  fréquence  et  de  haute  tension.  Tentative  de  traitement  des  tuberculoses 
chirurgicales  (La  Réforme  mèd.,  numéros  48  et  49,  1898.  Analysé  in  Archives 
d'électricité  médicale,  1898). 

(2)  N’ayant  pu  consulter  le  mémoire  original,  nous  reproduisons,  au  sujet  de 
la  technique  employée  par  Catellani,  les  renseignements  fournis  par  l’auteur 
de  l'analyse  parue  dans  les  Archives  d'électricité  médicale  , 1898. 


— 230  - 

D’autre  part,  Sudnik  (de  BtienosAyres)  (t),  dans  un  mé- 
moire paru  en  1899,  rapporte  une  guérison  d’abcès  froid (2), 
obtenue  après  vingt-cinq  séances  de  haute  fréquence,  et  quel- 
ques recherches  relatives  au  traitement  d’ulcères  tubercu- 
leux provoqués  expérimentalement  chez  des  cobayes. 

Cet  auteur  avait  eu  recours  soit  à l’ellluve,  soit  aux  appli- 
cations directes  ; mais  il  donnait  la  préférence  à ce  dernier 
procédé  d’électrisation. 

Enfin  Ri  vière(3),  au  Congrès  de  1900, a déclaré  avoir  obtenu, 
par  l’emploi  de  l’effluve,  les  résultats  suivants  : 

La  guérison  d’un  « ulcère  tuberculeux,  gomme  cutanée, 
placé  à deux  centimètres  au-dessus  de  la  partie  moyenne  de 
la  clavicule  gauche  »,  guérison  obtenue  en  un  mois. 

La  guérison  d’une  arthrite  du  genou  « d’une  nature  sus- 
pecte. » 

L’amélioration  considérable  d’une  adénite  cervicale,  amé- 
lioration révélée  par  une  diminution  notable  des  ganglions  et 
par  la  suppression  des  fistules. 

Nous  ne  relevons  donc,  dans  les  publications  que  nous 
venons  d’analyser,  aucune  observation  démonstrative  de 
tuberculose  osseuse  sensiblement  améliorée  par  la  haute 
fréquence. 

Nous  avons  traité  nous-mème  quelques  cas  de  tuberculoses 
chirurgicales  par  les  courants  de  haute  fréquence,  et  nous 
avons  obtenu  des  résultats  qui  méritent  d’être  rapportés. 

(1)  Sudnik,  Action  thérapeutique  locale  des  courants  de  haute  fréquence 
( Annales  d’électrobiologie,  mai-juin  1899). 

(2)  Trois  cobayes  inoculés  avec  le  pus  fourni  par  l’abcès  au  début  du  trai- 
tement furent  trouvés,  à l’autopsie,  porteurs  de  tubercules  généralisés.  Trois 
cobayes  inoculés  avec  la  sérosité  qui  s’écoulait  de  la  tumeur,  après  la  vingtième 
séance  de  haute  fréquence,  ne  présentaient,  neuf  mois  après  l'inoculation,  au- 
cun signe  d’infection  tuberculeuse. 

(3)  Rivière,  loc.  citât. 


— 231  — 


Technique.  — Nos  malades  ont  été  traités  soit  par 
l’effluve  fourni  par  un  résonateur  Oudin  (premier  modèle) 
relié  à un  appareil  construit  par  Gaiffe,  d’après  le  dispositif 
de  d’Arsonval  pour  courant  alternatif,  soit  par  les  applications 
directes  (1).  Le  détail  de  ces  traitements  est  d’ailleurs  con- 
signé dans  chaque  observation. 

OBSERVATIONS 

(Recueillies  et  publiées  (2)  en  collaboration  avec  M.  le  professeur 
agrégé  L.  Imbert.) 

Obs.  I.  — Arthro-synovite  tuberculeuse  du  poignet  (3).  — Guérison. 

R...  L...,  trente-quatre  ans,  garçon  de  café. 

Parents  bien  portants. 

Le  malade  est  petit,  maigre,  d’aspect  assez  chétif,  sujet  aux  bron- 
chites. Il  a eu  une  adénite  cervicale  suppurée  dont  on  voit  encore  la 
cicatrice  non  adhérente  dans  la  région  sus-hyoïdienne  droite. 

Histoire  de  la  maladie.  — Dans  les  premiers  jours  d’octobre  1899,  la 
face  dorsale  de  la  main  droite  heurte  une  table  de  café.  A la  suite  de 
ce  choc  assez  violent,  survient  un  gonflement  douloureux  de  toute  la 
région.  Au  bout  de  huit  jours  ce  gonflement  diminue  un  peu,  mais  la 
région  dorsale  de  la  main  reste  encore  assez  tuméfiée  et  très  dou- 
loureuse. 

Le  malade  est  traité  par  les  pointes  de  feu  et  les  badigeonnages  à 
la  teinture  d'iode,  qui  amènent  une  légère  diminution  du  gon- 
flement. 

Une  radiographie,  faite  le  15  décembre  1899,  ne  montre  rien 
d’anormal  au  point  de  vue  osseux.  Dès  lors,  le  malade  s’abstient  de 
tout  traitement  pendant  quelque  temps. 

(1)  Pour  les  détails  relatifs  à ces  deux  modes  d'application,  voir  premièr 
partie. 

(2)  L.  Imbert  et  J.  Denoyés,  Note  sur  le  traitement  des  tuberculoses  chirurgi- 
cales par  les  courants  de  haute  fréquence  ( Gazette  des  hôpitaux , février  1902). 

(3)  Cette  observation  a été  publiée  dans  une  étude  consacrée  à l’action 
thérapeutique  des  applications  directes  des  courants  de  haute  fréquence 
(Denoyès,  Archives  d' électricité  médicale,  février  et  mars  1901). 


Le  15  février  1900,  son  état  ne  s’améliorant  pas,  il  se  rend  aux 
consultations  externes  de  chirurgie,  où  il  est  examiné  parM.  le  profes- 
seur agrégé  L.  Imbert. 

État  du  malade  à son  arrivée  à l'hôpital.  — Sur  la  face  dorsale  de  la 
main  droite,  on  constate  une  tuméfaction  aux  contours  mal  limités 
qui  paraît  siéger  en  largeur  sur  les  2%  3e  et  4e  métacarpiens.  E'ie 
s’étend,  en  longueur,  de  l’articulation  radio-carpienne  j usqu’au  quart 
inférieur  environ  des  métacarpiens.  On  voit  à sa  surface  quelques 
veinosités.  A la  palpation,  cette  tumeur  est  dure  et  ne  paraît  produite 
ni  par  de  l'œdème,  ni  par  des  fongosités.  Les  trois  métacarpiens 
moyens  semblent  fusionnés  par  leur  extrémité  supérieure.  On  ne  sent 
pas  les  tendons. 

Les  masses  musculaires  de  l’avant-bras  sont  très  diminuées  de 
volume.  Périmètre  de  l’avant-bras  à 7 centimètres  au  dessous  de 
l’épitrochlée:  gauche  (côté  normal),  21  cent.  5;  droit,  17  centimètres. 

Force  musculaire  nulle  (ne  peut  saisir  le  dynamomètre). 

Les  mouvements  actifs  sont  limités.  Les  seuls  possibles  sont  des 
mouvements  de  flexion  légère  desdeuxièmes  phalanges,  qui  n’arrivent 
pas  à se  mettre  à angle  droit  avec  les  premières.  Les  premières  pha- 
langes ne  peuvent  pas  se  fléchir.  Le  malade  ne  peut  donc  pas  fermer 
la  main. 

Les  mouvements  passifs  sont  aussi  très  limités  pour  les  articulations 
radio-carpienues,  métacarpo-phalangiennes  et  phalangiennes. 

Incapable  de  tout  travail,  le  malade  ne  peut  soutenir  avec  sa  main 
le  moindre  objet.  Il  a essayé  plusieurs  fois  de  reprendre  son  métier  et 
n’a  pu  soutenir  un  plateau,  même  sans  le  charger. 

A noter,  des  douleurs  spontanées  avec  irradiations  dans  le  coude  et 
l’épaule,  plus  fortes  la  nuit  que  le  jour  ; de  la  douleur  à la  pression 
et  à l’occasion  des  mouvements. 

Appareil  respiratoire.  — Matité  au  sommet  gauche;  craquements. 
Submatité  au  sommet  droit. 

Traitement  et  résultats  du  traitement.  — Envoyé  le  15  février  au  ser- 
vice d’électrothérapie,  il  est  traité  par  les  applications  directes  de  H.  F. 
(Une  plaque  d’étain  est  moulée  sur  l’extrémité  supérieure  de  l’avant- 
bras,  une  autre  sur  la  main  droite.)  L’intensité  a varié  de  400  à 
500  ma.,  et  la  durée  des  séances  a été  en  général  de  dix  minutes. 

Le  26  mars,  nouvelle  radiographie.  Elle  paraît  montrer  une  légère 
raréfaction  dans  les  os  de  la  main. 


— 233  - 


Le  15  avril,  les  mouvements  actifs  sont  bien  plus  étendus  : le  malade 
peut  fermer  la  main. 

En  mai,  il  reprend  de  temps  en  temps  son  travail.  Il  peut  supporter 
quelque  poids  sur  sa  main  ; mais,  au  début,  il  souffre  encore  à la  suite 
de  ses  journées. 

11  continue  son  traitement.  Les  forces  reviennent  et  les  douleurs 
s’atténuent  de  plus  en  plus. 

Le  8 juin,  la  tuméfaction  de  la  face  dorsale  du  carpe  est  moins  dure 
et  a beaucoup  diminué  de  volume.  Le  périmètre  de  l’avant-bras  droit 
est  maintenant  de  20  cent.  5 (il  a donc  gagné  3 cent.  5).  Le  dynamo- 
mètre marque:  du  côté  gauche,  23;  du  côté  droit,  8.  Les  mouvements 
du  poignet  sont  encore  un  peu  limités;  ceux  des  doigts  sont  abso- 
lument normaux  et  ne  sont  plus  douloureux.  Le  malade  peut  reprendre 
définitivement  son  métier,  ne  se  reposant  que  de  loin  en  loin.  A.  la  suite 
de  journées  de  surmenage,  il  n’éprouve  qu’une  légère  douleur  au  ni- 
veau de  l’éminence  thénar,  douleur  qui  disparaît  après  un  jour  de 
repos  ou  de  travail  moins  pénible. 

Le  11  juillet,  à la  suite  de  journées  fatigantes,  le  malade  se  plaint 
de  douleurs  dans  le  carpe.  Il  est  soumis  à trois  séances  d’effluve  de 
H.  F.,  et  on  continue  les  applications  directes.  Les  douleurs  dispa- 
raissent. 

Le  18  juillet,  le  malade  quitte  le  service  d’électrothérapie. 

Nombre  total  d’applications  directes  : 40. 

Nous  revoyons  le  malade  cinq  mois  après.  Il  n’a  plus  été  obligé 
d’interrompre  son  travail.  L’amélioration  obtenue  a persisté. 

Le  malade  qui  fait  l’objet  de  cette  observation  est  le  pre- 
mier de  ceux  que  nous  avons  traités.  Sous  l’influence  des 
courants  de  haute  fréquence,  l’amélioration  a été  nettement 
progressive,  bien  qu’il  n’ait  été  fait,  pendant  cette  période, 
aucune  tentative  de  traitement  local  par  d’autres  moyens. 

L’amélioraton  a porté  aussi  bien  sur  les  signes  physiques 
(gonflement,  etc...)  que  sur  les  symptômes  fonctionnels.  Elle 
a été  assez  prononcée  et  a duré  assez  longtemps  pour  que 
l’on  puisse  admettre  la  guérison,  puisque  le  malade  a été 
revu,  en  bon  étal,  cinq  mois  après  la  cessation  du  traitement. 


— 234  — 


Obs.II.  — Adénopathie  tuberculeuse  du  cou.  — Amélioration. 

L...  (Antoinette),  repasseuse,  dix-sept  ans. 

Antécédents  héréditaires.  — Rien  à signaler. 

Antécédents  personnels.  — Pas  de  maladie  antérieure. 

Histoire  de  la  maladie.  — En  mars  1898,  la  malade  s’est  aperçue 
qu’elle  avait  une  grosseur  au  niveau  de  l’angle  du  maxillaire  inférieur 
droit.  Cette  tumeur,  absolument  indolente,  a augmenté  progressive- 
ment de  volume  et  a acquis  la  dimension  d’une  grosse  mandarine  ; 
elle  est  restée  dans  cet  état  pendant  un  au  environ,  au  dire  de  la  ma- 
lade. Vers  le  mois  de  mars  1899,  la  peau  commença  à devenir  rouge, 
et,  au  mois  d’août,  la  tumeur  s’ouvrit  à l’extérieur  suppurant  abon- 
damment pendant  près  d’un  mois  et  demi. 

Le  traitement  consistait  en  lavages  boriqués  et  en  applications  de 
pommade  iodoformée.  Enfin  la  suppuration  a été  tarie  au  mois  d’oc- 
tobre, et  la  plaie  s’est  cicatrisée. 

11  est  resté  une  tumeur  dans  lapartie  correspondante,  et  peu  à peu 
il  en  est  apparu  d’autres  dans  le  voisinage. 

iïtat  de  la  malade  le  14  mai  1900.  — Il  existe,  sur  les  parties  laté- 
rales du  cou,  au  niveau  du  sterno-cléido-mastoïdien,  et  se  prolongeant 
en  arrière  de  lui,  une  tumeur  volumineuse,  irrégulière,  très  nettement 
appréciable  à la  vue  car  elle  soulève  la  peau  qui  la  recouvre.  On  voit 
dans  la  région  correspondante  deux  cicatrices  non  fistuleuses,  l’une 
et  l’autre  quelque  peu  adhérentes. 

A la  simple  inspection,  on  constate  que  la  masse  est  lobulée,  formée 
de  noyaux  distincts:  une  masse  du  volume  d’une  petite  mandarine, 
siégeant  au  niveau  du  tiers  supérieur  du  sterno-cléido-mastoïdien  et 
le  dépassant  en  arrière  ; une  masse  du  volume  d’une  noix  à la  partie 
moyenne  du  sterno  qu’elle  soulève  ; une  masse  moins  volumineuse 
que  la  précédente,  au  niveau  du  tiers  inférieur  du  muscle  ; une  nodo- 
sité du  volume  d'une  noisette  immédiatement  au-dessus  de  la  clavicule 
et  en  arrière  du  sterno  ; enfin,  deux  autres  plus  petites  : l’une  au-dessus 
de  la  masse  la  plus  volumineuse,  l’autre  dans  la  région  sous-occipi- 
tale. La  peau  présente,  au-dessus  de  ces  diverses  lumeurs,  surtout  sur 
la  partie  latérale  du  cou,  une  série  de  bosselures,  correspondant  à 
chacune  d’elles. 

A la  palpation,  on  ne  trouve  pas  d’autres  ganglions.  La  masse  prin- 


— 235  — 

cipale  a des  contours  arrondis,  et  il  est  impossible  d’y  distinguer  les 
différents  ganglions  qui  ont  dû  se  fusionner  pour  la  constituer.  Il  en 
est  de  même  pour  les  autres,  notamment  pour  celle  qui  a les  dimen- 
sions les  plus  considérables  après  celle-ci. 

Tous  ces  ganglions  sont  légèrement  douloureux  à la  pression,  sur- 
tout celui  de  la  région  sous-occipitale. 

Leur  consistance  est  un  peu  molle,  mais  on  ne  constate  de  fluctua- 
tion en  aucun  point.  La  masse  la  plus  dure  est  celle  qui  est  la  plus 
volumineuse. 

La  peau  n’est  adhérente  en  aucun  point,  sauf  au  niveau  des  cica- 
trices; elle  n’est  plus  enflammée. 

Les  masses  ganglionnaires  sont  assez  peu  mobiles  sur  les  plans  pro- 
fonds, principalement  les  masses  supérieures. 

Quelques  douleurs  spontanées  de  loin  en  loin. 

Dans  les  autres  régions,  rien  de  particulier  à noter,  au  point  de  vue 

» 

des  ganglions. 

L’état  général  est  excellent.  L’appétit  très  bon. 

Rien  du  côté  de  l’appareil  respiratoire. 

Traitement  et  résultats  du  traitement.  — Le  14  mai,  la  malade  est 
soumise  à une  application  directe  de  haute  fréquence,  une  plaque 
d’étain  recouvrant  les  masses  ganglionnaires  (200  milliampères,  cinq 
minutes).  A la  suite  de  cette  application,  la  malade  a éprouvé  un  cer- 
tain endolorissement  de  la  région.  D’ailleurs,  la  plaque,  à cause  des 
bosselures  de  la  peau,  était  assez  mal  appliquée. 

À dater  du  16  mai,  le  traitement  consiste  en  séances  d’effluve  de 
haute  fréquence;  séances  dont  la  durée  varie  de  cinq  à dix  minutes, 
et  qui  sont  répétées  trois  fois  par  semaine.  Un  pinceau  de  fils  métal- 
liques fins,  relié  au  résonateur  Oudin  (premier  modèle),  est  promené 
au-devant  des  parties  malades.  On  tire,  de  temps  en  temps,  quelques 
étincelles. 

Le  25  mai,  la  peau  est  moins  tendue  sur  les  masses  sous-jacentes  : 
les  bosselures  sont  moins  apparentes.  En  outre  , à la  palpation,  la 
masse  principale  paraît  bilobée;  les  autres  paraissent  quelque  peu 
diminuées. 

Du  1er  au  7 juin,  interruption  du  traitement. 

Le  7,  reprise  du  traitement. 

Le  12  juin,  les  bosselures  des  téguments  sont  beaucoup  moins  appa- 
rentes; les  différentes  masses  ganglionnaires  sont  très  nettement 


diminuées  de  volume.  La  masse  principale  paraît  divisée  en  trois  ou 
quatre  plus  petites;  celle  qui  avait  le  volume  d’une  noix  est  mainte- 
nant bilobée  et  notablement  diminuée. 

La  pression  n’est  presque  plus  douloureuse,  sauf  pour  le  ganglion 
sous-occipital.  Enfin,  les  masses  principales  peuvent  être  déplacées 
plus  facilement  qu’avant  le  traitement  sur  les  plans  sous-jacents. 

Dans  la  suite,  l’amélioration  s’accentue  progressivement. 

Le  1 9 juillet,  les  deux  masses  principales  sont  extrêmement  rédui- 
tes, les  autres  s >nt  à peine  appréciables,  les  plus  volumineuses  ayant 
les  dimensions  d'un  petit  pois.  Le  ganglion  sous-occipital  n’est  plus 
douloureux. 

La  malade  quitte  l’hôpital.  Elle  n’a  pas  été  revue.  Nombre  total  de 
séances  d’effluve  : 20. 

Le  diagnostic  d’adénite  tuberculeuse  n’est  guère  discutable 
dans  ce  cas;  l’amélioration  a été  très  nette  et  caractérisée  par 
la  diminution  considérable  et  assez  rapide  îles  masses  ganglion- 
naires. Nous  regrettons  vivement  de  n’avoir  pu  revoir  cette 
malade,  afin  de  donner  le  résultat  définitif. 

Obs.  III.  — Diaphysite  tuberculeuse  de  Chumtvus.  — Amelioration. 

C...  (Jeanne),  vingt  et  un  ans,  modiste. 

Ant'' cèdent  s héréditaires.  — Rien  à signaler. 

Antécédents  personnels.  — A onze  ans,  la  malade  est  entrée  à l’hôpi- 
tal pour  une  coxalgie  gauche.  Elle  a été  traitée,  après  redressement, 
par  l’immobilisation.  La  guérison  aété  obtenue  avec  ankylosé  complète. 
Elle  nous  dit  avoir  présenté  pendant  son  séjour  à l’hôpital  une  tumé- 
faction considérable  à la  face  interne  et  au  tiers  supérieur  du  bras 
droit.  Il  s’était  formé  un  abcès  qui  fut  incisé  et  suppura  abondam- 
ment pendant  plusieurs  jours.  On  voit,  en  effet,  à l’endroit  indiqué,  la 
cicatrice  de  l’incision. 

Les  règles  ont  apparu  à quatorze  ans,  sans  jamais  présenter  rien 
de  particulier. 

Histoire  de  la  maladie  a "tuelle.  — A partir  de  1898,  la  malade  a com- 
mencé à souffrir  du  bras  droit,  surtout  pendant  l’hiver.  Elle  ne  s’est 
pas  préoccupée  d’abord  de  cette  douleur,  qu’elle  attribuait  à la  fatigue 
occasionnée  par  la  couture.  Vers  le  mois  de  mai  1899  est  apparue  une 


— 237  — 


légère  tuméfaction  de  l’extrémité  inférieure  du  bras,  accompagnée 
de  douleurs  qui,  pendant  la  nuit,  étaient  assez  vives  pour  réveiller  la 
malade.  Dans  la  suite,  cette  tuméfaction  a progressivement  augmenté. 
Durant  l’hiver  de  1900,  les  douleurs  devenant  de  plus  en  plus  inquié- 
tantes, la  malade  s’est  décidée  à voir  un  médecin,  qui  lui  a proposé 
une  intervention  chirurgicale,  à laquelle  elle  s’est  refusée.  Enfin,  le 
1er  juin,  la  malade  se  présente  aux  consultations  externes  de  chirurgie 
de  M.  le  professeur  agrégé  L.  Imbert. 

Etal  de  la  malade  le  1er  juin  1900.  — On  constate  sur  le  bras  droit 
une  tuméfaction  considérable,  surtout  apparente  à 5 ou  6 centimètres 
au-dessus  du  coude  et  à la  région  postéro-externe.  La  peau  ne  pré- 
sente pas  d’altération.  Au  toucher,  on  trouve  une  tuméfaction  dure, 
adhérente,  et  qüi  remonte  de  2 ou  3 centimètres  au-dessus  de  l'olé- 
crane, jusqu’à  12  centimètres  environ  le  long  de  l’humérus  ; elle  con- 
tourne la  face  postéro-externe  de  l’os  et  mesure  en  largeur  de  5 à 
6 centimètres.  On  sent  la  moitié  de  l’humérus  très  élargie  et  renflée 
en  massue.  Au-dessus  de  ces  limites,  qui  correspondent  à la  tumé- 
faction apparente  à la  vue,  on  trouve  les  contours  de  l’os  très  épaissis 
jusqu’à  sa  partie  supérieure.  Les  parties  molles  peuvent  facilement 
glisser  au-devant  de  cette  masse  dure.  On  constate,  en  outre,  en  dehors 
du  bord  externe  du  biceps,  à l’union  du  tiers  inférieur  du  bras  avec  le 
tiers  moyen,  une  petite  tumeur  à contours  irréguliers,  du  volume  d’une 
petite  noix,  que  l’on  peut  aisément  déplacer  sur  les  plans  sous-jacents 
et  sur  laquelle  la  peau  est  parfaitement  mobile  (peut-être  un  ganglion 
de  siège  anormal). 

Périmètre  maximum  de  la  tuméfaction  (bras  droit)  = 21  cent.  5. 
Périmètre  du  côté  sain  (bras  gauche),  au  même  niveau,  = 19  centi- 
mètres. 

Depuis  quelque  temps  déjà  la  malade  ne  se  plaint  plus  de  douleurs 
spontanées,  ni  la  nuit,  ni  le  jour.  La  pression  est  encore  doulou- 
reuse. 

Le  membre  supérieur  droit  est  beaucoup  plus  faible  que  le  gauche. 
Il  est  facile  de  s’en  rendre  compte  en  faisant  opposition  aux  mouve- 
ments des  deux  côtés.  L’extension  de  l’avant-bras  sur  le  bras  est  limi- 
tée. Dans  la  position  extrême  qu’il  peut  atteindre,  l’avant-bras  arrive 
à se  fléchir  de  25°.  La  malade  a été  obligée  d’abandonner  son  travail. 

Elle  est  adressée  par  M.  le  professeur  agrégé  L.  Imbert,  au  service 
d’électrothérapie  de  l’hôpital  suburbain  de  Montpellier,  le  lorjui,n 
1900. 


— 238  — 


A cette  date,  on  fait  une  radiographie  de  l’humérus  malade  et  de 
l'humérus  sain.  L’examen  du  cliché  fournit  les  renseignements  sui- 
vants : 

L’ombre  de  l’os  du  côté  droit  ne  présente  pas  son  aspect  normal. 
Quoique  l’épreuve  obtenue  soit  très  nette,  on  ne  distingue  pas  trace 
de  canal  médullaire. 

La  transparence  générale  de  l’os  est  donc  modifiée  sur  toute  son 
étendue.  Les  contours  de  l’ombre,  surtout  dans  la  partie  qui  corres- 
pond à la  projection  de  la  face  postérieure  de  l’humérus,  présentent 
des  ondulations  irrégulières.  L’épaisseur  de  la  diaphyse  paraît  aug- 
mentée, principalement  à l’union  du  tiers  inférieur  avec  le  tiers 
moyen.  Dans  la  région  médiane,  on  observe  de  loin  en  loin,  surtout 
sur  le  tiers  inférieur,  des  taches  sombres  qui  correspondent  à des 
altérations  osseuses  manifestes.  Une  de  ces  taches  attire  surtout 
l’attention.  Elle  siège  à quatre  centimètres  environ  de  l’extrémité 
inférieure  de  l’humérus  ; elle  a une  forme  elliptique  et  mesure  en  hau- 
teur trois  centimètres,  en  largeur  1 cent.  5.  Sa  transparence  n’est 
pas  la  même  sur  toute  son  étendue. 

Du  côté  de  l’appareil  respiratoire,  rien  d’anormal. 

Traitement  et  résultat  du  traitement.  — La  malade  est  soumise,  à 
partir  du  l*r  juin  1900,  à des  séances  d’effluve  et  d’étincelles  de 
haute  fréquence.  Un  excitateur,  constitué  par  un  pinceau  de  fils  mé- 
talliques fins,  relié  au  résonateur  Oudin  (premier  modèle)  est  promené, 
à une  faible  distance  des  téguments,  sur  toute  l’étendue  de  la  lésion. 
La  région  se  trouve  ainsi  soumise  à l’action  de  l’effluve.  A la  fin  de 
chaque  séance,  la  peau  est,  en  outre,  criblée  de  petites  étincelles 
qui  provoquent  une  révulsion  intense.  Les  séances  sont  renouvelées 
trois  fois  par  semaine  et  durent  généralement  dix  minutes. 

Le  20  juin,  on  constate  que  la  tuméfaction  a diminué.  Dans  la  suite, 
l’amélioration  progresse  peu  à peu.  Le  2 juillet,  le  périmètre  maxi- 
mum n’est  plus  que  de  19  cm.  5 au  niveau  de  la  tuméfaction, qui  est 
moins  dure.  En  outre,  la  petite  tumeur  qu’on  sentait  sur  la  face 
externe  du  bras  paraît  avoir  diminué. 

Les  mouvements  de  flexion  sont  presque  aussi  étendus  du  côté  ma- 
lade que  du  côté  sain. 

Le  27  juillet,  la  malade  quitte  le  service  d’électrothérapie. 

Le  périmètre  du  bras  est  sensiblement  le  même  à droite  et  à gau- 
che (19  centimètres). 


239  — 


Une  deuxième  radiographie  de  l’humérus  est  faite,  avant  le  dépar^ 
de  la  malade.  Cette  nouvelle  épreuve  fournit  les  mêmes  indications 
que  la  première  sur  la  transparence  générale  et  les  contours  de  l’os. 
On  constate  cependant  que  les  petites  taches  sombres  ont  beaucoup 
diminué.  La  tache  la  plus  grande  décrite  précédemment,  et  qui  siège 
à quatre  centimètres  environ  de  l'extrémité  inférieure  de  l’humérus, 
se  détache  beaucoup  moins  des  parties  voisines.  Ses  limites  se  sont 
rétrécies,  et  sa  transparence,  sauf  sur  une  petite  région  des  dimen- 
sions d’une  lentille,  tend  à se  rapprocher  de  celles  du  reste  de  l’os. 

Nombre  total  d’applications  de  H.  F.  = 19. 

La  malade  fait  alors  une  saison  de  bains  de  mer.  Elle  reprend  en- 
suite son  travail  et  passe  l'hiver  sans  souffrir  de  son  bras. 

En  janvier,  .un  petit  séquestre  du  volume  d’un  pois  chiche  est  éli- 
miné au  niveau  même  de  la  tuméfaction,  et  huit  ou  dix  jours  après 
un  deuxième  séquestre  tout  petit  est  également  éliminé  au  niveau  de 
la  cicatrice  du  premier  abcès  (Voir  l’histoire  de  la  malade).  Nous 
n’avons  pu  recueillir  sur  ce  point  aucun  renseignement  précis. 

En  juin  1901,  nous  revoyons  la  malade.  Elle  a repris  son  travail  et 
n’a,  dans  la  suite,  jamais  été  obligée  de  l’abandonner.  Son  état  général 
est  excellent.  Les  mouvements  de  flexion  et  d’extension  de  l’avant- 
bras  sur  le  bras  sont  normaux. 

Le  périmètre  du  bras  est  le  même  à droite  et  à gauche,  au  même 
niveau  ; il  mesure  vingt  centimètres  environ. 

La  peau  et  les  parties  molles  ne  présentent  rien  de  particulier. 

A la  palpation,  on  trouve  encore  un  certain  épaississement  de 
l’humérus.  La  pression,  sur  les  points  correspondants,  ne  provoque 
pas  de  douleur. 

Enfin,  on  fait  une  troisième  radiographie. 

La  transparence  de  l’os  est  plus  uniforme  que  dans  les  deux  épreu- 
ves précédentes.  Les  contours  présentent  encore  des  ondulations, 
mais  les  lignes  en  sont  plus  nettes.  Des  taches  sombres  qui  siégeaient 
surtout  dans  le  tiers  inférieur,  il  ne  reste  plus  qu’une  légère  traînée 
extrêmement  rétrécie  et  dont  la  transparence  est  à peine  différente 
de  celle  des  parties  voisines. 

Cetle  observation  est  moins  démonstrative  que  les  deux 
précédentes.  Il  est  incontestable  cependant  que  le  traitement 
institué  a provoqué  une  amélioration  réelle,  ainsi  que  cela 


— 240  — 


résulte  surtout  des  symptômes  fonctionnels  et  aussi  des  ren- 
seignements fournis  par  les  radiographies  faites  à des  épo- 
ques différentes. 

En  dehors  des  trois  cas  que  nous  venons  de  rapporter, 
nous  avons  également  observé'  trois  malades  atteints  l’un 
d’arthrite  tuberculeuse  du  cou-de-pied , les  deux  autres 
d’ostéo-arlhrite  tuberculeuse  du  poignet  et  du  carpe.  Les 
résultats  obtenus  chez  ces  malades  ont  été  comparables, 
pendant  toute  la  durée  du  traitement,  k ceux  que  nous  avons 
déjà  exposés.  Mais  celui-ci  ayant  été  interrompu  hâtivement 
et  les  malades  n’ayant  pas  été  revus(l),  nous  ne  publions  pas 
leursobservations,  moins  démonstratives,  par  suite  des  circon- 
stances, mais  cependant  très  encourageantes. 

On  peut  encore  rapprocher  de  ces  faits  l’observation  d’hy- 
darlhrose  tuberculeuse,  que  nous  publions  dans  le  chapitre 
consacré  aux  lésions  articulaires. 

Les  divers  procédés  de  traitement  des  tuberculoses  chirur- 
gicales ne  donnent  pas  tous  des  résultats  aussi  brillants. 

Nous  ne  voulons  certes  pas  conclure  que  la  haute  fré- 
quence doit  être  appliquée  à tous  les  cas  de  ce  genre.  Nous 
estimons  seulement  que  notre  statistique,  alors  même  qu’on 
ne  retiendrait  que  les  trois  faits  que  nous  avons  relatés  en 
détail  dans  ce  chapitre  et  l’observation  d’hydarthrose  que  nous 
publions  dans  la  suite  de  ce  travail,  si  elle  ne  suffit  pas  à 
légitimer  une  opinion  définitive,  doit  cependant  engager  les 
chirurgiens  à essayer  cette  nouvelle  forme  de  l’énergie  élec- 
trique. 

(1)  Nous  avons  eu  cependant  des  nouvelles  de  l'un  de  ces  malades,  celui  qui 
était  soigné  pour  une  arthrite  tuberculeuse  du  cou-de-pied.  11  écrivait,  deux 
mois  après  la  suspension  du  traitement,  qu  il  pouvait  marcher  facilement  et 
qu’il  ne  souffrait  presque  plus  de  son  articulation.  Au  début  du  traitement,  la 
marche  était  très  difficile,  le  malade  ne  pouvait  pas  appuyer  le  pied  malade. 
L’atrophie  musculaire  était  considérable  à la  jambe. 


— 241  — 

Ce  qui  nous  a le  plus  particulièrement  frappé,  dans  l’évo- 
lution des  cas  que  nous  avons  observés,  c’est  l’amélioration 
progressive  et  rapide  des  symptômes  fonctionnels  : impotence, 
douleur,  etc.  Il  nous  paraît  donc  qu’il  y aurait  lieu  d’em- 
ployer la  haute  fréquence  pour  combattre  ces  atrophies  mus- 
culaires, si  prononcées  et  si  gênantes  parfois,  qui  sont  la 
conséquence  des  lésions  articulaires,  en  général,  et  des  tuber- 
culoses osseuses  en  particulier  (1). 

Infections  blennorragiques 

L’action  des  courants  de  haute  fréquence  dans  la  blennor- 
ragie et  ses  complications  a été  spécialement  étudiée  par 
Sudnik  (2)  et  Doumer  (3),  au  moyen  d’une  technique  diffé- 
rente. 


Blennorragie  et  ses  complications 

/ 

Technique.  — Pour  le  traitement  de  l’uréthrite  ou  de 
l’orchite,  Sudnik  a eu  parfois  recours  à un  enveloppement 
ouaté  humide  de  la  verge  ou  des  bourses  ; la  ouate  était 
entourée  d’une  lame  d’étain  réunie  à une  extrémité  du  solé- 
noïde  de  H.  F;  mais  le  procédé  qu’il  a le  plus  employé  est 
celui  qu’il  appelle  « procédé  du  bain  ».  Ce  dernier  consiste  à 
plonger  la  verge  ou  les  bourses  dans  un  récipient  à parois  de 
verre  et  à fond  métallique,  rempli  d’une  solution  d'acide 


(1)  Les  résultats  relatifs  à la  tuberculose  cutanée  seront  exposés,  dans  le 
chapitre  XI  consacré  aux  maladies  de  la  peau. 

(2)  R.  Sudnik,  Action  thérapeutique  locale  des  courants  de  haute  fréquence 
( Annales  d'électroiiol.,  mai-juin  1899).  — {Résista  de  la  Sociedad  medica 
Arrjentïna , nos  28  (1897)  et  29  (1898). — Emploi  de  l'électricité  dans  les  affections 
fébriles  et  inflammatoires  locales  {Annales  d’électroiiol. , septembre-octobre  1900). 

(3)  Doumer,  De  l'emploi  des  courants  de  haute  fréquence  de  haute  tension  dans 
le  traitement  de  la  blennorragie  et  de  ses  complications  les  plus  habituelles. 
(Congrès  international  d’électrologie  et  de  radiologie  médicales,  Paris  1900, 
séance  du  27  juillet). 


18 


- 242  - 


borique.  Le  fond  du  récipient  est  relié  à une  extrémité  du 
soléno'ide,  dont  l’autre  extrémité  est  réunie  à un  excitateur 
en  charbon  placé  sur  le  périnée.  Lorsqu'il  y a de  l’hypertrophie 
de  la  prostate,  cette  électrode  en  charbon  est  remplacée  par 
l’électrode  condensateur  Oudin,  introduite  dans  le  rectum. 
Pour  le  traitement  de  la  vaginite  blennorragique,  un  tampon 
de  coton  stérilisé  mouillé  est  placé  dans  le  vagin  et  réuni  à 
une  extrémité  du  solénoïde,  l’autre  extrémité  étant  reliée  à 
une  plaque  moulée  sur  le  ventre. 

Sudnik  signale  l’influence  de  l’intensité  du  courant  utilisé 
sur  le  résultat  antiphlogistique  obtenu.  Dans  certains  cas,  il 
a pu  constater  que  des  applications  de  100  ma.,  restaient 
sans  effet, alors  que  des  applications  de  300  et  400  ma.  produi- 
saient une  amélioration  manifeste. 

La  méthode  qu’a  employée  Doumer  est  un  peu  différente  de 
la  précédente,  puisqu’il  a traité  ses  malades  par  l’effluve,  au 
moyen  du  résonateur  Oudin. 

« Dans  certains  cas,  le  pôle  de  cet  appareil  était  relié  à 
l’eau  d’un  bain  tiède  où  plongeait  tout  simplement  la  verge; 
dans  d’autres,  je  me  contentais  de  promener  sur  la  face  ven- 
trale de  la  verge  fortement  relevée  contre  la  paroi  abdominale, 
l’effluve  fourni  par  cet  appareil  (résonateur  Oudin);  enfin, 
dans  d’autres  cas,  et  ce  sont  les  plus  nombreux,  je  promenais 
directement  sur  la  peau  de  la  face  ventrale  de  la  verge  rele- 
vée  comme  plus  haut,  un  tampon  d’ouate  relié  métalliquement 
au  pôle  du  résonateur  et  bien  mouillé.  Les  applications  avaient 
une  durée  de  dix  minutes  et  étaient  renouvelées  tous  les  jours. 
Le  résonateur  élait  actionné  de  façon  à donner  un  effluve 
de  10  à 12  centimètres. 

Résultats. — Par  ces  différents  procédés,  Sudnik  et  Doumer 
déclarent  l’un  et  l’autre  avoir  obtenu  d’excellents  résultats. 

Ce  dernier  résume  ainsi  les  faits  qu’il  a observés:  « Les 


— 243  — 

courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension  ont  une  action 
très  rapide  sur  les  phénomènes  douloureux  de  l’infection  gono- 
coccique, moins  rapide,  mais  cependant  très  marquée  sur  les 
phénomènes  inflammatoires  et  sur  l’écoulement.  Ils  agissent 
bien,  surtout  lorsque  l’urètre  antérieur  seul  est  atteint  ; lorsque 
les  deux  le  sont,  leur  action,  s’exerçant  surtout  sur  l’urètre 
antérieur,  sera  variable  et  dépendra  de  l’importance  relative 
de  l’inflammation  de  la  portion  antérieure.  » 

Doumer  ajoute  que  les  applications  de  haute  fréquence,  telles 
qu’elles  ont  été  décrites  plus  haut,  sont  plus  efficaces  dans 
les  orchites  aiguës  que  dans  les  orchites  chroniques,  et  insuffi- 
santes dans  la  prostatite  et  la  cystite.  Dans  ces  derniers  cas, 
c’est  à des  applications  intra-rectales  qu’il  faut  avoir  recours, 
suivant  le  procédé  qu’il  a indiqué  à propos  de  la  fissure  sphinc- 
téralgique  (1). 

Voici,  entre  autres,  à titre  documentaire,  quelques  obser- 
vations empruntées  à Sudnik  : 


Ods.  I.  — Urétrite  blennorragique  (Obs.  publiée  par  Sudnik.  Annales  d'électro- 
biologie, mai- juin  1899).  Résumée 

N.  N.,  cinquante  et  un  an,  commerçant.  Est  venu  me  voir  le  11  dé- 
cembre. Le  membre  est  un  peu  gonflé,  le  gland, très  enflammé,  présente 
une  coloration  rouge.  L’écoulement  est  blanc,  peu  épais,  et  tellement 
abondant  qu’on  le  voit  sourdre  goutte  à goutte.  Il  y a de  la  douleur 
à la  pression,  surtout  dans  la  partie  postérieure  de  l’urètre.  L’émis- 
sion de  l’urine  et  les  érections  sont  très  douloureuses.  Selon  ce  ma- 
lade, l’affection  est  apparue  quatre  jours  après  un  coït  et  date  de  sept 
jours.  L’épreuve  des  verres  montre  du  pus  dans  les  trois  mictions,  et 
par  le  repos  on  reconnaît  que  la  quantité  de  grumeaux  muco-puru- 
lentsest  égale  daus  chaque  verre  ; il  s’agit  donc  d’une  urétrite  ayant 
envahi  tout  le  canal  L’examen  microscopique  pratiquée  au  labora- 
toire de  physiologie  expérimentale  démontre  l’existence  de  cellules 
épithéliales,  globules  de  pus,  diplocoques  et  staphylocoques,  mais  on 
n’a  pas  trouvé  de  gonocoques. 


(1)  Yoy.  Maladies  de  l’appareil  digestif. 


— 244  — 


Traitement  par  les  courants  de  H.  F.  par  le  procédé  du  bain. 

Le  lendemain,  il  y a une  grande  amélioration  de  tous  les  symp- 
tômes. Les  13,  14,  16  et  17,  même  application.  L’amélioration  de 
tous  les  symptômes  s’accentue  régulièrement.  Le  14,  l’épreuve  des 
deux  verres  a démontré  la  localisation  de  la  maladie  à l’urètre  an- 
térieur et,  le  1 1 , le  malade  se  considérant  guéri,  cesse  de  venir. 

Obs.  II.  — Vaginite  blennorragique  (Obs.  publiée  parSudnik,  An- 
nales d’ électrobiologie,  mais-juin  1899).  — X.  X.,  modiste,  vingt-huit 
ans,  soignée  dans  mon  service  pour  une  autre  affection,  attire  l’atten- 
tion sur  un  écoulement  vaginal  accompagné  de  sensation  de  brûlure 

Le  23  octobre,  l'examen  au  spéculum,  assez  douloureux,  démontre 
que  la  lésion  est  limitée  au  vagin,  dont  la  muqueuse  est  rouge  et  cou- 
verte d’un  pus  jaunâtre  et  épais,  où  l’on  trouve  des  gonocoques,  beau- 
coup de  microorganisraes,  des  cellules  épithéliales,  des  globules  de 
pus  et  un  grand  nombre  de  bâtonnets.  Application  d un  excitateur 
Oudin  dans  le  vagin  ; les  24,  25,  26,  27  et  28  octobre,  mêmes  appli- 
cations. Dès  la  troisième,  la  muqueuse  est  moins  rouge,  il  n’y  a pas  de 
gonocoques  do  Neisser,  mais  d'autres  microbes.  A la  fin,  la  muqueuse 
a repris  la  coloration  normale.  Le  4 novembre,  nouvel  examen  micro- 
scopique confirmant  l’absence  de  gonocoques,  et,  le  20  novembre,  un 
nouvel  examen  moutre  les  organes  dans  leur  état  normal. 

Obs.  III.  — Orchite  (Obs.  publiée  par  Sudnik,  Annales  d’électrobio- 
logie, mai-juin  1899.)  — N.  N.,  vingt-huit  ans.  Le  22  décembre 
1896,  cinq  jours  après  un  coït,  sensation  de  tension  da  is  le  testicule 
droit;  a continué  à marcher.  La  tension  s’est  transformée  en  douleur 
et  le  testicule  s’est  enflé.  Je  le  vois  le  24  et  je  trouve  une  augmen- 
tation de  volume  de  l’épididyme  et  du  cordon  spermatique,  œdème  et 
rougeur  du  scrotum,  douleur  spontanée  et  à la  pression.  Application 
locale  de  courant  de  haute  fréquence;  après  la  première  séance, 
diminution  de  la  douleur  spontanée.  Le  malade  passe  une  bonne  nuit. 
Après  la  seconde  application,  le  gonflement  et  la  douleur  à la  pression 
ont  commencé  à diminuer  graduellement,  et,  le  4 janvier,  il  était  com- 
plètement guéri,  en  gardant  seulement  une  petite  induration  de  l’épi - 
didyme. 

Rhumatisme  blennorragique 

Nous  avons  soumis  à un  traitement  par  les  hautes  fré- 
quences quelques  malades  atteints  de  rhumatisme  blennor- 
ragique. 


— 245  — 


Dans  un  cas  de  rhumatisme  mono-articulaire  (épaule)  traité 
jusque-là  par  différents  moyens,  sans  amélioration  bien  nette, 
nous  avons  obtenu,  au  moyen  de  frictions  pratiquées  pendant 
dix  minutes,  avec  l’électrode  condensateur  Oudin,  une  dimi- 
nution rapide  des  phénomènes  douloureux  (1)  et  progressive- 
ment leur  disparition  complète,  ainsi  que  la  restauration  des 
mouvements,  extrêmement  limités,  au  début  du  traitement. 
Le  malade  quitta  l’hôpital,  à peu  près  guéri,  après  treize 
séances  d’électrisation  (2). 

Chez  une  autre  malade  présentant  au  contraire  du  rhuma- 
tisme blennorragique  polyarticulaire  et  chez  laquelle  l’arti- 
culation du  poignet  et  les  articulations  des  doigts  étaient  par- 
ticulièrement atteintes  (3),  l’autoconduction  qui  fut  appliquée 
à plusieurs  reprises  amenait  toujours  une  diminution  nette  de 
la  douleur  dans  les  autres  articulations  et  une  amélioration 
dans  l’état  général,  mais  les  douleurs  et  les  mouvements  du 
poignet  et  des  doigts  n’étaient  améliorés  que  si  l’on  employait 
localement  l’effluve,  la  friction  ou  bien  les  applications  directes. 

Nous  croyons  les  courants  de  haute  fréquence  susceptibles 
de  rendre  des  services  dans  le  traitement  du  rhumatisme 
blennorragique,  soit  contre  la  douleur,  soit  contre  les  trou- 
bles trophiques,  et,  en  particulier,  l’atrophie  musculaire  (4) 
qui  compliquent  généralement  l’arthrite. 

(1)  A la  suite  de  la  première  application  de  H.  F.,  le  malade,  que  les  dou- 
leurs dans  l 'épaule  empêchaient  de  dormir,  put  passer  une  excellente  nuit. 

(2)  Le  malade,  revu  deux  ans  après  sa  sortie  de  l’hôpital,  n’avait  éprouvé 
qu’une  seule  fois,  par  un  temps  très  humide,  une  légère  douleur  dans  l'épaule 
malade. 

(3j  Ces  régions  présentaient  de  la  tuméfaction,  des  troubles  trophiques,  etc. 
On  percevait  des  craquements  dans  le  poignet.  Les  mouvements  de  la  main  et 
des  doigts  étaient  à peu  près  supprimés. 

(4)  Voy.  chapitre  VI 11  appareil  articulaire. 


CHAPITRE  IV 


Appareil  respiratoire 

Dans  le  chapitre  précédent,  nous  avons  exposé  en  détail 
les  applications  des  hautes  fréquences  au  traitement  de  la 
tuberculose  pulmonaire.  Il  nous  reste  à signaler  l’utilisation 
de  l’effluve  dans  quelques  autres  affections  thoraciques,  « vieux 
exsudats  pleuraux,  pleurésies  anciennes,  adhérences  doulou- 
reuses ou  gênant  l’amplitude  des  mouvements  respiratoires  », 
affections  dans  lesquelles,  d’après  Oudin,  « l’action  mécanique 
de  l’effluve  sur  la  circulation  suffît  à,  expliquer  l’amélioration 
rapide  que  donne  une  effluvation  énergique  de  la  région.  » 

PARALYSIES  LARYNGEES 

Nous  avons  observé,  en  collaboration  avec  M.  le  professeur 
agrégé  Mouret,  deux  malades  atteints  d’aphonie  par  paralysie 
du  récurrent  droit.  Les  divers  traitements  essayés  chez  ces 
malades,  et  notamment  la  galvanisation  et  la  faradisation 
n’avaient  produit  que  îles  améliorations  légères,  lorsque  nous 
avons  eu  recours  aux  courants  de  haute  fréquence. 

Les  observations  que  nous  avons  recueillies,  surtout  l’ob- 
servation II,  montrent  bien  que  les  hautes  fréquences  et  prin- 
cipalement l’effluve  ou  les  étincelles  de  résonance  peuvent 
rendre  de  réels  services  dans  des  cas  particulièrement  graves. 

observations 

(Recueillies  en  collaboration  avec  M.  le  professeur  agrégé  Mouret) 

Obs.  1.  — Paralysie  du  récurrent  droit. 

Ch...  (Louise),  quarante-trois  ans. 

Rien  à noter  dans  les  antécédents  héréditaires  ou  personnels. 


— 247  — 

Histoire  de  la  maladie  actuelle.  — Dans  le  courant  de  mars  1898 
la  malade  s’enrhume;  elle . tousse  d'abord  quelque  peu,  puis  est 
enrouée,  souffre  de  la  gorge  et  devient  aphone.  Elle  déclare  qu  elle 
s’était  aperçue,  depuis  quatre  ans  environ,  que  son  cou  augmentait 
de  volume,  mais  qu'elle  ne  s’en  était  pas  inquiétée.  Quant  à son  apho- 
nie, elle  n’a  consulté  un  médecin  à son  sujet  que  plus  d’un  an  après 
le  début,  au  mois  de  juillet  1899.  Elle  a été  alors  traitée  par  des  pulvé- 
risations et  par  des  badigeonnages  au  chlorure  de  zinc  qui  ont  été 
continués  pendant  dix  mois  sans  résultat.  Plus  tard,  en  juin  1900,  elle 
est  soumise  à des  séances  de  faradisation  percutanée  qui  sont  pour- 
suivies durant  un  mois  et  n'amènent  aucune  amélioration.  Elle  ne  suit, 
après  cela,  aucun  traitement  jusqu’au  31  octobre  1900,  date  à laquelle 
elle  vient  consulter  M.  le  professeur  agrégé  Mouret. 

État  de  la  malade  le  3/  octobre  1900.  — La  voix  est  très  altérée  ; la 
malade  ne  peut  parler  qu’à  voix  très  basse.  Au  laryngoscope,  on  ne 
constate  rien  de  particulier  comme  lésion  de  la  muqueuse.  La  corde 
vocale  droite  est  en  position  cadavérique. 

Le  cou  paraît  élargi  ; on  trouve  un  goitre  plongeant  en  arrière  et 
qui  paraît  surtout  développé  aux  dépens  du  lobe  droit  du  corps 
thyroïde. 

La  malade  prend,  pendant  quelque  temps,  1 gramme  d iodure  de 
sodium  et  0 gr.  50  de  bromure  par  jour. 

9 novembre.  — La  voix  n’est  pas  modifiée.  Au  laryngoscope, 
l'aryténoïde  droit  est  mobile  ; la  corde  vocale  est  toujours  en  posi- 
tion cadavérique. 

Le  29,  état  stationnaire;  le  goitre  paraît  moins  dur,  mais  il  a 
toujours  le  même  volume. 

5 décembre.  — La  malade  est  adressée,  par  M.  le  professeur 
agrégé  Mouret,  au  service  d’électrothérapie  de  l’hôpital  suburbain  de 
Montpellier.  Ede  est  traitée  trois  fois  par  semaine  par  lagalvanisation, 
pendant  dix  minutes.  Une  large  plaque,  reliée  au  pôle  positif,  embrasse 
la  partie  antérieure  du  cou  ; une  autre  électrode,  reliée  au  pôle  néga- 
tif, est  placée  à la  partie  supérieure  du  dos.  L’intensité  employée  est 
de  10  milliampères. 

Le  20,  après  six  séances  de  galvanisation,  le  goître  paraît  légè- 
rement diminué  ; le  laryngoscope  ne  montre  aucune  modification  ; 
mais  la  malade  se  plaint  de  troubles  cardiaques:  tachycardie  exagé- 
rée, palpitations,  troubles  qu’elle  n’avait  jamais  ressentis  auparavant. 


— 248  — 


I raitembnt  par  la  H.  F.  — La  galvanisation  est  supprimée  et 
remplacée  par  des  applications  directes  de  liaute  fréquence.  Deux 
plaques  d'étain,  reliées  chacune  à l’une  des  extrémités  du  solénoïde  de 
l’appareil  producteur,  sont  placées  l’une  sur  la  partie  antérieure  du 
cou,  à droite,  l’autre  à la  partie  supérieure  du  dos.  L’intensité 
employée  est  de  400  à 500  milliampères  et  la  durée  des  séances  de 
dix  minutes. 

Le  23,  les  troubles  dont  le  malade  se  plaignait  à la  suite  des 
séances  de  galvanisation  et  qu’elle  avait  éprouvés  pendant  une  dizaine 
de  jours  sans  en  parler,  se  sont  atténués  dès  que  le  traitement  par 
cette  forme  de  courant  a été  suspendu. 

Le  26,  les  palpitations  ont  complètement  disparu.  La  voix  paraît 
un  peu  plus  forte;  elle  est  cependant  encore  très  voilée.  Le  laryngo- 
scope montre  toujours  la  corde  vocale  droite  en  position  cadavé- 
rique. 

5 janvier.  — En  raison  des  troubles  précédemment  accusés  par 
la  malade,  celle-ci  est  soumise  à l’examen  de  M.  le  professeur  Carrieu, 
qui  ne  trouve  rien  d’anormal  soit  du  côté  de  l’aorte,  soit  du  côté  du 
cœur.  Les  applications  directes  de  haute  fréquence  sont  continuées. 

Le  10,  la  voix  est  meilleure,  moins  voilée. 

Du  10  au  20,  interruption  du  traitement. 

Du  20  au  30,  cinq  séances  à la  suite  desquelles  l’amélioration  de  la 
phonation  s’est  quelque  peu  accentuée. 

Du  31  janvier  au  6 février.  — La  malade,  retenue  chez  elle  par  une 
bronchite,  ne  suit  pas  son  traitement.  Elle  est  devenue  très  enrouée. 
L’amélioration  de  la  phonation  constatée  précédemment  a diminué. 

Le  6,  reprise  du  traitement.  La  malade  parle  mieux  immédia- 
tement après  les  séances,  dans  la  soirée  et  même  le  lendemain 
matin. 

Le  8,  le  13,  le  15  et  le  22,  même  constatation  ; amélioration 
succédant  à l’application  du  traitement  et  se  maintenant  un  certain 
temps. 

1er  mars.  — La  voix  est  meilleure  par  moments,  bien  que  la 
corde  vocale  soit  toujours  complètement  paralysée.  Le  goitre  a un 
peu  diminué.  La  malade  a beaucoup  maigri. 

A dater  du  1er  mars,  les  applications  directes  sont  remplacées  par 
des  applications  locales.  L’eflluve  fourni  par  un  résonateur  Oudin 
(premier  modèle)  est  dirigé  sur  la  face  antérieure  du  cou,  pendant 


— 249 


cinq  à dix  minutes.  A la  fin  de  chaque  séance,  on  tire  quelques  étin- 
celles. On  obtient  ainsi  une  révulsion  assez  intense.  Ce  traitement  est 
suivi  très  régulièrement. 

A la  suite  des  séances,  la  malade  parle  mieux. 

Le  15,  la  malade  déclare  se  trouver  mieux  que  par  le  passé,  au 
point  de  vue  général. 

15  mai.  — La  malade  reprend  son  embonpoint.  L’amélioration 
de  la  phonation  progresse  lentement.  Elle  est  surtout  manifeste  les 
jours  où  le  traitement  est  appliqué.  La  malade  dit  cependant  que 
cette  amélioration  a une  tendance  à se  maintenir  d’une  séance  à 
l’autre.  Au  laryngoscope,  la  corde  vocale  droite  reste  toujours  immo- 
bile; l'aryténoïde  droit  paraît  beaucoup  plus  mobile  qu’autrefois. 

15  juin.  — .L’amélioration  obtenue  se  maintient  d’une  séance  à 
l’autre.  La  malade  se  dit  très  satisfaite  des  effets  du  traitement.  Elle 
déclare  être  moins  sensible  que  par  le  passé  aux  causes  de  refroi- 
dissement, Elle  raconte,  par  exemple,  qu’elle  ne  pouvait  pas  toucher 
l’eau  froide,  pour  les  besoins  de  son  ménage,  sans  augmenter  son 
enrouement;  tandis  qu’elle  peut  se  livrer  maintenant  sans  inconvé- 
nient à ces  occupations. 

10  juillet.  — La  voix,  quoique  toujours  un  peu  voilée,  est  cependant 
assez  forte  pour  que  la  malade  puisse  se  faire  entendre  d’un  bout  à 
l’autre  de  la  pièce  où  elle  suit  son  traitement,  ce  qui  lui  était  absolu- 
ment impossible  au  début. 

Malheureusement  la  malade  ayant  quitté  Montpellier,  à ce  moment-là, 
il  a été  impossible  de  l’examiner  au  laryngoscope. 

Nombre  total  d’applications  directes  de  H.  F.  ==  17. 

— — — d’effluves  de  H.  F.  = 22. 

Obs.  IL  — Paralysie  du  récurrent  droit. 

M.  X...,  vingt-cinq  ans,  employé  de  bureau. 

Antécédents  héréditaires.  — Rien  à signaler. 

Antécédents  personnels.  — Pas  de  maladies  antérieures. 

Histoire  de  la  maladie . — Vers  le  15  octobre  1900,  refroidissement 
à la  suite  duquel  le  malade  tousse  et  est  assez  enroué.  Quelques  jours 
après,  une  semaine  environ,  survient  une  extinction  de  voix,  qui  ne 
s’amende  pas  dans  la  suite,  et  pour  laquelle  il  vient  consulter  M.  le  pro- 
fesseur agrégé  Mouret,  le  5 novembre  1900. 

Ltat  du  malade  le  5 novembre  1900.  — Aphonie  à peu  près  complète. 
Examen  : hypertrophie  de  la  muqueuse  nasale;  gorge  un  peu  rouge; 


— 250  — 


rougeur  diffuse  de  toute  la  muqueuse  du  larynx  ; les  cordes  vocales 
rouges  aussi  sont,  en  outre,  un  peu  épaissies.  Dans  la  phonation,  toute 
la  moitié  droite  du  larynx  se  meut  difficilement.  A l’auscultation,  râles 
de  bronchite.  Le  malade  est  soumis  au  traitement  suivant:  pommade 
au  menthol  dans  le  nez;  pulvérisations  au  benzoate  de  soude  dans  la 
gorge;  badigeonnagesà  la  teinture  d’ïode  sur  la  région  prolaryngienne  ; 
pilules  de  terpine  et  codéine  à l’intérieur. 

26  novembre  1900.  — L’état  congestif  a diminué  ; mais  la  corde 
vocale  droite  est  paralysée  et  reste  en  position  cadavérique. 

Du  20  novembre  à la  fin  décembre  1900,  le  malade  est  soumis  trois 
fois  par  semaine  à des  badigeonnages  de  la  muqueuse  du  larynx,  au 
chlorure  de  zinc  à 1/50*.  On  lui  fait,  en  outre,  des  applications  de  cou- 
rants continus  pendant  six  minutes  (pôle  positif  à la  nu^ue  et  pôle 
négatif  au  devant  du  larynx  ; 1 = 8 milliampères)  et  de  la  faradisation 
percutanée  pendant  deux  à trois  minutes. 

Après  quelques  jours  de  ce  traitement  (fin  décembre),  on  constate 
que  la  corde  vocale  droite  est  fendue  près  de  la  ligne  médiane  dont  elle 
se  rapproche  tout  à fait  pendant  la  phonation,  mais  dont  elle  ne  s'éloigne 
pas  pendant  l’inspiration.  Les  muscles  constricteurs  ont  repris  leurs 
mouvements;  les  muscles  dilatateurs  restent  paralysés. 

Pendant  le  mois  de  janvier  1901,  le  malade  est  soumis  à des  séances 
de  faradisation  endo-laryngée,  répétées  tous  les  trois  jours. 

Le  4 février,  le  malade  déclare  que  ce  traite  ment  le  fatigue  beau- 
coup. A l’examen,  il  semble  que,  pendant  l’inspiration,  la  corde  vocale 
droite  ne  reste  plus  aussi  fortement  tendue  vers  la  ligne  médiane. 

Les  séances  d’électrisation  sont  supprimées  et  on  ordonne  des  pilules 
de  sulfate  de  strychnine  à la  dose  de  2 milligrammes  par  pilule  (trois 
pilules  par  jour). 

Le  20,  l’état  restant  stationnaire,  le  malade  est  adressé  au  service 
d’électrothérapie  de  l’hôpital  Suburbain  de  Montpellier,  pour  y suivre 
un  traitement  par  les  courants  de  haute  fréquence. 

Etat  du  malade  le  20  février  1901  (début  du  traitement  par  la  haute 
fréquence).  — Examen  : la  corde  vocale  droite  est  toujours  en  adduc- 
tion et  la  muqueuse  est  encore  légèrement  enflammée.  La  voix  très 
basse,  cependant  assez  nette  ; mais  le  malade  se  fatigue  très  vite. 
Il  éprouve,  en  outre,  tous  les  matins,  une  sensation  de  sécheresse 
intense  à la  gorge. 

Traitement  par  la  haute  fréquence.  — Du  20  février  jusqu  au 


— 251  — 


6 mars  1901,  le  malade  est  traité  par  les  applications  directes  de  haute 
fréquence:  une  plaque  d'étain  reliée  à l’une  des  extrémités  du  petit 
solénoïde  est  moulée  sur  la  partie  droite  du  cou  et  une  manette  métal- 
lique, reliée  à l’autre  extrémité  du  solénoïde,  est  placée  dans  la  main. 
L’intensité  varie,  au  début,  de  200  à 300  milliampères  et  atteint,  dans 
la  suite,  400  à 500  ma.  La  durée  moyenne  des  applications  est  de 
dix  minutes.  Sous  l’influence  de  ce  traitement,  et  après  quelques 
jours,  la  voix  devient  plus  forte  ; en  même  temps,  la  sensation  de 
sécheresse  à la  gorge,  surtout  pénible  au  réveil,  diminue  et  disparaît 
peu  à peu. 

Le  6 mars,  l’amélioration  obtenue  persiste,  mais  n’augmente  pas. 
Les  applications  directes  sont  remplacées  par  des  séances  d’effluve. 
Un  excitateur,  relié  au  résonateur  Oudin  (premier  modèle),  est  pro- 
mené au  devant  de  la  région  antérieure  et  de  la  région  latérale  droite 
du  cou  pendant  une  dizaine  de  minutes.  Cet  excitateur,  constitué  par 
un  pinceau  de  fil  métallique  fin,  est  coiffé,  le  plus  souvent,  d’un  tube 
de  verre,  de  façon  à pouvoir  tirer  de  petites  étincelles,  celles-ci  étant 
rendues  moins  douloureuses  par  ce  moyen. 

Dès  lors,  la  phonation  progresse  de  jour  en  jour;  la  voix  devient 
plus  forte  et  plus  nette.  En  outre,  le  malade,  obligé,  par  sa  profession, 
de  recevoir  beaucoup  de  monde  et  de  parler  beaucoup,  se  fatigue 
moins  que  par  le  passé. 

Le  25,  un  nouvel  examen  laryngoscopique  montre  que,  pendant 
l’inspiration,  la  corde  vocale  droite  commence  à se  déplacer  en  abduc- 
tion, mais  moins  que  la  gauche. 

Du  26  mars  au  10  avril,  interruption  du  traitement. 

Le  10  avril,  reprise  de  l’effluvation.  L’amélioration  progresse  nette- 
ment. 

Le  15,  à l'examen  laryngoscopique,  on  trouve  toujours  la  corde 
vocale  droite  un  peu  raide;  l’abduction  n’est  pas  encore  aussi  com- 
plète que  du  côté  gauche. 

Le  26,  le  malade  ayant  un  surcroît  d’occupations  et  parlant,  d’ail- 
leurs, d’une  façon  satisfaisante,  cesse  tout  traitement. 

Dans  la  suite,  nous  revoyons  le  malade  à plusieurs  reprises,  la 
phonation  est  à peu  près  ce  qu’elle  était  avant  la  maladie. 

Le  10  juin,  après  un  refroidissement,  coryza  et  mal  à la  gorge, 
le  malade  tousse  un  peu. 

Un  examen,  pratiqué  à ce  moment,  montre  cependant  que  les  deux 


- 252  — 


cordes  vocales  se  meuvent  normalement,  aussi  bien  dans  l’inspira- 
tion que  dans  l’expiration. 

Nous  avons  revu  le  malade  en  janvier  1902  : la  guérison  s’est  par- 


faitement maintenue. 

Nombre  total  d’applications  directes 6 

— de  séances  d’effluve 12 


Cette  observation  est  surtout  intéressante  à cause  des  trai- 
tements minutieux  dont  le  malade  avait  été  l’objet  avant  d’être 
soumis  à l’action  des  hautes  fréquences.  Ces  premiers  traite- 
ments avaient,  il  est  vrai,  produit  quelques  bons  effets  ; mais 
nous  avons  été  particulièrement  frappés  de  l’amélioration 
immédiate  obtenue  par  les  hautes  fréquences  et  de  la  marche 
rapide  de  l'affection  vers  la  guérison  sous  l’influence  de  ce 
dernier  mode  de  traitement. 


CHAPITRE  V 


Appareil  circulatoire 

Les  hautes  fréquences,  quel  que  soit  le  mode  d’applica- 
tion sous  lequel  on  les  emploie,  constituent  un  puissant  modi- 
ficateur de  la  circulation. 

D’Arsonval. avait  signalé,  dès  le  début  de  ses  expériences, 
l’action  de  ces  courants  en  applications  générales  sur  la 
tension  artérielle  (1). 

Oudin,  de  son  côté,  a insisté  sur  les  modifications  de  la 
circulation  qu’entraînent  les  applications  locales.  D’après  lui, 
c’est  grâce  à cette  propriété  que  ces  dernières  applications 
exercent  non  seulement  une  action  superficielle,  mais  une 
action  profonde.  « Ce  qui  est  vrai,  dit-il,  pour  le  relèvement 
général  de  la  tension  artérielle,  l’est  surtout  pour  ses  modifi- 
cations partielles.  Si  l’on  crible  par  l'effluve  une  région  quel- 
conque ou  qu’on  la  lelie  à un  résonateur,  après  quelques 
minutes  la  température  locale  s’élève,  la  région  devient  plus 
chaude,  mais  aussi  en  même  temps  plus  légère  et  moins  dou- 
loureuse. Il  ne  s’agit  pas  là  d’une  congestion  passive,  mais 
d’un  véritable  drainage  circulatoire  produit  par  de  la  dilata- 
tion veineuse  et  des  contractions  plus  énergiques  des  tuniques 
artérielles  (2).  » 

Hypotension. — Aussi  a t on  obtenu  chez  les  malades  présen- 
tant de  l’hypolension  des  relèvements  considérables  et  rapides 


(1)  Voy.  deuxième  partie  : Action  sur  la  circulation. 

(2)  Applications  thérapeutiques  locales  des  courants  de  haute  fréquence  et 
de  haute  tension  ( Annales  cl’éleclrobiol.,  juillet-août  1899). 


— 254  — 


de  la  pression  artérielle  (1).  Moutier  préconise,  à cet  effet, 
l’usage  de  l’effluve  ou  des  étincelles  fournis  par  un  résonateur 
et  appliqués  le  long  de  la  colonne  vertébrale,  en  opérant  de 
préférence  de  haut  en  bas  (2).  Ce  procédé  est  très  efficace. 

Oudin  cite,  à ce  sujet,  le  cas  suivant  : « Nous  avons  vu,  le 
docteur  Lenoir  et  moi,  chez  une  malade  de  M.  le  professeur 
Bouchard,  profondément  chloro-anémique,  la  tension  arté- 
rielle se  relever,  a près  une  seule  séancef  de  9 à i 4,  redes- 
cendre à 10  dans  les  vingt-quatre  heures  suivantes,  pour 
remonter  à 17  après  la  deuxième  séance,  puis  se  tenir  entre 
14  et  16  dans  les  jours  suivants.  » 

Hypertension.  — Moutier  déclare  avoir  observé  le  retour 
de  la  tension  artérielle  à sa  valeur  normale, chez  des  malades 
atteints  de  ralentissement  de  la  nutrition  el  en  hypertension, 
par  l’emploi  longtemps  prolongé  de  l’autoconduction. 

Ces  résultats  ne  sont  pas  en  contradiction  avec  les  obser- 
vations de  d'Arsonval,  qui  avait  constaté,  sous  l’influence  de 
l’autoconduction,  l'élévation  de  la  tension  artérielle  sur  les 
sujets  normaux.  Les  faits  signalés  par  ces  deux  auteurs  sont 
d’ordre  différent.  Les  modifications  notées  par  Moutier  ne  sur- 
viennent, en  effet, qu'à  la  longue  et  non  point  immédiatement. 
En  outre,  elles  sont  rendues  plus  complexes  par  l’existence 
d’un  état  pathologique  qui  se  modifie  lui-même,  tout  entier, 
sous  l’action  du  traitement. 

Artério  sclérose.  — Apostoli  et  Laquerrière  ont  signalé 
l’amélioration  des  symptômes  liés  à l’artério-sclérose  chez  des 
malades  qu’ils  traitaient  pour  des  afiections  diverses.  Nous 
avons  utilisé  nous-même  les  applications  directes  contre  des 
troubles  très  accusés  d’artério-sclérose  des  membres  infé- 

(1)  C.  R.  Acad,  des  sciences,  2 août  1897. 

(2)  Voy.  deuxième  partie,  pages  76  et  77. 


- 255  - 

rieurs,  chez  un  malade  qui  présentait  en  même  temps  du 
vertige  labyrinthique.  Nous  avons  pu  observer  chez  lui  une 
atténuation  notable  des  troubles  de  la  marche,  après  quelques 
séances  de  traitement,  que  le  malade  n a pas  pu  continuer  assez 
longtemps. 

Troubles  vaso-moteurs.  — Dans  la  plupart  des  observa- 
tions que  nous  avons  recueillies,  nous  avons  noté  la  disparition 
des  troubles  vaso-moteurs,  qui  se  manifestaient,  de  façon 
variable  suivant  les  cas,  par  l’abaissement  de  température 
d’une  région  ou  de  tout  un  membre,  par  des  engourdisse- 
ments, des  fourmillements,  etc.  En  général,  cette  action  sur 
le  système  vaso-moteur  est  très  rapide.  C’est  souvent  le  pre- 
mier signe  d’amélioration  sur  lequel  les  malades  attirent 
l’attention. 

Dans  l’observation  suivante  nous  relatons  la  guérison  obte- 
nue chez  un  malade  présentant  des  troubles  vaso-moteurs 
sans  lésion  anatomique  apparente. 

Obs. — Erythromélalgie  (?)  ; paroxysmes  douloureux,  vaso-moteurs 
et  sudoraux  localisés  aux  extrémités  inférieures  (obs.  recueillie  dans 
le  service  de  M.  le  prof,  agrégé  Rauzier,  suppléant  M.  le  prof.  Gras- 
set, et  dans  le  service  d’électrothérapie). 

M ...  P ... , vingt-quatre  ans,  bourrelier. 

Antécédents  héréditaires. — Père  mort  de  la  rupture  d’un  anévrysme, 
mère  en  bonne  santé. 

Antécédents  personnels.  — A eu  des  accès  de  fièvre  intermittente  à 
sept  ans;  plus  tard,  à onze  ans,  a souffert  pendant  plusieurs  mois  de 
rhumatisme  aigu  des  articulations  des  membres  supérieurs  et  infé- 
rieurs. Pas  de  syphilis.  Pas  de  blennorragie. 

Histoire  de  la  maladie.  — Dans  les  premiers  jours  de  juillet  1900, 
le  malade  éprouve  une  fatigue  considérable  dans  les  pieds  et  souffre 
de  la  région  plantaire  quand  il  l’appuie  sur  le  sol.  La  marche  devient 
pénible.  Le  repos  est  insuffisant  à guérir  cette  fatigue  douloureuse. 


— 256  — 


Plus  tard,  les  orteils  se  sont  enflés  et,  quelque  temps  après,  les  chevilles 
et  les  genoux.  Enfin,  il  a souffert  du  talon.  Les  régions  douloureuses, 
surtout  l’extrémité  et  la  face  dorsale  des  orteils,  présentaient  une  colo- 
ration rosée  diffuse,  marbrée  de  zones  violacées,  et,  par  moments,  une 
sudation  abondante.  Le  malade  révèle,  à ce  propos,  qu’il  présentait, 
depuis  un  certain  temps  de  l’hyperhydrose  des  pieds  et  même  un 
léger  degré  d’hyperhydrose  des  mains.  Tous  ces  troubles  persistant, 
il  est  obligé  d’abandonner  son  travail  et  entre  à l'hôpital  le  23  août. 
En  attendant  qu’il  puisse  être  envoyé  au  service  d’électrothérapie 
(fermé  à ce  raoment-là),  le  malade  est  traité  par  le  carbonate  de  lithine 
et  l’antipyrine  (trois  jours  à deux  reprises  différentes),  par  le  sali- 
cylate  de  soude  (cinq  jours),  par  le  quinquina  et  les  bains  sulfureux 
(dix  jours  environ); à la  fin  de  cette  dernière  période,  par  des  frictions 
au  Uniment  de  Rosen  ; enfin,  par  des  bains  auxquels  on  ajoute  de 
l’essence  de  térébenthine  et  de  l’émulsion  de  savon  noir  (pendant  une 
dizaine  de  jours). 

Ces  différents  traitements  n’ont  amené  aucun  changement  dans 
l’état  du  malade. 

Durant  le  mois  de  septembre,  il  a souffert  aussi  de  l’épaule  droite. 

Le  28  septembre,  il  est  envoyé  au  service  d'électrothérapie. 

État  du  malade  à son  arrivée  au  service  d'électrothérapie.  — Constitu- 
tion assez  vigoureuse,  bonne  santé  générale. 

Les  téguments  de  la  face  dorsale  et  des  extrémités  des  orteils  pré- 
sentent une  coloration  rosée  persistante,  marbrée  de  taches  plus 
foncées,  violacées.  On  constate  aussi  une  tuméfaction  étendue  à tout 
le  membre  inférieur,  aussi  bien  à droite  qu’à  gauche. 

Quand  les  pieds  sont  découverts,  surviennent  de  véritables  crises 
de  sudation.  Cette  sudation,  très  abondante,  a des  caractères  paroxys- 
tiques très  nets. 

Pas  de  sensation  de  froid,  pas  d’engourdissements  ni  de  fourmille- 
ments. 

Au  repos,  pas  de  douleur. 

La  station  debout,  la  marche,  la  simple  pression  des  pieds  sur  le 
sol  provoquent  l’apparition  de  douleurs  que  le  malade  compare  à la 
sensation  d’épingles  s’enfonçant  dans  la  plante  des  pieds  et  qui  sont 
peut-être  un  peu  plus  vives  au  niveau  des  articulations  métacarpo- 
phalangiennes.  Il  éprouve  aussi  des  douleurs  dans  les  chevilles  et 
dans  les  talons. 


La  pression  dans  ces  diverses  régions,  surtout  sur  le  calcanéum, 
réveille  la  douleur  et  celle-ci  persiste  alors  cinq  à six  minutes. 

Le  malade  ne  peut  supporter  qu’une  chaussure  très  ample  et  sou- 
ple. 

Aucun  trouble  de  la  sensibilité:  sensibilité  normale  au  contact  et  à 
la  température.  Aucun  trouble  trophique. 

Les  troubles  de  la  motilité  sont  dus  à la  douleur.  Tous  les  mouve- 
ments sont  normaux;  mais,  en  raison  de  la  rapidité  avec  laquelle 
survient  la  fatigue,  la  station  debout  est  pénible,  et  la  marche,  diffi- 
cile avec  le  concours  de  deux  cannes,  ne  peut  guère  être  prolongée. 

La  conformation  du  pied  est  normale.  Pas  de  craquements  dans 
l’articulation. 

/ 

Traitement  et  résultats  du  traitement. — On  a d’abord  recours  à la 
galvanisation  (pôle  positif  à la  région  lombaire,  pôle  négatif  aux 
pieds  ; intensité,  10  ma.;  durée  des  séances,  dix  minutes).  Après  cinq 
séances  de  ce  traitement,  le  8 octobre,  aucune  amélioration.  A partir 
de  ce  moment,  on  emploie  les  applications  directes  de  H.  F.  On  place 
une  plaque  d’étain  sur  la  région  lombaire  et  une  plaque  au-dessous 
de  chaque  mollet.  L’intensité  du  courant  utilisé  a varié  de  500  à 600 
ma.,  et  la  durée  des  séances  a été,  en  général,  de  dix  minutes. 

Le  19  octobre,  après  quatre  applications  de  H.  F.,  le  malade  dé- 
clare qu’il  se  fatigue  moins,  soit  qu'il  marche,  soit  qu’il  reste  debout, 
et  que  la  douleur  est  légèrement  diminuée. 

Dans  la  suite,  l’amélioration  s’accentue. 

Le  14  novembre,  malgré  quelques  absences  aux  séances  de  traite- 
ment, le  malade  marche  beaucoup  plus  facilement.  Il  a pu  faire  une 
marche  d’une  heure  et  demie  en  s’aidant  d’une  seule  canne. 

Il  n’a  plus  remarqué  de  sudation  abondante  depuis  une  dizaine  de 
jours.  La  coloration  violacée  a presque  disparu.  Cependant,  les  ta- 
lons, surtout  le  talon  droit,  sont  restés  douloureux.  La  douleur  de 
l’épaule  n’apparaît  qu’à  l’occasion  de  mouvements  exagérés  ou 
d’efforts. 

26  novembre.  — Le  malade  a pu  reprendre  sa  chaussure  habituelle 
qu’il  avait  abandonnée  depuis  cinq  mois.  Après  la  marche,  la  fatigue 
est  moindre  et  les  douleurs  moins  vives. 

28  décembre.  — En  raison  de  l’amélioration  considérable  survenue 
dans  son  état,  il  ne  suit  plus  son  traitement  que  d’une  façon  très  irré- 
gulière. Il  marche  presque  sans  difficulté,  n’éprouvant  de  fatigue 


17 


— 258 


qu’après  deux  ou  trois  heures.  Après  de  longues  courses,  les  pieds 
sont  quelquefois  un  peu  rouges,  mais  la  coloration  violacée  a définiti- 
vement disparu. 

La  douleur,  très  atténuée,  ne  persiste  que  dans  le  talon  droit,  avec, 
parfois,  des  irradiations  dans  les  chevilles  et  le  mollet. 

Du  28  décembre  au  20  janvier  : une  seule  application  de  H.  F. 
L’amélioration  se  maintient. 

Du  23  janvier  au  20  février  : huit  séances.  La  douleur  a presque 
disparu  : le  malade  ne  se  plaint  plus  d’irradiations  dans  les  chevilles 
et  les  mollets  ; il  ne  souffre  que  du  talon  droit,  à la  fin  de  la  journée, 
quand  il  a beaucoup  marché. 

A noter  que  la  radiographie,  qui  a été  faite  à deux  reprises  en  cours 
de  traitement,  ne  paraît  montrer  rien  d'anormal , sauf  un  commence 
ment  d’ossification  du  tendon  plantaire  à droite. 

Nombre  total  d’applications  directes  : 25. 

Bœtleker(l)a  également  traité  trois  cas  d’érythromélalgie 
localisée,  dans  deux  cas  aux  doigts,  dans  l’autre  aux  orteils. 
Il  employait  l’effluve  de  II.  F.  «Après  plusieurs  séances,  la 
rougeur  et  la  douleur  disparaissaient,  mais  revenaient  ensuite  ; 
il  a sufli  alors  d’instituer  un  traitement  régulier  à séances 
espacées  de  trois  jours  à deux  semaines,  suivant  les  sujets, 
pour  les  libérer  de  ces  fâcheux  symptômes.  » 

Anémie.  — Chloro-Anémie.  — Nous  avons  déjà  exposé  (1) 
les  recherches  de  Tripet  et  de  Guillaume,  relatives  à l’in- 
fluence des  courants  de  haute  fréquence  sur  l’activité  de 
réduction  de  l’oxyhémoglobine. 

Ces  auteurs  ont  montré  que  «le  traitement  par  les  courants 
de  haute  fréquence  est  un  régulateur  de  l’activité  de  réduc- 
tion de  l’oxyhémoglobine.  Chez  les  malades  à activité  au- 
dessous  de  la  normale  1,  il  remonte  cette  activité  et  la 
maintient  dans  le  voisinage  de  cette  normale.  Dans  les  cas 

(1)  Bœdeker  (Wiener  Klin.,  octobre-novembre  1901.  Analysé  par  E.  Castex 
in  Archiv.  d'élec.  med.,  janvier  1902). 


où  cette  activité  était  exagérée,  dans  le  diabète,  par  exem- 
ple, le  traitement  diminue  cette  activité  et  la  fait  redescendre 
à la  normale  1 (Tripet).  » 

Ces  recherches  ont  été  faites  pour  un  grand  nombre  de 
sujets  atteints  de  maladies  de  la  nutrition  et  non  point  spé- 
cialement sur  des  anémiques  ou  chloro-anémiques.  Nous 
avons  cependant,  parmi  les  observations  publiées  par  ces 
auteurs,  les  deux  suivantes,  qui  montrent  bien  les  bons  effets 
de  la  haute  fréquence,  en  pareil  cas. 

Ces  résultats  ont  été  obtenus  au  moyen  des  applications 
par  condensation. 

observations 

(Publiées  par  Guillaume  in  Annales  d' Electrobiologie,  mai-juin  1901) 

Obs.  I.  — Anoxhémie  des  cuisiniers. 

M.D..-,  quarante  ans,  issu  d’une  mère  rhumatisante,  s’est  bien  porté 
jusqu’à  trente  et  un  ans,  sauf  d’assez  fréquentes  migraines  suivies  de 
vomissements  bilieux.  Puis  il  a appris  le  métier  de  cuisinier  et,  à 
partir  de  ce  moment,  commença  à sentir  ses  forces  diminuer  : de 
temps  en  temps  ses  jambes  furent  prises  d’engourdissement. 

Il  y a six  mois,  cet  état,  qui  avait  été  à peu  près  stationnaire  depuis 
le  début,  s’est  aggravé  à la  suite  d’ennuis.  Sa  faiblesse  devint  plus 
grande,  il  éprouva  de  la  difficulté  à marcher,  ses  pieds  lui  semblaient 
trop  lourds;  en  même  temps,  il  fut  pris  de  céphalées  péri-orbitaires 
intermittentes  et  absolument  différentes  des  migraines  qu’il  avait 
parfois.  Le  malade  eut  des  sensations  de  vertige  prolongées,  des 
insomnies,  des  bourdonnements  d’oreille,  peu  d’appétit,  des  diges- 
tions lentes,  une  soif  fréquente  et  de  la  constipation,  de  la  pollaki- 
urie et  quelques  douleurs  articulaires,  crampes  nocturnes,  fourmille- 
ments dans  les  jambes. 

Il  n’est  nullement  alcoolique,  mais  travaille  neuf  heures  par  jour 
dans  une  cave  mal  aérée,  sans  jour  et  à une  température  élevée. 

Tel  est  l’état  dans  lequel  se  présente  le  malade. 

Il  n’a  pas  interrompu  son  travail  durant  son  traitement. 


(1)  Voy.  deuxième  partie,  p.  85. 


— "GO 


Le  25  janvier  1899.  — Examen  hérnatoscopique  avant  le  début  du 


traitement. 

Quantité  d’oxyhéraoglobine 9,3  pour  100 

Activité  de  réduction 0,63  — 


Résultat  qui  indique  une  anémie  assez  accentuée. 

Le  1er  mars  1899.  — Après  trente-six  séances  de  lit  condensateur 
marquées  d’alternatives  de  mieux  et  do  rechute,  le  malade  se  trouve 
mieux,  il  marche  mieux,  n’a  plus  de  céphalées  ni  de  vertiges,  il  dort 
mieux,  l’appétit  est  toujours  faible,  mais  sa  constipation  est  moins 
fréquente. 

Examen  hémaloscopique. — Quantité  d’oxyhémoglobine.  11  pour  100 

Activité  de  réduction 1,10  — 

L’activité  de  réduction  a augmenté  dans  des  proportions  absolument 
exceptionnelles. 

Le  20,  le  malade  a subi  quarante-sept  séances  de  lit  condensa- 
teur ; il  se  trouve  débarrassé  de  tous  les  fâcheux  symptômes  qu’il 
présentait  avant  son  traitement,  à tel  point  qu’il  se  considère  comme 
complètement  guéri  et  va  se  reposer  quelques  mois  à la  campagne. 


Examen  hématoscopique  : 

Quantité  d’oxyhémoglobine 11  pour  100 

Activité  de  réduction * 1 — 


En  résumé,  action  remarquable  de  la  haute  fréquence  sur  un  cas 
d'anémie  ou  de  nutrition  ralentie,  d’autant  plus  caractéristique  que  le 
malade  n’a  pas  interrompu  son  travail  pendant  son  traitement.  L’acti- 
vité de  réduction,  très  faible  au  début  (0,60),  exagérée  par  les  premiè- 
res séances  (1,10),  a été  ramenée  à la  normale. 

Obs.  II.  — Chloro-anémie. 

Mm<l  C. . .,  dix-neuf  ans,  a eu  à seize  ans  une  pleurésie  qui  a duré 
deux  mois,  depuis  elle  est  restée  très  faible,  s’est  mariée  à dix- huit 
ans  et  est  venue  à Paris,  où  sa  pâleur  et  sa  faiblesse  n’ont  fait  qu’aug- 
menter. 

Les  règles  sont  régulières,  mais  presque  incolores  et  durent  peu. 
La  malade  est  atteinte  de  leucorrhée  depuis  deux  ans,  sans  douleurs 
pubiennes.  Actuellement  elle  a les  muqueuses  décolorées.  Sa  faiblesse 
est  très  grande,  au  point  qu’elle  ne  peut  monter  l’escalier,  s’essouf- 
flant au  moindre  mouvement  ; ses  jambes  peuvent  à peine  la  porter 
et  sont  enflées  le  soir. 


A l’auscultation  du  coeur,  on  trouve  un  souffle  anémique  qui  se 
propage  dans  les  carotides. 

Le  10  février  1900.  — La  malade  est  mise  au  traitement  du  lit 
condensateur  et  le  premier  examen  est  fait  après  la  huitième 


séance. 

Quantité  d’oxyhémoglobine 5,5  pour  100 

Activité  de  réduction 0,75  — 


Le  10  mars  1900.  — Mmo  C. . . se  trouve  un  peu  plus  forte,  les  pal- 
pitations sont  moins  violentes  quand  elle  monte  un  escalier.  Le 
souffle  cardiaque  est  moins  intense  et  l’oedème  desjambes  a diminué. 


Examen  hématoscopique  : 

Quantité  d’oxyhémoglobine 5,5  pour  100 

Activité  de  réduction 0,79  — 


Le  24,  beaucoup  de  mieux,  les  forces  reviennent,  il  y a moins 
de  constipation,  le  sommeil  est  meilleur,  l’oppression  et  les  palpita- 
tations  ont  encore  diminué.  Enfin  les  dernières  règles  ont  été  plus 
colorées  et  plus  abondantes. Examen  hématoscopique  : 

Quantité  d’oxyhémoglobine 7,5  pour  100 

Activité  de  réduction 0,88  — 

En  somme,  le  traitement  a pleinement  justifié  son  emploi  dans  ce 
cas  de  nutrition  ralentie,  et  dès  le  début  l’activité  de  réduction  a 
suivi  une  marche  ascendante  régulière  0,75  à 0,88. 


CHAPITRE  VI 


Appareil  digestif 

Application  a l’analgésie  dentaire.  — Régnier  et  Dids- 
bury  (1)  ont  utilisé  les  propriétés  analgésiques  des  hautes 
fréquences  pour  l’extraction  des  dents  et  pour  le  curettage 
des  caries  non  pénétrantes. 

Ces  auteurs  se  servent,  comme  électrode,  d’un  moulage  en 
stent  de  la  région  à anesthésier.  « Ce  moulage  est  revêtu  à 
l’intérieur  de  poudre  métallique  et  d’une  mince  feuille  d’étain. 
Pour  absorber  la  chaleur  développée  par  le  courant,  cette 
feuille  est  encore  enduite  d’une  couche  de  pâte  d’amiante 
humide.  Le  courant  est  amené  dans  ce  moule  à l’aide  d’une 
électrode  spéciale.  » Les  extractions  pratiquées  après  appli- 
cation de  haute  fréquence  ont  été,  dans  la  plupart  des  cas 
observés,  absolument  indolores.  Ces  auteurs  ont,  en  outre, 
rendu  la  dent  insensible,  4e  façon  à pouvoir  curetter  et 
nettoyer  la  cavité  dentaire  sans  douleur  pour  le  patient  et 
sans  danger  pour  la  vitalité  de  la  pulpe. 

Constipation  et  troubles  digestifs  divers.  — Apostoli 
et  Laquerrière  ont  constaté,  chez  un  certain  nombre  de 
malades  traités  pour  des  affections  diverses,  la  suppression 
des  troubles  digestifs  sous  la  seule  influence  du  traitement 
général  par  les  hautes  fréquences. 

En  ce  qui  concerne  la  constipation,  tantôt  ils  en  ont  obtenu 

(1)  Régnier  et  Didsbury,  Nouveau  procédé  d'analgésie  des  dents  à l’aide  de 
l'électricité.  (Archives  d’éleclr.  méd.,  15  février  1902.j 


— 263  — 


la  disparition  par  de  simples  applications  locales  sur  l’abdo- 
men, tantôt  ils  ont  dû  recourir,  en  même  temps,  pour  arriver 
à un  résultat  positif',  au  traitement  par  le  lit  condensateur. 

Oudin,  de  son  côté,  signale  l’heureuse  influence  des  appli- 
cations locales  « sur  les  muscles  lisses  de  l’intestin  ou  de 
l’estomac.  On  voit  souvent,  dit  il,  des  crises  de  gastralgie, 
des  dyspepsies,  anciennes  même,  céder  à l'effluvation  de  la 
région  stomacale  ; des  constipations  rebelles,  disparaître  en 
quelques  séances.  » 

Fissuke  sphinctéralgique.  — Dourner  a obtenu  dans  le 
traitement  de  la  fissure  à l’anus,  par  les  applications  locales, 
des  résultats  remarquables,  au  moyen  de  la  technique  sui- 
vante : 

Le  résonateur  était  relié  par  l’une  des  extrémités  à l'un 
des  pôles  du  petit  solénoïde  de  l’appareil  producteur;  l’autre 
pôle  de  ce  petit  solénoïde  était  relié  à la  terre.  L’extrémité 
libre  du  résonateur  était  mise  en  communication  avec  une 
électrode  métallique  qui  pouvait  être  entourée  de  manchons 
en  verre,  suffisamment  épais,  dont  le  diamètre  variait  de 
0m,005  à 0m,0 1 2 . L’électrode  à manchon  de  verre  ainsi  consti- 
tuée, était,  au  préalable,  abondamment  vaselinée,  puis  intro- 
duite dans  l’anus,  de  façon  à intéresser  le  sphincter  dans 
toute  sa  hauteur. 

Si  l’électrode  ne  peut  pas  franchir  l’orifice  anal,  à la  pre- 
mière application,  il  faut  la  tenir  appuyée  contre  la  marge  de 
l’anus.  Elle  peut  ensuite  pénétrer,  grâce  à l’action  analgé- 
sique du  courant. 

On  peut  également  employer  des  électrodes  métalliques, 
sans  manchon.  Il  est  bon,  en  outre,  d’employer  des  élec- 
trodes d’un  aussi  grand  diamètre  que  possible,  car  « on 
assure  ainsi  un  contact  plus  intime  entre  l’électrode  et  la 
surface  ulcérée.  » Dourner  a,  en  effet,  remarqué  que  dès  que 


— 261  — 


l’on  peut  introduire  des  électrodes  d’un  fort  calibre,  l’amélio- 
rai ion  marche  plus  rapidement. 

La  durée  des  séances  peut  être,  d'après  lui,  de  trois  à six 
minutes  ; mais  on  peut  les  allonger  jusqu’à  huit  ou  dix  minutes. 
Les  applications  peuvent  être  répétées  trois  fois  par  semaine. 
On  pourra,  suivant  les  cas,  les  rendre  quotidiennes  ou,  au 
contraire,  les  espacer. 

Par  ce  procédé,  Doumer  a obtenu  la  guérison  de  ses  mala- 
des, après  un  « nombre  de  séances  qui  n’a  jamais  excédé  le 
chiffre  huit.  » Les  trois  symptômes  essentiels  de  l’affection  : la 
douleur,  la  contracture  spasmodique  du  sphincter  et  l’ulcéra- 
tion ont  été  modifiés  parallèlement  par  le  traitement.  Ces  mo- 
difications ne  sont  pas  survenues  de  la  même  façon  chez  tous 
les  malades.  « Les  uns,  ce  sont  les  plus  nombreux,  ont  éprouvé 
dès  le  début  du  traitement  une  amélioration  manifeste  qui  est 
allée  assez  régulièrement  en  augmentant  jusqu'à  la  guérison 
complète.  Pour  d’autres,  il  a semblé  que  le  traitement  ne 
donnait  ses  bons  effets  qu’après  la  cessation  des  applications; 
dans  l’un  d’eux  même  les  applications  de  haute  fréquence  ont 
paru  exagérer  sensiblement,  mais  momentanément,  les  dou- 
leurs. Mais  qu’il  ait  été  inoffensif  ou,  au  contraire,  qu’il  ait 
exagéré  momentanément  les  douleurs,  le  traitement  a amené, 
dès  qu’il  a été  interrompu,  une  guérison  complète,  rapide  et 
durable.  » 

Doumer  a publié  neuf  observations,  comprenant  soit  des 
fistules  tolérantes,  soit  des  fistules  intolérantes.  Dans  la  suite 
les  faits  signalés  par  lui  ont  été  confirmés  par  d’autres  auteurs, 
notamment  par  Bollaan  (1),  qui  a recueilli  trois  observations 
également  démonstratives.  Les  deux  suivantes,  empruntées 


« 

(1)  Bollaan  (de  la  Haye),  Contribution  à l’étude  des  propriétés  thérapeutiques 
des  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension  ( A nnales  d'Électrobiol.,  mai- 
juin  1900). 


— 265  — 

à Doumer,  permettent  de  se  rendre  compte  des  résultats 
obtenus. 


OBSERVATIONS 

(Publiées  par  Doumer  in  Annales  d'Eledrobiologie,  mars  1898) 

Obs.I.  — Fistule  tolérante. — Jeune  homme  de  vingt-huit  ans  atteint 
depuis  deux  ans  de  sphinctéralgie  avec  fissures  profondes  apparentes  à 
la  marge  de  l’anus.  Ce  malade  a déjà  consulté  pour  cette  affection  plu- 
sieurs médecins,  qui  tous  ont  porté  ce  diagnostic  et  qui  tous  ont  pro- 
posé comme  moyen  curatif  la  dilatation  forcée  de  l’anus.  Ce  malade, 
qui  est  très  pusillanime,  a hésité  jusqu’à  ce  jour  à laisser  faire  cette 
opération  ; d’ailleurs  son  état  de  santé  assez  précaire  s'y  opposerait 
sans  doute.  Un  jour  du  mois  de  novembre  dernier  qu’il  me  faisait  ses 
doléances  à ce  sujet  (je  soigne  en  effet  ce  malade  depuis  plus  d’un 
mois  pour  une  grave  neurasthénie),  je  lui  proposai  d’intervenir  électri- 
quement, et  après  bien  des  hésitations  il  finit  par  se  décider  à accepter 
ma  proposition.  Voici  l’état  dans  lequel  il  se  trouvait  au  moment  où 
je  lui  fis  subir  ce  traitement.  Les  douleurs  ne  sont  pas  habituellement 
très  vives,  mais  le  moindre  effort  les  exaspère  : elles  surviennent 
d’ailleurs  sans  raison  apparente  et  d’une  façon  très  irrégulière  ; c’est 
ainsi  que  ce  malade  passera  des  périodes  de  quinze  jours  sans  presque 
souffrir,  sauf  au  moment  des  selles,  puis  pendant  quelques  jours  les 
douleurs  reviennent  très  vives,  lancinantes,  qu’un  repos  prolongé  sur 
le  lit  ou  sur  une  chaise  longue  peut  seul  calmer.  Lorsqu’il  est  dans  ses 
jours  de  crises,  le  malade  est  obligé  de  passer  ses  journées  étendu  sur 
le  dos,  les  deux  jambes  à moitié  fléchies  et  les  cuisses  écartées.  Tant 
qu’il  reste  dans  celte  position,  les  douleurs  sont  tolérables,  mais  le 
moindre  effort,  souvent  celui  d’étendre  le  bras  pour  saisir  un  livre 
placé  à côté  de  lui  sur  une  chaise,  un  éternuement,  un  accès  de  toux, 
suffisent  pour  provoquer  des  crises  de  douleurs  qui  sont  alors  très 
vives  et  arrachent  des  cris  au  malade.  Le  plus  souvent,  après  quelques 
jours  passés  ainsi,  les  douleurs  se  calment,  ou  du  moins  s’atténuent, 
et  le  malade  jouit  pendant  quelques  jours  d’un  repos  relatif.  Au  début 
les  crises  de  douleurs  étaientplus  vives  qu’elles  ne  le  sont  aujourd’hui, 
mais  aussi  elles  étaient  moins  fréquentes  ; actuellement  ce  n’est  que 
rarement  qu’il  est  pris  de  très  fortes  douleurs.  Presque  en  même 
temps  que  ces  phénomènes  douloureux  il  est  apparu  une  poussée  hé- 
morroïdaire  intense  qui  ne  s’est  jamais  guérie  complètement;  le  malade 


- 266  — 


est  depuis  cette  époque  obligé  de  se  garnir  comme  une  femme  qui  a 
ses  règles.  La  constipation  est  habituelle  ; le  malade  la  combat  par 
des  lavements  huileux.  L’état  général  de  ce  malade  est,  comme  je 
viens  de  le  dire,  fort  précaire.  Il  est  petit,  maigre,  sans  forces,  très 
anémié;  son  appétit  est  mauvais,  les  digestions  lentes,  le  sommeil  fort 
léger,  souvent  troublé  d’ailleurs  par  des  crises  de  douleurs.  Les  selles 
sont  très  douloureuses  et  le  malade  les  redoute  au  plus  haut  point.  La 
douleur  qu’elles  provoquent,  au  lieu  de  se  calmer  immédiatement  après 
pour  ne  revenir  que  quelques  minutes  plus  tard,  persiste  et  ne 
cède  qu’au  repos  au  lit.  Ce  n’est  que  tout  à fait  dans  les  bonnes 
périodes  que  le  malade  peut  avoir  de  loin  en  loin  des  selles  peu  ou  pas 
douloureuses. 

Au  moment  de  l’examen  (3  novembre  1897j,  je  constate  tout  d’abord 
l’existence  d’un  bourrelet  d’hémorroïdes  assez  turgescentes,  saignan- 
tes, que  le  malade  peut  d’ailleurs  rentrer  en  s’aidant  d’uu  tampon  de 
linge  finvaseliné.  Lorsque  ce  bourrelet  a ainsi  disparu,  on  constate 
tout  de  suite  deux  fissures  profondes  recouvertes  de  sang  et  intéressant 
largement  la  marge  de  l’anus.  Par  les  efforts  de  poussée,  qui  d’ailleurs 
ne  sont  pas  très  vigoureux,  car  le  malade  les  redoute,  on  aperçoit 
une  autre  tissure  plus  petite.  Le  malade  ne  permet  pas  que  j’explore 
avec  le  doigt,  tant  il  redoute  la  douleur  que  cet  examen  pourrait  pro- 
voquer, mais  il  me  dit  qu’il  éprouve  constamment  une  sensation  de 
constriction  à l’anus.  L'introduction  d’un  manchon  de  12  millimètres 
se  faisant  avec  difficulté,  j’emploie  pour  la  première  séance  un  man- 
chon de  8 millimètres. 

Cette  première  application  a été  faite  le  3 novembre;  elle  a duré 
5 minutes  et  a produit  une  sensation  franche  de  chaleur  au  fondement  ; 
elle  a d'ailleurs  été  fort  bien  supportée. 

Les  effets  de  cette  première  séance  ont  été  très  remarquables,  car  dès 
le  premier  jour  le  malade  a pu  aller  à la  selle  sans  lavements  et  sans 
douleurs.  Toute  la  journée  du  lendemain  a été  également  fort  bonne, 
sauf  vers  le  soir,  où  une  selle  un  peu  difficile  a ramené  les  phénomènes 
douloureux.  On  fait  le  6 novembre  une  seconde  application  avec  la 
même  électrode. 

11  n’j  a eu  à la  suite  de  cette  application  aucune  modification  dans 
l’état  du  malade.  On  fait,  le  8,  une  troisième  application  avec  un  man- 
chon de  12  milimètres.  A partir  de  ce  moment  les  phénomènes  doulou- 
reux disparaissent  complètement  et  ne  sont  plus  revenus  depuis;  les 


- 267  — 


bourrelets  hémorroïdaux  qui  avaient  persisté  jusqu’à  ce  jour  com- 
mencent à devenir  beaucoup  moins  proéminents. 

Huit  jours  après  cette  troisième  séance,  je  constate  que  les  hémor- 
roïdes ont  disparu,  que  des  trois  fissures  deux  ne  sont  plus  visibles  à 
la  marge  de  l’anus.  Depuis  la  dernière  séance  le  malade  ne  perd  plus 
de  sang.  La  marge  de  l’anus  est  encore  un  peu  sensible  à la  pression 
vers  le  côté  droit.  Je  fais  une  quatrième  et  dernière  séance  à la  suite 
de  laquelle  tous  les  symptômes  qui  restaient  encore  se  sont  effacés. 
J'ai  revu  plusieurs  fois  le  malade  depuis,  la  guérison  s’est  maintenue. 
Il  va  à la  selle  naturellement  tous  les  jours  et  ne  souffre  plus  au 
moment  des  garde-robes,  ni  après.  L’exploration  de  l’anus  ne  montre 
plus  traces  d’hémorroïdes.  En  même  temps  que  l’état  local  subissait 
ces  changements  remarquables  l’état  général  s’améliorait  aussi  d’une 
façon  très  sensible;  il  est  vrai  que  je  faisais  en  même  temps  de  la 
franklinisation  pour  la  neurasthénie  dont  il  était  atteint,  il  est  donc 
difficile,  dans  ce  cas,  d’attribuer  à la  haute  fréquence  et  à la  guérison 
de  la  fissure  sphinctéralgique,  l’amélioration  que  je  constate  dans 
l’état  général. 


Obs.  II.  — Fistule  intolérante.  — P...  (J.),  vingt-sept  ans,  jeune 
homme  de  constitution  vigoureuse,  mais  arthritique  et  sujet  à des 
poussées  hémorroïdaires,  souffre  depuis  trois  semaines  de  sphincté- 
ralgie  extrêmement  vive.  Les  douleurs  sont  à peu  près  constantes, 
mais  elles  s’exaspèrent  un  quart  d’heure  après  chaque  défécation,  à 
tel  point  que  le  malade  évite  de  se  présenter  à la  garde-robe.  Les 
moindres  efforts,  les  accès  de  toux  ou  l’éternuement  les  rendent  atroces. 
Le  malade  reste  couché  sur  le  dos  la  majeure  partie  de  la  journée  et 
concentre  toute  son  attention  à relâcher  son  sphincter  et  à éviter  tout 
effort  ou  tout  mouvement  brusque.  Malgré  ces  précautions,  il  existe 
des  douleurs  sourdes  à peu  près  continuellement  qui  prennent  par 
moments  un  caractère  aigu  des  plus  pénibles.  La  constipation  est 
opiniâtre  ; le  malade  n’est  pas  allé  à la  selle  depuis  huit  jours  ; pas 
d’hémorroïdes  apparentes,  pas  de  flux  hémorroïdaire.  Contracture 
permanente  du  sphincter  dont  le  malade  se  rend  parfaitement  compte; 
elle  s’exagère  lorsqu’on  cherche  à introduire  le  doigt.  Cette  contrac- 
ture est  telle  que  je  ne  puis  introduire  une  électrode  de  8 millimètres 
abondamment  vaselinée.  En  déplissant  au  doigt  les  replis  de  la  marge 
de  l'anus,  on  voit  très  nettement  à la  marge  de  l’anus  l’extrémité 


268  - 


externe  d’une  fissure  profonde,  sanguinolente.  Par  les  efforts  de  pous- 
sée, qui  cependant  ne  peuvent  être  bien  énergiques,  on  constate  l’exis- 
tence de  deux  autres  fissures  plu3  fines  et  plus  superficielles. 

Le  3 juin,  je  fis  une  première  application  de  haute  fréquence  d’une 
durée  de  trois  minutes,  avec  une  électrode  de  5 millimètres  de  dia- 
mètre. Cette  application  ne  fut  pas  douloureuse  et  donna  naissance, 
comme  d’habitude,  vers  la  fin  de  sa  durée,  à une  très  légère  sensation 
de  chaleur  à l’anus.  Légère  amélioration  le  jour  même  de  la  séance  ; 
le  malade  a eu  dans  la  soirée,  après  un  lavement  huileux,  une  selle 
pas  tiop  douloureuse. 

Le  5juin  l’intolérance  sphinctérienne  étant  beaucoup  moins  accusée, 
je  pus  employer,  pour  la  seconde  séance,  une  électrode  de  10  milli- 
mètres. Cette  seconde  séance  fut  supportée  comme  la  première  ; elle 
dura  cinq  minutes  et  amena  un  changement  notable  dans  l’état  du 
malade.  Les  douleurs,  diminuées  par  la  première  application,  le  furent 
encore  plus  par  la  seconde  et  dès  le  soir  même  il  y eut  une  évacuation 
naturelle,  peu  douloureuse,  mais  une  demi-heure  après  cette  évacua- 
tion les  douleurs  revinrent  très  fortes  et  durèrent  plus  de  deux 
heures. 

Je  fis  deux  autres  applications,  qui  furent  aussi  bien  supportées 
que  les  premières  et  qui  amenèrent  une  amélioration  nouvelle.  A partir 
de  la  quatrième  séance,  les  douleurs  disparurent  complètement.  Deux 
des  fissures  sur  trois  étaient  cicatrisées,  la  troisième  était  beaucoup 
moins  longue  et  moins  profonde.  Huit  jours  après  cette  quatrième 
séance  toutes  les  fissures  étaient  cicatrisées  et  le  malade  se  déclarait 
guéri.  En  effet  l'exploration  du  sphincter  était  devenue  aisée  et  l’on 
pouvait  exercer  sur  la  marge  de  l’anus  des  pressions  même  assez  fortes, 
sans  provoquer  la  moindre  réaction  douloureuse. 

IIÉMORROïuts  — Douraer  ayant  constaté,  chez  des  malades 
qu’il  traitait  pour  sphinctéralgie  et  qui  étaient,  en  même 
temps,  porteurs  d’hémorroïdes,  l’action  favorable  des  appli- 
cations locales  de  haute  fréquence  sur  les  hémorroïdes,  fut 
amené  à traiter  celles-ci  par  les  mêmes  applications. 

La  technique  est  à peu  près  la  même  que  pour  la  fissure 
à l’anus.  Doumer  se  sert  soit  d’électrodes  à manchon  de 
verre,  soit  d’électrodes  métalliques  nues,  mais  de  préférence 


— 269  - 


de  ces  dernières,  car  leur  forme  conique  (Voy.  Fig.  25)  permet,  » 
à mesureque  la  tolérance  s’établit,  au  cours  même  de  l’appli- 
cation, del’introduire  plus  ou  moins  loin  et,  par  conséquent, 
de  mieux  porter  l’agent  thérapeutique,  sur  toute  la  surface 
de  l'affection.  » 

Le  réglage  du  résonateur  s’effectue  de  façon  différente, 
suivant  qu’on  emploie  l’un  ou  l’autre  de  ces  modèles  d’élec- 
trodes. 


Fig.  25. 


Si  l’on  emploie  l’électrode  à manchon  de  verre,  il  faut,  avant 
l’application,  essayer  à la  main  le  rendement  de  l’appareil. 
Il  suffit  pour  cela  de  prendre  le  manchon  à pleine  main  et 
d’augmenter  le  rendement  du  résonateur  jusqu’à  ce  qu’on 
aperçoive,  dans  la  partie  vide  annulaire,  une  lueur  violacée 
ne  produisant  aucune  sensation  désagréable.  Quand  on  s’en 
tient  à un  pareil  réglage,  le  malade  n’accuse  qu’une  légère 
sensation  de  chaleur,  d’ailleurs  très  supportable.  L’inconvé- 
nient des  manchons  de  verre  est  qu’ils  peuvent  être  percés 
par  une  étincelle,  pendant  l’application  ; le  malade  se  plaint 
alors  d’une  piqûre  et  il  faut  changer  le  manchon.  Pour  obvier 
à cet  inconvénient  et  aux  accidents  qui  pourraient  en  résulter, 
Oudin  a proposé  de  recouvrir  le  manchon  de  verre  d’une 
gaine  en  caoutchouc. 

Si  on  emploie  l’électrode  coniqueen  cuivre  nu  (t),  on  n’a  pas 
à craindre  ces  accidents.  En  outre,  il  faut  faire  rendre  d’emblée 
au  résonateur  toute  son  intensité,  car,  avec  cette  électrode, 
l’impression  ressentie  par  le  malade  est  à peu  près  nulle. 

(1)  Le  cuivre,  d’après  Doumer,  est  le  métal  qu’il  a le  plus  utilisé  et  qui  lui  a 
donné  les  meilleurs  résultats.  11  recommande  de  ne  pas  employer  l’aluminiu 
dans  la  construction  de  ces  électrodes. 


— 270  - 


Quel  que  soit  le  modèle  d’électrode  utilisé,  il  faut  avoir  soin 
de  bien  huiler  l’électrode  pour  faciliter  sa  pénétration. 

La  durée  moyenne  des  applications  est  de  deux  à cinq 
minutes.  Les  séances  de  traitement  seront  généralement 
répétées  trois  fois  par  semaine.  Elles  seront  coupées  de  repos 
plus  ou  moins  longs,  en  particulier  lorsque  l’amélioration 
produite  par  les  cinq  à sept  premières  séances  reste  station- 
naire. La  plupart  du  temps,  en  effet,  l’amélioration  obtenue 
par  ces  premières  applications  persiste  ou  bien  augmente 
malgré  l’interruption  ; il  convient  alors  de  suspendre  le  traite- 
ment pendant  quinze  à vingt  jours. 

Dans  d’autres  cas,  elle  est,  au  contraire,  simplement  passa- 
gère, et  il  faut  alors  reprendre  le  traitement  aussitôt. 

Doumer  a traité,  par  cette  méthode,  vingt-six  cas  d’hémor- 
roïdes. Il  a obtenu  des  guérisons  parfois  après  une  seule 
séance,  le  plus  souvent  après  quatre  ou  cinq  applications. 

Les  résultats  sont  bien  meilleurs,  plus  rapides  et  plus  com- 
plets dans  les  cas  aigus  que  dans  les  cas  chroniques.  Ils  sont 
d’autant  moins  brillants  « que  les  altérations  anatomiques 
sont  plus  anciennes  et  quelles  s’accompagnent  moins  de  phé- 
nomènes inflammatoires. 

L’observation  suivante  est  démonstrative  : 


Obs.  (Communiquée  par  Doumer  au  Congrès  d’électrologie 
et  de  radiologie  médicales.  — Paris  1900). 

M.  X...,  vingt-huit  ans,  ingénieur,  que  je  soigne  depuis  un  mois 
environ  pour  une  neurasthénie  grave,  est  pris,  le  25  octobre  1897, 
d’une  poussée  aiguë  d’hémorroïdes.  Il  ne  m’en  parle  que  le  2 novem- 
bre, pour  m’annoncer  que,  devant  subir  la  dilatation  forcée  de  l’anus 
le  lendemain,  il  se  voit  dans  la  nécessité  d’interrompre  le  traitement 
franklinien  dirigé  contre  son  état  neurasthénique.  Je  lui  propose, 
d’accord  avec  son  chirurgien,  une  intervention  électrique  qui  est 
acceptée. 

La  poussée  hémorroïdaire  est  très  intense;  le  malade  souffre  nuit  et 


— 271  — 


jour;  il  peut  à peine  marcher,  ne  peut  s’asseoir,  ne  supporte  que  la  sta- 
tion debout  ou  le  décubitus  dorsal,  les  membres  inférieurs  en  flexion. 
Bourrelet  circulaire  rouge-violacé  très  turgescent  à la  marge  de 
l’anus,  ayant  un  diamètre  de  2 cent  environ.  L attouchement  provoque 
de  très  vives  douleurs  et  l’exploration  digitale  de  la  marge  est  deve- 
nue impossible.  Constipation  absolue,  le  malade  évite  depuis  le  début 
de  l’affection,  toute  tentative  de  défécation.  L’écoulement  sanguin  est 
peu  important  ; un  peu  de  fièvre,  surtout  le  soir. 

Je  fais  une  première  application  le  3 novembre  avec  une  électrode  à 
manchon  de  verre  (3  millimètres)  ; la  tige,  au  début,  ne  peut  dépasser 
la  marge  de  l’anus.  Durée  de  la  séance  : 3 minutes.  Au  bout  de  la 
première  minute,  sensation  de  soulagement  et  l’électrode  peut  être 
enfoncée  de  3 millimètres.  Le  jour  même,  le  malade  s’est  trouvé  très 
soulagé  et  a eu  une  garde-robe,  assez  dure,  sans  trop  souffrir.  11  en  a 
eu  une  seconde  le  lendemain  matin,  demi-molle.  Le  5 novembre,  je 
constate  une  très  grande  diminution  du  bourrelet,  la  masse  hémor- 
roïdale est  beaucoup  moins  turgescente.  Je  fais  une  seconde  applica- 
tion avec  une  électrode  à manchon  de  12  millimètres.  L’introduction 
a été  aisée  et  n’a  provoqué  que  peu  de  douleurs.  Séance  de  3 minutes. 
Le  reste  de  la  journée  a été  fort  bon,  le  malade  a pu  vaquer  à ses 
occupations,  s’asseoir,  marcher,  faire  même  une  assez  longue  course 
en  voiture,  sur  de  mauvais  pavés;  le  soir,  cependant,  à l’occasion 
d’une  selle  un  peu  dure,  quelques  douleurs,  qui  se  calment  spontané- 
ment par  un  quart  d’heure  de  décubitus  dorsal,  les  jambes  fléchies. 
Le  8,  une  selle  naturelle,  non  douloureuse,  le  malade  n'a  plus  eu  de 
douleurs;  il  éprouve,  dit-il,  une  sensation  de  chatouillement  au  fonde- 
ment. Le  9,  je  constate  que  le  bourrelet  a presque  complètement 
disparu  ; il  n’est  plus  douloureux  au  toucher  ; je  fais  une  troisième  et 
dernière  application  dans  les  mêmes  conditions  que  la  deuxième.  A 
partir  de  ce  moment,  tout  est  rentré  complètement  et  définitivement 
dans  l’ordre.  J’ai  suivi  ce  malade  pendant  un  mois  et  demi  après  la 
dernière  application,  il  n’y  a pas  eu  de  nouvelle  fluxion  hémorroïdaire. 

Prurit  anal.  — Leredde(l)  a traité  par  les  courants  de 
haute  fréquence,  au  moyen  d’une  électrode  introduite  dans 
l’anus,  quatre  malades,  atteints  de  prurit  anal  bien  localisé, 

(1)  Lcredde,  Traitement  du  prurit  anal  par  les  courants  de  haute  fréquence 
Soc.,  de  thérapeutique,  9 octobre  1901). 


272 


sans  réaction  cutanée  et  sans  lichénification.  Ces  malades,  qui 
avaient  eu  recours  à tous  les  moyens  classiques  employés  en 
pareil  cas,  sans  en  obtenir  la  moindre  amélioiation,  furent 
complètement  guéris  par  les  applications  locales  de  haute 
fréquence. 


CHAPITRE  VII 


Système  nerveux 

Dans  les  premières  années  qui  ont  suivi  l’introduction  des 
courants  de  haute  fréquence  en  électrothérapie  par  d’Arson- 
val,  les  tentatives  faites  pour  appliquer  cette  nouvelle  forme 
de  l’énergie  électrique  à la  thérapeutique  neuro-musculaire 
n’ont  pas  été  couronnées  de  succès.  Il  suffit,  pour  s’en  con- 
vaincre, de  parcourir  les  articles  dans  lesquels  les  auteurs 
ont  fait,  à cette  époque,  la  synthèse  des  résultats  thérapeu- 
tiques fournis  par  les  hautes  fréquences. 

Apostoli  et  Berlioz,  dans  le  remarquable  travail  qu’ils  ont 
consacré  (1897)  aux  effets  de  l’autoconduction  et  du  lit  con- 
densateur, déclarent  : » Les  névrites , ainsi  que  toutes  les 
affections  fébriles  où  l’éléihent  douloureux  est  prépondérant 
(comme  le  rhumatisme  aigu,  l’accès  de  goutte,  etc.)  ne  sont 
l’objet  d’aucun  soulagement  immédiat  sous  l’action  des  hautes 
fréquences,  et  on  assiste  même  parfois  à une  aggravation 
des  troubles  symptomatiques  douloureux  antérieurs  (1).  » 

Cette  conclusion,  on  la  retrouve  dans  le  rapport  de  Ber- 
gonié  au  Congrès  de  Bruxelles  (1897)  ; mais,  avant  de  pré- 
senter, dans  son  rapport,  une  mise  au  point  très  exacte  de  la 
question  des  hautes  fréquences,  cet  auteur  faisait  les  judicieu- 
ses remarques  suivantes  : « La  question  à résoudre,  dans  ce 
rapport,  est  toute  d’actualité,  si  actuelle  même  que  l’on  peut 
dire  qu’elle  est  quelque  peu  posée  prématurément.  Les  cou- 

(1)  Apostoli  et  Berlioz. — Communication  au  Congrès  international  de  méde- 
cine de  Moscou  [Arclrio.  d’électr.  méd.,  1897). 


18 


— 274  — 

rants  de  haute  fréquence  sont,  en  effet,  les  derniers  et  très 
récemment  venus  dans  la  thérapeutique  électrique.  Il  faudra 
donc  certainement  encore  beaucoup  de  temps  pour  que  cette 
question  soit  résolue  aux  yeux  de  tous  (1)  ». 

Enfin,  au  même  Congrès,  le  docteur  Gilles  (*2)  (de  Marseille) 
fait  remarquer  qu’il  avait  vu  « dans  l’hémiplégie  par  hémor- 
ragie cérébrale  la  contracture  se  produire  rapidement»,  et  il 
ajoutait  : «les  applications  locales  dans  les  névrites  sont  justi- 
fiées des  mêmes  contre-indications  que  la  faradisation  ordi- 
naire. » 

Ces  conclusions,  parfaitement  légitimées  par  les  observa- 
tions de  leurs  auteurs,  ont-elles  une  portée  générale  ou  ne  se 
rappoitent-elles  qu’à  certains  modes  d’application  des  hautes 
fréquences  ? 

Il  y a eu  certainement  quelque  confusion  à cet  égard,  dans 
les  publications  postérieures,  et  il  est  nécessaire  de  bien  dis- 
tinguer entre  les  différents  modes  d’application  des  hautes 
fréquences,  car  les  indications  et  les  contre-indications  doi- 
vent être  posées  pour  chacun  d’eux. 

En  réalité,  on  avait  surtout  utilisé,  d’une  part,  l’auto- 
conduction et  la  condensation  ; d autre  part,  les  applications 
locales  au  moyen  du  résonateur  Oudin,  et  si  les  résultats 
acquis  jusqu’alors  à la  haute  fréquence  ont  été  obtenus  par 
ces  procédés,  il  faut  les  rapporter  scrupuleusement  à chacun 
d’eux.  Apostoli  et  Berlioz,  dont  les  conclusions  sont  citées 
plus  haut,  faisaient  précisément  remarquer,  au  début  de  leur 
article,  qu’ils  ne  mentionnaient  « seulement  que  les  résultats 
obtenus  par  le  lit  et  la  cage.  » 

(1/  Bergonié. — Rapport  surla  Valeur  thérapeutique  des  courants  de  haute  fré- 
quence au  premier  Congrès  international  de  neurologie,  d’électricité  médicale, 
etc.,  de  Bruxelles  (ilrcAiu.  d'électr.  méd.,  1898). 

(2)  Docteur  Gilles  (de  Marseille).—  Communication  au  Congrès  international 

de  Bruxelles. 


— 275  — 


La  statistique  d’Apostoli  et  Laquerrière  (1),  statistique 
des  cas  qui  servent  de  hase  à leur  exposé  des  « propriétés 
thérapeutiques  des  courants  de  haute  fréquence  »,  est  encore 
très  instructive  à cet  égard.  On  y relève  les  chiffres  sui  vants: 


Clinique.  . . . 


Cabinet 


Lit  condensateur 8,715 

Auto-conduction 5,136 

Applications  directes 47 


.Applications  monopolaires 
locales,  vaginales,  intra- 
rectales  ou  sur  la  peau  . . 1,582 


Lit  condensateur 5,518 

Auto-conduction 2,820 

Applications  directes 106 

Applications  monopolaires 
locales  sur  la  peau  ou 
intra- rectales 427 


Il  faut  donc  se  garder  d’étendre  aux  hautes  fréquences  les 
conclusions  suggérées  par  l’emploi  de  tel  ou  tel  de  leurs  modes 
d’application,  car  chacun  d’eux  mérite  une  étude  spéciale. 
Rien  ne  permet  de  supposer,  par  exemple,  que  l’effluve  agit 
de  la  même  façon  que  l’autoconduction. 

Ces  considérations  nous  ont  amené  à expérimenter  les 
applications  directes  dans  le  traitement  de  certaines  affections 
du  système  neuro-musculaire. 

Il  nous  a semblé  que  ces  dernières  se  montraient  efficaces 
dans  des  affections  pour  lesquelles  l’emploi  des  hautes  fré- 
quences, en  général,  paraissait  au  début  devoir  être  rejeté. 
Les  faits  que  nous  avons  observés  et  que  nous  avons  publiés 
(2)  ne  sont  nullement  en  contradiction  avec  les  faits  cliniques 


(1)  Apostoli  et  Laquerrière,  De  l'action  thérapeutique  des  courants  de  haute 
fréquence  dans  l’arthritisme  (Ann.  d’électrobiol  , septembre-octobre  1899). 

(.2)  Denoyés,  Influences  des  applications  directes  des  courants  de  haute  fréquence 


— .76  - 


précédemment  énoncés,  puisque  nous  avons  montré  que  la 
plupart  des  tentatives  thérapeutiques  faites  antérieurement 
sur  le  même  sujet  avaient  été  poursuivies  au  moyen  de  pro- 
cédés tout  différents.  D’ailleurs  quelques  auteurs  avaient 
également  obtenu,  comme  on  le  verra  dans  la  suite  de  ce 
chapitre,  de  très  bons  résultats,  soit  avec  les  applications 
locales,  soit  avec  les  applicatious  directes. 

Nous  exposerons  tous  les  faits  relatifs  aux  affections  du 
système  neuro-musculaire,  en  indiquant,  en  même  temps, 
la  technique  employée.  Nous  envisagerons  successivement 
l’action  des  hautes  fréquences  : 

1°  Dans  les  maladies  des  centres  nerveux  ; 

2°  Dans  les  amyotrophies  ; 

3®  Dans  les  maladies  des  nerfs  et  les  névroses. 

Maladies  des  centres  nerveux 

Hémiplégie.  — Ainsi  que  nous  l’avons  dit  plus  haut, 
Cdlles  déclarait,  au  Congrès  de  Bruxelles,  qu’il  avait  vu,  sous 
l’influence  de  ces  courants,  la  contracture  musculaire  se 
produire  rapidement  dans  1 hémiplégie  par  hémorragie  céré- 
brale. Ilest  regrettable,  à cause  de  leur  intérêt,  que  les  faits 
observés  par  cet  auteur  n’aient  pas  été  publiés  en  détail  (I). 

Il  n’est  guère  possible,  en  effet,  de  tirer  des  observations 
de  cet  auteur,  une  conclusion  ferme,  sans  connaître  le  nombre 
des  cas  auxquels  il  fait  allusion,  l’époque  de  la  maladie  à 

sur  l'élément  atrophique  dans  désaffections  diverses  (Communication  a la  Société 
des  sciences  médicales  de  Montpellier,  séance  du  5 juin  1900.  In  Nouveau 
Montpellier  mcd.,  1er  juillet  1900).  — Action  thérapeutique  des  applications 
directes  des  courants  de  haute  fréquence  (Archiv.  d’Electr.  méd.,  février  et 
mars  1901). 

(1)  Les  compte-rendus  des  séances  du  Congrès,  parus  dans  les  Archives 
d’ Electricité  médicale  (1897),  ne  relatent  aucune  des  circonstances  dans  les- 
quelles ces  phénomènes  ont  été  observés  par  l’auteur. 


— 277  — 

laquelle  le  traitement  a été  appliqué  et  le  mode  opératoire 
employé,  toutes  circonstances  dont  nous  devons  tenir  compte 
dans  l’appréciation  des  résultats  obtenus.  Ceux-ci  ne  nous 
paraissent  d’ailleurs  importants  que  parce  qu’ils  touchent  à 
un  point  délicat,  une  contre-indication  des  hautes  fréquences. 
L’application  de  ces  courants  au  traitement  de  l’hémiplégie 
ne  saurait  être  en  cause.  Les  règles  du  traitement  électrique 
de  cette  maladie  ont  été  fort  bien  établies  par  Duchenne, 
Onimus,  Erb,  etc...,  'et  nous  ne  sommes  pas  autorisé,  à 
l’heure  actuelle,  à introduire  les  courants  de  haute  fréquence 
clans  la  thérapeutique  ordinaire  de  cette  affection. 

Par  contre,  il  n’y  a lieu  certainement  pas  de  considérer, 
indistinctement,  tous  les  tno  les  d'application  des  hautes  fré- 
quences comme  susceptibles  de  provoquer  ou  d'accélérer 
l’apparition  des  contractures.  Il  nous  paraît  logique  cependant 
de  faire  des  réserves  en  ce  qui  concerne  les  applications  géné- 
rales par  condensation  ou  autoconduction  qui  entraînent  des 
modifications  brusques  et  assez  considéi  ables  de  la  circula- 
tion et  pour  les  applications  locales  qui  se  compliquent  d’ex- 
citation sensitive  ou  motrice;  mais  ces  réserves  ne  semblent 
pas  devoir  être  étendues  aux  applications  directes  à la  condi- 
tion de  ne  les  utiliser,  suivant  la  règle  admise  pour  les  autres 
formes  de  courant,  qu’après  la  résorption  de  l’hémorragie. 
Ces  applications  offrent  l’avantage  qu’elles  peuvent  être  loca- 
lisées sur  les  membres  malades  et,  en  outre,  ne  produisent 
aucune  excitation  des  nerfs  sensitifs  ou  moteurs. 

Boinet  et  Caillol  de  Poney  ont  publié  précisément  une  ob- 
servation d’hémiplégie  droite  consécutive  à une  hémorragie 
cérébrale  traitée  par  les  applications  directes.  « La  paralysie, 
qui  datait  de  deux  ans,  ne  subit  aucune  modification , malgré 
quarante-sept  applications.» 

Nous  avons  observé  nous  même  plusieurs  hémiplégiques 
adressés  par  MM.  les  professeurs  Carrieu  et  Grasset  au  ser- 


— 278  — 


vice  d’éleclrothérapie  de  Montpellier.  Ces  malades  ont  été 
soumis,  pendant  quelque  temps,  aux  applications  directes  de 
H.  F.  Voici  les  résultats  constatés  : 

1)  Dans  un  cas  d’hémiplégie  gauche  avec  contracture,  dont  le  début 
remontait  à plusieurs  années,  aucune  modification  ; 

2)  Dans  un  cas  d’hémiplégie  spasmodique  et  atrophique,  une  légère 
diminution  de  la  contracture,  un  peu  plus  de  souplesse  dans  les  mou- 
vements immédiatement  après  le  passage  du  courant  (1),  mais  aucune 
amélioration  persistante  ; 

3)  Dans  un  cas  d'hémiplégie  gauche  avec  contracture,  (le  début  de 
la  maladie  remontant  à sept  ou  huit  mois),  une  légère  diminution  de 
la  contracture  (2)  ; 

4)  Dans  un  cas  d'hémiplégie  droite  avec  contracture  peu  accentuée 
du  membre  inférieur  et  du  membre  supérieur,  chez  un  alcoolique, 
artérioscléreux  (le  début  remontant  à quatre  mois),  la  disparition 
assez  rapide  de  la  contracture  et  l'amélioration  progressive  de  la 
parésie  (3). 

Ces  faits,  quoique  peu  nombreux,  nous  paraissent  de  nature 
à établir  que  les  applications  directes,  en  particulier,  ne  pré- 
sentent pas  d’inconvénients  au  point  de  vue  des  contractures. 
Leur  efficacité  pour  rendre  les  mouvements  aux  membres  para- 
lysés, dans  l'hémiplégie,  n’est  pas  en  cause,  et  ne  saurait 
d’ailleurs  ressortir  des  quelques  observations  sommaires  que 
nous  venons  d’énumérer.  Même  dans  le  dernier  cas  que  nous 
avons  cité,  l’amélioration  n’est,  point  démonstrative  et  peut 
aisément  être  attribuée  à l'évolution  naturelle  d’une  forme 
particulièrement  légère  de  la  maladie. 

Maladies  clc  la  moelle.  — Les  considérations  qui  précèdent 
sont  aussi  bien  applicables  aux  diverses  maladies  de  la  moelle 

(1)  Ces  améliorations  passagères  ont  été  également  signalées  pour  le  courant 
continu  par  Onimus. 

(2)  Le  malade  s était  très  mal  trouvé  d’un  traitement  antérieur,  appliqué 
sous  forme  de  faradisation  par  une  personne  inexpérimentée. 

(3)  Ce  malade,  qui  était  charretier,  put  reprendre  son  métier,  après  une 
dizaine  de  séances. 


— 279  — 

qui  s'accompagnent  de  phénomènes  spasmodiques.  Il  semble- 
rait même  naturel  d’essayer  contre  ces  phénomènes  une  forme 
de  courant  dont  la  caractéristique  essentielle  est  de  ne  produire 
aucune  excitation  sensitive  ou  motrice;  mais  il  n’a  été  publié 
sur  ce  point  aucun  document.  Voici  les  quelques  faits  que  nous 
avons  nous-même  observés  : 

OBSERVATION 

Inédite  (Recueillie  dans  la  pratique  de  M.  le  professeur  Bosc  et  dans  le  service 
d’électrothérapie  de  Montpellier).  Maladie  de  Little. 

Fillette  âgée  de  six  ans. 

La  mère,  primipare,  eut  un  accouchement  très  laborieux.  Après 
vingt-quatre  heures  d’efforts,  l’enfant  vint  naturellement,  mais  en 
état  d’asphyxie,  la  face  tuméfiée  et  violacée.  Jusqu  à l’âge  de  ODze 
mois,  rien  d’anormal,  sauf  des  colères  intenses,  prolongées  et  inex- 
plicables. 

A onze  mois,  assez  rapidement,  la  physionomie,  au  lieu  de  devenir 
intelligente,  prend  une  expression  hébétée  ; les  membres  inférieurs  et 
supérieurs  s'enraidi-sent  ; le  plus  atteint  est  le  membre  supérieur 
gauche  : de  ce  côté  il  y a flexion  de  la  main  et  flexion  des  doigts  sur 
le  pouce. 

L’état  s’aggrave  progressivement,  quoique  l’enfant  ait  pu  arriver 
à faire  avancer  ses  jambes  quand  on  le  pose  à terre,  les  aisselles  sou- 
tenues. 

A l’âge  de  cinq  ans,  crise  convulsive  généralisée  qui  persiste  pen- 
dant une  heure  et  demie  et  qui  ne  laisse  pas  de  paralysie  après  elle. 

Etat  de  la  malade  immédiatement  avant  le  traitement  électrique , décem- 
bre 1899).  — La  fillette  ne  peut  pas  se  tenir  debout  et  se  tient  diffici- 
lement assise.  Les  genoux  sont  fortement  serrés,  un  intervalle  consi- 
dérable persistant  entre  la  face  interne  des  cuisses  ; les  jambes  s’écar- 
tent l’une  de  l’autre,  les  talons  portés  en  dehors  et  en  haut,  tandis  que 
les  deux  gros  orteils  entrent  eu  contact. 

11  existe  un' enraidissement  très  prononcé  des  membres  inférieurs, 
quis’exagère  encore,  quand  on  met  la  malade  debout.  Les  pieds  reposent 
alors  sur  le  sol  par  la  pointe  des  orteils  et  il  est  impossible  de  faire 
appuyer  la  plante  et  le  talon. 

La  marche  est  impossible.  Quand  on  soutient  fortement  la  petite 


280  — 


malade  sous  les  aisselles,  elle  arrive  à peine  à faire  avancer  un  pied 
au-devant  de  I autre  une  à deux  fois,  les  genoux  demeurent  toujours 
très  serrés. 

Les  membres  supérieurs  sont  également  très  enraidis,  surtout  le 
gauche  : le  bras  gauche  est  collé  au  tronc,  l’avant-bras  est  eu  demi- 
flexion  ; la  main  est  fléchie  sur  le  poignet  et  les  doigts  fermés  sur  le 
pouce.  L'enfant  n'écarte  que  difficilement  le  bras  du  thorax  et  si  on 
veut  lui  faire  exécuter  un  mouvement  avec  sa  main  : prendre  un  verre, 
par  exemple,  les  doigts  présentent  des  mouvements  athétosiques  très 
nets,  la  main  va  de  côté  et  d’autre,  planant  longtemps  sur  l’objet  ; elle 
finit  cependant  par  le  saisir  maladroitement  et  renverse  6on  contenu. 

La  tête  est  inclinée  sur  le  cou  à gauche  et  présente  de  temps  à autre 
des  mouvements  lents  de  rotation  ou  de  flexion  en  arrière.  Ces  mou- 
vements sont  de  même  ordre  que  les  mouvements  athétosiques  de  la 
main.  En  outre,  la  commissure  labiale  gauche  se  contourne  dans  divers 
sens,  de  même  que  les  muscles  de  la  face.  Les  muscles  des  jeux  se 
contractent  également  de  façon  à produire  des  strabismes  variés  qui 
donnent  une  expression  curieuse  à la  physionomie. 

L'intelligence  est  peu  développée. 

Traitement  électrique.  — A partir  du  20  décembre  1899,  la  malade 
est  soumise  aux  applications  directes  de  haute  fréquence.  Au  début,  on 
place  simplement  deux  manettes  reliées  aux  extrémités  opposées  du 
petit  solénoïde  de  H.  F.,  chacune  dans  une  main.  Pour  la  main  gauche 
un  aide  doit  maintenir  la  manette  en  place.  L’intensité  dans  ces  pre- 
mières applications  était  de  100  à 150  milliampères.  Le  traitement 
étant  bien  supporté,  on  adopte  alors  la  technique  suivante:  dans  une 
première  application,  une  plaque  d’étain  reliée  à l’une  des  extrémités 
du  petit  solénoïde  est  placée  sur  la  nuque  de  la  malade,  et  bien  ap- 
puyée de  façon  à obtenir  un  très  bon  contact;  deux  manettes  reliées 
par  un  fil  bifurqué  à l’autre  extrémité  du  solénoïde  de  H.  F.  sont  pla- 
cées chacune  dans  unemaiu.  L’intensité  varie  de  200 à 300 milliampères. 
Dans  une  deuxième  application,  la  plaque  d’étain  est  laissée  en  place, 
à la  nuque,  mais  les  deux  manettes  sont  remplacées  par  deux  plaques 
d’étain  que  l’on  place  sur  les  mollets.  L’intensité  varie,  dans  cette 
deuxième  application,  de  400  à 500  milliampères.  La  durée  moyenne 
de  chacune  de  ces  applications  est  de  sept  à huit  minutes. 

Le  traitement  a toujours  été  bien  supporté  par  la  petite  malade  qui 
n’a  jamais  témoigné  de  mécontentement  ni  fait  de  difficultés  pour  se 
soumettre  aux  applications. 


« 


— 281  — 

Dans  la  suite  l’état  de  l’enfant  paraît  s’améliorer  insensiblement. 
Nous  nous  bornons  à résumer  son  état  lors  du  dernier  examen,  pra- 
tiqué, en  janvier  1902. 

Etat  de  la  malade  en  janvier  1902  (après  une  centaine  de  séances  de 
traitement).  L’enfant  agrandi  et  s’est  bien  développée.  La  nutrition 
générale  est  meilleure.  On  constate  les  résultats  suivants  : 

Au  repos,  une  plus  grande  souplesse  dans  les  membres.  Le  bras 
droit  est  moins  enraidi,  de  même  que  le  gauche,  dont  la  main  est  bien 
moins  souvent  et  moins  fortement  contracturée.  La  main  droite  plane 
beaucoup  moins  que  par  le  passé  et  l’enfant  peut  maintenant  porter 
un  verre  à sa  bouche  sans  verser  le  contenu  et  elle  peut  ensuite  le 
reposer  sur  la  table.  Elle  arrive  à mieux  saisir  les  objets  avec  la  main 
gauche  également,  quoique  encore  avec  une  grande  difficulté.  Les 
membres  inférieurs  présentent  une  amélioration  moins  marquée  ; 
néanmoins,  les  genoux  sont  moins  serrés  l’un  contre  l’autre  et  dans 
la  station  debout,  au  lieu  de  poser  uniquement  les  pieds  sur  le  sol  p ir 
la  pointe  des  orteils,  elle  appuie  la  moitié  antérieure  de  la  face  plan- 
taire. Elle  peut,  en  outre,  s’asseoir  plus  facilement. 

Elle  a peu  gagné,  au  point  de  vue  de  la  marche,  quoiqu’elle  puisse 
avancer  plus  facilement  ses  pieds  l’un  au  devant  de  l’autre  et  qu’elle 
appuie  moins  fortement  sur  les  bras  de  la  personne  qui  la  soutient 
aux  aisselles.  Elle  se  tient  d’ailleurs  mieux  et  plus  facilement  debout, 
simplement  soutenue. 

L’intelligence  se  développe  davantage  et  l’enfant,  peut  apprendre  et 
retenir  bien  mieux  ce  qu’on  lui  enseigne  à l’école  où  elle  est  portée. 

La  parole  est  encore  très  indistincte,  enfantine,  mais,  depuis 
quelque  temps,  elle  articu'e  mieux. 

Cette  observation  de  tabes  dorsal  spasmodique  infantile, 
est  surtout  intéressante  parce  qu’elle  montre  qu’un  traitement, 
de  longue  durée  par  les  applications  directes  a été  parfaite- 
ment bien  supporté  et  a produit  une  amélioration,  légère 
sans  doute,  mais  cependant  manifeste.  Nous  avons  constaté 
en  oulre  les  faits  suivants  : 

1°  Un  malade  atteint  de  myélite  syphilitique,  présentant  une  para- 
plégie à peu  près  complète,  de  la  contracture  des  deux  membres  infé- 
rieur?, des  réflexes  très  exagérés  et  une  trépidation  épileptoïde  in- 


tense,  fut  adressé  par  M.  le  professeur  Carrieu  au  service  d’électro- 
thérapie et  soumis  pendant  plusieurs  mois  aux  applications  directes 
de  H.  F.  (400  à 000  milliampères,  pendant  dix  minutes,  trois  fois  par 
semaine).  Sous  1 influence  du  traitement,  nous  avions  constaté  : une 
légère  amélioration  de  la  motilité  ; les  réflexes  étaient  moins  exagérés  ; 
la  trépidation  épileptoïde  était  beaucoup  moins  marquée  ; enfin  le  trem- 
blement continuel  qui  agitait  les  membres  inférieurs  du  malade  au 
début  du  traitement,  avait  disparu  au  bout  d'un  certain  temps,  d’une 
façon  définitive  (1). 

2°  Dans  un  cas  de  myélite  avec  paraplégie  spasmodique,  clnz  un 
malade  du  service  de  M.  le  professeur  Grasset,  les  applications  directes 
continuées  pendant  un  mois  environ  ne  donnèrent  aucune  améliora- 
tion ; 

3°  Dans  un  cas  de  poliomyélite,  avec  état  général  assez  grave, 
(vomissement^  insomnie,  phénomènes  sensitifs  très  marqués)  chez  un 
malade  de  M.  le  professeur  Grasset,  les  applications  directes  furent 
employées,  pendant  plus  de  deux  mois,  en  même  temps  que  l’au  tocon- 
duction.  Ce  traitement  fut  suivi  d’une  légère  amélioration  de  la  moti- 
lité, sur  l’un  des  membres  inférieurs,  d’un  relèvement  de  l’état  général, 
et  d’une  diminution  des  douleurs; 

4°  Dans  un  cas  de  sclérose  en  plaques,  du  service  de  M.  le  profes- 
seur Grasset,  les  applications  directes  paraissaient  atténuer  légère- 
ment le  tremblement  immédiatement  après  les  séances  et  durant  quel- 
ques instants  ; 

Ces  faits  indiquent  manifestement  que  les  applications 
directes  no  sont  point  contre-indiquées  dans  les  maladies  de 
la  moelle,  même  avec  phénomènes  spasmodiques.  Des  recher- 
ches ultérieures  pourront  seules  déterminer  la  part  qu'il 
convient  d’accorder  h cette  modalité  électrique,  dans  le  trai- 
tement de  ces  affections.  Nous  avons  voulu  simplement  énu- 
mérer quelques  faits  qui  démontrent  qu’on  peut  l’utiliser,  tout 
au  moins,  sans  aucun  inconvénient  pour  les  malades. 

(1)  Ce  malade  mourut  quelques  mois  après  avoir  quitté  le  service  d électro- 
thérapie  ot  l’autopsie  révéla  les  lésions  habituelles  des  myélites. 


- 283 


Amyotrophies 

Atrophie  musculaire  progressive.  — Nous  avons  obtenu 
dans  un  cas  d’atrophie  musculaire,  type  scapulo-huméral  de 
Vulpian,  un  résultat  remarquable,  consigné  dans  l’observa- 
tion suivante. 


OBSERVATION  PERSONNELLE 
(Publiée  in  Archives  d' Electricité  médicale , mars  1901) 

Atrophie  musculaire  progressive,  type  scapulo-huméral  de  Vulpian 
(recueillie  dans  le  service  de  M.  le  professeur  Carrieu  et  dans  le  ser- 
vice d’électrothérapie). 

Jean-Baptiste  C...,  soixante-douze  ans,  cultivateur,  entre  à l'hôpital 
le  24  octobre  1899,  dans  le  service  de  M.  le  professeur  Carrieu,  pour 
parésie  des  membres  supérieurs. 

Antécédents  héréditaires.  — Rien  à signaler. 

Antécédents  personnels . — Comme  maladie  antérieure,  le  malade  n’ac- 
cuse que  des  fièvres  intermittentes  qu’il  aurait  eues  pour  la  première 
fois  en  1862.  Depuis  lors,  il  serait  sujet  à des  accès  de  fièvre  revenant 
chaque  année,  mais  ne  durant  que  quelques  jours. 

Histoire  de  la  maladie  actuelle.  — Il  fait  remonter  le  début  de  la 
parésie  des  membres  supérieurs  à sept  mois  environ,  aux  premiers 
jours  d’avril  1899.  11  dit,  en  effet,  être  tombé  malade  à cette  époque 
et  avoir  gardé  la  fièvre  (grippe  ou  fièvre  poliomyélitique)  pendant  près 
de  trois  mois.  Quand  il  a voulu  reprendre  son  travail,  manier  la  bêche 
ou  la  pioche,  il  a constaté  que  ses  membres  supérieurs  étaient  consi- 
dérablement affaiblis  ; il  s’est  aperçu  également  que  les  masses  mus- 
culaires de  l’épaule,  surtout  à droite,  étaient  diminuées. 

Peu  à peu,  ces  phénomènes  se  sont  accentués,  les  membres  supérieurs 
ont  été  envahis  presque  en  totalité,  et  tout  travail  est  devenu  impos- 
sible. 

L’atrophie  a donc  nettement  débuté  par  l’épaule.  Le  malade  est  très 
affirmatif  sur  ce  point. 

Etal  du  malade  à son  entrée  à l’Hôpital  (24  octobre  1899).  — Grand, 
bien  constitué,  paraît  très  robuste. 

Les  masses  musculaires  de  l’épaule  et  du  bras  sont  diminuées  de 
volume  et  absolument  flasques. 


— 284  - 


Le  deltoïde  semble  surtout  atteint,  car  le  moignon  de  l’épaule  est 
très  aplati. 

Au  bras,  la  peau  est  ridée,  beaucoup  trop  large  pour  les  masses 
qu’elle  recouvre  ; l’atrophie  est  moins  marquée  pour  le  triceps  que 
pour  les  autres  muscles. 

Les  masses  de  l'avant-bras,  quoique  diminuées,  paraissent  cependant 
moins  atteintes. 

Les  mensurations  pratiquées  à ce  moment  donnent  les  chiffres 
suivants  : 

Bras  droit. . . 23  centimètres.  Avant-bras  droit. . . 23  centimètres. 

— gauche.  23cm,5  — gauche.  22  — 

Aux  mains,  on  note  un  léger  aplatissement  de  l’éminence  tliénar  ; les 
ombric aux  et  les  interosseux  paraissent  peu  intéressés. 

Aux  membres  inférieurs,  l’atrophie  n’est  pas  manifeste.  Les  muscles 
du  tronc  et  de  la  face  sont  indemnes. 

Motilité.  — Les  membres  supérieurs  sont  pendants  le  long  du  corps, 
et  le  malade  ne  peut  pas  les  écarter  de  plus  de  45°. 

L'avant  bras  ne  peut  exécuter  que  de  légers  mouvements  de  flexion  . 
il  n’arrive  pas  à se  mettre  à angle  droit  avec  le  bras.  Les  mouveraen'g 
de  pronation  et  de  supination  sont  très  limités,  à peine  ébauchés. 

La  main  est  fléchie  sur  l'avant-bras  ; les  doigts  sont  immobilisés  dans 
la  flexion.  La  main  est  donc  à peu  près  fermée.  Le  pouce  est  attiré  en 
arrière  ot  en  dehors. 

Pour  porter  une  main  au-devant  de  la  poitrine,  le  malade  doit  s’aider 
de  la  main  opposée  ; il  la  fait  grimper,  pour  ainsi  dire,  sur  la  face 
antérieure  du  thorax.  11  incline  le  tronc  à droite  ou  à gauche,  succes- 
sivement, comme  pour  aider  ce  mouvement. 

Il  écarte  les  doigts  très  difficilement;  encore  faut-il  qu’il  trouve,  au 
préalable,  un  point  d’appui  pour  sa  main  et  l’extrémité  de  ses  doigts. 

Au  dynamomètre,  il  arrive  à 2,5  à droite,  à 5 à gauche. 

Tous  ces  phénomènes  sont,  d'ailleu'S,  plus  marqués  à droite  qu'à 
gauche. 

Bien  que  l’atrophie  d s membres  inférieurs  ne  soit  pas  apparente, 
le  malade  déclare  qu'il  ne  peut  pas  faire  de  marches  prolongées, 
parce  qu’il  se  fatigue  très  vite. 

En  résumé,  les  mouvements  possibles  sont  très  limités;  le  malade 
ne  peut  pas  s’habiller  et  se  déshabiller  ; il  ne  peut  ni  saisir  ni  soûle- 


— 285  - 


ver  le  moindre  objet  (un  infirmier  est  chargé  de  lui  faire  prendre  ses 
repas. 

Les  réflexes  tendineux  sont  abolis  aux  membres  supérieurs,  conser- 
vés aux  membres  inférieurs. 

On  note  des  contractions  fibrillaires  très  nettes  dans  les  muscles 
atteints.  Aucun  trouble  du  côté  des  sphincters. 

Sensibilité.  — La  sensibilité  est  conservée.  Pas  de  douleur  à la 
percussion  de  la  colonne  vertébrale.  C’est  à peine  si  on  note  une 
légère  douleur  à la  pression  sur  le  trajet  du  radial.  Du  reste,  cette 
douleur  ne  se  produit  pas  spontanément.  Au  niveau  du  plexus,  aucune 
douleur. 

Du  côté  des  autres  appareils , on  note,  pour  l’appareil  respiratoire, 
un  léger  emphysème  ; au  cœur,  un  premier  bruit  soufflé. 

Examen  électrique  (28  octobre  1899).  — Muscles  examinés  : del- 
toïde (portion  scapulaire  et  claviculaire),  trapèze,  biceps,  extenseur 
commun  et  fléchisseur  commun  des  doigts.  L’examen  révèle  quelques 
modifications. 

1°  Modifications  quantitatives  : A)  Excitabilité  faradique.  — On 
constate  pour  la  portion  scapulaire  du  deltoïde  une  diminution  nota- 
ble de  cette  excitabilité  à droite  et  à gauche  ; cette  diminution  est 
encore  plus  marquée  à gauche. 

Pour  la  portion  claviculaire  du  deltoïde, une  diminution  plus  légère 
(l’excitabilité  est  égale  à droite  et  à gauche). 

Pour  le  trapèze,  le  biceps  et  le  triceps,  une  excitabilité  égale  à 
droite  et  à gauche  et  paraissant  normale. 

Pour  le  fléchisseur  et  l’extenseur  communs  des  doigts,  une  diminu  - 
tion  sensible  do  l'excitabilité,  diminution  plus  marquée  à droite  qu’à 
gauche. 

B)  Excitabilité  galvanique.  — L’excitabilité  galvanique  est  plus 
grande  adroite  qu’à  gauche  pour  ia  portion  scapulaire  du  deltoïde; 
sensiblement  égale  à droite  et  à gauche  pour  la  portion  claviculaire, 
le  trapèze  et  le  triceps  ; plus  grande  à droite  qu’à  gauche  pour  le 
biceps;  moindre  adroite  qu’à  gauche  pour  le  fléchisseur  et  l’exten- 
seur communs  des  doigts. 

2°  Modifications  qualitatives.  — On  constate  la  lenteur  des  secousses 
pour  la  portion  scapulaire  du  deltoïde  et  pour  l’extenseur  des  doigts 
à droite  et  à gauche.  Les  secousses  du  biceps  et  du  fléchisseur  com- 


— 286  - 


mun  présentent  aussi  une  certaine  lenteur,  moins  accusée  que  pour 
les  deux  muscles  précédents.  En  outre,  soit  pour  le  biceps,  soit  pour 
le  fléchisseur,  ce  caractère  est  plus  marqué  à droite  qu’à  gauche. 

On  n’observe  l’inversion  que  sur  le  biceps  droit  et  sur  l’extenseur 
commun  gauche. 

En  résumé,  il  paraît  y avoir  : 

Dégénérescence  assez  nette  de  la  portion  scapulaire  du  deltoïde  et 
de  l’extenseur  commun  des  doigts  adroite  et  à gauche  (modifications 
des  excitabilités  faradique  et  galvanique,  lenteur,  inversion  pour 
l’extenseur  droit). 

Dégénérescence  du  biceps  droit  (modification  des  excitabilités  , 
lenteur  et  inversion)  et  du  fléchisseur  commun  droit  (modification  des 
excitabilités  et  lenteur). 

Dégénérescence  moins  bien  établie  du  biceps  et  du  fléchisseur 
gauches  (modification  des  excitabilités,  certain  degré  de  lenteur). 

Traitement  et  résultats  du  traitement.  — A partir  du  3 novembre,  le 
malade  est  traité  par  la  galvanisation  trois  fois  par  semaine,  pendant 
dix  à quinze  minutes  (pôle  positif  à la  nuque,  pôle  négatif  dans  une 
cuve  remplie  d’eau  où  plongent  les  deux  mains;  l’intensité,  10  ma.). 

Après  dix  séances  de  ce  traitement  très  régulièrement  suivi,  le 
26  novembre  on  n’observe  aucune  amélioration  : on  ajoute  alors  aux 
courants  continus  la  faradisation  des  muscles  atteints  (bobine  à gros 
fil,  interruptions  rythmées). 

Le  11  décembre,  le  nombre  des  applications  déjà  faites  est  de  dix- 
sept  pour  la  galvanisation,  de  six  pour  la  faradisation  et  aucun  chan- 
gement n’est  survenu  dans  l’état  du  malade.  Les  mensurations,  le 
dynamomètre  et  l’examen  électrique  fournissent  les  mêmes  indications 
qu’avant  le  traitement. 

A dater  du  11,  on  substitue  aux  courauts  continus  et  induits  les 
applications  directes  de  H F.  Une  large  plaque  d’étain,  moulée  sur  la 
nuque  et  la  partie  supérieure  de  la  région  dorsale,  est  reliée  à une 
extrémité  du  solénoïde.  Deux  manettes,  reliées  à l’autre  extrémité, 
sont  placées  chacune  dans  une  main.  L’intensité  du  courant  employé 
a varié  de  300  à 609  ma.,  suivant  les  séances.  La  durée  des  applica- 
tions était  en  général  de  dix  minutes,  trois  fois  par  semaine. 

Le  23  (après  six  séances  de  H. F.),  les  mouvements  sont  un  peu 
plus  faciles  et  un  peu  plus  étendus. 

Dès  lors,  l’amélioration  s’accentue  de  jour  en  jour. 


— 2S7 


8 janvier.  — (Après  douze  séances  de  Ii. F.),  le  malade  peut  placer 
ses  mains  sur  la  tête. 

26  janvier,  au  dynamomètre,  côté  droit,  3,5;  côté  gauche,  5. 

3 février.  — An  dynamomètre,  côté  droit,  6,5  ; côté  gauche,  6,5. 

Le  18  (après  vingt  huit  applications  de  H. F.).  — Nouvel  examen 
électrique. 

L’excitabilité  faradique  est  sensiblement  égale  à droite  et  à gauche 
pour  les  deux  portions  du  deltoïde  et  augmentée  depuis  le  premier 
examen  ; elle  est  toujours  égalé  des  deux  côtés  et  paraît  normale  pour 
le  trapèze  et  le  biceps  ; elle  est  un  peu  moindre  à droite  qu’à  gauche 
pour  le  fléchisseur  et  l’extenseur  communs  des  doigts,  mais  elle  est 
légèrement  augmentée  pour  ces  muscles  des  deux  côtés  relativement 
au  premier  examen. 

L’excitabilité  galvanique  est  plus  grande  à droite  qu’à  gauche  pour 
la  portion  scapulaire  du  deltoïde,  sensiblement  égale  des  deux  côtés 
pour  la  portion  claviculaire,  le  trapèze  et  le  biceps.  Elle  est  un  peu 
plus  grande  à droite  qu’à  gauche  pour  le  fléchisseur  et  l’extenseur 
communs  des  doigts. 

On  ne  constate  plus  la  lenteur  que  pour  l’extenseur  commun.  L’in- 
version n’existe  plus  pour  le  biceps,  elle  persiste  pour  l’extenseur 
commun  gauche. 

1er  mars.  — L’amélioration  de  la  motilité  est  accentuée,  plus  encore 
à gauche  qu’à  droite.  La  main  et  les  doigts  ne  sont  plus  immobilisés 
dans  la  flexion.  Les  mouvements  de  flexion  et  d’extensionsontpossibles, 
mais  l’extension  complète  n’est  pas  réalisée.  Les  doigts  ne  s’écartent 
pas  encore  très  bien.  L’opposition  du  pouce  est  légèrement  limitée. 

Les  mouvements  de  pronation  et  de  supination,  qui  étaient  à peine 
possibles,  sont  rétablis.  La  flexion  du  bras  sur  l’avant-bras  est  nor- 
male à gauche,  très  légèrement  limitée  à droite. 

Le  malade  peut  porter  la  main  gauche  sur  l’épaule  droite.  Il  n’exé- 
cute pas  ce  mouvement  avec  la  main  droite  pour  l’épaule  gauche. 

Les  mensurations  donnent  les  résultats  suivants  : 

Bras  droit. .. . 24  centimètres.  Avant-bras  droit...  24cm,  1. 

Bras  gauche. . . 24cm,  3.  Avant-bras  gauche.  24  cent. 

Interruption  du  traitement,  du  1er  au  19  mars. 

Le  20,  reprise  du  traitement  ; on  continue  les  applications  directes 
de  H. F.  comme  précédemment,  mais  on  leur  adjoint  la  faradisation 
(bobine  à gros  fil,  interruptions  rythmées)  des  muscles  de  l'épaule  et 


— 288  — 

du  bras.  Ce  supplément  de  traitement  n’est  pas  étendu  aux  muscles 
de  l’avant-bras. 

20  avril.  — Dynamomètre,  côté  droit,  9 ; côté  gauche,  il. 

16  mai.  — Mensurations  : 

Bras  droit. .. . 25  centimètres.  Avant-bras  droit...  24cm,  5. 

Bras  gauche..  25  — Avant-bras  gauche.  24  cent. 

7 juin.  — Nouvel  examen  électrique.  Muscles  examinés  : deltoïde 
(portions  claviculaire  et  scapulaire),  fléchisseur  et  extenseur  com- 
muns des  doigt9. 

L’excitabilité  faradique  peut  être  considérée  comme  normale  pour 
la  portion  claviculaire  du  deltoïde,  et  comme  très  voisine  de  la  nor- 
male pour  la  portion  scapulaire  droite  ; à gauche,  quoique  augmentée 
relativement  aux  précédents  examens,  elle  est  moindre  qu’à  droite. 

Rlle  est  sensiblement  égale  des  deux  côtés  pour  le  fléchisseur 
commun  ; moindre  à droite  qu’à  gaucho  pour  l’extenseur  commun. 
Pour  ce  dernier  muscle,  elle  a beaucoup  augmenté  depuis  le  dernier 
examen,  surtout  à gauche. 

L’excitabilité  galv  inique  est  égale  des  deux  côtés  pour  les  portions 
scapulaire  et  claviculaire  du  deltoïde  ; un  peu  plus  grande  à droite 
qu’à  gauche  pour  le  fléchisseur  et  l’extenseur  communs. 

On  ne  constate  plus  la  lenteur  des  secousses  et  l’inversion  pour 
l'extenseur  commun  des  doigts. 

13  juin.  — Dynamomètre:  côté  droit,  12;  côté  gauche,  14. 

Mensurations  : 

Bras  droit 26  centimètres.  Avant-bras  droit. .. . 24cœ,5 

Bras  gauche..  2(5  — Avant-bras  gauche..  24  centimètres. 

Le  21  juin,  les  mouvements  d’extension  des  doigts  ont  presque 
repris  leur  amplitude  normale,  su:  tout  à gauche.  L’opposition  du 
pouce  est  normale  à gauche,  à peine  incomplète  à droite.  Les  doigts 
s’écartent  facilement.  Les  mouvements  de  pronation  et  de  supina- 
tion sont  normaux  des  deux  côtés. 

En  faisant  obstacle  à la  flexion  de  l’avant-bras,  on  constate  que 
la  force  est  revenue  dans  le  bras.  Le  malade  peut  porter  la  main 
gauche  sur  l’épaule  droite,  la  main  droite  à une  faible  distance  de 
l'épaule  gauche  II  peut  mettre  ses  deux  mains  derrière  la  tète.  De- 
puis longtemps,  il  n'a  plus  besoin  d’aide  pour  s'habiller  et  se  désha- 
biller. Il  vaque  même  à quelques  occupations.  L’avant-bras  étant  en 


— 289  — 


extension,  le  malade  a pu  soulever  une  chaise  et  amener  le  membre 
supérieur  à l’horizontale. 

Il  quitte  le  service  d’électrothérapie  le  25  juin  1900. 

Nombre  total  d’applications  directes  de  H.  F.:  67. 

Nombre  des  séances  de  faradisation  dans  la  deuxième  période  du 
traitement  (après  l’amélioration  par  la  H.  F.):  38. 

On  a donc  pu  obtenir,  pour  ce  malade,  un  rétablissement  très  sa- 
tisfaisant de  la  motilité  et  une  régression  notable  de  l’atrophie  révélée 
parles  mensurations.  Les  examens  électriques  pratiqués  à diverses 
périodes  ont  permis,  en  outre,  de  constater  et  de  suivre  les  modifi- 
cations heureuses  des  réactions  électriques. 

Il  importe  de  remarquer  que  le  traitement  par  la  galvanisation  et 
la  faradisation  appliqué  au  début  n’avait  amené  aucune  amélioration, 
quoiqu’il  eût  été  très  régulièrement  suivi. 

Lorsque  la  faradisation  a été  de  nouveau  utilisée,  l’amélioration 
par  la  H.  F.  était  déjà  très  accentuée.  On  n’avait  renoncé,  d’ailleurs, 
à cette  forme  de  courant  qu’à  cause  de  la  diminution  persistante  de 
l’excitabilité  faradique.  On  n’a  eu  de  nouveau  recours  à elle  que 
lorsqu’on  a eu  constaté,  à la  suite  des  applications  directes  de  H.  F., 
le  retour  à peu  près  complet  de  cette  excitabilité  même. 

Enfin,  l’action  de  la  faradisation  a été  localisée  aux  muscles  pour 
lesquels  cette  restitution  était  acquise;  pour  les  autres,  l’extenseur  et 
le  fléchisseur  communs,  par  exemple,  on  a continué,  par  conséquent, 
l’usage  exclusif  de  la  H.  F.,  et  l’amélioration  est  également  survenue 
et  s’est  accentuée. 

Afin  de  rendre  plus  facile  la  comparaison  des  résultats  des  examens 
électriques  successifs,  nous  réunissons  dans  un  tableau  les  réactions 
présentées,  à ces  différentes  époques,  parles  muscles  lesplus  atteints. 


19 


- 290  — 


Comparaison  des  résultats  des  différents  examens  électriques 
pour  les  muscles  les  plus  atteints. 


28  octobre  1899 

18  février  1900 

7 juin  1900 

Deltoïde 

.’  Portion  scapulaire  droite  : 

E.  farad. . 

D (dis!  do  la  bobine)  =6,6 

D=7,8 

D=8,5 

E.  galv... 

KFS=2,5  AFS=5 

KFS=0,7  AFS=3,2 

IvFS=l,25  AFS =2 

Modif.  qualil. 

Lenteur. 

Pas  de  lenteur. 

Pas  de  lenteur. 

Portion  scapulaire  gauche  : 

E.  farad.. . 

D=6 

D=7,7 

D=7,8 

E.  galv. . . 

KFS=4,75  AFS  — 5,5 

t7! 

*73 

C/J 

II 

■J 

> 

’-Q 

C/2 

II 

0 O 

KF3=1,50  AF3=2, 

Modif.  qualit. 

Lenteur. 

Pas  de  lenteur. 

Pas  de  lenteur. 

Biceps  droit  : 

E.  farad. . . 

D=10 

D=12 

* 

E.  galv. . . 

KFS=4,75  AFS=5 

KFS=0,4  AFS=2 

Modif.  qailit. 

Inversion. 

Pas  d inversion. 

Lenteur. 

Pas  de  lenteur 

Biceps  gauche  : 

E.  farad. . . 

D=10 

D=12 

E.  galv. . . 

KFS=5,75  AF3=8 

KFS=0,1  AFS=5 

Modif.  qualil. 

Certain  degré  de  lent. 

Pas  de  lenteur. 

Extenseur  commun  des  doigts  droit  : 

E.  farad. . . 

D=6 

D=0,5 

D=7,6 

E.  galv... 

KF8=5,50  AFS=13 

KFS=3,5  AFS=4 

K FS— 4 AFS=6 

Modif.  qualit. 

Lenteur. 

Lenteur. 

Pas  de  lenteur. 

Extenseur  commun  des  doigts  gauche  : 

E.  farad. . . 

O 

II 

03 

ÜI 

D=7 

D=8,7 

E.  galv... 

IvFS=5  AFS=3,5 

KFS=4,5  AFS=4 

KFS=5AF3=6 

Modif.  qualil. 

Inversion. 

Inversion. 

Pas  d’inversion. 

Lenteur. 

Lenteur. 

Pas  de  lenteur. 

Fléchisseur  commun  des  doigts  droit  : 

E.  farad. . . 

lO 

O 

II 

a 

D=7 

D=9 

E.  galv. . . 

KFS=3  AFS=3.5 

KF3=3  AFS=4 

KFS=4  AF3=5 

Modif.  qualil. 

Lenteur. 

Pas  de  lenteur. 

Pas  de  lenteur. 

Fléchisseur  commun  des  doigts  gauche  : 

E.  farad. . . 

D=7 

D=7,5 

D=9,2 

E.  galv. . . 

KFS=2  AFS=3 

KFS=3,75  AF3=5 

KFS=4  AF3=7 

Modif.  qualil.  Certain  degré  de  lent. 

Pas  de  lenteur. 

Pas  de  lenteur. 

— 291  — 


Sans  doute,  cette  observation  ne  peut  suffire  à elle  seule  à 
établir  la  valeur  des  applications  directes  de  haute  fréquence 
dans  l’atrophie  musculaire  progressive,  étant  donné  surtout 
l’inconstance  des  résultats  tournis  par  le  traitement  électri- 
que en  pareil  cas.  Il  importe  cependant  de  rapprocher  de 
cette  observation  les  résultats  concordants  que  nous  avons 
retrouvés  chez  la  plupart  des  malades  présentant  de  l’atrophie 
et  qui  étaient  soumis  aux  mêmes  applications. 

Atrophies  musculaires  secondaires  d'origine  diverse.  — 
Nous  avons  signalé  dans  quelques  publications  (1)  l’heureuse 
influence  exercée  par  les  applications  directes  sur  l’élément 
atrophique  dans  des  affections  diverses,  notamment  dans  les 
névrites  et  dans  les  lésions  articulaires  (2). 

Un  certain  nombre  de  malades  que  nous  avions  soumis  à ce 
mode  d’électrisation,  présentaient,  en  effet,  de  l’atrophie  mise 
en  évidence  par  une  diminution  souvent  considérable  des 
masses  musculaires  et  une  dépression  sensible  des  forces. 
Pour  un  certain  nombre  d’entre  eux,  l’examen  électrique 
avait,  en  outre,  révélé  soit  des  modifications  quantitatives 
des  excitabilités,  soit  même  la  réaction  de  dégénérescence. 
Chez  tous  ces  malades,  les  applications  directes  ont  amené 
la  régression  de  l’atrophie  musculaire.  Après  un  nombre  de 
séances  de  traitement  variable  suivant  les  cas,  on  a pu 
constater  : 

1°  Que  le  périmètre  du  membre  ou  du  segment  de  membre 
atteint  avait  augmenté  dans  des  proportions  sensibles  chez 
tous  les  malades  ; 

(1)  Denoyés,  Influence  des  applications  directes  des  courants  de  haute  fréquence 
sur  l’élément  atrophique  dans  des  affections  diverses  (Communication  à la  Société 
des  sciences  médicales  de  Montpellier,  séance  du  5 juin  1900,  in  Nouveau 
Montpellier  méd.,  lor  juin  1900).  — Action  thérapeutique  des  applications 
directes  des  courants  de  haute  fréquence  ( Archiv . d'électr.  méd.,  février  et  mars 
1901). 

(2)  Voy.  chap.  VII 1, 3®  partie. 


t 


— Z92  — 

2°  Que  la  force  musculaire,  dans  les  cas  où  on  avait  pu  la 
mesurer  au  dynamomètre,  avait  également  augmenté; 

3°  Pour  les  malades  sur  lesquels  l’examen  électrique  avait 
pu  être  pratiqué  : 

a)  Que  l’excitabilité  faradique,  diminuée  avant  le  traitement, 
était  redevenue  normale  on,  tout  au  moins,  avait  augmenté 
sous  l’influence  des  courants  de  haute  fréquence; 

b)  Que  l’excitabilité  galvanique,  tantôt  augmentée,  tantôt 
diminuée,  avait  été  souvent  ramenée  à la  normale  (ce  qu’on  a 
pu  observer  dans  le  cas  où  la  lésion  étant  unilatérale,  la  com- 
paraison avec  le  côté  normal  a été  faite); 

c)  Que  les  modifications  qualitatives,  telles  que  la  lenteur 
des  secousses  ou  l’inversion,  notées  dans  certains  cas,  avaient 
disparu  à la  suite  du  traitement. 

Ces  constatations,  renouvelées  sur  un  certain  nombre  de 
malades,  et  dans  des  conditions  diverses,  mettent  hors  île 
doute  l’action  trophique  que  les  courants  de  haute  fréquence, 
en  applications  directes,  exercent  sur  les  muscles. 

Grâce  à la  technique  particulière  qu’il  a décrite  et  que  nous 
avons  précédemment  (1)  exposée,  Marie  a utilisé  Ls  applica- 
tions locales  des  courants  de  haute  fréquence  pour  obtenir 
« le  rétablissement  du  fonctionnement  musculaire  à la  suite 
d'arthrites,  de  rhumatismes,  de  fractures,  de  luxations  et 
de  contusions.  » 

\ 

L’avantage  des  contractions  musculaires  que  l'on  obtient, 
en  produisant,  comme  l’a  indiqué  Marie,  des  interruptions 
sur  le  circuit  du  malade,  « résulte  de  ce  que,  à énergie  de 
mouvement  égale,  la  sensation  pour  le  malade  est  beaucoup 
moins  douloureuse  que  pour  les  autres  formes  de  couVant 
électrique.  » Ce  traitement  est  donc  « tout  naturellement  in- 


(1)  Voir,  troisième  partie,  chapitre  I. 


- *293  — 

cliqué,  toutes  les  fois  que  les  malades  sont  très  impression- 
nables ou  que  l’on  veut  produire  des  contractions  musculaires 
extrêmement  énergiques.  » 

D’après  Marie,  les  courants  de  haute  fréquence  ainsi  ap- 
pliqués « sont  sans  action  toutes  les  fois  que  le  nerf  est 
altéré  »,  ou  que  la  fibre  musculaire  est  malade;  dans  tous 
les  cas  où  l’on  observe  la  réaction  de  dégénérescence.  Ce 
traitementne  conviendrait  donc,  d’après  lui,  ni  aux  atrophies 
musculaires  liées  à un  processus  de  névrite,  ni  aux  myopathies. 

Dans  les  affections  que  nous  avons  énumérées  plus  haut, 
Marie  a,  au  contraire,  obtenu  d’excellents  résultats. 

Maladies  des  nerfs  et  névroses 

Névrites.  — Ainsi  que  nous  l’avons  déjà  dit  au  début  de 
ce  chapitre,  les  courants  de  haute  fréquence  ont  été,  au 
début,  considérés  comme  contre-indiqués  dans  les  névrites. 
Les  détails  que  nous  avons  donnés,  à ce  propos,  permettent  de 
comprendre  comment  l’expérience  plus  longtemps  poursuivie 
de  l’action  thérapeutique  des  hautes  fréquences  a pu  montrer 
l’efficacité  de  cette  forme  de  courant  dans  des  affections 
qui  ne  paraissaient  pas  tout  d’abord  devoir  bénéficier  de  ses 
applications.  Des  différences  considérables  dans  la  technique 
employée  par  les  divers  auteurs  suffisent,  en  effet, à expliquer 
les  divergences  des  résultats  qu’ils  ont  obtenus. 

Dans  des  publications  postérieures  à celles  que  nous  ve- 
nons de  citer,  on  trouve  précisément  signalés  quelques  faits 
qui  paraissent  établir  qu’on  peut  utiliser  avec  succès  les 
courants  de  haute  fréquence  dans  le  traitement  des  névrites. 

Oudin  a publié  (1)  en  1898  une  observation  très  démons- 
trative de  névrite  traumatique  progressant  depuis  un  an, 


(1)  Oudin,  Les  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension  dans  les  mala- 
dies de  la  peau  et  des  muqueuses  (.dnn.  d'électrohiol.,  janvier-février  1898). 


- 291  — 

malgré  tous  les  traitements,  et  qui  avait  été  enravée  et 
guérie  par  la  haute  fréquence. 

Il  s’agissait  d'une  malade  qui  avait  reçu  un  coup  très  .vio- 
lent sur  le  bord  cubital  de  la  main  droite  et  chez  laquelle 
étaient  survenus  successivement  : des  douleurs  vives,  une 
anesthésie  assez  étendue,  des  troubles  trophiques  et  vaso- 
moteurs extrêmement  intenses  de  la  peau  des  régions  inté- 
ressées et  enfin  une  atrophie  musculaire  très  marquée.  Cette 
malade  avait  été  d’abord  traitée  par  des  bains  d’électricité 
statique  et,  plus  tard,  par  des  séances  quotidiennes  de  fara- 
disation, pendant  six  semaines,  tout  cela  sans  amélioration. 

Le  traitement  institué  par  Oudin  consistait  en  séances  de 
haute  fréquence  renouvelées  tous  les  jours  et  d’une  durée  de 
quinze  minutes,  séance  pendant  lesquelles  la  peau  de  la 
région  malade  était  criblée  de  petites  étincelles.  Sous  l’in- 
fluence de  ce  traitement,  qui  fut  suivi  pendant  quinze  jours, 
une  amélioration  considérable  se  produisit  immédiatement. 
La  malade,  revue  un  an  après,  était  complètement  guérie. 

l)e  son  côté,  Sudnik,  dans  un  article  consacré  au  « traite- 
ment électrique  des  névralgies  » (1),  dit  avoir  employé  soit 
les  applications  directes  de  haute  fréquence,  soit  le  résonateur 
Oudin,  comparativement  h la  cataphorèse  au  chlorure  de  zinc. 
En  ce  qui  concerne  les  deux  modes  d’application  des  courants 
tle  haute  fréquence  qu’il  a utilisés;  cet  auteur  s’exprime  ainsi  : 
« Je  n’ose  pas  encore  me  prononcer  définitivement  sur  la 
valeur  relative  des  deux  procédés,  ni  sur  leurs  indications  pré- 
cises. J’admets  cependant  que,  quand  il  s’agit  d’une  névralgie 
franchement  intermittente,  aiguë  pour  ainsi  dire,  avec  des 
points  douloureux,  c’est  au  résonateur  Oudin  qu'il  faut  avoir 
recours.  Tandis  que  lorsqu’il  s’agit  de  douleurs  par  trop 


(1)  Sudnik,  Contribution  ci  l'étude  du  traitement  électrique  des  névralgies 
(Ann.  d'électrobiol.,  juillet-août  1899). 


— 295  — 


intenses,  continues,  lorsqu’on  est  autorisé  à admettre  qu’il 
s’agit  d’une  névralgie  névritique , c’est  au  petit  solénoïde 
qu’il  faut  réunir  les  rhéophores.  » 

Sudnik  a,  en  effet,  publié  parmi  ses  observations  de  névral- 
gies quelques  observations  de  névrites  dans  le  traitement  des- 
quelles il  avait  employé  les  courants  de  haute  fréquence,  en 
même  temps  que  d’autres  méthodes  de  traitement  électrique 
ou  alternativement  avec  elles.  Il  avait  obtenu  parfois  de  très 
bons  résultats.  Ainsi,  dans  un  cas  de  névrite  sciatique,  il  eut 
recours  à la  haute  fréquence,  lorsque  la  douleur  avait  com- 
plètement cessé.  « Il  restait  seulement  une  sensation  de  four- 
millement qui,  sans  empêcher  le  fonctionnement  physiologique 
du  membre, était  assez  pénible.»  Ladisparition  de  ce  symptôme 
fut  obtenue  assez  rapidement. 

Apostoli  et  Laquerrière,  dans  une  longue  étude  où  ils  ana- 
lysent l’action  thérapeutique  des  courants  de  haute  fréquence 
dans  l’arthritisme  (1),  s’expriment  ainsi  au  sujet  des  névral- 
gies : 

« Si  l’arthritisme  seul  est  en  cause,  si  cette  diathèse  seule 
est  incriminée,  les  courants  de  haute  fréquence  pourront  être 
efficaces  pour  prévenir  le  retour  périodique  de  telle  ou  telle 
névralgie  antérieure. 

» Mais  le  chapitre  des  névralgies  reste  encore  très  obscur 
et  incomplet,  parce  que  nous  ne  connaissons  pas  la  ligne  de 
démarcation  qui  sépare  la  névrite  de  la  névralgie,  parce 
qu’elles  se  confondent  souvent  l’une  dans  l’autre  ou  l’une  avec 
l’autre,  et  que  la  même  thérapeutique  ne  saurait  toujours 
leur  être  applicable  avec  les  mêmes  chances  de  succès.  » En 
dehors  de  cette  allusion,  ces  auteurs  se  sont,  d’ailleurs,  bornés 

(1)  Apostoli  et  Laquerrière,  De  l'action  thérapeutique  des  courants  de  haute 
fréquence  dans  V arthritisme  (Communication  faite  à la  Société  française  d’élec- 
trothérapie, septembre-octobre  1899). 


— 296  — 


à signaler  les  effets  des  courants  de  haute  Fréquence  dans  le 
traitement  des  névralgies  arthritiques. 

Nous  avons  publié  nous-même  trois  premières  observa- 
tions (1)  établissant  que  les  applications  directes  avaient  très 
heureusement  modifié  les  divers  troubles  de  la  sensibilité,  de 
la  trophicité  et  de  la  motilité  dans  deux  cas  de  polynévrite 
des  membres  inférieurs  et  dans  un  cas  de  névrite  sciatique. 
Plus  tard  nous  avons  recueilli  et  publié  (2),  en  collaboration 
avec  M.  Lagriffoul,  deux  autres  observations  de  polynévrite 
également  guéries  à la  suite  du  même  traitement.  Il  nous  a 
paru  intéressant  de  reproduire  ici  ces  diverses  observations, 
que  nous  croyons  très  utiles  pour  la  détermination  si  impor- 
tante du  rôle  thérapeutique  des  hautes  fréquences,  en  même 
temps  que  pour  l’étude  plus  particulière  du  traitement  des 
névrites. 


OllSERVATlONS  PERSONNELLES 
(Publiées  in  Archives  d'électricité  médicale,  mars  1901.) 

Ons.  I.  — Polynévrite  des  membres  inférieurs  par  compression  au 
cours  de  l' accouchement  (recueillie  dans  le  service  de  M.  le  prof.  Grasset 
et  dans  le  service  d'électrothérapie). 

Louise  P...,  vingt-trois  ans,  artiste  lyrique. 

Mère  sujette  à des  crises  de  nerfs. 

Du  côté  de  la  malade  elle-même,  bonne  santé  générale.  Pas  de 
syphilis.  Pas  d’hystérie. 

Histoire  de  la  maladie.  — Le  9 décembre  1899,  elle  a accouché  à 
terme  d’un  enfant  hydrocéphale.  I/accouchement  a nécessité  une  appli- 
cation de  forceps.  L’enfant  est  mort  le  quatrième  jour.  Aussitôt  après 
l’accouchement,  la  malade  a éprouvé  des  douleurs  le  long  des  mollets 
et  bientôt  s’est  aperçue  que  les  mouvements  des  orteils  étaient  sup- 
primés. Les  douleurs,  aussi  vives  à droite  qu’à  gauche,  intermittentes, 

(1)  Archives  (l’électricité  médicale,  mars  1901. 

(2)  Denoyés  et  Lagriffoul,  Le  traitement  des  névrites  par  les  courants  de  haute 
fréquence  ( Archives  d’électricité  méd.,  août  1901). 


— 297  — 


paroxystiques,  avec  irradiations  dans  les  pieds,  n’ont  jamais  dépassé, 
en  haut, le  creux  poplité  ; elles  ont  augmenté  progressivement  jusqu’au 
vingt-quatrième  jour  après  la  délivrance.  Jusqu’à  ce  moment,  elle 
pouvait  remuer  les  pieds.  Après  le  vingt-quatrième  jour,  on  l’auto- 
rise à se  lever,  mais  elle  constate  qu’elle  ne  peut  pas  appuyer  les 
pieds  sur  le  sol.  Dès  lors,  la  paralysie  envahit  les  muscles  de  la  jambe 
restés  indemnes.  (Les  extenseurs  et  les  fléchisseurs  des  orteils  parais- 
saient avoir  été  les  seuls  pris  pendant  quelque  temps.)  Dans  la  suite, 
les  phénomènes  douloureux  ont  rétrocédé,  et  l’atrophie  s'est,  au  con- 
traire, accentuée. 

Entrée  à l’hôpital  et  envoyée  au  service  d’électrothérapie  le 
5 février  1900.  État  général  satisfai-ant. 

État  de  la  malade  à son  entrée  à l'hôpital.  — Les  troubles  de  la  moti- 
lité attirent  immédiatement  l’attention.  La  station  debout  et  la  marche 
sont  impossibles.  La  malade  ne  se  déplace  que  soutenue  et  poussée 
par  deux  infirmièx’es  et  en  laissant  traîner  les  pieds.  La  flexion  et 
l’extension  des  pieds  sont,  en  effet,  supprimées.  Du  côté  gauche,  l’axe 
du  pied  est  à 90°  avec  celui  de  la  jambe  ; du  côté  droit,  cette  position, 
quoique  très  nette,  est  cependant  moins  accentuée.  Pour  les  orteils, 
les  mouvements  de  flexion  et  d’extension  sont  très  limités.  Ces  trou- 
bles moteurs  sont  plus  marqués  à gauche  qu’à  droite. 

Les  phénomènes  douloureux,  les  premiers  en  date,  sont  atténués. 
La  malade  ne  souffre  plus  au  repos.  Par  contre,  dès  qu’elle  cherche  à 
mobiliser  sa  jambe  ou  à appuyer  le  pied,  elle  souffre  dans  les  mollets 
et  dans  le  creux  poplité.  Pas  d’anesthésie  en  aucun  point. 

Les  réflexes  rotubens  sont  exagérés,  plus  encore  à gauche  qu’à 
droite. 

La  recherche  du  réflexe  plantaire  provoque  une  légère  flexion  et 
des  mouvements  de  latéralité  des  deux  côtés. 

Les  masses  musculaires  de  la  jambe  sont  flasques.  D’après  la  malade, 
elles  ont  beaucoup  diminué.  Les  mensurations  effectuées  à ce  moment 


donnent  les  chiffres  suivants  : 

.4  droite. 

A gauche. 

Périmètre  maximum  du  mollet. . . 

. . 29  centimètres  29  centimètres 

Au  tiers  moyen  de  la  cuisse 

43  — 

(1)  (jRASSKT  et  Rauziiîh,  Traité  pratique  des  maladies  du  système  nerveux. 


298  — 


Les  muscles  de  la  cuisse  ne  paraissent  pas  envahis  par  l'atrophie. 

L’examen  électrique  a porté  sur  le  jambier  antérieur,  le  long  péro- 
nier latéral  et  le  jumeau  interne.  L’excitabilité  faradique  est  diminuée 
pour  tous  ces  muscles,  aussi  bien  à droite  qu’à  gauche,  et  surtout 
pour  le  jambier  antérieur.  L’excitabilité  galvanique  parait  principa- 
lement diminuée  pour  le  jambier  antérieur  gauche.  En  fait  de  modifi- 
cations qualitatives,  on  note  l’inversion  pour  le  jambier  antérieur 
gauche,  et  un  certain  degré  de  lenteur  dans  les  secoussesde  tous  les 
muscles  examinés.  Cette  dernière  modification  est  encore,  elle  aussi, 
plus  marquée  pour  le  jambier  gauche. 

Traitement  et  résultats  du  traitement. — A dater  du  5 février  : appli- 
cations directes  des  courants  de  H.  F.  Une  large  plaque  d’étain,  reliée 
à une  extrémité  du  solénoïde,  est  placée  sur  la  région  lombaire  ; deux 
plaques,  reliées  à l'autre  extrémité,  sont  appliquées  chacune  sur  un 
pied.  L’intensité  varie  de  400  à 500  ma.  ; la  durée  des  séances,  de  dix 
à quinze  minutes. 

Le  9 février,  après  les  deux  premières  séances,  atténuation  notable 
de  la  douleur.  Traitement  interrompu  le  27.  Repris  le  5 mars. 

Le  16  mars,  les  mouvements  de  flexion  et  d’extension  du  pied  sont 
possibles  et  très  limités.  Les  douleurs  dans  le  mollet  et  dans  le  creux 
poplité  diminuent  progressivement,  maison  note  une  légère  douleur 
à la  face  dorsale  des  deux  pieds.  La  station  debout  et  la  marche  sont 
possibles  et  sans  grande  fatigue. 

L’amélioration  progresse  de  jour  en  jour. 

Le  9 avril,  les  mouvements  du  pied  sont  complètement  rétablis  à 
droite,  encore  un  peu  limités  à gauche.  Pas  de  douleurs,  à moins  que 
la  malade  ne  marche  beaucoup. 

Le  28,  nouvel  examen  électrique.  L’excitabilité  faradique  a aug- 
menté et  peut  être  considérée  comme  normale.  Les  modifications 
qualitatives  constatées  au  premier  examen  ont  disparu  : l’inversion 
n’existe  plus  pour  le  jambier  antérieur  gauche  et  les  secousses  des 
muscles  examinés  ont  repris  leur  brusquerie  normale. 

Les  mensurations  donnent  les  chiffres  suivants  : 

A droite.  A gauche. 

Périmètre  maximum  du  mollet. . . 32cm,5  32e, m5 

Au  tiers  moyen  de  la  cuisse 45OI“,l  43  centimètres 

Le  3 mai,  la  malade  quitte  l’hôpital.  Tous  les  mouvements  sontnor- 


— 299  — 

maux.  Pas  de  différence  entre  les  deux  côtés.  A p eine  un  peu  de  dou- 
leur à la  suite  de  courses  prolongées. 

En  juillet,  la  malade  a été  revue  à l’hôpital  ; la  guérison  s’est  main- 
tenue. Plus  de  douleurs,  même  après  des  marches  fatigantes. 

Nombre  total  d’applications  directes  de  H.  F.:  34. 

©bs.  II. — Névrite  sciatique  (recueillie  dans  le  service  de  M.  le  prof. 
Grasset  et  de  M.  le  prof,  agrégé  Raymond,  suppléant  M.  Grasset,  et 
dans  le  service  d’électrothérapie). 

D. . .0. . .,  trente-quatre  ans,  ancien  infirmier. 

Rien  à signaler  dans  les  antécédents  héréditaires. 

A eu  la  fièvre  typhoïde  à quatorze  ans.  A contracté  durant  son 
service  militaire  la  dysenterie  et  l’a  conservée  trois  ans, 

Histoire  de  la  maladie.  — En  février  1900,  entorse  de  l’articulation 
tibio-tarsienne  gauche,  malgré  laquellele  malade  continue  son  travail. 
Un  mois  après,  en  mars,  il  reçoit  une  barre  de  fer  sur  le  cou  de-pied 
gauche.  A la  suite  de  ce  traumatisme,  surviennent  une  douleur  très 
vive,  du  gonflement  et  une  large  ecchymose  ; mais  tout  cela  s’atténue 
rapide  ment  et  disparaît  en  quelques  jours.  Toutefois,  le  malade  affirme 
qu’à  partir  de  cette  époque  il  a commencé  à éprouver,  de  temps  en 
temps,  des  élancements  dans  le  membre  inférieur  gauche  (fesse  et 
creux  poplité).  En  mai,  il  se  plaignait  d’une  douleur  dans  la  région 
fessière  gauche,  douleur  réveillée  ou  exagérée  par  les  effoi'ts  muscu- 
laires. En  même  temps,  il  s’apercevait  que  sa  jambe  gauche  faiblissait 
et  « maigrissait  ».  Successivement,  sont  apparus  d’autres  points  dou- 
loureux sur  le  trajet  du  sciatique,  et  l’émaciation  du  membre  inférieur 
gauche  s’est  accentuée.  Il  entre  à l’hôpital  le  19  novembre,  dans  le 
service  de  M.  le  prof.  Grasset. 

Etat  du  malade  à son  entrée  à l'hôpital.  — Grand,  très  vigoureux. 

Dans  la  station  debout,  il  se  tient  la  jambe  fléchie,  le  bassin  incliné 
vers  le  côté  malade  présente  une  scoliose  à concavité  gauche.  Il  con- 
serve cette  attitude  dans  la  marche  qui  est  pénible,  même  avec  le 
secours  d’une  canne.  Après  avoir  fait  une  cinquantaine  de  mètres,  il 
est  parfois  obligé  de  s’arrêter  un  instant.  Il  ne  peut  pas  porter  le  poids 
du  corps  sur  le  membre  inférieur  malade.  Couché,  il  garde  sa  jambe 
gauche  fléchie,  et  la  cuisse  gauche  fléchie  elle-même  sur  le  bassin. 
Il  ne  peut  pas  croiser  les  jambes.  Pour  s’habiller  et  déshabiller,  il  a 
besoin  d’un  aide. 


- 300  - 


Ces  attitudes  et  ces  troubles  de  la  motilité  sont  sous  la  dépendance 
do  la  douleur  localisée  en  plusieurs  points  du  trajet  du  sciatique  : 
points  sacio-iliaque,  fessier,  poplité,  rotulien,  péronier.  Il  n'a  souffert’ 
que  très  rarement  au  niveau  des  malléoles.  Les  points  les  plus  fré- 
quemment douloureux  sont  les  points  fessier,  poplité  et  péronier.  La 
douleur  est  exagérée  par  la  pression.  La  nuit,  elle  est  provoquée  par 
un  changement  de  position  dans  le  lit  et  réveille  le  malade.  En  géné- 
ral, elle  n’est  pas  augmentée  par  la  marche,  à moins  que  celle-ci  ne 
soit  prolongée  ou  que  le  pied  gauche  ne  vienne  à buter.  Les  mouve- 
ments d'extension  du  membre  inférieur  gauche  sont  douloureux.  On 
constate  très  nettement  le  signe  de  Lasègue. 

Pas  d’anesthésie. 

Les  réflexes  rotuliens  sont  un  peu  exagérés  ; celui  du  tendon 
d’Achille  est  diminué  à gauche.  On  constate  le  signe  de  Babinski  : on 
obtient  l'extension  des  orteils  bilatéralement. 

Examen  électrique  (21  novembre).  — Muscles  examinés  : biceps 
(courte  portion),  long  péronier  latéral,  jambier  antérieur,  jumeau 
interne. 

Modifications  quantitatives.  — L’excitabilité  faradique  est  diminuée 
pour  le  long  péronier  latéral,  le  jambier  antérieur  et  le  jumeau  inter- 
ne gauche  ; à peine  diminuée  pour  la  courte  portion  du  biceps.  L’exci- 
tabilité galvanique  est  augmentée  à gauche  pour  la  courte  portion  du 
biceps  ; diminuée  à gauche  pour  le  long  péronier  latéral  et  le  jambier 
antérieur;  à peu  près  égale  des  deux  côtés  pour  le  jumeau  interne. 

Modifications  qualitatives.  — On  constate  l’inversion  pour  le  long 
péronier  latéral  et  le  jambier  antérieur  gauches.  Les  secousses  de  tous 
les  muscles  examinés  présentent  à gauche  une  certaine  lenteur. 

Les  muscles  de  la  cuisse  et  de  la  jambe  sont  diminués  de  volume 
et  flasques.  Les  mensurations  effectuées  (20  novembre)  donnent  les 
chiffres  suivants  : 

Périmètre  maximum  : cuisse  droite,  59  cent.  ; jambe  droite,  38  cent. 

_ — gauche,  56  — — gauche,  35  — 

Le  malade  accuse  une  sensation  de  froid  continuelle  dans  le 
membre  inférieur  gauche,  et,  par  moment,  des  engourdissements  dans 
le  mollet. 

Traitement  et  résultats  du  traitement.  — Le  malado  est  en  oyé  le 
20  novembre  au  service  d’électroihcrapie.  Il  y est  soumis  à des  appli- 


— 301  — 


cations  directes  de  H.  F.  Une  plaque  en  étain  est  placée  sur  la  région 
lombaire,  une  autre  au-dessous  du  mollet.  L’intensité  du  courant  em- 
ployé a varié  de  400  à 700  ma.  La  durée  des  séances  était,  en  général, 
de  dix  minutes  (trois  fois  par  semaine  jusqu’au  3 janvier). 

Le2  décembre,  après  quatre  applications  de  H. F. ,1e  malade  déclare 
qu'il  souffre  moins  et  que  la  marche  lui  est  moins  pénible.  A partir  de 
ce  moment,  l’amélioration  s’accentue. 

Le  17  décembre  (après  huit  séances),  la  marche  est  beaucoup  plus 
facile,  même  sans  canne.  La  douleur  est  très  atténuée.  Elle  n’est  plus 
à peu  près  continue  et  ne  reparaît  que  par  moments,  toujours  limitée 
à la  région  fessière  et  à la  face  externe  du  genou.  Dans  son  lit,  le 
malade  peut  aisément  changer  de  place,  ce  qui  ne  lui  était  possible 
qu’au  prix  d’efforts  considérables  et  en  s’aidant  des  mains.  Il  peut  se 
coucher  sur  le  côté  malade  sans  souffrir,  tandis  que  cette  position  l"i 
était  interdite  parfla  douleur.  Il  n’éprouve  plus  ni  sensation  de  froid, 
ni  engourdissements  dans  le  membre  atteint. 

Les  jours  suivants,  le  malademe  souffre  que  de  loin  en  loin. 

Le  31  décembre  (après  quinze  séances),  nouvelles  mensurations  : 

Périmètre  maximum  : cuisse  droite,  59  cent  ; jambe  droite,  38  cent. 
— — gauche,  59  — — gauche,  36  — 

Un  deuxième  examen  électrique  donne  les  résultats  suivants  : l’exci- 
tabilité faradique  est  sensiblement  égale  à droite  et  à gauche  pour  le 
jambier  antérieur,  le  jumeau  interne  et  le  long  péronier  latéral. 

L’excitabilité  galvanique  est  un  peu  moindre  à gauche  qu’à  droite 
pour  le  jambier  antérieur  et  le  jumeau  interne,  sensiblement  égale  des 
deux  côtés  pour  le  long  péronier  latéral. 

Les  secousses  présentent  leur  brusquerie  normale.  L’inversion 
n'existe  plus  pour  le  jambier  antérieur  gauche  ; elle  persiste  pour  le 
long  péronier  latéral,  maisla  différence  entre  l’A  F.  S.  et  la  Iv.  F.  S., 
est  moins  grande  que  dans  le  premier  examen. 

La  scoliose  n’est  pas  apparente.  L’attitude  du  malade  n’est  d’ail- 
leurs plus  la  même  : ii  ne  maintient  plus  sa  jambe  fléchie  ; il  l’étend 
sans  inconvénient  soit  au  repos,  soit  pendant  la  marche  ; il  peut,  en 
outre,  se  tenir  sur  le  pied  gauche  pendant  quelques  instants.  On 
nvobtient  le  signe  de  Lasègue  que  pour  une  position  correspondant  à 
un  angle  d’environ  65°. 

A dater  du  3 janvier,  le  malade  est  soumis  à des  séances  supplémen- 
taires, qui  ont  lieu  le  soir  (Au  total  six  séances  par  semaine). 


— 302  - 


De  temps  en  temps,  quelques  douleurs,  toujours  aux  mêmes  points 
(région  fessière  et  face  externe  du  genou). 

Le  15  janvier,  les  mensurations  donnent  les  chiffres  suivants  ; 
Périmètre  maximum  ; cuisse  droite,  59  cent  ; jambe  droite,  38  cent. 

— — gauche,  59  — — gauche,  38  cent. 

Un  troisième  examen  électrique  confirme  l’amélioration  constatée 
dans  le  précédent  et  révèle,  en  outre,  que  l’inversion  n’existe  plus 
pour  le  long  péronier  latéral. 

Les  réflexes  rotuliens  et  du  tendon  d’Achille  sont  normaux.  Comme 
réflexe  plantaire,  à droite,  on  obtient  la  flexion  ; à gauche,  les  orteils 
restent  immobiles. 

On  cherche  vainement  le  signe  de  Lasègue  ; en  plaçant  le  membre 
sensiblement  à 90“  avec  le  bassin,  on  ne  provoque  pas  de  douleur. 

Le  malade  quitte  l’hôpital  le  16  janvier. 

Nombre  total  d’applications  de  II  F.  : 26.  • 

A la  suite  du  traitement  par  les  applications  directes  de  H.  F. , l’état 
du  malade  a donc  été  très  amélioré. 

En  ce  qui  concerne  la  névralgie,  si  ces  applications  n’ont  pas  défi- 
nitivement supprimé  la  douleur,  puisqu’elle  reparaissait  par  inter- 
valles aux  points  fessier  et  péronéo-tibial,  il  n'en  n’est  pas  moins  vrai 
cependant  que  les  soufl'rances  du  malade  ont  été  considérablement 
atténuées.  Son  attitude  avant  le  traitement  (flexion  permanente  de  la 
jambe  sur  la  cuisse,  scoliose  à concavité  gauche),  attitude  déterminée 
parla  sensibilité  exagérée  du  sciatique,  a été  complètement  modifiée, 
et  il  est  naturel  de  rapporter  ce  changement  à une  diminution  de  cette 
sensibilité  même.  D’ailleurs,  la  recherche  du  signe  de  Lasègue  a été 
très  instructive  à cet  égard.  Au  début,  en  effet,  la  douleur  apparaissait 
avant  même  que  le  membre  inférieur  gauche  réalisât  avec  l’horizontale 
un  angle  de  45°.  Dans  les  derniers  jours  de  traitement,  il  fallait,  au 
contraire,  pour  provoquer  la  douleur,  atteindre  une  position  voisine 
de  90°,  et  il  importe  de  remarquer  que,  même  en  plaçant  le  membre 
dans  cette  position  extrême,  on  ne  retrouvait  le  signe  de  Lasègue  que 
d’une  façon  inconstante. 

L’élément  névritique  a été  également  influencé,  chez  ce  malade, 
par  la  H.  F.  En  effet  : 

1°  Les  troubles  moteurs  ont  été  presque  supprimés. 

2e  La  régression  de  l’atrophie  musculaire  a été  mise  en  évidence 
par  les  mensurations.  La  différence  de  périmètre  entre  les  deux  cuisses, 


— 303  - 


différence  de  3 centimètres,  a disparu  ; aux  jambes,  la  différence  entre 
le  côté  gauche  et  le  côté  droit  n’est  plus  que  de  lcm,3,  alors  qu’elle 
était,  au  début,  de  3 centimètres. 

3°  Les  examens  électriques  répétés  ont  permis  de  constater  le  retour 
progressif  et  à peu  près  complet  des  réactions  au  type  normal. 


22  novembre  31  décembre  13  janvier. 
Jambier  antérieur  : — — — 

Excitabilité  faradique..  Diminuée.  Normale.  Normale. 

— galvanique  . Diminuée.  Légèrement  diminuée.  Normale. 
Modifications  qualitativ.  Inversion.  Pas  d’inversion.  Pas  d’inversion. 
— — Lenteur.  Pas  de  lenteur.  Pas  de  lenteur. 


Long  péronier  latéral  : 
Excitabilité  faradique..  Diminuée; 

— galvanique  . Diminuée. 
Modifications  qualitativ.  Inversion. 
— — Lenteur. 


Diminuée.  Normale. 

A peu  près  normale.  A peu  près  normale. 

Inversion.  Pas  d’inversion. 
Pas  de  lenteur.  Pas  de  lenteur. 


Jumeau  interne  : 

Excitabilité  faradique..  Diminuée.  Normale.  Normale. 

— galvanique.  Normale.  Légèrement  diminuée.  Sensiblement  Dormale. 
Modifications  qualitativ.  Lenteur.  Pas  de  lenteur.  Pas  de  lenteur. 


4°  Les  troubles  vaso-moteurs  ont  disparu. 


Obs.  III.  — Polynévrite  des  membres  inférieurs  (observée  aux  consul- 
tations externes  de  médecine  de  M.  le  professeur  agrégé  Rauzier, 
dans  le  service  de  M.  le  professeur  Forgue  et  dans  le  service  d’élec- 
trothérapie). 

René  G...,  vingt  ans,  menuisier. 

Antécédents  héréditaires.  — Père  sujet  à des  migraines  fréquentes; 
mère,  frère  et  sœur  en  bonne  santé. 

Antécédents  personnels.  — Accidents  scrofuleux  dans  le  jeune  âge. 
Pas  de  syphilis  ni  de  blennorragie.  Pas  d’éthylisme. 

Histoire  de  la  maladie.  — Au  mois  de  mai  1900,  début  d’adénite 
bacillaire:  dans  la  région  cervicale  droite,  eu  avant  du  sterno-cléido- 
mastoïdien,  a apparu  un  ganglion  qui  a augmenté  progressivement 
de  volume. 

Le  7 juin,  au  retour  d’un  voyage  qui  lui  a fait  faire  quelques  courses 


— 304  - 


fatigantes,  il  a éprouvé,  à la  fin  de  sa  journée  de  travail,  une  lassitude 
considérable  dans  la  jambe  droite.  Le  lendemain,  cette  jambe  était 
légèrement  enflée.  Le  repos  n’a  pas  amené  d’amélioration.  Quelques 
jours  après,  au  contraire,  la  jambe  gauche,  à son  tour,  a été  prise  de 
faiblesse.  Cet  affaiblissement  des  membres  inférieurs  s’est  accentué 
petit  à petit.  Le  malade  ne  souffrait  pas  au  repos,  mais  la  station 
debout  et  la  marche  lui  étaient  devenues  très  pénibles.  11  éprouvait 
parfois  des  fourmillements.  A la  même  époque,  il  se  plaignait  de  quel- 
que faiblesse  dans  les  membres  supérieurs  et  d’un  manque  de  précision 
dans  les  mouvements  délicats. 

En  juin  également,  est  apparu,  à gauche,  un  ganglion  symétrique 
à celui  de  droite. 

Le  5 août,  le  malade  est  examiné  par  M.  Bousquet,  interne  des 
hôpitaux,  qui  nous  a fourni  les  renseignements  suivants: 

Etat  du  malade  le  15  août  1900.  — Atrophie  musculaire  assez  mar- 
quée des  membres  inférieurs.  Les  mensurations  donnent  les  résultats 
suivants  : 


Côté  droit. 

Côté  gauche. 

Mollet 

32  centimètres 

31e®, 5 

Cuisse  (à  l’union  du  tiers  infé- 

rieur  avec  le  tiers  moyen). . 

35cm,5 

34e"1, 5 

Cuisse  (partie  supérieure). . . . 

45"”,  5 

43e”, 5 

Diminution  notable  de  l’énergie  de  la  flexion  et  de  l’extension,  sans 
prédominance  d’un  côté. 

Abolition  complète  des  réflexes  tendineux  ; diminution  des  réflexes 
cutanés.  Ou  ne  constate  pas  le  signe  de  Babinski. 

Pas  de  douleur  spontanée,  mais  hyperesthésie  très  nette  à la  dou- 
leur. Diminution  manifeste  de  la  sensibilité  plantaire  (sensation  de 
tapis  pendant  la  marche). 

Pas  de  trouble  de  la  sensibilité  tactile  ou  thermique. 

Aucun  symptôme  objectif  du  côté  des  membres  supérieurs.  Rien  du 
côté  des  organes  des  sens.  Rien  du  côté  des  sphincters. 

Un  point  légèrement  douloureux  à la  pression  de  la  colonne  verté- 
brale, vers  la  9*  dorsale. 

Rien  au  cœur  ni  aux  poumons. 

En  attendant  qu’un  traitement  électrique  puisse  être  suivi  par  le 
malade,  on  lui  prescrit:  une  décoction  de  quinquina  arsénié,  du 


— 305  — 


massage,  des  frictions  à l’alcool  camphré  et  le  pansement  de  l’adénite 
au  Vigo. 

Le  18  août,  le  malade  est  examiné  aux  consultations  externes  de 
médecine  par  M.  le  professeur  agrégé  Rauzier,  qui  pose  le  diagnostic 
suivant:  Polynévrite  probablement  tuberculeuse, adénite  cervicale  tubercu- 
leuse concomitante.  M.  Rauzier  conseille  le  traitement  électrique  dès 
qu'il  pourra  être  appliqué,  et,  en  attendant,  des  frictions  au  liniment 
de  Rosen  et  la  liqueur  de  Fowler. 

A partir  du  17  septembre,  l’adénite  droite  suppure  abondamment. 
Enfin,  le  20  octobre,  le  malade  entre  à l'hôpital  dans  le  service  de 
M.  le  professeur  Forgue  pour  son  adénite,  et  le  24  est  envoyé  au  ser- 
vice d’électrothérapie  pour  le  traitement  de  la  polynévrite. 

Etat  du  malade  à son  entrée  au  service  d'électrothérapie  (24  octobre 
1900).  — Le  traitement  médical  et  le  massage  ont  amené  une  légère 
amélioration  dans  l’état  du  malade.  La  marche  est  un  peu  moins  pénible. 
Il  n’y  a aucun  trouble  du  côté  des  membres  supérieurs. 


Aux  membres  inférieurs,  l’atrophie  estmanifeste.  La  peau,  beaucoup 

trop  large  pour  les  masses  qu’elle 
main.  Les  muscles  sont  fiasques. 

recouvre,  se  laisse 

plisser  à pleine 

Résultat  des  mensurations  : 

Côté  droit. 

Côté  gauche. 

Mollet  (périmètre  maximum) 

. 32e”,  3. 

31e”  ,5. 

Cuisse  (à  l’union  du  tiers  inférieur  avec 

le  tiers  moyen) 

. 36  centimètres. 

35  centimètres. 

Cuisse  (partie  supérieure) 

. 46  — 

44e”, 8. 

Le  malade  éprouve  une  gène  presque  continuelle  dans  les  membres 
inférieurs.  La  station  debout  et  la  marche  amènent  rapidement  une 
grande  lassitude.  Quand  il  veut  changer  déplacé,  il  a de  la  difficulté  à 
détacher  les  pieds  du  sol,  et  a la  sensation  de  déplacer  un  poids  consi- 
dérable. La  puissance  de  flexion  et  d’extension  est  très  faible,  d’autant 
plus  faible  qu’on  s’éloigne  de  la  racine  du  membre:  si  on  s’oppose  à 
ces  mouvements,  ilssont  pénibles  pour  la  cuisse,  difficiles  pour  la  jambe 
et  à peu  près  impossibles  pour  le  pied.  Dans  la  marche,  le  malade  traîne 
les  pieds  et  bute  très  souvent. 

Pas  de  douleur  spontanée.  La  pression  des  pieds  sur  le  sol  est  dou- 
loureuse et  provoque  des  irradiations  dans  les  mollets.  La  marche  ré- 

20 


veille  la  douleur  au  début;  après  quelques  pas,  celle-ci  s’atténue  ;mais, 
si  la  marche  est  prolongée,  la  lassitude  survient  rapidement. 

Pas  de  troubles  de  la  sensibilité,  sauf  la  diminution  de  la  sensibilité 
plantaire  (la  sensation  de  tapis  existe  toujours). 

Les  réflexes  tendineux  sont  abolis,  les  réflexes  cutanés  sont  dimi- 
nués. On  n’obtient  pas  le  signe  de  Babinski. 

De  temps  en  temps,  quelques  fourmillements  dans  les  membres 
inférieurs. 

Rien  du  côté  du  cœur  ni  du  côté  de  l’appareil  respiratoire. 

Examen  électrique.  — Muscles  examinés  : Jambier  antérieur  et 
jumeau  interne. 

L excitabilité  faradique  est  diminuée  à droite  et  à gaucho  pour  le 
jambier  antérieur  et  le  jumeau  interne. 

L’excitabilité  galvanique  paraît  augmentée. 

Comme  modiflcations  qualitatives , ou  note  simplement  un  léger  degré 
de  lenteur. 

Traitement  et  résultats  du  traitement.  — A dater  du  24  octobre,  le 
malade  est  soumis  aux  applications  directes  de  H.  F.  Une  plaque  d’é- 
tain, reliée  à une  extrémité  du  solénoïde,  est  moulée  sur  la  région 
lombaire,  et  deux  autres  plaques,  reliées  à l’autre  extrémité  sont  pla- 
cées au-dessous  de  chaque  mollet.  L'intensité  du  courant  employé  a 
varié  de  500  à 600  ma.  La  durée  des  séances  a été,  en  général,  de  dix 
minutes,  trois  fois  par  semaine. 

Le  6 novembre  (après  cinq  applications),  la  marche  et  la  station 
debout  fatiguent  moins  le  malade. 

L’amélioration  s’accentue  progressivement. 

Le  20  novembre  (après  onze  applications),  nouvel  examen  électrique. 
L’excitabilité  faradique  est  augmentée  relativement  aux  résultats  du 
premier  examen.  L’excitabilité  galvanique  n’est  plus  aussi  grande.  Les 
secousses  sont  brusques. 

10  décembre.  — La  marche  peut  être  prolongée  beaucoup  plus  que 
par  le  passé  et  sans  fatigue. 

Le  17,  le  malade  est  opéré  par  M.  le  professeur  Forguequi  extirpe 
les  ganglions  tuberculeux.  Le  traitement  est  interrompu  pendant 
quelques  jours,  puis  repris  le  26  décembre. 

27  janvier  1901.  — Troisième  examen  électrique.  L’excitabilité  fara- 
dique est  encore  augmentée  par  rapport  aux  examens  précédents. 
L’excitabilité  galvanique  est  moindre  que  précédemment  (elle  paraissait 
augmentée  au  début).  Les  secousses  sont  très  brusques. 


— 30?  — 

Le  malade  n’éprouve  plus  de  lassitude  à la  suite  de  la  station  debout 
ou  de  la  marche  qui  est  devenue  normale.  Il  peut  faire  une  promenade 
prolongée,  sans  inconvénient,  à l’allure  normale;  mais  il  ne  peut  pas 
encore  courir  facilement,  bien  qu’il  n’éprouve  aucune  douleur. 

Les  mouvements  sont  normaux  ; la  puissance  de  flexion  ou  d’exten- 
sion est  normale. 

Résultats  des  mensurations  : 

, Côté  droit.  Côté  gauche. 


Mollet  (périmètre  maximum) 34  centim.  34  centim. 

Cuisse  (à  l'union  du  tiers  inférieur  avec 

le  tiers  moyen) 37cm,2  37  — 

Cuisse  (partie  supérieure) 50  centim.  48cm,7 

Les  réflexes  tendineux  sont  encore  à peu  près  complètement  abolis. 
Aucun  trouble  de  la  sensibilité  à la  température  ou  au  contact.  Un 
peu  d’hyperalgésie  aux  mollets.  La  sensibilité  plantaire  est  complè- 
tement revenue. 

L’état  général  est  resté  excellent. 

Nombre  d’applications  directes  de  H.  F.,  du  24octobre  1900  (début 
du  traitement)  au  27  janvier  1901  : 25. 

Chez  ce  malade,  il  ne  semble  pas,  étant  donné  l’état  des  réflexes, 
qu’on  ait  obtenu,  au  point  de  vue  anatomique,  la  restitulio  adintegrum  ; 
mais,  au  point  de  vue  fonctionnel  et  trophique,  l’amélioration  est,  à 
l’heure  actuelle,  à peu  près  équivalente  à une  guérison. 

Les  troubles  de  la  marche  n’existent  plus. 

Depuis  le  24  octobre  (début  du  traitement),  le  mollet  di'oit  a regagné 
lcm,7; 

Le  mollet  gauche,  2cm,5; 

La  cuisse  droite,  à sa  partie  supérieure,  4 centimètres;  à l’union  du 
tiers  inférieur  avec  le  tiers  moyen,  lcm,2  ; 

La  cuisse  gauche,  h sa  partie  supérieure,  3cm,9;  à l’union  du  tiers 
inférieur  avec  le  tiers  moyen,  2 centimètres. 

Enfin,  les  réactions  électriques  normales  ont  été  rétablies. 

Obs.  IV.  — Polynévrite  d’origine  saturnine  chez  un  malade  ayant 
présenté  de  légers  ictus  (observation  recueillie  dans  le  service  de  M.  le 
professeur  Carrieu  et  dans  le  service  d’électrothérapie). 

Jean-Baptiste  Cr...,  cinquante-sept  ans,  ouvrier  typographe. 

Antécédents  héréditaires.  — Rien  à signaler. 


— 308  — 


Antécédents  personnels.  — Sujet  aux  migraines,  dès  son  plus  jeune 
âge.  Pleurésie  en  1S84.  Coliques  de  plomb  en  1890  (le  malade  exerce 
le  métier  de  typographe  depuis  l’âge  de  quinze  ans).  Éthylisme 
léger. 

Histoire  de  la  maladie.  — Au  mois  de  septembre  1900,  après  avoir 
été  employé  aux  travaux  des  vendanges,  le  malade  a commencé  à 
éprouver  une  certaine  faiblesse  dans  les  membres  inférieurs,  quelque 
difficulté  à marcher  et  s’est  aperçu,  en  même  temps,  que  son  habileté 
manuelle  baissait  notablement. 

11  n’accusait  cependant  que  fort  peu  de  douleurs  dans  les  membres 
et  ne  se  plaignait,  de  temps  à autre,  que  de  quelques  fourmillements. 

Les  troubles  moteurs  étaient  donc  beaucoup  plus  marqués  que 
les  troubles  sensitifs.  Enfin,  il  avait  remarqué  que  les  masses  mus- 
culaires des  membres  inférieurs  et  supérieurs  diminuaient  d’une  façon 
sensible. 

Quelque  temps  après,  le  12  novembre,  à l’atelier,  brusquement  sa 
parole  devint  embarrassée  et  sa  main  droite  fut  dans  l’impossibilité  de 
lever  la  lettre. 

Il  entra  le  jour  même  à l’hôpital,  dans  le  service  de  M.  le  pro- 
fesseur Carrieu. 

Le  lendemain,  lorsqu’on  l’examina,  l’embarras  de  la  parole  avait 
presque  disparu  et  la  paralysie  du  membre  supérieur  droit  était  bien 
moins  marquée. 

Pendant  son  séjour  à l’hôpital,  le  malade  a ainsi  présenté,  à deux 
ou  trois  reprises,  de  l’embarras  de  la  parole  et  de  la  parésie  du 
membre  supérieur  droit,  phénomènes  qui,  du  reste,  ne  tardaient  pas 
à disparaître. 

État  du  malade  le  7 décembre  (date  de  son  entrée  au  service  élec- 
trothérapique). 

Système  nerveux. 

Motilité  : Membres  inférieurs.  — Les  mouvements  de  la  cuisse  sont 
normaux.  La  flexion  de  la  jambe  sur  la  cuisse  est  légèrement  limitée. 
La  force  et  l’étendue  de  la  flexion  du  pied  sur  la  jambe  sont  très 
diminués;  mais  ce  mouvement  est  possible. 

La  flexion  du  pied  sur  la  jambe  est,  au  contraire,  à peu  près 
impossible.  Si  on  saisit  la  jambe  et  qu’on  la  secoue,  le  pied  devient 
ballant.  Les  mouvements  des  orteils  sont  à peu  près  nuis. 

La  marche  est  difficile  et  fatigante.  Le  malade  steppe  légèrement. 


Il  ne  peut  se  tenir  les  jambes  demi-fléchies  sur  les  cuisses  et  les 
cuisses  demi-fléchies  sur  le  bassin. 

Membres  supérieurs.  — La  paralysie  est  plus  accentuée  pour  les 
muscles  de  la  main  et  de  l’avant-bras  que  pour  ceux  du  bras  et  de 
l’épaule.  L’avant-bras  étant  soulevé,  la  main  est  en  demi-pronation  , 
elle  est  tombante  et  forme  avec  l’avant-bras  un  angle  droit.  Elle  de- 
vient ballante,  si  on  secoue  l’avant-bras.  Les  mouvements  d’extension 
de  la  mainsur  l’avant-bras  et  des  premières  phalanges  sur  les  méta- 
carpiens sont  extrêmement  difficiles  et  limités. 

Les  muscles  du  tronc,  du  cou  et  de  la  face  sont  absolument  indem- 
nes. 

Sensibilité.  — Les  (roubles  delà  sensibilité  sont  moins  marqués  que 
les  troubles  moteurs.  Le  malade  se  plaint  d’une  gêne  constante  au 
niveau  des  genoux  et  des  creux  poplités,  ainsi  que  de  douleurs  vagues 
survenant  à des  intervalles  irréguliers,  dans  les  membres  inférieurs 
beaucoup  plus  souvent  que  dans  les  membres  supérieurs.  Ces  douleurs 
sont  augmentées  par  la  pression  le  long  des  trajets  nerveux.  Pas  de 
zones  d’anestliésie. 

Réflexes.  — Tous  les  réflexes  sont  considérablement  diminués  ou 
abolis.  On  ne  constate  pas  le  signe  de  Babinski. 

Trophicité.  — Les  masses  musculaires  sont  très  diminuées  de 
volume  aux  avant-bras  et  surtout  aux  jambes. 


Périmètre  maximum 


j Jambe  droite  = 28cm,5. 

) Jambe  gauche  = 28  centimètres. 


On  constate  l’existence  de  la  tumeur  dorsale  du  poignet  ainsi  que 
quelques  troubles  vaso-moteurs  : cyanose  des  extrémités  et  refroidisse- 
mentdes  membres. 

Du  côté  des  sphincters,  aucun  trouble.  Le  sens  génital  est  à peu 
près  conservé. 

Appareil  circulatoire.  — Second  bruit  fortement  claqué  au  foyer 
aortique.  Artères  dures  et  flexueuses. 

Appareil  digestif.  — Liseré  saturnin  très  apparent. 

Constipation  habituelle. 

Rien  du  côté  des  autres  appareils. 

Examen  électrique. — Muscles  examinés  : J unifier  antérieur.  Exten- 
seur commun  des  orteils.  Jumeau  interne. 

a)  Modifications  quantitatives. — L’excitab  lité  faradique  est  diminuée 


— 310  — 


pour  le  jambier  antérieur,  l’extenseur  commun  des  orteils  etlejumeau 
interne.  Cette  diminution  est  surtout  marquée  à droite.  L’exci- 
tabiiité  galoanique  est  sensiblement  égale  à droite  et  à gauche  pour 
tous  les  muscles  examinés.  lilleest  légèrement  diminuée  pour  l’exten- 
seur commun  des  orteils  et  le  jumeau  interne  des  deux  côtés. 

b)  Modifications  qualitatives.  — On  ne  constate  l’inversion  pour 
aucun  des  muscles  examinés.  Los  secousses  de  tous  ces  muscles  ne 
présentent  pas  leur  brusquerie  normale  ; mais  la  lenteur  est  surtout 
marquée  pour  le  jambier  antérieur  et  l’extenseur  commun  des  orteils 
droits. 

Traitement.  — Le  malade  est  envoyé  au  service  d’électrothérapie 
le  7 décembre  1900.  Le  traitement  institué  consiste  en  applications 
directes  des  courants  de  haute  fréquence  renouvelées  trois  fois  par 
semaine  et  d’une  durée  moyenne  de  dix  minutes.  Deux  manettes  reliées 
à une  extrémité  du  solénoïde  de  l’apareil  producteur  sont  placées 
chacune  dans  une  main  du  malade.  Deux  plaques  d’étain  moulées  sur 
le  tiers  inférieur  des  jambes  sont  reliées  à l’autre  extrémité  de  ce 
solénoïde.  L’intensité  varie  de  400  à 500  ma. 

/lesultats  du  traitement.  — Le  8 décembre,  le  malade  se  plaint,  d’une 
sensation  de  fatigue,  surtout  appréciable  dans  les  genoux,  qu’il  éprouve 
depuis  l’examen  électrique.  Cette  sensation  a persisté  pendant  deux 
jours. 

Le  19  décembre,  après  cinq  séances  de  traitement,  la  gêne  conti- 
nuelle localisée  aux  genoux  et  aux  creux  poplités  a complètement 
disparu.  Les  mouvements  des  membres  supérieurs  sont  beaucoup  plus 
faciles.  La  marche  est  moins  pénible.  Les  mouvements  des  orteils 
commencent  à reparaître. 

Le  19  janvier  1901  (après  onze  séances  de  traitement),  les  membres 
supérieurs  paraissent  guéris  ; les  mouvements  des  doigts  sont  normaux. 
Du  côté  des  membres  inférieurs  la  gêne  n’a  plus  reparu  ; les  douleurs 
spontanées  ou  provoquées  par  la  pression  ont  disparu.  La  marche  est 
assez  facile. 

Le  traitement  est  intetrompu  j usqu'au  14  janvier.  Le  malade  passe 
à l’hôpital  général  dans  le  service  de  M.  le  professeur  agrégé  Vires, 
qui  l’autorise  à venir  suivre  son  traitement  électrique  à l’hôpital  subur- 
bain. 11  fait  le  trajet  à pied.  A la  suite  de  cette  marche,  il  éprouve 
quelques  douleurs  dans  le  genou  droit.  11  déclare,  d’ailleurs,  que  depuis 
qu'il  a cessé  son  traitement  il  ressent,  à l’occasion  des  mouvements, 


- 311  — 


une  douleur  sourde  dans  ce  genou.  Cette  douleur,  qui  apparaît  dès 
qu’il  commence  à marcher,  disparaît  après  un  certain  temps.  11  ne 
souffre  pas  quand  il  est  au  repos. 

Pour  les  membres  supérieurs  l’amélioration  s’est  maintenue. 

Le  14,  reprise  du  traitement,  qui  n’est  plus  appliqué  qu’aux  mem- 
bres inférieurs  (une  plaque  reliée  à une  extrémité  du  solénoïde  de 
haute  fréquence  est  placée  à la  nuque  ; deux  plaques  reliées  à l’autre 
extrémité  sont  moulées  sur  le  tiers  inférieur  des  jambes). 

Le  17,  après  les  deux  premières  applications  qui  ont  suivi  la  reprise 
du  traitement,  le  malade  souffre  moins  des  genoux. 

Dans  la  suite,  l’amélioration  s’accentue  progressivement. 

Le  30,  les  mensurations  donnent  les  chifïres  suivants  : 


Périmètre  maximum 


Jambe  droite  = 30cm,3 
Jambe  gauche  = 30  centimètres. 


Le  16  février,  un  nouvel  examen  électrique  permet  de  constater  le 
retour  à peu  près  complet  de  l'excitabilité  faradique  à sa  valeur  nor- 
male, une  augmentation  de  l’excitabilité  galvanique,  relativement 
aux  chiffres  fournis  par  le  premier  examen  et  la  disparition  de  la  len- 
teur notée  précédemment,  à des  degrés  divers,  pour  les  différents 


muscles  examinés. 

Les  mouvements  d’extension  et  de  flexion  du  pied  sur  la  jambe 
paraissent  normaux.  Le  malade  marche  d’ailleurs  très  bien,  venant, 
à pied,  à l’hôpital  suburbain  sans  se  fatiguer.  Il  se  rend  utile,  à l’hô- 
pital général  où  il  a été  admis  ; il  a été  adjoint  au  concierge  soit  pour 
le  remplacer,  soit  pour  faire  quelques  courses. 

11  peut  se  tenir  baissé  quelques  instants,  les  jambes  fléchies  sur  les 
cuisses  et  les  cuisses  fléchies  sur  le  bassin,  ce  qui  lui  était  absolument 
impossible. 

La  gêne  qu’il  éprouvait  au  niveau  des  genoux  et  des  crg.ux  poplités 
a définitivement  disparu.  En  fait  de  douleurs,  il  n’accuse,  de  loin  en 
loin,  qu’une  douleur,  d’ailleurs  peu  vive,  dans  le  genou  droit. 

Nombre  total  de  séances  de  traitement  (applications  directes  de 
haute  fréquence):  25. 

Le  malade  est  revu  en  juillet.  La  guérison  s’est  maintenue. 

Ce  malade  était  donc  atteint  de  polynévrite  beaucoup  plus  marquée 
aux  membres  inférieurs  qu'aux  membres  supérieurs.  La  nature  de 
cette  polynévrite  ne  nous  paraît  pas  douteuse  : les  commémoratifs  et 
les  stigmates  de  saturnisme  sont  assez  précis  et  assez  nets  pour  que 


— 312  — 


I on  puisse  l’attribuer  à l’intoxication  saturnine.  Quant  aux  légers 
ictus  présentés  par  ce  malade,  à différentes  reprises,  ils  nous  parais- 
sent liés  à des  modifications  vasculaires  qu’on  peut  rapporter  au 
môme  facteur  étiologique  : à l’action  de  la  substance  toxique  sur  l’ap- 
pareil circulatoire. 

Ons.  V.  — Polynévrite  d’origine  grippale  (observation  recueillie 
dans  le  service  de  M.  le  professeur  Carrieu  et  dans  le  service  d’élec- 
trothérapie). 

Ilippolyte  V...,  vingt  ans,  garçon  laitier. 

Antécédents  héréditaires.  — Rien  d’intéressant  à signaler. 

Antécédents  personnels.  — Fièvre  typhoïde  à l’âge  de  douze  ans.  Pas 
de  syphilis,  pas  de  blennorragie,  pas  de  paludisme. 

Histoire  de  la  maladie.  — La  maladie  actuelle  a débuté,  le  8 mars 
1901,  à la  suite  d’un  refroidissement,  par  des  frissons  répétés,  de  la 
céphalée  et  une  sensation  de  brisement  général.  Le  malade  s’est  mis 
presque  aussitôt  à tousser  et  à cracher,  et  il  a eu  quelques  vomisse- 
ments. Cinq  ou  six  jours  après,  il  a commencé  à ressentir  des  four- 
millements et  de  légères  douleurs  intermittentes  dans  les  membres 
inférieurs.  Il  éprouvait  de  la  difficulté  pour  marcher  et  ses  jambes 
qui  étaient  devenues  raides  lui  paraissaient  très  lourdes.  Il  rend 
compte  de  cette  sensation  eu  disant  qu’il  lui  « semblait  avoir  des 
mollets  gros  comme  des  sacs  ».  Ces  phénomènes  le  décident  à entrer 
à l'hôpital  le  23  mars  1901. 

Etat  du  malade  le  23  mars  1901.  — Du  côté  de  l 'appareil  respiratoire, 
on  ne  constate  que  l’existence  de  quelques  râles  sibilants  et  ronflants 
disséminés  des  deux  côtés  de  la  poitrine.  Presque  plus  de  toux.  Les 
sécrétions  bronchiques  sont  presque  taries. 

Dans  le  tableau  symptomatique,  les  seuls  troubles  qui  attirent  et 
retiennent  l'attention  sont  des  troubles  du  système  neuro-musculaire. 

Motilité.  — La  paralysie  semble  intéresser  surtout  les  muscles  de 
la  région  postérieure  de  la  jambe.  Quand  le  malade  est  couché,  le 
pied  n’est  pas  tombant,  mais  au  contraire  relevé.  Les  mouvements  de 
flexion  du  pied  sur  la  jambe  sont  conservés;  l’extension  est  affaiblie 
et  limitée.  Dans  la  marche,  si  on  observe  le  malade  au  moment  où 
il  va  appliquer  le  pied  à terre,  on  constate  qu’il  pose  d’abord  le  talon 
sur  le  sol.  La  démarche  n’est  pas  cependaut  celle  d’un  tabétique  : 
la  jambe  n’est  pas  projetée  avec  brusquerie  et  comme  mue  par  un 


— 313  — 


ressort  ainsi  qu’on  l’observe  chez  le  tabétique.  Le  pied  s’applique  bien 
à terre  d’abord  par  le  talon,  mais  il  ne  frappe  pas  le  sol  avec  force. 
En  outre,  on  ne  constate  pas  la  moindre  incoordination. 

Lorsque  le  malade  est  debout,  il  n’est  pas  solide  sur  ses  jambes, 
qu’il  tient  écartées  l’une  de  l’autre  pour  élargir  sa  base  de  sustenta- 
tion. Si  on  lui  commande  de  rester  debout,  les  yeux  fermés,  on  constate 
quelques  oscillations. 

Du  côté  des  membres  supérieurs,  les  phénomènes  paralytiques  sont 
bien  moins  marqués  qu’aux  membres  inférieurs.  Les  muscles  de 
l’avant  bras  et  de  la  main  paraissent  plus  atteints,  à droite  et  à gau- 
che, que  ceux  du  bras  et  de  l’épaule.  Le  malade  se  sert  maladroite- 
ment de  ses  mains.  Lorsque  l’avant-bras  est  soulevé,  la  main  est  en 
demi-pronation  et  un  peu  en  adduction;  elle  est  légèrement  tom- 
bante. 

La  force  musculaire  est  diminuée.  Le  malade,  quoique  de  constitu- 
tion vigoureuse,  marque  seulement  au  dynamomètre  : à droite,  30  ; 
à gauche,  28. 

Rien  à noter  du  côté  des  muscles,  du  tronc,  du  cou  et  de  la  face. 

Aucun  trouble  des  sphincters. 

Les  réflexes  tendineux  et,  en  particulier,  le  réflexe  rotulien  sont 
presque  abolis.  Pas  de  réflexe  crémastérien . 

Sensibilité.  — Pas  de  douleurs  vives.  Les  muscles  du  mollet  sont 
douloureux  à la  pression.  On  provoque  également  de  la  douleur,  à la 
pression,  au  niveau  des  malléoles.  Un  peu  d’anesthésie  plantaire.  Pas 
de  douleurs  le  long  de  la  colonne  vertébrale.  Pas  de  douleurs  en 
ceinture. 

Trophicitè.  — On  constate  une  atrophie  musculaire  légère,  notam- 
ment aux  pieds  où  les  espaces  interosseux  sont  plus  accusés  qu’à 
1 état  normal.  Légère  diminution  également  des  masses  musculaires 
des  mollets. 


Périmètre  maximum... 


Jambe  droite,  30  centimètres. 
Jambe  gauche,  29cm,5. 


Le  malade  accuse  quelques  fourmillements  dans  les  membres,  surtout 
dans  les  membres  inférieurs. 

11  présente  un  léger  tremblement  des  doigts.  Pas  d’athétose. 

On  note  une  raideur  assez  marquée  des  muscles  de  la  jambe. 

Rien  du  côté  des  organes  des  sens.  Pas  de  trouble  de  l’accom- 


— 314  - 


modation.  Pas  de  signe  d’Argyll-Robertson.  Pas  de  troubles  psychi- 
ques. 

En  ce  qui  concerne  les  autres  appareils,  on  ne  constate  rien  de  par- 
ticulier, sauf  au  cœur,  qui  présente  un  léger  souffle  post-systolique 
à la  base. 

Examen  électrique.  — Muscles  examinés  : pour  les  membres  supé- 
rieurs, deltoïde  (portions  claviculaire  et  scapulaire),  fléchisseur  et 
extenseur  communs  des  doigts  ; pour  les  membres  inférieurs,  jambier 
antérieur  et  jumeau  interne. 

a)  Modifications  quantitatives.  — Membre  supérieur.  — L’excitabilité 
faradique  est  égale  à droite  et  à gauche  pour  la  portion  claviculaire 
du  deltoïde  et  sensiblement  normale  ; à peu  près  normale  aussi  pour  la 
portion  scapulaire  gauche  du  deltoïde  et  légèrement  diminuée  pour  la 
portion  scapulaire  droite.  Pour  le  fléchisseur  et  l’extenseur  communs 
des  doigts,  on  constate  une  diminution  sensible  de  cette  excitabilité 
des  deux  côtés. 

Membre  inférieur.  — L’ excitabilité  faradique  peut  être  considérée 
comme  normale  pour  le  jambier  antérieur  gauche;  elle  est  légère- 
ment diminuée  pour  le  jambier  antérieur  droit,  diminuée  également 
pour  le  jumeau  interne,  surtout  à droite. 

L'excitabilité  galvanique  est  diminuée  pour  la  plupart  des  muscles 
examinés. 

b)  Modifications  qualitatives.  — On  constate  l’inversion  pour  la 
portion  claviculaire  gauche  et  pour  la  portion  scapulaire  droite  du 
deltoïde. 

La  secousse  du  jambier  antérieur  droit  présente  une  certaine 
lenteur.  Les  secousses  du  jambier  antérieur  gauche  et  du  jumeau 
interne  droit  et  gauche,  sans  présenter  de  lenteur  typique,  ne  se 
produisent  pas  avec  leur  brusquerie  normale. 

En  iésumé  : diminution  de  l’excitabilité  faradique  pour  la  portion 
scapulaiie  droite  du  deltoïde,  le  fléchisseur  et  l’extenseur  communs 
des  doigts  à droite  et  à gauche,  pour  le  jambier  antérieur  droit  et  le 
jumeau  interne  des  deux  côtés.  Diminution  de  l’excitabilité  galvani 
que  pour  la  plupart  des  muscles  examinés.  Inversion  pour  la  portion 
claviculaire  gauche  et  la  portion  scapulaire  droite  du  deltoïde.  Len- 
teur nette  pour  le  jambier  antérieur  droit,  moins  nette  pour  le  jam- 
bier gauche  et  le  jumeau  interne  des  deux  côtés. 

Traitement.  — Le  malade  est  envoyé  au  service  d'électrothérapie  le 


- 315 


27  mars  1901.  Il  est  soumis  à des  applications  directes  des  cou- 
rants de  haute  fréquence  trois  fois  par  semaine,  pendant  quinze 
minutes  jusqu’au  15  avril,  pendant  dix  minutes  à partir  de  cette  date. 
L'intensité  vai’ie  de  500  à 600  ma.  Les  deux  mains  sont  reliées  par 
deux  manettes  métalliques  et  un  fil  bifurqué  à une  extrémité  du  solé  • 
noïde  de  haute  fréquence.  Les  deux  mollets  sont  mis  en  communica- 
tion, par  deux  plaques  d’étain  moulées  sur  les  téguments,  avec  l'autre 
extrémité  de  ce  solénoïde. 

Résultats  du  traitement.  — Le  5 avril  (après  quatre  séances  de  trai 
tement),  le  malade  déclare  que  les  forces  reviennent  dans  les  mem- 
bres supérieurs  et  les  membres  inférieurs.  L’anesthésie  plantaire  est 
bien  moins  marquée. 

Le  20  (après  huit  séances  de  traitement),  la  marche  est  beaucoup 
plus  facile  et  reprend  son  caractère  normal.  L’anesthésie  plantaire  a 
disparu.  Une  forte  pression  détermine  à peine  un  peu  de  douleur 
dans  les  mollets  et  ne  provoque  plus  aucune  douleur  au  niveau  des 
malléoles. 

Pour  les  membres  supérieurs,  l’amélioration  est  également  très 
sensible . La  main  ne  prend  plus  l’attitude  que  nous  avons  décrite. 
Les  doigts  peuvent  accomplir  des  mouvements^,ssez  délicats. 

Indication  du  dynamomètre  : à droite  35  ; à gauche,  32. 

Dans  la  suite,  l’amélioration  progresse  rapidement. 

Le  12  mai,  le  malade  quitte  l'hôpital  , il  continue  cependant  à 
suivre  son  traitement,  venant  le  plus  sou  'ent  à pied  sans  en  éprou- 
ver de  fatigue. 

Le  18,  nouvel  examen  électrique.  L’excitabilité  faradique  peut  être 
considérée  comme  normale  pour  tous  les  muscles  précédemment 
examinés  ; l’excitabilité  galvanique  également,  sauf  pour  le  jambier 
antérieur  droit,  pour  lequel  on  constate  encore  une  légère  diminution. 
On  n’observe  l’inversion  pour  aucun  muscle.  Enfin,  les  secousses  ont 
repris  leur  brusquerie  normale. 

Le  19,  le  malade  quitte  le  service  d’électrothérapie.  Il  peut  faire 
facilement  d’assez  longues  courses  La  démarche  est  normale.  Les 
mouvements  des  membres  supérieurs  ont  recouvré  leur  aptitude  et 
leur  précision. 

Indication  du  dynamomètre  : à droite,  45  ; à gauche,  40. 

Les  réflexes  sont  normaux,  sauf  le  réflexe  rotulien  qui  paraît  très 
légèrement  diminué  à droite. 


- 316 


Il  n’y  a plus  de  douleurs  spontanées  ou  provoquées  par  la  pression. 
Les  masses  musculaires  des  mollets  ont  considérablement  aug- 
menté comme  le  démontrent  les  mensurations  suivantes  : 


Périmètre  maximum 


Jambe  droite,  33  centimètres. 
Jambe  gauche,  33cm,5. 


Nombre  total  de  séances  de  traitement  (applications  directes  de 
H.  F.):  20. 

Ce  malade  présentait  donc,  comme  le  précédent,  une  polynévrite 
des  membres  supérieurs  et  des  membres  inférieurs.  La  démarche  de 
ce  malade  n’était  pas  celle  qu'on  observe  habituellement  dans  la 
polynévrite  des  membres  inférieurs.  Ainsi  que  nous  l’avons  signalé 
en  effet,  dans  l’observation  II,  ce  sujet  talonnait.  Cette  particularité 
aurait  pu  faire  songer,  tout  d’abord,  au  tabes.  Mais,  à un  examen 
plus  attentif,  cette  démarche  était  parfaitement  distincte  de  celle  du 
tabétique,  comme  nous  l’avons  indiqué.  On  n’observait  aucun  degré 
d’incoordination  des  mouvements  et,  en  outre,  la  force  musculaire 
était  sensiblement  diminuée. 

La  titubation  présentée  parce  malale  quan  1 on  lui  commandait  de 
se  tenir  debout,  les  ^eux  fermés,  peut  très  bien  s’expliquer  par 
l’anesthésie  plantaire.  Enfin,  nous  avons  noté  l’absence  du  signe 
d’Argyll-Robertson,  l’absence  de  diplopie  et  de  troubles  des  sphinc- 
ters. Il  est,  d’ailleurs,  établi  aujourd’hui,  par  un  grand  nombre  de 
faits,  que  tous  les  sujets  atteints  de  polynévrite  des  membres  infé- 
rieurs ne  ste/)/xnt  pas  et  que,  suivant  la  localisation  de  la  paralysie  à 
certains  groupes  musculaires,  la  démarche  peut  présenter  des 
caractères  tout  différents. 

Cette  polynévrite  est  nettement  d’origine  infectieuse.  C’est,  en 
effet,  peu  de  jours  après  une  grippe  typique  que  le  malade  a com- 
mencé à accuser  les  phénomènes  que  nous  avons  décrits. 


Les  faits  que  nous  avons  rappelés  et  les  observations  que 
nous  venons  de  publier  ne  permettent  pas  de  déterminer, 
d’une  façon  précise,  quelle  technique  il  faudra  préférer  dans 
le  traitement  des  névrites  par  les  hautes  fréquences.  Ce  point 
de  pratique  ne  pourra  être  élucidé  qu’après  une  comparaison 
méthodique  et  prolongée  des  divers  modes  d’application  de  ces 
courants. 


— 317  — 


Une  longue  expérience  pourra  seule  démontrer  également 
si  l’emploi  de  ce  traitement  fournit  des  résultats  inconstants 
et  s’il  y a réellement  lieu  île  le  rejeter  dans  certaines  formes 
de  névrite. 

Le  domaine  nosologique  des  névrites  est,  en  effet,  devenu 
des  plus  touffus.  Dans  ce  « cadre  sans  tableau  »,  dont  parlait 
Charcot,  se  trouvent  aujourd’hui  réunies,  en  nombre  considé- 
rable, des  affections  assez  différentes  entre  elles,  aussi  bien 
par  la  diversité  de  leur  étiologie  que  par  la  prédominance, 
variable  suivant  les  cas,  de  certains  symptômes.  « Pourquoi 
la  symptomatologie  n’est-elle  point  univoque  dans  les  névrites  ? 
Pourquoi,  à des  altérations  anatomiques  identiques,  ne  coires- 
pondent  pas  toujours  les  mêmes  symptômes?  Pourquoi  y a-t-i* 
des  formes  sensitives,  motrices,  mixtes  ou  latentes,  alors  que, 
dans  tous  les  cas,  la  lésion  des  nerfs  périphériques  est  la  même  ? 
C’est  là  un  point  que  les  recherches  les  plus  modernes  ne  son1 
point  parvenues  à élucider  (1).  » 

Comment  pourrait-on  être  surpris,  dans  ces  conditions,  que 
le  même  traitement  soit  couronné  de  succès  dans  certains  cas, 
suivi  d’insuccès  dans  d’autres? 

En  réalité,  dans  l’état  actuel  de  la  question,  il  faut,  semble- 
t-il,  éviter  une  généralisation  hâtive  des  résultats  acquis.  Les 
faits  observés  doivent  conserver  toute  leur  valeur,  mais  ils  doi- 
vent être  classés  en  situation  d’attente. 

Etant  donné  les  différences  considérables  qui  existent 
entre  les  divers  modes  d’application  des  courants  de  haute 
fréquence,  il  est  d’ailleurs  nécessaire  de  rapporter  scrupuleu- 
sement à chacun  d’eux  les  résultats  qu'ils  ont  fournis  dans  la 
pratique.  Les  conclusions  légitimées  par  l’emploi  de  tel  ou  tel 
procédé  spécial  ne  peuvent,  en  aucune  façon,  être  étendues 
intégralement  aux  hautes  fréquences. 

(1)  Grasset  et  Rauzier,  Traité  pratique  des  maladies  du  système  nerveux 
Maladies  des  nerfs  et  névroses.  Chapitre  1 (tome  II). 


— 318  — 

Les  remarques  faites  par  Apostoliet Berlioz,  que  nous  avons 
cités  au  début,  au  sujet  de  l’emploi  de  ces  courants  dans  le 
tiaitement  des  névrites,  sont  englobées  dans  une  étudequi  se 
rapporte  exclusivement,  ainsi  que  ces  auteurs  ont  soin  de  le 
faire  remarquer,  aux  résultats  thérapeutiques  de  l’autocon- 
duction  et  du  lit  condensateur. 

Oudin  a traité  la  malade,  dont  il  a publié  l’observation,  par 
les  applications  locales  sous  forme  d’étincelles. 

Sudnik  a eu  recours  tantôt  aux  applications  locales  au 
moyen  du  résonateur  Oudin,  tantôt  aux  applications  directes. 

Ce  sont  ces  dernières  applications  qui  ont  été  utilisées 
dans  les  observations  qui  précèdent. 

Par  ces  deux  modes  d’application  (applications  locales  et. 
applications  directes)  des  courants  de  haute  fréquence,  on  a 
donc  pu  obtenir,  dans  des  névrites  parfaitement  caractérisées, 
une  amélioration  considérable  et  même  une  guérison  com- 
plète. Ces  laits  suffisent  à établir  que  les  courants  de  haute 
fréquence,  dans  certaines  conditions  d’application,  ne  sont 
nullement  contre-indiqués  dans  les  névrites.  Celte  contre- 
indication  ne  saurait  d’ailleurs  être  admise  que  si  l’influence 
défavorable  des  hautes  fréquences  dans  tous  les  cas  où  se 
trouve  réalisé  un  processus  de  névrite  était  réellement 
démontrée. 

Ace  point  de  vue,  bien  des  faits  méritent  d’être  rappro- 
chés de  ceux  que  nous  venons  de  signaler. 

Un  grand  nombre  de  travaux  ont,  en  effet,  démontré  l’effi- 
cacité des  hautes  fréquences  dans  les  affections  où  l’élément 
douloureux  était  prépondérant  et  dans  les  affections  s'accom- 
pagnant de  néorite,  comme  certaines  dermatoses,  certaines 
lésions  articulaires,  etc...  Doumer  (1)  a démontré,  par  de 
nombreuses  observations,  qu’on  pouvait  obtenir  d’excellents 


(1)  Doumer,  Traitement  de  la  fissure  sphinclèralgique  par  les  courants  (le 
haute  fréquence  et  de  haute  tension  (Ann.  d'électrobiol.,  tome  1,  mars  18U7). 


— 319  — 


résultats  des  applications  locales  clans  la  fissure  sphinctéral- 
gique,  où  l’élément  douloureux  et  l’élément  spasmodique 
jouent  un  rôle  important.  Les  recherches  histologiques  de 
Quénu  (1)  ont  précisément  établi  que  les  filets  nerveux  sous- 
jacents  à l’ulcération  présentaient  des  lésions  de  névrite,  ce 
qui  indique  que  ces  filets  nerveux  participent  eux-mêmes  au 
processus  inflammatoire  et  suffiL  parfaitement  à expliquer  lés 
douleurs  violentes  qui  caractérisent  cette  affection.  L’irrita- 
tion des  extrémités  nerveuses  siégeant  au  niveau  de  l’ulcé- 
ration se  transmettrait  au  centre  médullaire  pour  se  réfléchir 
dans  les  filets  moteurs  et  donner  lieu  à la  contracture  perma- 
nente du  sphincter.  Les  irradiations  douloureuses  si  fré- 
quentes dans  ces  affections  seraient  expliquées  par  la  réper- 
cussion sur  les  filets  sensitifs  qui  aboutissent  au  même  centre 
médullaire. 

Ces  faits,  qui  pourraient  paraître  disparates  au  premier 
abord,  se  trouvent  naturellement  rapprochés  par  l’anatomie 
et  la  physiologie  pathologiques  de  ceux  que  nous  avons  déjà 
rapportés  et  se  confirment  les  uns  les  autres. 

Chorée.  — Boinet  et  Caillol  de  Poney  (2)  ont  publié  les 
faits  suivants,  obtenus  au  moyen  des  applications  directes: 
1°  Dans  un  cas  de  chorée  gesticulaloire,  la  guérison  survint 
après  trente-trois  séances  ; 

2°  Dans  un  cas  de  chorée  hystérique  arythmique,  les  mou- 
vements arythmiques  avaient  à peu  près  disparu  après  seize 
séances  ; 

3°  Dans  un  cas  de  chorée  saltatoire  et  salutatoire,  guérison 
après  trente-deux  séances. 

Neurasthénie. — D’après  les  travaux  d’AposLoli  et  Planet  (3) 

(1)  Quénu,  Etude  sur  les  hémorroïdes  (Rev.  de  chir.,  1893,  p.  466). 

(2)  Loc.  citât. 

(3)  Apostoli  et  Planet,  Traitement  électrique  de  la  neurasthénie  chez  les  neuro- 
arthritiques. — Traitement  électrique  de  la  neurasthénie  chez  les  hystériques 
(Annales  d'électrobiol.,  1898). 


— 320  — 


la  façon  dont  les  courants  de  haute  fréquence  sont  supportés 
par  les  neurasthéniques  varie  avec  les  formes  cliniques  de  la 
maladie.  Les  applications  générales  de  ces  courants  sont,  en 
effet,  susceptibles  d’améliorer  plus  rapidement  et  plus  com- 
plètement l’état  des  neuro-arthritiques,  tandis  qu’elles  con- 
viennent mal,  la  plupart  du  temps,  aux  hystéro-neurasthéni- 
ques. 

Hystérie.  — D’après  Apostoli,  ce  sont  les  hystériques  qui 
présentent  le  plus  souvent  des  réactions  d’intolérance  vis-à- 
vis  des  hautes  fréquences,  intolérance  qui  « diminue  pro- 
gressivement depuis  la  cage  sans  contact  avec  auloconduc- 
tion  pure  , où  elle  atteint  son  maximum  , pour  s’affaiblir 
dans  la  même  cage  avec  contact  simultané  des  mains  à 
un  pôle  et  pour  diminuer  encore  avec  le  lit  condensateur» 

Aussi  les  hautes  fréquences  ont  elles  été  tort  peu  employées 
dans  le  traitement  de  l'hystérie. 


CHAPITRE  VIII 


Appareil  articulaire 


Nous  avons  réuni  dans  ce  chapitre  quelques  observations 
d’affections  articulaires  d’origine  diverse  et  qu’il  nous  a paru 
inléressantde  rapprocher  parce  qu’elles  montrent  bien  l’action 
des  hautes  fréquences  sur  l’ensemble  même  des  symptômes 
qui  accompagnent  ces  lésions. 

L’observation  I,  que  nous  avons  relatée  à propos  du  trai- 
tement des  tuberculoses  chirurgicales,  celles  que  nous  repro- 
duisons ci-dessous  et  plusieurs  autres  auxquelles  nous  avons 
fait  allusion  (1),  prouvent  que  les  courants  de  haute  fréquence 
peu  vent  rendre  de  grands  services  en  thérapeutique  articulaire 
et  provoquer  une  restauration  fonctionnelle  et  anatomique 
très  satisfaisante. 

Les  applications  locales,  sous  forme  d’effluve  ou  d’étincel- 
les, et  les  applications  directes~que  nous  avons  nous-même 
employées  avec  succès  dans  plusieurs  cas,  seront  utilisées 
pour  agir  sur  les  points  douloureux  et  sur  les  troubles  tro- 
phiques ou  vaso-moteurs  qui  accompagnent,  généralement,  la 
lésion  articulaire. 

Enfin,  lorsque  celle-ci  est  sous  la  dépendance  d’une 
influence  diathésique,  comme  l’arthritisme,  on  aura  recours 
en  même  temps  à la  condensation  ou  à l’autoconduction. 

(1)  Nous  avons  déjà  parlé  d’un  cas  de  rhumatisme  chronique  de  l’épaule, 
d'une  arthrite  blennorragique  de  l’épaule  également,  etc.,  dans  lesquels,  sous 
l’influence  de  ces  courants,  les  mouvements  avaient  repris  peu  à peu  leur  ampli- 
tude normale. 


21 


Les  observations  suivantes  témoignent  de  l’action  plus  ou 
moins  complète  des  hautes  fréquences  suivant  les  cas,  et,  en 
particulier,  d’une  action  très  favorable  sur  l’atrophie  muscu- 
laire consécutive  au  mauvais  état  de  l’articulation. 

observations  personnelles 

(Publiées  in  Archives  (l'Électricité  médicale , février  et  mars  1901) 

Ons.  I.  — Osléo-arthrile  blennorragique  (recueillie  dans  le  service  de 
M.  le  professeur  Tédenat  et  dans  le  service  d’électrothérapie). 

B...  Philomène,  vingt-deux  ans,  domestique. 

Antécédents  héréditaires.  — Père  rhumatisant. 

Antécédents  personnels. — Pariole  et  scarlatine  dansle  jeune  âge.  In- 
fection blennorragique  déjà  ancienne  et  dont  la  malade  ne  peut  pré- 
ciser la  date. 

Histoire  de  la  maladie.  — Dans  les  premiers  jours  du  mois  d’août 
1899,  la  malade  a commencé  à soutfrir  de  la  main  droite,  du  genou 
et  du  cou-de-pied  droits.  Cette  première  crise  n'a  duré  que  quatre  ou 
cinq  jours.  Quelque  temps  après,  les  douleurs  ont  reparu,  d’abord  li- 
mitées aux  articulations  des  quatrième  et  cinquième  doigts  et  aux 
métacarpiens  correspondants.  Dans  la  suite,  les  autres  doigts  et  le 
poignet  ont  été  pris  à leur  tour. 

La  malade  entre  à l’hôpital  fin  août.  Aucun  mouvement  n’est  pos- 
sible, et  les  douleurs  sont  très  vives.  On  institue  un  traitement  par 
le  chloral,  le  salicylate  de  méthyle,  etc.,  qui  amène  une  diminution 
des  phénomènes  douloureux. 

Le  29  décembre,  elle  est  envoyée  au  service  d’électrothérapie. 

Etat  de  la  malade  à son  arrivée  au  service  d’électrothérapie.  — La 
main  et  le  poignet  droits  sont  enflés.  La  peau  est  tendue,  luisante, 
rouge  et  chaude.  Il  y a de  l’empâtement  péri- articulaire. 

L’avant-bras  droit  parait  beaucoup  plus  grêle  que  le  gauche  ; les 
masses  musculaires  sont  flasques.  Les  mensurations  donnent  les  chif- 


fres suivants  : 

Périmètre  de  l’avant-bras  droit 19em,5 

— gauche 22  centimètres. 


Les  mouvements  actifs  sont  nuis  au  niveau  du  poignet  droit,  nuis 
aussi  au  niveau  des  phalanges.  Les  doigts  sont  passés  à l’état  de  tiges 


— 323  — 


rigides.  Les  seuls  mouvements  possibles  sont  de  très  légers  mouve- 
ments de  flexion  des  phalanges  sur  les  métacarpiens. 

Examen  électrique.  — Muscles  examinés  : fléchisseur  et  extenseur 
communs  des  doigts,  opposant  du  pouce. 

L’excitabilité  faradique  est  moindre  à droite  qu’à  gauche  pour 
tous  les  muscles  examinés,  surtout  pour  l’opposant. 

L’excitabilité  galvanique  est  sensiblement  égale  à droite  et  à gau- 
che pour  le  fléchisseur  et  l’extenseur  communs  des  doigts.  Elle  est 
diminuée  à droite  pour  l’opposant. 

On  ne  constate  pas  de  modifications  qualitatives. 

Traitement  et  résultats  du  traitement  — Du  29  décembre  1899  au 
9 février  1900,  la  malade  est  traitée  par  la  galvanisation  (pôle  positif 
autour  de  l’avant-bras,  pôle  négatif  à la  main  ; séance  de  dix  minutes; 
intensité,  15  ma.).  Au  début,  amélioration  à peine  sensible  des  mou- 
vements. 

Après  quinze  séances  de  ce  traitement,  état  stationnaire. 

Le  9 février,  on  lui  substitue  les  applications  directes  de  H.  F.  Une 
plaque  d’étain  est  placée  sur  l’avant-bras,  une  autre  sur  la  main. 
L’intensité  du  courant  employé  a varié  de  200  à 400  ma.;  la  durée 
des  applications  a été,  en  général,  de  dix  minutes. 

A cette  époque,  on  fait  une  radiographie  des  deux  mains  et  des 
deux  poignets  sur  une  même  plaque.  L’épreuve  obtenue  montre  une 
transparence  beaucoup  plus  grande  à droite  qu’à  gauche  des  extré- 
mités inférieures  du  radius  et  du  cubitus,  des  os  du  carpe,  des  méta- 
carpiens et  des  phalanges. 

Mensurations  (avant  le  traitement  par  les  applications  directes  de 
H.  F.): 

Avant-bras  droit 19cm,5 

— gauche 22  centimètres. 

L’examen  électrique  donne  les  mêmes  résultats  que  précédemment. 

Le  30  février  (après  huit  applications  de  H.  P'.),  les  mouvements 
deviennent  plus  faciles  et  moins  douloureux. 

12  mars.  — Les  mouvements  d’exten3ion  et  de  flexion  de  la  main 
sont  plus  étendus  et  ne  provoquent  pas  de  douleur  dans  le  poignet, 
même  quand  on  leur  oppose  une  résistance  assez  forte.  Quand  la 
malade  essaye  de  fermer  la  main,  de  fléchir  les  doigts,  elle  ressent 
une  vive  douleur  au  niveau  des  articulations  métacarpo-phalangiennes 
des  deux  derniers  doigts.  La  peau  n’est  plus  ni  aussi  tendue,  ni  aussi 


— 324  — 


rouge,  et  ne  présente  plus  avec  le  côté  sain  de  différence  de  tempé- 
rature appréciable. 

Mensurations  : 

Avant-bras  droit 20  centimètres. 

— gauche 22  — 

La  malade  quitte  le  service. 

Nombre  d’applications  directes  de  H.  F.  du9février  au  12mars:  12. 

2 mai.  •—  Reprise  du  traitement.  Même  état  que  le  12  mars  au 
point  de  vue  de  la  motilité  et  de  la  trophicité.  L’excitabilité  faradique 
est  toujours  diminuée.  Après  la  suspension  du  traitement, les  douleurs 
sont  devenues  plus  vives. 

Le  30  mai,  la  peau  a pris  une  coloration  normale.  Les  mouvements 
actifs  et  passifs  sont  un  peu  plus  étendus.  Les  douleurs  spontanées 
sont  moins  vives.  La  douleur  à la  pression  a disparu  pour  le  poignet 
et  le  carpe  ; elle  ne  persiste  que  pour  les  articulations  des  doigts. 

Une  nouvelle  radiographie  des  deux  mains  et  des  deux  poignets  sur 
une  même  plaque  semble  montrer  entre  le  côté  sain  et  le  côté  malade 
moins  de  différence  que  la  première  épreuve. 

8 juin.  — Mensurations  : 

Avant-bras  droit 21cm,5 

— gauche 22  centimètres. 


Un  nouvel  examen  électrique  révèle:  1°  que  l’excitabilité  faradique 
est  sensiblement  égale  à droite  et  à gauche  pour  le  fléchisseur  et 
l’extenseur  communs  des  doigts  et  pour  l’opposant  du  pouce  ; 2°  que 
l’excitabilité  galvanique  est  égale  à droite  et  à gauche  pour  l'oppo- 
sant. 

Le  25  juin  1900,  troisième  radiographie  des  deux  mains  et  des 
deux  poignets  sur  une  même  plaque.  L’extrémité  inférieure  du  ra- 
dius et  du  cubitus  présente  une  transparence  à peu  près  égaie  des 
deux  côtés.  La  différence  de  transparence  entre  le  côté  sain  et  le 
côté  malade  est  plus  sensible  pour  le  carpe,  mais  elle  est  beaucoup 
moins  marquée  que  dans  le  premier  cliché  du  10  février.  Enfin,  pour 
les  phalanges,  la  différence  de  transparence,  quoique  atténuée,  est 
restée  très  sensible. 

La  flexion  et  l’extension  de  la  main  sont  encore  limitées.  Les 
mouvements  des  phalanges  sont  très  peu  étendus.  Dans  ces  derniers 
jours,  la  malade  a été  iraitée  par  la  friction  avec  l’électrode  à 


— 325  — 


manchon  de  verre  sur  les  points  douloureux,  en  même  temps 
qu’elle  continuait  d’ailleurs  les  applications  directes. 

La  friction  a amené  une  diminution  des  douleurs.  Les  articulations 
des  phalanges  ne  sont  plus  douloureuses  à la  pression,  mais  le  sont 
encore  à l’occasion  des  mouvements  exagérés. 

La  malade  quitte  le  service  d’électrothérapie  le  25  juin. 

Nombre  d’applications  directes  de  haute  fréquence  depuis  le  2 mai  : 
23;  depuis  le  9 février:  35. 

Obs.  IL  — Rhumatisme  articulaire  chronique  (recueillie  aux  consul- 
tations externes  de  chirurgie  de  M.  le  professeur  agrégé  L.  Imbert  et 
dans  le  service  d'électrothérapie). 

M...  M...,  quarante-sept  ans,  femme  de  ménage. 

Parents  bien  portants. 

Bonne  santé  antérieure.  A eu  sept  enfants.  Les  accouchements  ont 
été  normaux. 

Histoire  de  la  maladie.  — Le  20  avril  1899,  elle  éprouve  un  frisson  ; 
le  lendemain,  elle  a la  fièvre  et  se  plaint  de  douleurs  dans  les  articu- 
lations droite  et  gauche  du  cou-de-pied.  Quelques  jours  après,  les 
genoux,  les  épaules  et  les  poignets  sont  pris.  Elle  réalise  ainsi  une 
crise  de  rhumatisme  polyarticulaire  aigu  qui  l’oblige  à garder  le  lit 
pendant  trois  mois.  Peu  à peu,  les  articulations  du  côté  droit  se  sont 
dégagées;  du  côté  gauche,  le  genou  et  le  cou-de-pied  se  sont  aussi 
libérés;  mais  la  malade  a continué  à souffrir  du  membre  supérieur. 
Elle  a été  traitée  par  le  salicylate  de  soude. 

Le  26  mars  1900,  elle  entre  au  service  d’électrothérapie,  neuf  mois 
après  le  début  de  sa  crise  de  rhumatisme  aigu. 

Etat  de  la  malade  à son  entrée  au  service  d'électrothérapie.  — La  main 
et  le  poignet  sont  immobilisés.  Les  doigts  sont  raidis  dans  l’extension 
forcée,  incurvés  vers  la  face  dorsale,  à tel  point  que  les  premières 
phalanges  semblent  être  en  subluxation  en  avant  sur  les  méta- 
carpiens. 

Les  mouvements  d’élévation  du  bras  sont  très  limités  et  n’atteignent 
pas  l’horizontale.  A l’occasion  de  ces  mouvements,  on  perçoit  des  cra- 
quements dans  l’articulation  de  l’épaule. 

Au  coude,  rien  d’anormal. 

Les  mouvements  actifs  et  passifs  de  flexion  sont  nuis,  soit  au  niveau 
du  poignet,  soit  au  niveau  des  phalanges.  En  prenant  un  point 


— 326  — 


d’appui,  la  malade  arrive  à écarter  légèrement  les  doigts;  elle  ne  peut 
pas  mettre  le  pouce  en  opposition. 

Elle  se  plaint  d’une  douleur  sourde  et  continue  dans  l’épaule  et  de 
douleurs  plus  vives,  intermittentes,  dans  la  main  et  le  poignet  gau- 
ches. Ces  douleurs  sont  exagérées  par  les  mouvements  ou  par  les  ten- 
tatives de  mobilisation. 

La  pression  n’est  douloureuse  que  sur  la  face  antérieure  du  moignon 
de  l’épaule. 

Sur  la  face  dorsale  du  poignet  gauche,  on  constate  une  tuméfaction 
mal  limitée,  très  dure.  11  n'y  a pas  de  déformations.  Pas  de  nodosités 
sur  les  doigts.  La  peau  présente  une  teinte  jaunâtre  ; elle  est  sèche, 
tendue  et  glisse  difficilement  sur  les  plans  sous-jacents.  Les  doigts 
paraissent  effilés.  La  température  de  la  région  (main  et  peignait;  est 
abaissée.  La  malade  éprouve,  à ce  niveau,  une  sensation  de  froid 
presque  continuelle  et  des  engourdissements  passagers.  Les  masses 
musculaires  de  l’avant-bras  sont  fiasques  et  diminuées  de  volume.  Le 
périmètre  maximum  de  l’avant-bras  est,  à droite,  de  25cm,5  ; à gauche, 
de  22  centimètres  seulement. 

L’excitabilité  faradique  est  diminuée  à gauche  pour  le  fléchisseur  et 
l’extenseur  communs  îles  doigts  et  l’opposant  du  pouce  (les  seuls  mus- 
cles examinés).  L’examen  de  l’excitabilité  galvanique  n’a  pas  été  fait. 

Traitement  et  résultats  du  traitement.  — Traitement  institué  le 
26  mars  1900.  Au  point  do  vue  local:  applications  directes  de  haute 
fréquence  pendant  dix  minutes,  trois  fois  par  semaine;  une  plaque 
d’étain  à la  nuque,  une  autre  sur  la  main  gauche;  l’intensité  varie  de 
200  à 400  ma. 

Au  point  de  vue  général  : autoconduction  pendant  dix  à quinze 
i minutes. 

Le  13  avril,  les  douleurs  de  l’épaule  ont  à peu  près  complètement 
disparu.  Atténuation  à peine  sensible  de  la  douleur  au  niveau  de  la 
main  et  du  poignet. 

Le  20,  une  légère  flexion  des  doigts  est  possible;  si  on  cherche  à 
l’exagérer,  pas  de  douleur.  Première  ébauche  de  mouvements  dans  le 
poignet;  mais  si  on  essaie  de  le  mobiliser  davantage,  il  en  résulte  une 
douleur  vive.  La  malade  peut  mettre  la  main  sur  la  tête.  L’épaule 
n’est  plus  douloureuse  que  de  temps  en  temps.  Au  niveau  du  carpe,  la 
tuméfaction  a beaucoup  diminué. 

g juin.  — L’amélioration  de  la  motilité  progresse  lentement. 


— 327  — 


Cependant,  les  mensurations  inliquentune  restauration  assez  avancée 


des  masses  musculaires  : 

Périmètre  maximum  de  l’avant-bras  droit, 25cm,5 

— — — gauche 24cm,2 


Le  13,  la  flexion  et  l’extension  des  doigts  sont  beaucoup  plus  éten- 
dues; mais  les  phalanges  n'arrivent  pas  à former  l’angle  droit  ni  entre 
elles,  ni  avec  les  métacarpiens.  Les  mouvements,  au  niveau  du  poignet, 
sont  encore  très  limités. 

Pas  de  douleur  à l’occasion  des  mouvements.  On  provoque  toujours 
de  la  douleur  si  l’on  exagère  les  mouvements  passifs  du  poignet. 

Les  téguments  ont  repris  une  teinte  normale.  Pas  de  différence  de 
température  appréciable  entre  les  deux  mains  : plus  de  sensation  de 
froi'lf  plus  d’engourdissements. 

L’excitabilité  faradique  est  sensiblement  égale  du  côté  sain  et  du 
côté  malade  pour  l’extenseur  et  le  fléchisseur  communs  des  doigts. 

Le  14,  la  malade  quitte  le  service. 

Nombre  total  d’applications  directes  de  haute  fréquence  : 35  ; de 
séances  d’autoconiuction  : 31. 

Obs.  III.  — H ijdnrthrose  tuberculeuse  (malade  adressée  par  M.  le 
professeur  agrégé  l>e  Rouvu.le  au  service  d’électrothérapie). 

Marguerite  S...,  douze  ans. 

Parents  bien  portants. 

Antécédents  personnels.  — Fièvre  typhoïde  dans  le  jeune  âge. 

Histoire  delà  maladie.— A huit  ans,  première  atteinte  d’hydarthrose 
tuberculeuse  au  genou  gauche.  L’articulation  est  immobilisée  pendant 
trois  mois,  après  lesquels  la  malade  reprend  l’usage  de  son  membre. 
A partir  de  ce  moment,  cependant,  elle  a éprouvé,  de  temps  en  temps, 
de  la  gêne  et  quelques  douleurs  dans  le  genou  gauche,  et  elle  est  restée 
très  sensible  à la  fatigue. 

A onze  ans,  nouvelle  poussée  d’hydarthrose.  Elle  est  traitée  d’abord 
par  les  pointes  de  feu,  puis  par  l’immobilisation  prolongée  pendant 
six  mois.  L’appareil  servant  à l’immobilisation  est  alors  remplacé  par 
un  appareil  orthopédique,  et  la  malade  est  envoyée,  en  juillet  1899, 
aux  bains  de  mer  et  à Balaruc,  où  elle  prend  également  quelques  bains 
de  boue. 

Le  genou  reste  sujet  à des  récidives  légères  assez  fréquentes.  Les 
muscles  de  la  cuisse  sont  atrophiés.  Le  membre  inférieur  gauche  est 
très  faible. 


- 328 


Le  19  janvier  1900,  M.  le  professeur  agrégé  de  Rouville  adresse 
la  malade  au  service  d’électrothérapio. 

Klat  de  la  malade  à son  entrée  à Chôpital  (19  janvier  1900).  — Le 
genou  gauche  est  plus  volumineux  que  le  droit;  il  a pris  une  forme 
arrondie  ; les  dépressions  latérales  de  chaque  côté  de  la  rotule  sont 
effacées.  On  constate  de  l’empâtement  péri-articulaire.  Au  niveau  du 
cul  de-sac  supérieur,  on  rencontre  un  petit  bourrelet  dur  roulant  sous 
le  doigt.  Le  choc  rotulien  est  très  bien  perçu. 

La  jambe  est  maintenue  dans  l’extension  par  un  appareil  orthopé- 
dique. Quand  on  enlève  cet  appareil,  on  peut  constater  que  les  mou- 
vements de  flexion  de  la  jambe  sont  à peu  près  impossibles.  Si  on 
essaie  de  les  exagérer,  on  provoque  de  la  douleur. 

La  malade  ne  peut  pas  changer  le  membre  inférieur  gauche  déplace; 
elle  ne  peut  pas  l’élever,  par  exemple,  au  dessus  de  la  chaise  où  il 
repose.  Dans  la  marche,  elle  porte  le  poids  du  corps  sur  le  membre 
inférieur  droit  ; elle  a besoin  d'être  soutenue  du  côté  gauche. 

Au  repos,  pas  de  douleur;  mais  la  fatigue  survient  très  vite  à la  suite 
de  la  marche,  et  les  tentatives  de  mobilisation  sont  douloureuses. 

Si  la  marche  e9t  quelque  peu  prolongée,  le  genou  enfle,  et  ou  est 
même  obligé  do  délacer  l’appareil.  La  cuisse  a diminué  de  volume. 
Le  triceps  paraît  être  le  muscle  le  plus  atteint. 

Périmètre  de  la  cuisse  gauche 36  centimètres. 

— droite 40  — 

La  peau  du  membre  inférieur  gauche  a une  teinte  pâle  et  présente 
un  développement  exagéré  des  poils. 

Examen  électrique  (21  janvier  1900).  — Muscles  examinés  : droit 
antérieur  et  vaste  interne. 

L'excitabilité  faradique  est  diminuée  à gauche  pour  le  droit  antérieur 
et  le  vaste  interne. 

L’excitabilité  galvanique  est  légèrement  augmentée  pour  le  droit 
antérieur  gauche,  diminuée  pour  le  vaste  interne  gauche. 

La  secousse  du  droit  antérieur  est  moins  brusque  à gauche  qu’à 
droite.  Celle  du  vaste  interne  gauche  est  manifestement  lente.  On 
constate,  en  outre,  l’inversion  pour  ce  dernier  muscle. 

Traitement  et  résultats  du  traitement.  — A dater  du  19  janvier,  la 
malade  est  soumise  à des  applications  directes  de  H.  F.  (séances  de  dix 
minutes,  trois  fois  par  semaine)  ; l’intensité  du  courant  employé  varie 
de  400  à 500  ma. 


— 329  - 

Le  26  janvier  ( après  quatre  applications),  les  mouvements  de  flexion 
de  la  jambe  sur  la  cuisse  sont  plus  faciles  et  plus  étendus. 

12  février  (après  neuf  applications  de  haute  fréquence). — Le  membre 
inférieur  gauche,  peut  supporter  un  instant  le  poids  du  corps.  En  outre, 
l’appareil  orthopédique  étant  enlevé,  la  jambe  peut  être  fléchie  à 45° 
environ  sur  la  cuisse,  et  les  mouvements  ne  provoquent  aucune  dou- 
leur dans  l’articulation  du  genou. 

Le  27  février  (après  dix-sept  applications  de  haute  fréquence),  la 
malade  peut  faire  sans  grande  fatigue  des  marches  beaucoup  plus 
longues  que  par  le  passé  ; elle  ne  souffre  pas  et  le  genou  n’enfle  pas. 

1er  mars.  — Nouvel  examen  électrique.  L’excitabilité  faradique  est, 
égale  adroite  et  àgauche  pour  le  droit  antérieur;  sensiblement  égale 
des  ^deux  côtés  pour  le  vaste  interne.  Les  secousses  ont  repris  leur 
brusquerie  normale.  On  n’observe  plus  l'inversion  pour  le  vaste  interne 
gauche. 

A ce  moment,  les  mensurations  donnent  les  chiffres  suivants  : 

Cuisse  droite 40  centimètres. 

— gauche 38  — 

On  continue  encore  quelques  jours,  jusqu’au  10  mars,  les  applica- 
tions directes  de  H.  F.,  mais  en  leur  adjoignant  la  faradisation  des 
muscles  de  la  cuisse. 

Le  10  mars,  on  supprime  définitivement  le  traitement  par  la  haute 
fréquen;e  et  on  ne  poursuit  que  la  faradisation. 

12  mai.  — La  malade  quitte  le  service  d’électrothérapie.  L’amélio- 
ration obtenue  par  la  haute  fréquence  s'est  maintenue.  Elle  a été  nota- 
blement accentuée  par  la  faradisation. 

Périmètre  de  la  cuisse  gauche  21  mai 39  centimètres. 

— cuisse  droite  — 40  — 

Nombre  total  d’applications  directes  de  H.  F.:  21;  de  séances  de 
faradisation  : 28. 

Chez  cette  malade,  la  haute  fréquence  paraît  avoir  exercé  une  heu- 
reuse influence  sur  la  lésion  articulaire  et  l’atrophie  musculaire  à la 
fois.  Lorsque  la  faradisation  a été  adjointe  aux  applications  directes, 
les  mouvements  étaient  déjà  plus  faciles  et  plus  étendus  ; le  membre 
inférieur  gauche  avait  plus  de  force  (il  pouvait  supporter  un  instant 
le  poids  du  corps);  la  cuisse  avait  gagné  2 centimètres  de  périmètre  ; 
l’excitabilité  faradique  était  redevenue  sensiblement  normale;  la  len- 
teur des  secousses  avait  disparu. 


— 330 


M.  le  professeur  agrégé  de  Rouville  a revu  la  malade  huit  mois 
après  la  lin  de  son  traitement  électrique.  Elle  n’avait  pas  eu  de  récidive 
et  était  en  excellente  santé. 

Il  est,  en  outre,  intéressant  dénoter  l’indépendance  qui  nous  a 
paru  exister,  dans  quelques  cas,  entre  la  restauration  fonction- 
nelle de  l’articulation  et  la  restauration  musculaire.  Dans  les 
observations  I et  II,  soit  que  le  traitement  n’ait  pas  été  pour- 
suivi assez  longtemps,  soit  que  l’on  eût  affaire  à une  lésion  trop 
avancée  (avec  production  et  organisation  de  tractus  fibreux 
intra-articulaires,  par  exemple),  le  muscle  avait  recouvré  sa 
masse  et  ses  réactions  normales,  alors  que  l’articulation  n’avait 
pas  encore  recouvré  ses  mouvements  ou  les  ébauchait  à peine, 
Cette  dissociation  n’a  rien  de  surprenant.  On  admet,  en  effet, 
aujourd’hui  que  la  part  qui  revient  à l’immobilisation  dans  la 
pathogénie  des  atrophies  consécutives  aux  lésions  articulaires 
est  minime.  Vulpian  et  Charcot  les  considèrent  comme  des 
amyolrophies  d’ordre  réflexe:  « L’irritation,  partie  de  la  join- 
ture altérée,  est  transmise  par  les  nerfs  sensitifs  à la  moelle 
se  réfléchit  sur  les  parties  antérieures  de  l’organe  et  déter- 
mine, par  l'intermédiaire  des  nerfs  centrifuges,  l’atrophie  des 
muscles  situés  au  voisinage  île  l’article.  » Les  expériences 
de  Raymond,  d’Onanoff  et  de  Roche  ont  démontré  que  la  sec- 
tion préalable  des  racines  postérieures  prévient  l’atrophie. 
D’autre  part,  Poulet  a démontré  l’inflammation  des  filets  ner- 
veux articulaires.  Celte  inflammation  peut  se  traduire  non 
seulement  par  des  douleurs,  mais  encore  par  des  troubles 
trophiques.  Thomson  admettait  une  névrite  de  voisinage. 

Cette  pathogénie  des  atrophies  consécutives  aux  lésions  des 
jointures  rapproche  les  résultats  communs  à ces  trois  der- 
nières observations  , l’action  constante  des  applications 
directes  sur  le  muscle,  des  résultats  que  nous  avons  exposés 
dans  le  chapitre  consacré  aux  maladies  du  système  nerveux. 


CHAPITRE  IX 


Appareil  uro-génital 

Albuminurie.  — Les  faits  suivants  signalés  par  Boinet  et 
Caillol  de  Poney  méritent  d’être  rapportés , parce  qu’ils 
montrent  que  les  applications  directes  auxquelles  ces  auteurs 
avaient  eu  recours  pour  le  traitement  de  leurs  malades,  ne 
sont  pas  contre-indiquées  dans  l’albuminurie. 

OBSERVATIONS 

(Communiquées  à la  Société  de  biologie,  31  juillet  1897, 
par  Boinet  et  Caillol  de  Poncy) 

Obs.  I.  — Homme,  cinquante-cinq  ans,  très  amaigri,  atteint  de 
néphrite  chronique  avec  œdème  malléolaire. 

Au  début,  la  quantité  d’albumine  était  de  6 gr.  70  par  litre  ; elle 
tombe  à 2 gr.  70;  après  la  vingt-septième  séance,  l’œlème  disparaît 
et  l’élat  général  s’améliore  considérablement. 

Obs.  II.  — Jeune  fille,  vingt-trois  ans,  atteinte  de  néphrite  chroni- 
que, consécutive  à une  scarlatine  qu’elle  a eue  à dix  ans.  Pendant 
ces  trois  dernières  années,  la  quantité  d’albumine  a oscillé  entre 
1 gr.  50  et  3 gr.  par  litre,  et  n’a  été  sensiblement  modifiée  par  aucun 
traitement.  L’urine  qui  contenait,  avant  l’application  de  ces  courants  : 
albumine,  2 gr.  36;  matière  solide,  13  gr.  ; urée,  9 gr.;  acide 
urique  0 gr.  13  ; acide  phosphorique  (0  gr.  90  par  litre),  a été  modifiée 
au  bout  de  vingt-cinq  séances.  A ce  moment,  la  quantité  d’albumine 
est  de  2 gr.  34  par  litre  ; l’urée  a augmenté  de  2 gr.,  l’acide  phospho- 
rique de  20  centigr.  et  les  matières  solides  de  12  gr. 

Applications  des  courants  de  haute  fréquence  a la 
gynécologie.  — Mangin  (1)  a utilisé  avec  succès  les  courants 

(1)  Mangin,  Élude  sur  l'emploi  des  courants  à haute  fréquence  en  gynécologie 
( Annales  d‘ Électrohiol. , 1898 J. 


— 332  — 

de  haute  fréquence,  pour  les  usages  gynécologiques.  Il  mettait 
ses  malades  en  dérivation  sur  le  petit  solénoïde  de  H.  F.  et 
faisait  arriver  le  courant  « d’un  côté  dans  le  vagin  ou  l’utérus, 
suivant  les  cas,  de  1 autre  sur  le  ventre,  par  un  large  balai 
métallique  ou  par  une  électrode  humide,  suivant  l’intensité 
employée.  » Quelquefois,  il  criblait,  en  oulre,  la  peau  de  fines 
étincelles.  Ces  applications  exerçaient,  d’après  l’auteur  : 

1°  Une  action  sédative  très  sérieuse  et  durable  sur  les  dou- 
leurs du  petit  bassin  ; 

2°  Une  action  emménagogue  très  nette; 

3°  Une  action  résolutive  sur  les  lésions  inflammatoires. 

Les  meilleurs  résultats  ont  été  obtenus  dans  l’aménorrée 
ou  l'insuffisance  des  règles. 

Doumer,  de  son  côté,  a communiqué  au  Congrès  de  gyné- 
cologie d’Amsterdam  les  faits  qu’il  avait  observés,  en  utili- 
sant le  résonateur  Oudin  dans  les  hyperplasies  congestives 
de  l’utérus.  Il  signalait  notamment  la  guérison  des  métrites 
aigues,  en  particulier  des  métrites  gonococciques  sous  l’in- 
fluence de  trois  à six  applications  intra-utérines  de  quatre  à 
dix  minutes  chacune. 


CHAPITRE  X 


Organes  des  sens 

Conjonctivite  granuleuse.  — Sudnik  a publié  trois  obser- 
vations de  conjonctivite  granuleuse  tr  aitée  par  les  applications 
directes,  avec  guérison  dans  deux  cas,  aggravation  dans  le 
troisième.  Il  n’est  pas  possible,  dans  ces  conditions,  de  fixer 
la  valeur  de  ce  mode  de  traitement. 

• 

Bourdonnements.  — Nous  avons  eu  l’occasion  d’observer, 
en  collaboration  avec  M.  le  professeur  agrégé  Mouret,  quel- 
ques malades  atteints  d’otite  scléreuse  et  qui  se  plaignaient 
de  bourdonnements. 

La  technique  du  traitement  appliqué  à ces  malades  était  la 
suivante  : un  excitateur  constitué  par  un  balai  de  fils  métal- 
liques fins,  relié  à un  résonateur  Oudin,  (premier  modèle) 
était  promené  au  devant  de  l'apophyse  mastoïde  et  en  avant 
du  conduit  auditif  externe  pendant  cinq  à dix  minutes. 
Durant  la  majeure  partie  de  la  séance  de  traitement,  l’excita- 
teur était  tenu  à une  distance  suffisamment  grande  pour 
n’obtenir  que  l’effluve  ; mais,  à la  fin  de  chaque  séance,  on 
rapprochait  l’excitateur  de  façon  à obtenir,  quelques  étin- 
celles. La  sensation  de  chaleur  provoquée  par  ces  applications 
était  notablement  diminuée,  lorsqu’elle  était  désagréable  aux 
malades,  en  enfermant  le  balai  de  fils  métalliques  dans  un 
tube  de  verre.  Chez  tous  les  malades  soumis  à ce  traitement 
(cinq  cas),  nous  avons  observé,  immédiatement  après  l’appli- 
cation, une  diminution  des  bourdonnements.  Celte  diminution 
ne  persistait  pas,  dans  les  premiers  temps,  mais,  dans  la  suite, 


— 334  — 


après  un  nombre  de  séances  variable  suivant  les  malades, 
cette  amélioration  tendait  à se  prolonger  et  durait  finalement 
d’une  séance  à l’autre. 

Quant  à la  disparition  complète  des  bourdonnements  avec 
maintien  de  la  guérison  après  la  cessation  des  applications 
de  H.  F.,  nous  ne  l’avons  observée  que  chez  un  malade,  le 
seul  qui  ait  pu  continuer  son  traitement  pendant  quelque 
temps  encore  après  que  les  bourdonnements  eurent  cessé.  Ce 
malade,  qui  se  plaignait  de  bourdonnements  continus  depuis, 
dix  ans,  fut  revu  huit  mois  après  la  suspension  des  séances 
d’électrisation  ; la  guérison  s’était  parfaitement  maintenue. 

Dans  aucun  cas  nous  n’avons  noté  d’amélioration  manifeste 
d&  l’acuité  auditive. 

Les  faits  que  nous  venons  de  relater  ne  sont  pas  assez  nom- 
breux pour  nous  autoriser  à.  conclure  à l’efficacité  de  l'efiluve 
de  haute  fréquence  contre  les  bourdonnements.  Il  nous  a paru 
cependant  intéressant  de  les  signaler,  afin  qu’une  expérimen- 
tation plus  longue  du  procédé  puisse  démontrer  si  cette  moda- 
lité électrique  peut  rendre  quelques  services  dans  une  théra- 
peutique aussi  décevante. 


CHAPITRE  XI 


Maladies  de  la  peau 

C’est  Oudin  qui  en  1894,  dans  un  mémoire  communiqué  à 
la  Société  de  dermatologie  et  de  syphiligraphie  (1),  a démontré 
que  les  applications  locales  des  courants  de  haute  fréquence, 
pratiquées  au  moyen  du  résonateur  qu’il  avait  imaginé,  exer- 
çaient une  aclion  puissante  sur  quelques  dermatoses.  Depuis 
lors,  cet  auteur  a fourni  sur  cette  question  importante  un  grand 
nombre  de  documents  et  de  précieuses  indications  techniques 
qu’il  nous  est  impossible  de  rapporter  ici  en  détail,  mais  que 
nous  allons  résumer  brièvement  dans  ce  chapitre.  Les  résultats 
qu’il  avait  lui  même  obtenus  ont  d’ailleurs  été  confirmés  par 
un  grand  nombre  d'observations  et,  grâce  à ces  différents 
travaux,  l’application  des  hautes  fréquences  au  traitement 
des  dermatoses  peut  être  considérée  comme  l’une  des  plus 
heureuses  auxquelles  cette  nouvelle  forme  de  courant  a donné 
lieu. 

Indications  techniques  générales.  — Nous  avons  déjà 
précédemment  exposé  les  particularités  relatives  aux  applica- 
tions locales  (2);  nous  nous  bornerons  donc  à rappeler  ici 
quelques  considérations  qui  se  rattachent  plus  spécialement 
au  traitement  des  affections  cutanées. 

Ainsi  que  nous  l’avons  indiqué,  l’emploi  d’un  résonateur  ou 


(1)  Oudin,  De  l'action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  quelques  dermatoses 
(Société  de  dermatologie  et  de  syphiligraphie,  séance  du  3 août  1894). 

(2)  Voyez  première  partie,  chapitre  IV,  p.  46,  et  troisième  partie,  chapitre  I, 
page  130. 


— 336  — 


d’une  bobine  bipolaire  élève  considérablement  la  tension  du 
courant  et  rend  1 application  beaucoup  plus  supportable  que 
si  l’on  utilisait  directement  le  petit  solénoïde  de  l’appareil  pro- 
ducteur. Il  est  des  cas  cependant,  surtout  quand  on  traite  les 
maladies  de  la  peau,  où  certaines  précautions  deviennent 
nécessaires. 

« Si  les  téguments  sont  enflammés,  comme  le  fait  remarquer 
Oudin,  l’étincelle  du  résonnateur  est  encore  douloureuse.  Il 
faut  alors  tenir  l’électrode  à distance  suffisante  de  la  peau  pour 
ne  pas  avoir  d’étincelle  et  pour  n’avoir  qu’un  eilluve;  ou  mieux 
se  servir  de  l’électrode  que  j’ai  lait  construire  pour  ce  cas  et 
qui  est  une  sorte  de  condensateur  formé  par  un  fil  métallique 
engainé  dans  un  tube  de  verre.  Entre  le  verre  et  la  partie 
malade  éclate,  formant  autour  de  celui-ci  comme  un  manchon 
lumineux,  une  pluie  de  petites  élinctdles  très  fines  et  absolu- 
ment indolores  supportées  facilement  par  la  peau  la  plus 
enflammée,  ou  par  la  muqueuse  la  plus  délicate,  celle  des 
fosses  nasales  par  exemple.  La  main  île  l’opérateur  est  pro- 
tégée contre  les  étincelles  par  un  second  tube  de  verre  plus 
large  que  le  premier,  ménageant  autour  de  lui  un  espace  annu- 
laire rempli  d'huile  isolante,  le  tout  reproduisant  assez  bien 
l’aspect  des  tubes  de  Geissler  entourés  d’une  couche  d’un 
liquide  fluorescent. 

» Celle  électrode  a l’avantage  de  permettre  l’application 
locale  de  la  haute  fréquence  sur  les  muqueuses,  ce  qui  est 
impossible  avec  les  électrodes  métalliques  ordinaires.  Avec  ces 
dernières,  en  ellet,  le  contact  de  la  muqueuse  humide  et  du 
métal  forme  pour  ainsi  dire  un  conducteur  continu,  de  sorte 
qu’entre  les  deux  on  n’a  pas  plus  de  différence  de  potentiel 
qu’entre  la  main  tenant  un  pôle  de  machine  statique  en  activité 
et  ce  pôle  lui-même.  Avec  l'électrode  de  verre,  au  contraire, 
on  n’a  pas  les  mêmes  inconvénients.  Le  contact  du  fil  métal- 
lique avec  la  paroi  interne  du  tube  de  verre  est  toujours  assez 


— 337  — 

insuffisant  pour  qu'à  chaque  oscillation  du  courant  éclatent  de 
petites  étincelles  que  l’on  aperçoit  très  facilement  dans  l’obs- 
curité. » 

Les  derniers  modèles  d 'électrode  condensateur  sont  tout 
aussi  avantageux  (Voyez  pages  142  et  143).  Leur  construction 
est  plus  simple,  puisque  l’excitateur  métallique  est  uniquement 
engainé  dans  un  manchon  en  verre.  Il  est  toujours  facile, 
lorsque  les  malades  sont  particulièrement  sensibles,  d’impro- 
viser une  électrode  de  ce  genre  en  enfermant  le  balai  ou  l'ex- 
citateur métallique  dans  un  tube  de  verre. 

Le  pinceau  métallique  ou  le  tube  de  verre  trouvent  d’ailleurs 
chacun  leur  utilisation  dans  des  cas  déterminés.  J’emploie 
surtout,  dit  Oudin,  « le  pinceau  métallique  qui  doit  être  un  fil 
très  fin  et  très  souple,  ou  le  tube  de  verre.  Le  premier,  quand 
j’ai  affaire  à une  affection  chronique,  à marche  lente,  sans 
réaction  inflammatoire,  comme  le  psoriasis,  l’eczéma  sec,  la 
trichophytie,  la  pelade  ; le  second,  quand  j’opère  sur  une 
muqueuse,  sur  une  surface  enflammée  ou  irritable,  comme 
dans  l’eczéma  aigu,  ou  sur  une  région  particulièrement  sen- 
sible, comme  la  face.  Enfin  si  je  veux  limiter  l’action  à une 
surface  très  étroite,  sur  un  molluscum  par  exemple,  je  prends 
une  pointe  métallique.  La  forme  du  tube  en  verre  est,  bien 
entendu,  différente  suivant  la  région  à atteindre.  » 

La  durée  d’application  de  l’effluve  ou  de  l’étincelle  de  haute 
fréquence  et  le  nombre  des  séances  varient  suivant  les  cas. 
Toutefois  Oudin  émet  la  règle  suivante,  qu’il  a adoptée  dans 
sa  pratique  : quelle  que  soit  l’affection  traitée,  jamais  il  ne  fait 
durer  une  application  plus  de  dix  minutes,  et  il  ne  répète 
les  séances  que  deux  fois  par  semaine,  rarement  trois. 

Utilisation  des  applications  locales  dans  les  derma- 
toses. — Nous  exposerons  les  résultats  obtenus  dans  les 
principales  affections  de  la  peau  qui  ont  été  traitées  par  les 


2 


— 338  — 

hautes  fréquences  et  nous  reproduirons,  à leur  sujet,  quelques 
observations  intéressantes. 

Prurits.  — Dans  les  atlections  prurigineuses  de  la  peau, 
les  hautes  fréquences  ont  donné  entre  les  mains  de  certains 
observateurs,  parmi  lesquels  Oudin,  Legros  (1),  Gaston, 
Chabry  et  Rieder,  des  résultats  comparables  à ceux  de  l’élec- 
tricité statique.  Ces  derniers  (2),  au  cours  d’une  étude  com- 
parative des  diverses  formes  G e courant,  concluent  de  la 
façon  suivante. 

« Les  prurits  et  prurigos  subissent  sous  l’action  des  dou- 
ches statiques  et  dès  les  premières  séances  une  modification 
dans  leur  allure,  modification  souvent  favorable  dans  les  pru- 
rigos névro-dermiques,  moins  efficace  dans  les  prurigos 
diaihésiques,  toxiques  ou  organiques.  Ces  derniers  sont  amé- 
liorés surtout  par  Y autoconduction  (solénoïde),  qui  agit  d’une 
façon  générale  beaucoup  mieux  que  la  douche  statique  sur  le 
prurit,  et  en  particulier  sur  le  prurit  du  lichen  plan. 

Leslichénificationscirconscrites(névrodermitesdeM.Brocq), 
traitées  par  les  effluves  statiques,  ou  les  effluves  de  haute 
fréquence,  ont  été  rapidement  améliorées,  voire  môme  guéries, 
par  un  nombre  relativement  restreint  de  séances.  » 

On  emploie  de  préférence  l'autoconduction  dans  les  prurits 
généralisés,  l'effluvation  dans  les  prurits  localisés. 

OBSERVATION 

(Publiée  par  Legros,  thèse  de  Paris,  1899; 

Névrodermite  circonscrite.  — Mmo  B....,  quarante  ans.  Arthritique 
très  nerveuse,  d’une  impressionnabilité  excessive,  a été  prise  brusque- 
ment, à la  suite  de  surmenage  et  de  chagrins  intimes,  d’un  prurit 
généralisé  sans  lésions  cutanées. 

(1)  V.  Legros,  Traitement  des  prurits  par  V électricité  : Franklinisation  et 
courants  de  haute  fréquence.  (Thèse  Paris,  1899). 

C2)  Gaston,  Chabry  et  Rieder,  Action  curative  des  méthodes  électrothéra- 
peutiques sur  les  dermatoses  : Douche  statique,  autoconduction,  hautes  fréquences 
(Société  de  dermatologieet.de  syphiligraphie,  séance  du  5 juillet  1900). 


- 339  — 


C’est  en  1892  que  ce  prurit  s’est  déclaré  : d’abord  généralisé,  il  a 
fini  par  disparaître  au  bout  de  quelques  mois,  sauf  en  un  point  : le 
creux  poplité  du  côté  droit.  Là,  il  s’est  maintenu  avec  persistance  et 
tous  les  traitements  n’ont  pu  arriver  même  à le  modifier.  Il  en  est 
résulté  des  grattages  qui  ont  traumatisé  la  peau  et  déterminé  la 
lichénification  des  tissus  de  la  région.  Les  lésions,  occupent  tout  le  pli 
du  jarret,  remontent  sur  la  cuisse  jusqu’à  six  travers  de  doigt  au- 
dessus  du  pli  articulaire,  et  descendent  sur  le  mollet  jusqu’à  quatre 
travers  de  doigt  au-dessous  du  pli  articulaire. 

Le  traitement  est  commencé  le  4 mai  1899  : effluvation  de  haute 
fréquence  à l’aide  du  balai  de  chiendent  pendant  quinze  minutes.  A la 
fin,  on  promène  sur  la  surface,  pendant  une  minute,  le  même  balai. 

Dès  la  première  séance,  disparition  presque  complète  de  la  déman- 
geaison. 

Après  la  troisième  séance,  il  n’existe  pas  la  moindre  démangeaison, 
et,  chose  très  remarquable,  il  s’est  produit  des  modifications  des  tissus 
presque  incroyables.  La  peau  de  la  région,  qui  était  sèche,  épaisse, 
fendillée,  rugueuse,  est  devenue  lisse,  souple.  Son  épaisseur  est  rede- 
venue normale,  et,  au  toucher,  elle  donne  la  même  sensation  que  la 
peau  saine.  Seule,  la  pigmentation  brunâtre  persiste  encore. 

La  malade  fait  dix  séances,  à raison  de  deux  par  semaine,  puis  cesse 
le  traitement,  les  démangeaisons  ayant  complètement  disparu  dès  la 
troisième  séance. 

Psoriasis.  — Chez  les  malades  atteints  de  psoriasis,  Oudin 
promène,  deux  ou  trois  fois  par  semaine,  pendant  quelques 
secondes  sur  chaque  plaque,  le  pinceau  métallique  en  cher- 
chant à obtenir  une  action  révulsive  aussi  puissante  que 
possible. 

L’étincelle,  éclatant  sur  les  squames,  s'étale  à leur  surface 
en  formant  un  bouquetde  fines  ramifications  qui  s’étendent  sur 
une  surface  d’un  centimètre  de  diamètre.  La  couleur  et 
l’aspect  de  la  plaque  de  psoriasis  se  modifient  rapidement, 
pendant  l’application,  par  suite  de  l’anémie  spasmodique  des 
téguments  : la  plaque  devient  d’abord  grisâtre,  puis  d’un  rouge 
vif.  Après  les  séances  les  malades  éprouvent,  durantquelques 


- 340  — 


heures,  une  sensation  de  chaleur  et  de  cuisson  légère  n’al- 
lant pas  cependant  jusqu’à  la  démangeaison.  Chez  les  malades 
qui  se  plaignaient  de  prurit,  on  note,  au  contraire,  la  dispa- 
rition de  ce  symptôme. 

La  marche  de  l'amélioration  varie  avec  l'âge  et  le  siège  de 
la  lésion.  Les  plaques  récentes,  constituées  par  des  taches 
lenticulaires  d’un  rose  vif, qui  se  produisent  en  cours  detraile- 
ment,  guérissent  en  une  ou  deux  séances.  Pour  les  plaques 
anciennes  et  larges  siégeant  aux  membres  supérieurs  ou  sur 
le  tronc,  il  faut  deux  à trois  mois  de  traitement. 

En  général,  dix  à trente  jours  après  le  début  des  applications 
on  voit  la  desquamation  diminuer,  puis  s’arrêter.  La  peau 
reprend  alors  progressivement  sa  souplesse  et  sa  consistance 
normales.  Il  ne  persiste  qu'une  coloration  grise  beaucoup  plus 
lente  àdisparaitre.  Alapériphôried’une  large  plaque,  il  subsiste 
même  le  plus  souvent  « de  petites  taches  arrondies  qui  donnent 
à l’ensemble  une  apparence  circinée  et  qui  finissent  par  s’ef- 
facer à leur  tour  (1).  » 

Lia  guérison  est  rapide  au  cuir  chevelu,  difficile  aux  jambes. 

OBSERVATIONS 

(Publiées  par  Oudin,  in  Aimâtes  d' Electrobiologie,  1898) 

Obs.  I.  — Psoriasis.  Homme  de  trente-sept  ans.  Psoriasis  généralisé 
datant  de  quinze  ans.  Nombreux  traitements  suivis,  sans  autre  résul- 
tat qu’une  amélioration  passagère.  Larges  placards  couvrant  presque 
entièrement  les  jambes  et  le  dos  ; taches  disséminées  sur  les  bras  et 
la  poitrine.  Le  traitement,  commencé  en  octobre  1892,  a consisté  en 
deux  ou  trois  applications  par  semaine.  Dès  les  premières  séances,  les 
poussées  de  chaleur,  de  tension,  de  démangeaisons,  allèrent  en  dimi- 
nuant rapidement  de  fréquence  et  d’intensité.  Le  malade,  présenté  en 
juillet  1893  à la  Société  d’électrothérapie,  n’avait  plus  que  quelques 

(1)  Ces  détails  sont  empruntés  à l'excellent  mémoire  d’Oudin  ( Annales 
d’Electrobiologie,  1898). 


— 341  — 


petites  saillies  rouges,  cinq  ou  six  tout  au  plus,  de  la  taille  d’une  len- 
tille occupant  le  bord  des  plaques  anciennes  des  mollets  dont  on  voyait 
encore  la  pigmentation.  J’ai  depuis  revu,  à différentes  reprises,  le  ma- 
lade pour  des  poussées  légères  consistant  en  petites  taches  roses  len- 
ticulaires, chaque  fois  une  ou  deux  séances  au  plus  les  faisaient 
disparaître.  Depuis  deux  ans,  il  ne  s’est  pas  reproduit  de  ces  poussées 
on  peut  considérer  le  malade  comme  absolument  guéri. 

Obs.  II.  — Psoriasis.  Homme  de  vingt-huit  ans,  porte  à chaque 
genou  une  plaque  de  la  largeur  de  la  main.  Sur  le  dos,  trois  plaques 
analogues,  dont  la  plus  grande  à la  région  lombaire  occupe  une  surface 
d’environ  dix  centimètres  carrés.  L’affection  a débuté,  il  y a cinq  ans; 
a quelquefois  cédé  pendant  quelques  semaines  aux  différents  traite- 
ments employés,  puis  reparaissait  comme  par  le  passé.  Le  traitement 
par  la  haute  fréquence  commencé  en  février  1893  était  couronné  d’un 
plein  succès  au  mois  de  mai.  (Deux  séances  par  semaine'.  En  juin 
1894,  poussée  légère  qui  céda  à cinq  séances.  Depuis  lors  plus  rien. 

Eczéma.  — Oudin  a publié  des  observations  très  démons- 
tratives d’eczéma  guéri,  quelquefois  en  cinq  ou  six  séances, 
au  moyen  de  l’effluve  de  haute  fréquence.  Ces  observations 
se  rapportent  aussi  bien  à l’eczéma  aigu  qu’à  l’eczéma  chro- 
nique. 

Dans  une  de  ses  observations,  par  exemple,  le  malade 
était  en  pleine  période  aiguë  au  début  du  traitement.  Dès  la 
première  séance,  les  phénomènes  inflammatoires  furent 
amendés.  Dans  la  suite,  ce  malade  fit,  pour  différentes  cau- 
ses, trois  nouvelles  poussées  qui  furent  également  enrayées 
par  une  ou  deux  séances. 

Oudin  signale  à propos  des  formes  chroniques  une  particu- 
larité intéressante.  Dans  un  seul  cas,  en  effet,  en  raison  de 
la  nature  torpide  de  l’affection,  il  eut  recours  à l’étincelle  ré- 
vulsive du  petit  solénoïde  de  haute  fréquence.  Le  lendemain 
ii  constatait  une  poussée  aiguë  avec  rougeur  et  suintement 
abondant.  L'effluvation  au  moyen  du  résonateur  eut  raison 
de  cet  accident  et  la  guérison  complète  ne  tarda  pas  à sur- 
venir. 


— 342  — 

Les  applications  locales  doivent  donc  être  toujours  prati- 
quées avec  interposition  d’un  résonateur. 

Nous  reproduisons  deux  des  observations  publiées  par 
Oudin. 


OBSERVATIONS 

(Publiées  par  Oudin,  in  Annales  d’Electrobiologie,  1898) 

Obs.  I.  — Eczéma.  — Mm*  H.,  trente-quatre  ans,  couturière.  Dès 
l’âge  de  vingt-quatre  ans,  nombreuses  manifestations  arthritiques  qui 
depuis  novembre  1891,  sous  l’influence  d’un  traitement  général  et 
d’un  régime  sévère,  se  sont  bornées  à une  plaque  d’eczéma  de  la  joue 
et  de  l’oreille  gauche.  Tous  les  mois,  au  moment  des  règles,  poussée 
subaiguë,  suintement,  rougeur,  gonflement,  démangeaisons  ; dans 
l’intervalle  des  époques  la  peau  reste  épaisse,  surélevée,  squameuse, 
de  coloration  violacée.  Cet  état  a résisté  à de  nombreux  traitements. 
Première  séance  de  haute  fréquence  le  10  janvier  1893.  Après  cinq 
séances  d’effluvation  et  d’étincelles  de  haute  fréquence,  la  peau  a re- 
pris son  aspect  normal.  Il  n’y  a plus  de  poussées  pendant  les  règles 
suivantes.  La  malade  revue  un  an  plus  tard  est  complètement  guérie. 

Ons.  II.  — Eczéma.  — M.  S.,  trente-cinq  ans.  Obèse  alcoolique. 
En '1891,  j’ai  vu  le  malade  avec  MM.  les  professeurs  Fournier  et 
Charcot.  .J’ai  été  appelé  par  ces  messieurs  pour  l’électriser  après  une 
hémiplégie  gauche  d’origine  alcoolique.  11  y a deux  ans,  attaque  de 
rhumatisme  articulaire  après  laquelle  eczéma  des  mains,  qui  marche 
par  poussées  aiguës  séparées  par  des  intervalles  de  calme.  C’est  dans 
une  de  ces  périodes  calmes  que  je  vois  le  malade,  et  pourtant  ses 
mains  sont  en  très  mauvais  état.  Toute  la  face  dorsale  est  rouge, 
luisante,  crevassée,  suintante  même  dans  les  espaces  interdigitaux. 
L’épiderme  palmaire  est  épaissi,  corné  en  certains  points,  fendillé  en 
d’autres. 

L’index  droit,  est  couvert  de  croûtes  noirâtres,  surtout  en  un  point- 
qui,  dit  le  malade,  saigne  facilement.  Les  ongles  sont  épaissis  et  fe  n 
dillés.  Le  malade  a essayé  inutilement  toutes  sortes  de  traitements  : 
fécules,  bains,  caoutchouc,  vernis,  emplâtres,  etc.  Mais  jamais  aussi 
il  n’a  cessé  de  boire. 

Traitement  commencé  le  6 février.  Une  séance  tous  les  deux  jours. 
Dès  le  10,  les  douleurs  et  les  démangeaisons  ont  disparu.  Le  20,  la 


— 343  — 

fioe  dorsale  des  miin.3  a rep.'is  son  aspeot  normil.  Nous  n’avons  fait 
encore  que  six  séances  et,  sans  l’aspect  des  ongles,  on  ne  se  douterait 
pas  de  l’état  dans  lequel  étaient  les  miins,  il  y a quelques  jours.  La 
face  palmaire  va  aussi  beaucoup  mieux.  Il  n'y  a plus  de  crevasses,  ni 
de  lambeaux  épidermiques  se  détachant.  L’épiderme  reste  seul 
épaissi  au  pouce  gauche  et  à l’index  droil. 

Le  28,  le  malade  fait  un  peu  d’embarras  gastrique  et  a une  poussée 
de  quelques  vésicules  disséminées  sur  le  poignet  droit.  Le  2 mars,  la 
poussée  de  l’avant-veille  est  enrayée,  il  ne  reste  plus  qu’un  petit 
piqueté  rouge,  sans  inflammation  à la  place  des  vésicules. 

Le  5 mars,  le  malade  part  pour  Nice,  ne  gardant  qu’un  léger  épais- 
sissement de  l’épiderme  palmaire  de  l’index  et  du  pouce,  et  que  le 
mauvais  état  de  ses  ongles. 

Alopécies.  — Oudin  avait  signalé,  dès  1894,  à la  Société 
de  dermatologie,  la  guérison  de  quelques  cas  de  pelade  par 
les  effluves  ou  les  étincelles  fournis  par  son  résonateur.  Dans 
la  suite,  des  faits  analogues  ont  été  observés  par  Bordier(t), 
par  Chabry,  Gastou  et  Rieder  (2).  Ces  derniers  ont  associé 
les  hautes  fréquences  à l’électricité  statique.  Voici  d’ailleurs 
leurs  conclusions  à ce  sujet  : 

« Au  sujet  des  pelades,  il  faut  faire  une  différence  entre 
les  pseudo-pelades  et  les  pelades  vraies,  et,  parmi  celles-ci, 
entre  les  pelades  partielles, en  plaques  limitées  et  les  pelades 
totales. 

» Les  pseudo- pelades  (folliculite  sdécal vantes,  alopécies  en 
aires,  en  clairières  ; alopécies  par  troubles  de  nutrition  cal- 
vitie des  arthritiques,  des  anémiques  ou  des  maladies 
générales  et  infections)  bénéficient  de  l’emploi  combiné  des 
douches  statiques  et  des  hautes  fréquences.  Les  douches 
statiques  arrêtent  la  chute  des  cheveux  et  les  hautes  fréquen- 
ces en  facilitent  la  repousse.  Sans  en  conclure  que  ces  moyens 


(1)  Bordier,  Traitement  de  la  pelade  par  les  courants  de  haute  fréquence 
{A  rchives  d’électricité  médicale,  15  avril  1901). 

(2)  Luc.  citât. 


— 314  — 


empêchent  la  calvitie,  il  y alieu  cependant  d’en  étudier  l’action 
sur  le  plus  grand  nombre  de  cas. 

» Les  pelades  vraies  (parasitaires  pour  le  grand  nombre  des 
dermatologistes)  ne  sont  que  très  peu  atténuées  ou  modifiées 
par  les  hautes  fréquences  : les  cheveux  tombent  moins,  re- 
poussent, mais  pas  beaucoup  mieux  qu’avec  les  moyens 
habituels.  Le  traitement  nécessite  des  séances  répétées  qui 
sont  une  perte  de  temps  considérable  pour  le  malade. 

» Les  pelades  générales  (trophiques  ou  d’origine  toxique) 
n’ont  subi  aucun  effet  appréciable.  » 

Lupus  vulgaire.  — Dans  le  lupus  vulgaire,  les  applica- 
tions locales  ont  donné  de  bons  résultats,  qui  ont  été  plus 
particulièrement  mis  en  lumière  par  Oudin, auquel  nous  em- 
pruntons l’observation  suivante  : 

Obs.  (Recueillie  par  le  docteur  Barthélemy.  Publiée  par  Oudin  in 
Annales  d' Electrobiologie,  1898). 

Hacquard,  trente-trois  ans,  employé  au  gaz,  a eu  en  1894  un  chan- 
cre suivi  de  roséole  et  de  chute  légère  des  cheveux.  Syphilis  qui 
semble  avoir  été  soignée  régulièrement. 

En  1887,  étant  au  régiment,  il  s’est  blessé  au  petit  orteil  et  a eu  une 
écorchure  qui  a duré  deux  mois.  Il  l’avait  d’abord  pansée  avec  de  la 
toile  d'araignée.  En  1891,  pendant  l’hiver,  il  a eu  de  nouveau  mal 
au  même  orteil  et  est  entré  à l’hôpital  Saint-Louis,  salle  Bichat,  où 
on  a fait  le  diagnostic  de  lupus  et  où  on  l’a  soigné  par  des  bains  et  du 
grattage.  11  est  sorti  à peu  près  guéri  au  bout  d’un  mois  ; et  la  guéri- 
son a duré  un  an,  puis  le  mal  est  revenu  petit  à petit,  très  fort  surtout 
depuis  cinq  mois.  11  y a un  mois,  il  alla  trouver  le  docteur  Oudin  pour 
se  faire  admettre  à l’hôpital.  De  ce  moment  date  le  traitement,  deux 
séances  par  semaines,  quatre  à cinq  minuteschaque  fois,  il  n est  nulle- 
ment douloureux.  Le  malade  dit  constater  déjà  une  grande  améliora- 
tion. Je  le  vois  aujourd’hui,  12  mai,  pour  la  première  fois. 

Homme  robuste  et  sain  d'apparence.  La  lésion  locale  sc  présente 
manifestement,  et  sans  place  pour  le  doute,  comme  une  tuberculose 
végétante  de  la  peau,  papillomateuse  et  croûtelleuse  avec  îlots  d irra- 
diation excentrique.  Le  petit  orteil  est  éléphantiasique  et  la  lésion 


345 


s’étend  le  long  du  bord  externe  du  pied  jusqu’à  deux  travers  de  doigt 
en  avant  de  la  malléole.  Le  quatrième  orteil  présente  à la  région  sail- 
lante de  sa  face  dorsale  quelques  petites  lésions  eczématoïdes  etéro- 
sives,  croûtelleuses,  d’inoculations  superficielles.  Le  troisième  orteil 
est  hypertrophié  et  papillomateux.  Le  deuxième  est  rouge  et  boudiné. 
Les  végétations,  les  crevasses,  l’état  pachydermique  reprennent  entre 
le  deuxième  et  le  gros  orteil  qui  présente  aussi"  une  large  plaque  in- 
filtrée et  papillomateuse  dans  toute  la  région  métatarsophalangienne. 
Vaste  îlot  d’inoculation  secondaire  isolé  à la  face  interne  du  pied, 
autre  îlot  plus  petit,  plantaire,  allant  presque  rejoindre  celui  du  petit 
orteil. 

Toutes  ces  lésions  qui,  dit  le  malade,  étaient  le  siège  d’un  suinte- 
ment abondant  avant  le  traitement,  sont  maintenant  desséchées,  et  il 
est  certain  que  la  tuberculose  paraît  en  voie  de  régression. 

12  juin.  — Il  y a certainement  une  très  grande  amélioration.  Les  tu- 
bercules sont  plus  petits,  desséchés,  sans  vigueur,  rougeur  ni  douleur, 
surtout  tout  le  long  du  pied  ; sur  les  orteils,  même  amélioration  de  la 
lésion  qui  a partout  perdu  son  état  floride.  Les  végétations  se  sont 
aplaties,  les  papillomes  ont  presque  disparu,  excepté  en  quelques 
points,  dans  les  plis  qui  unissent  les  orteils,  par  exemple.  Partout  il 
y a affaissement  et  l’état  lisse  a reparu  sur  la  plus  grande  partie 
des  lésions.  Les  papillomes  sont  secs, ils  ne  suintent  que  quand  le  ma- 
lade reste  une  semaine  sans  traitement,  alors  reparaissent  le  suinte- 
ment, les  démangeaisons  et  il  a la  sensation  que  l'état  aigu  reparaî- 
trait si  l’interruption  se  prolongeait.  L'électricité  est  bien  tolérée, 
mais  il  y a des  endroits  plus  sensibles  les  uns  que  les  autres.  Cela  chauffe, 
dit-il,  pendant  les  deux  heures  qui  suivent,  c’est  plus  sensible,  mais 
le  lendemain  le  mieux  est  manifeste 

4 juillet.  — L'amélioration  continue  de  plus  en  plus  nette.  Il  n’y  a 
plus  de  saillie  ni  d’ulcération,  tout  est  affaissé,  aplati,  sec.  Les  tuber- 
cules sont  bien  isolés  dans  leurs  placards  en  îlots,  mais  très  petits, 
desséchés,  affaissés,  rétractés  sans  aucune  activité  ni  inflammation.il 
est  certain  que  le  processus  est  en  voie  de  régression  et  de  latence.  Le 
dos  du  deuxième  orteil  qui  était  ulcéré  et  végétant  semble  guéri. 

Quelques  saillies  végétantes,  mais  petites,  desséchées,  sans  aucune 
rougeur  existent  encore  dans  l’espace  qui  sépare  le  gros  orteil  du  deu- 
xième, mais  elles  sont  recouvertes  d’épiderme.  Ailleurs,  là  où  exis- 
taient des  lésions  en  pleine  activité,  ou  voit  des  couches  plates  d’épi- 
derme dur  comme  celui  d'un  cor.  J’essaie  d’enlever  cette  carapace; 


— 346  - 

la  curette  glisse  et  ne  mord  pas,  il  faut  couper  au  bistouri.  Le  malade 
doit  revenir  me  voir  fin  octobre. 

Oudin  ajoute:  « J’ai  donné  cette  observation  in-extenso  en 
raison  de  son  grand  intérêt,  car  il  s’agissait  ici  d’une  forme  de 
lupus  qu’on  sait  être  tout  particulièrement  mauvaise  et  qui 
marchait  avec  une  grande  rapidité,  puisqu’en  quatre  mois  elle 
avait  pris  le  développement  qu’on  a vu.  Dès  le  début  du  trai- 
tement, la  marche  a été  enrayée,  les  démangeaisons  et  le 
suintement  ont  disparu,  et  le  malade  semble  en  pleine  voie  de 
guérison.  Peu  de  cas  nous  paraissent  mieux  démontrer  tout 
ce  qu’on  peut  attendre  de  la  haute  fréquence,  dans  les  affec- 
tions cutanées.  » 

Lupus  érythémateux.  — C’est  en  1897  que  Brocq  et 
Bissérié  ont  essayé  l’eflluve  de  haute  fréquences  dans  le  lupus 
érythémateux.  Dans  la  suite,  ces  auteurs  ont  continué  à 
s’occuper  de  cette  importante  question  et  ont  établi  que  cette 
méthode  de  traitement  pouvait  rendre  Je  très  réels  services. 

Voici  comment  s’exprimait  Brocq(l),  à ce  sujet,  dans  une 
séance  de  la  Société  de  dermatologie  : 

* Notre  méthode  offre  les  avantages  suivants:  1°  elle 
n’exige  que  des  séances  très  courtes;  "i0  elle  ne  défigure  pas 
les  malades,  qui  peuvent  par  conséquent  continuer  à vaquer 
à leurs  affaires;  3°  elle  n'est  pour  ainsi  dire  pas  douloureuse  ; 
4°  elle  s’applique  à ces  formes  superficielles,  aberrantes,  dont 
la  ténacité  est,  comme  on  le  sait,  désespérante. 

» Ce  sont  de  sérieux  avantages,  et  qui  permettent  d’ajouter 
le  traitement  par  les  effluves  de  haute  fréquence  à la  série 
des  traitements  déjà  usités  II  n’est  malheureusement  pas 
infaillible,  et  échoue  dans  un  certain  nombre  de  cas. 

» Nous  présentons  tv  la  Société  quatre  malades  ainsi  traités 


(1)  Société  de  dermatologie  et  de  syphiligraphie.  Séance  du  6 décembre  1900. 


_ 347  — 


aux  diverses  phases  de  la  médication,  pour  que  vous  puissiez 
mieux  vous  rendre  compte  du  mode  d’action  de  ce  procédé. 
L’un  d’eux  était  atteint  d’un  lupus  érythémateux  du  front  ; la 
guérison  est  complète  et  se  maintient  depuis  deux  ans.  Un 
autre  avait  un  vaste  lupus  qui  mangeait  le  cuir  chevelu  et  une 
partie  de  la  face  ; vous  pouvez  constater  .-qu’il  est  en  bonne 
voie  de  guérison.  Il  s’agit,  chez  le  troisième  malade,  d’un 
lupus  érythémateux  fixe  du  nez,  déjà  traité  à l’hôpital  Saint- 
Louis  par  ce  procédé  et  déjà  présenté  à la  Société  par  M.  le 
docteur  Gastou  ; le  traitement  n’a  pas  eu  ici  des  effets  aussi 
heureux. 

» M.  Bissérié  a déjà  traité  soixante-deux  cas  de  lupus 
érythémateux,  parmi  lesquels  trente-trois  ont  été  guéris 
complètement,  sept  ont  abandonné  le  traitement,  ce  qui  veut 
probablement  dire  qu’il  leur  semblait  peu  efficace,  quatorze 
sont  encore  soumis  à la  méthode,  enfin  huit  cas  n’en  ont 
retiré  aucun  bénéfice.  » 

Affections  diverses.  — Enfin  un  assez  grand  nombre  d’ob- 
servations ont  été  publiées,  établissant  que  les  applications 
locales  avaient  également  réussi  dans  l’acné,  la  séborrhée, 
le  sycosis,  le  zona,  les  verrues  planes,  etc...,  comme  le  mon- 
trent, pour  certaines  de  ces  affections,  les  observations  sui- 
vantes : 


OBSERVATIONS 

(Publiées  par  Oudin,  in  Annales  d’ Électrobiologie,  189S) 

Obs.  1.  — Acné.  — S...,  journalier,  vingt-trois  ans.  L’affection 
actuelle  a débuté  il  y a deux  ans  et  a été  peu  à peu  en  augmentant 
jusqu’au  point  où  elle  est  aujourd’hui.  Toute  la  face  est  couverte  de 
boutons  d’acné,  les  uns  suppurés,  les  autres*  couverts  de  croûtes, 
surtout  abondants  au  front  et  dans  la  barbe.  Sur  les  joues,  devant  les 
oreilles,  le  derme  épaissi,  mamelonné,  rouge,  saillant,  est  couvert  de 
croûtes  épaisses  sous  lesquelles  on  devine  plutôt  qu’on  ne  voit  de 
nombreuses  pustules  acnéiques  ; à plusieurs  reprises,  des  traitements 


— 348  — 


ont  été  suivis.  Pendant  deux  mois,  le  malade  a été  régulièrement  à 
la  consultation  de  Saint-Louis.  Il  y a eu  un  peu  d’amélioration,  mais 
suivie  de  suite  par  une  rechute.  Début  du  traitement  le  15  juin  1893. 
Deux  séances  par  semaine,  pinceau  promené  sur  toute  la  face.  Étin- 
celles plus  longues  sur  les  points  suppurés. 

Le  25,  après  quatre  séances,  grande  amélioration.  Il  ne  se  fait  plus 
que  de  très  rares  nouveaux  boutons.  Les  croûtes  sont  presque  toutes 
tombées,  la  peau  reprend  sa  coloration  normale. 

5 juillet.  - Guérison  presque  complète.  Les  plaques  des  joues  sont 
tout  à fait  nettoyées  de  leurs  croûtes.  La  peau  en  redevient  rose,  les 
saillies  s’effacent.  Aujourd’hui,  il  n’y  a plus  qu’un  bouton  suppuré  sur 
le  front. 

Le  10,  guérison. 


Ons.  II.  — Zona.  — S ..,  homme  de  cinquante-neuf  ans,  se  présente 
à ma  consultation  le  26  juillet  1893.  Le  21,  douleur  sternale  et  verté- 
brale qui,  le  22,  envahit  tout  le  côté  droit  du  thorax.  Le  23,  apparition 
sur  le  sternum  d’une  plaque  rougo  couverte  de  petites  vésicules.  La 
douleur  va  en  augmentant.  Le  25,  l’éruption  a gagné  tout  le  côté. 
Fièvre.  Inappétence. 

Etat  actuel.  — Large  ceinture  de  vésicules  et  de  bulles  couvrant 
une  zone  de  10  centimètres  environ  de  hauteur  et  qui,  partant  de 
l’épinedorsale  sous  l’omoplate  droite,  vient  s’étendre  jusqu’au  sternum. 
11  n’y  a pas  encore  de  suppuration.  Les  vésicules  et  les  bulles,  presque 
confluentes,  sont  remplies  d’un  liquide  jaune  citron.  Disséminées  çà 
et  là  se  voient  une  vingtaine  de  taches  brunes  violacées  du  diamètre 
d’une  pièce  de  50  centimes,  sèches,  à surface  plutôt  déprimée  et  qu’on 
croirait  formées  par  du  derme  sphacélé  ; douleurs  vives  de  la  région 
sternale  et  costale  antérieure.  Pinceau  métallique  promené  sur  les 
points  malades  pendant  environ  cinq  minutes. 

Le  lendemain  27,  beaucoup  moins  de  rougeur.  Les  vésicules  de  la 
région  postérieure  et  interne  du  thorax  se  sont  comme  ratatinées, 
elles  sont  devenues  très  petites  sur  un  fond  moins  rouge,  sans  croûtes, 
sans  suppuration.  La  plaque  inférieure,  beaucoup  moins  enflammée 
qu'hier,  ne  présente  pas  grand  changement,  mais  n’est  [dus  le  siège 
de  douleurs.  Le  malade  a pu  dormir  toute  la  nuit,  tandis  qu’il  ne 
s’était  môme  pas  couché  les  deux  nuits  précédentes. 

Le  30,  guérison,  quelques  croûtes  persistent  encore  en  avant  sur 


une  peau  saine,  à peine  un  peu  rosée  aux  points  où  siègent  de  larges 
plaques  de  vésicules.  La  plupart  de  celles-ci  se  sont  ratatinées  et  ont 
disparu  en  résorbant  leur  contenu.  Là  où  elles  étaient  confluentes  et 
formaient  des  bulles,  elles  se  sont  couvertes  de  croûtes  jaune  doré 
sans  suppurer.  Les  taches  brunes  ont  disparu. 

Le  2 août.  — Les  dernières  croûtes  sont  tombées,  la  guérison  est 
parfaite. 

Obs.  III.  — Impétigo . — M.  R.,  trente-huit  ans,  arthritique,  hémor- 
roï  laire,  vient  me  trouver  le  5 juin  1897.  Depuis  environ  trois  se- 
maines avait  à l’orifice  de  la  narine  droite  une  croûtelle  qu’il  arra- 
chait constamment.  Depuis  une  dizaine  de  jours  elle  s’est  étendue 
rapidement,  envahissant  la  lèvre  supérieure  ; en  même  temps  que  sur 
toute  la  région  de  la  face  couverte  de  harbe  apparaissaient  de  nom- 
breuses vésicules  dont  les  unes  restaient  isolées,  les  autres  se  réunis- 
saient en  se  couvrant  de  croûtes  épaisses. 

Aujourd’hui  toute  la  moustache  est  agglutinée  par  une  croûte 
mélicérique  épaisse.  L’orifice  nasal  est  rouge,  ulcéré,  saignant,  toute 
la  barbe  est  remplie  de  croûtes  plus  ou  moins  larges,  suintantes  ou 
de  pustules  isolées  suppurantes.  Violentes  démangeaisons. 

Le  7 juin,  après  la  première  séance,  les  démangeaisons  et  la  cha- 
leur ont  disparu  ; l’état  local  est  à peu  près  le  même. 

Le  9 juin,  les  croûtes  se  dessèchent  et  commencent  à tomber. 

Le  15  juin,  les  pustules  isolées  sont  flétries  et  remplacées  par  un 
point  légèrement  rouge. 

Le  20  juin,  bien  qu’il  reste  encore  une  petite  croûte  sous  le  nez,  il  n’y 
a plus  d’inflammation,  le  malade  peut  être  considéré  comme  guéri. 

Le  25  juin,  la  dernière  croûte  est  tombée.  Restitulio  ad  integrum. 

Mode  d’action.  — L’interprétation  des  résultats  obtenus 
est  rendue  extrêmement  complexe  par  la  diversité  même  de 
l'étiologie  et  de  la  pathogénie  des  maladies  de  la  peau. 

« Organe  de  revêtement  par  son  su.  tout  épidermique,  or- 
gane d’excrétion  par  ses  appareils  glandulaires  si  multipliés, 
organe  de  sensibilité  par  ses  appareils  nerveux  terminaux, 
la  peau,  comme  le  fait  remarquer  Thibierge  (1),  peut  être 

(1)  Thibierge,  Considérations  générales  sur  les  maladies  cutanées  (in  Traité 
de  médecine,  Charcot,  Bouchard  et  Bissaud/i0  6d.,  t.  III).' 


- 350  — 


lésée  en  raison  même  de  ces  fonctions;  soumise  comme  tous 
les  tissus  à l’influence  des  troubles  circulatoires  et  des  alté- 
rations du  sang,  ainsi  qu’à  celle  des  perturbations  du  système 
nerveux,  elle  subit  ces  influences  à titre  d’organe  vivant  et 
les  subit  d’autant  plus  souvent  que  sa  structure  est  en  réalité 
complexe  et  hautement  différenciée.  » Comme  appareil  de 
revêtement  elle  est  soumise  à de  multiples  causes  d’infection; 
comme  organe  d’excrétion  elle  est  exposée  à des  altérations 
pouvant  résulter  de  l’élimination  par  les  glandes  de  substan- 
ces toxiques  ou  irritantes  ou  de  l’élimination  insuffisante  ou 
modifiée  des  poisons  élaborés  dans  l’organisme. 

Si  l’on  considère  isolément  quelques-uns  de  ces  différents 
facteurs,  l'influence  des  hautes  fréquences  peut  fort  bien  être 
expliquée  par  leurs  propriétés  physiologiques. 

Leur  action  sur  l’élément  nerveux,  tropho-névrotique  ou 
vaso-moteur,  sur  l’élément  infectieux  ou  dyscrasique  n’est,  en 
eflet,  qu’une  conséquence  des  phénomènes  que  nous  avons 
exposés  à propos  de  l'influence  des  applications  locales  sur  le 
système  nerveux,  sur  la  circulation,  sur  certaines  maladies 
infectieuses  et,  enfin,  sur  la  nutrition  générale. 

L’action  analgésique  signalée  par  d’Arsonval  et  par  Oudin 
se  traduit  le  plus  souvent,  dans  les  maladies  de  la  peau,  par 
la  cessation  rapide  des  démangeaisons.  « A quelque  cause 
morbide  que  soit  dû  ce  symptôme,  presque  toujours  il  cède  à 
la  haute  fréquence  et  quelquefois  sa  disparition  est  définitive 
après  un  petit  nombre  d’applications.  Dans  les  maladies  in- 
flammatoires, commel’eczéma  aigu,  la  séance  est suivied’une 
sensation  de  cuisson  et  de  chaleur  locale,  mais  n’appelant  plus 
le  besoin  de  grattage  ; etquand  cette  chaleur  diminue  et  cesse, 
les  démangeaisons  antérieurement  existantes  ont  disparu.  » 

L’action  sur  les  vaso-moteurs  est  révélée  par  une  élévation 
de  la  température  locale,  et,  selon  l’intensité  et  la  durée  de 
l’application,  on  constate  successivement,  comme  l’a  indiqué 


— 351  — 


Oudin , de  l’anémie  de  la  peau,  de  l'érection  des  papilles,  puis 
de  la  rougeur  s’étendant  plus  ou  moins  loin  du  point  d’appli- 
cation et  persistant  un  temps  plus  ou  moins  long.  Après  les 
séances,  les  malades  accusent  généralement  une  sensation  de 
chaleur  en  même  temps  qu’un  soulagement  local,  et  on  peut 
voir  très  souvent  des  gouttelettes  de  suettr  sourdre  sur  la 
région  électrisée. 

Quant  àl’actiondes  hautes  fréqiiences  sur  l’élément  toxique 
infectieux,  ou  parasitaire  des  affections  cutanées,  elle  doit, 
semble- t-il,  être  rapportée  soit  à une  atténuation  des  toxines 
soit  à une  aclion  parasiticide  locale.  Celle-ci,  d’après  Oudin, 
est  indéniable,  car  il  l’a  observée  plusieurs  fois  en  collabora- 
tion avec  Barthélemy  : 

« Après  une  ou  deux  applications  localesdequelques  secon- 
des de  durée,  on  voit  toujours  se  flétrir  et  disparaître  le 
molluscum  contagieux,  dont  la  cause  parasitaire  est  bien 
connue.  Nous  voyons  la  cicatrisation  et  la  guérison  au  bout 
de  deux  ou  trois  semaines  de  larges  ulcérations  ou  de  catar- 
rhes gonococciques  du  col  de  l’utérus  dont  la  guérison  par  la 
thérapeutique  courante  aurait  demandé  certainement  un  temps 
au  moins  double.  Cour  arriver  à ce  résultat  sans  employer 
d’autre  traitement,  il  taut  bien  aussi  admettre  une  action 
microbicide.  Ün  connaît  les  observations  deCoignet  et  Gaille- 
ton  (de  Lyon)  qui,  opérant  de  la  même  façon  que  moi,  à l’aide 
démon  résonateur,  ont  transformé  des  chancrelles  en  ulcéra- 
tions simples,  guéries  en  quelques  jours.  L’inoculation  était 
positive  avant  le  traitement,  négative  après  une  ou  deux 
séances.  » 

Enfin  1 action  générale  de  l’effluve  ou  des  étincelles  de 
résonnance  est  également  indiscutable  et  dans  la  plupart  des 
observations  on  trouve  noté  le  retour  du  sommeil  et  de  l’ap- 
pétit. Nous  avons  montré  précédemment  que  le  corps  d’un 
sujet  soumis  aux  applications  locales  était  le  siège  d’osci lia- 


— 352 


lions  ; électriques  assez  puissantes,  puisqu’en  effleurant  sa 
peau  du  bout  du  doigt  on  peut  en  tirer  de  petites  étincelles  ou 
percevoir  une  sorte  de  frémissement  caracléristique. 

D'après  Gastou  et  Chabry  (1),  « les  courants  de  haute  fré- 
quence ont  encore  d’autres  effets  ; ils  diminuent  les  phéno- 
mènes de  congestion  locale,  et  facilitent  la  régression  des 
infiltrations.  L’action  de  désagrégation  cellulaire  produite  par- 
les étincelles  est  des  plus  nettes.  » 

Oudin  (2)  a,  en  outre,  constaté  qu’ils  avaient  une  propriété 
particulière  : « L’étincelle  de  haute  fréquence  arrache  au  mé- 
tal constituant  l’électrode  des  parcelles  de  substance  qu’elle 
entraîne  sous  forme  d’oxyde  ou  de  fragments  métalliques 
portés  à une  haute  température,  et  qu’elle  fait  pénétrer  assez 
profondément  sous  la  peau,  les  incrustant  pour  ainsi  dire 
dans  les  couches  profondes  de  l’épiderme,  et  même  jusque 
dans  le  derme,  où  le  microscope  permet  de  les  retrouver. Cette 
poussière  métallique  criblant  la  peau  vient  peut-être  aussi 
jouer  un  rôle  dans  l’action  thérapeutique  de  l'étincelle.  » 

(1)  Gastou  et  Chabry,  Essai  d'application  aux  dermatoses  localisées  ou  géné- 
ralisées des  méthodes  d'èlectrothèrapie  {Société  Française  de  dermatologie  et  de 
svphiligraphie.  Séance  du  l,r  mars  1900). 

(2)  Oudin,  Transport  des  métaux  par  l’étincelle  de  haute  fréquence  ( Bulletin 
de  la  Société  d'electrothérapie  (15  mars  1894). 


CHAPITRE  XII 


Valeur  thérapeutique  des  courants  de  haute  fréquence 

Il  n’est  guère  possible,  en  l’état  actuel  de  la  question,  de 
fournir  une  formule  synthétique  des  indications  ou  des  effets 
des  courants  de  haute  fréquence,  en  raison  même  de  la  diver- 
sité de  leurs  modes  d’emploi  et  de  l’étendue  de  leur  champ 
d’application. 

Il  se  dégage  cependant  des  faits  que  nous  avons  exposés 
dans  cette  troisième  partie,  une  conclusion  suffisamment  nette, 
c’est  que  les  hautes  fréquences  exercent  une  action  puissante 
soit  sur  l'état  général,  soit  sur  des  lésions  bien  localisées. 

A ce  point  de  vue,  leurs  modes  d’application  se  divisent  en 
deux  groupes:  d’une  part,  l’autoconduction  et  la  condensation 
qui  sont  surtout  employées  comme  modificateurs  généraux  de 
la  nutrition  et  qui  sont  néanmoins  susceptibles  d’amender, 
indirectement  sans  doute,  mais  souvent  d’une  façon  complète, 
des  troubles  parfaitement  localisés  ; d’autre  part,  les  applica- 
tions directes  et  les  applications  locales  dont  l’action  peut 
être  plus  facilement  limitée,  mais  se  complique  toujours  d’effets 
généraux. 

Par  les  propriétés  qui  leur  sont  communes  : leur  action 
trophique,  leur  influence  sur  le  système  nerveux  vaso-moteur 
et  leur  action  analgésique  ou  sédative,  ces  divers  procédés 
d’électrisation  se  trouvent  rapprochés  les  uns  des  autres. 

Toutefois,  quelles  que  soient  leurs  analogies,  ils  n’en  sont 
pas  moins  fort  différents,  ainsi  qu’en  témoignent  et  la  variété 
de  réaction  des  malades  à leur  égard  et  la  nature  des  effets 
thérapeutiques  obtenus.  Aussi  les  indications,  comme  les 


2a 


— 354  — 


contre-indications,  devront-elles  être  établies  pour  chacun 
d’eux  lorsque  leurs  propriétés  respectives  auront  été  suffi- 
samment. étudiées. 

Ainsi  que  nous  l’avons  exposé  dans  le  chapitre  consacré  au 
système  nerveux,  les  névrites  ont,  en  effet,  bénéficié  dans  une 
assez  large  mesure  des  applications  directes,  alors  que  les 
hautes  fréquences  avaient  été  considérées  comme  contre-indi- 
quées dans  ces  affections  à une  époque  où  les  résultats  publiés 
se  rapportaient  à peu  près  exclusivement  à l’autoconduction  et 
à la  condensation. 

La  seule  contre-indication  que  l’on  puisse  relever  dans  les 
faits  publiés  jusqu’ici  est  celle  qui  résulte  du  mauvais  état  du 
cœur.  Elle  est  acceptée  comme  formelle  depuis  l’observation 
que  nous  avons  précédemment  reproduite  (1).  En  réalité,  les 
documents  manquent  sur  ce  point  important. 

Il  en  est  d’ailleurs  ainsi  pour  bien  des  applications  intéres- 
santes, mais  encore  trop  récentes,  des  hautes  fréquences.  C'est 
le  sort  commun  à toutes  les  méthodes  nouvelles  : la  délimitation 
exacte  de  leur  rôle  thérapeutique  ne  peut  sortir  que  d’une 
expérimentation  clinique  longtemps  poursuivie.  Tant  que  cette 
expérimentation  n’est  pas  suffisante,  il  est  nécessaire  de  tenir 
compte  de  tous  les  faits.  Voilé  pourquoi  nous  avons  jugé  utile 
de  les  présenter  aussi  complètement  que  possible,  après  les 
avoir  coordonnés. 

Les  insuccès  thérapeutiques,  classés  avec  toute  l’importance 
qu’ils  comportent,  suivant  les  cas,  ne  sauraient  infirmer  les 
expériences  physiologiques;  ils  doivent  servir  à fixer  les  détails 
d’un  chapitre  de  clinique  électrothérapique  dont  nous  avons 
donné  les  grandes  lignes.  Ils  ne  doivent  nullement  faire  dé- 
laisser un  moyen  d’action  aussi  précieux,  mais  contribuer  à 
préciser  sa  valeur  comme  méthode  de  traitement. 

(1)  Voyez  Diabète  (Chapitre  II,  troisième  partie). 


— 355  — 


Quelle  doit  être  la  place  de  cette  nouvelle  méthode  en  élec- 
trothérapie? Doit-elle  remplacer, dans  le  traitement  désaffec- 
tions qui  paraissent  justiciables  de  son  influence,  les  autres 
formes  de  courant  jusqu’ici  utilement  employées?  Cette  ques- 
tion ne  pourra  être  résolue  qu’après  une  expéi  ignce  comparative 
systématique  de  ces  divers  procédés.  Quel  que  puisse  être  le 
résultat  d’une  semblable  expérience  et  quoique  les  courants  de 
haute  fréquence  soient  encore  eux-mêmes  à l’étude(l),  l’action 
profonde  de  cette  nouvelle  modalité  électrique  sur  l’organisme 
ne  saurait  être  mise  en  doute,  car  trop  de  faits  en  témoignent 
déjà. 

La  thérapeutique  est  réellement  redevable  àd’Arsonval  d’un 
puissant  modificateur  de  la  vie. 


(1)  Quelques  recherches  intéressantes  publiées  ces  derniers  temps  n’ontpu  trouver 
place  dans  notre  travail,  parce  que  les  chapitres  auxquels  elles  se  rattachaien  t 
se  trouvaient  déjà  composés.  Nous  renvoyons  pour  ces  recherches  aux  Archives 
il' électricité  médicale  et  aux  Annales  d’électrobiologie. 


RÉSUMÉ  GÉNÉRAL 


Conclusions  physiologiques  et  thérapeutiques 


Les  courants  de  haute  fréquence  sont  des  courants  pério- 
diques alternatifs  caractérisés  par  un  très  grand  nombre 
d’alternances  par  seconde. 

Les  dispositifs  utilisés  pour  la  production  de  ces  courants 
en  vue  des  usages  physiologiques  ou  thérapeutiques  compren- 
nent essentiellement  trois  parties:  des  condensateurs  con- 
struits et  disposés  de  telle  façon  qu’ils  puissent  produire 
et  qu’on  puisse  recueillir  des  décharges  oscillantes;  une 
source  d'électricité;  des  parties  supplémentaires  variables 
avec  les  différents  types  d’appareils  et  destinées  à assurer  un 
bon  fonctionnement  en  permettant  le  réglage. 

Ces  courants  donnent  lieu  à des  phénomènes  électrostatiques 
et  électrodynamiques,  à des  phénomènes  d’induction  et  de 
résonance  remarquables. 

Ils  sont  utilisés  sous  quatre  modes  d’application  différents; 

a)  En  applications  directes  ou  par  dérivation  ; 

b)  Par  autoconduction  ; 

c)  Par  condensation  ; 

d)  En  applications  locales. 

Celles-ci  sont  généralement  pratiquées  au  moyen  d’un 
appareil  accessoire  : résonateur  ou  bobine  bipolaire  qui  élève 
la  tension  du  courant  fourni  par  l’appareil  producteur. 


— 357  — 


Chacun  de  ces  modes  d’application  comporte  quelques  par- 
ticularités relatives,  soit  à la  graduation,  soit  à la  mesure, 
soit  enfin  à l’utilisation  pratique. 


★ 

¥ ¥ 

# 

Au  point  de  vue  physiologique,  les  courants  de  haute  fré- 
quence sont  caractérisés,  d’une  façon  générale  ; 

Par  l’absence  d’excitation  sensitive  ou  motrice,  cette  pro- 
priété étant  expliquée  par  la  fréquence  même  de  ces  courants, 
car  les  nerfs  sont  incapables  de  répondre  à des  excitations 
aussi  rapides  ; 

Par  leur  puissante  action  sur  le  système  nerveux  vaso- 
moteur et  sur  la  tension  artérielle  ; 

Par  la  suractivité  des  échanges  respiratoires,  de  la  thermo- 
genèse et  de  la  sécrétion  urinaire  qu’ils  entraînent. 


* 

¥ ¥ 

Ces  courants  ont  été  employés  et  ont  donné  d’excellents 
résultats  : 

1°  Dans  les  maladies  par  ralentissement  de  la  nutrition; 

2°  Dans  quelques  maladies  infectieuses,  notamment  dans 
les  localisations  génitales  ou  articulaires  de  la  blennorragie  ; 

3°  Dans  quelques  affections  de  l’appareil  respiratoire,  en 
particulier  dans  les  paralysies  laryngées  ; 

4°  Dans  les  modifications  pathologiques  de  la  tension  arté- 
rielle, de  l’activité  de  réduction  de  l’oxyhémoglobine  et  de 
la  contractilité  vasculaire  ; 

5°  Dans  certaines  affections  de  l’appareil  digestif,  princi- 
palement dans  les  hémorroïdes  et  la  fissure  à l’anus  ; 

6°  Dans  certaines  formes  de  neurasthénie,  dans  les  névrites 
et  les  amyotrophies  ; 


7°  Dans  des  affections  de  l’appareil  articulaire  d’origines 
diverses  ; 

8°  Dans  les  troubles  des  fonctions  menstruelles  et  les  hyper- 
plasies congestives  de  l’utérus  ; 

9°  Dans  les  bourdonnements  liés  à l’otite  scléreuse  ; 

10°  Dans  un  grand  nombre  de  dermatoses. 

La  seule  contre-indication  à l'emploi  des  hautes  fréquences 
qui  paraisse  se  dégager  nettement  des  travaux  publiés  jus- 
qu’ici sur  la  question,  résulte  du  mauvais  état  du  cœur. 

Ces  courants  paraissent,  en  outre,  assez  mal  supportés  par 
la  plupart  des  hystériques. 


INDEX  BIBLIOGRAPHIQUE 


D’Arsonval.  — Action  physiologique  des  courauts  alternatifs. (Société 
de  biologie,  2 mai  1891.) 

— Relations  entre  les  qualités  physiques  de  l’excitation  électrique 

et  ses  effets  physiologiques.  (Revue  internationale  d’électro- 
thérapie, mai  1891.  Archives  de  physiologie,  1892.) 

— Recherches  d’electrothérapie . La  voltaïsation  sinusoïdale. 

(Archives  de  physiologie,  lor  janvier  1892.) 

— Sur  les  effets  physiologiques  comparés  des  divers  procédés 

d’électrisation.  Nouveaux  modes  d’application  de  l’énergie 
électrique.  La  voltaïsation  sinusoïdale.  Les  grandes  fré- 
quences et  les  hauts  potentiels.  (Bulletin  de  l’Aeadémie  de 
médecine,  mars  1892.) 

— Les  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension.  (Séance 

de  la  Société  française  de  physique,  mai  1892.) 

— Action  physiologique  des  courants  alternatifs  à grande  fré- 

quence. (Société  française  de  physique,  janvier-avril  1893.) 

— Production  des  courants  de  haute  fréquence  et  de  grande 

intensité  ; leurs  effets  physiologiques.  (Société  de  biologie, 
4 février  1893.) 

— Sur  la  mesure  des  champs  électriques  à haute  fréquence. 

(Société  de  biologie,  5 février  1893.) 

— Action  des  courants  alternatifs  à grande  fréquence.  (Archives 

de  physiologie,  1893.) 

— Influence  de  la  fréquence  des  courants  alternatifs  sur  leurs  effets 

physiologiques.  (C.  R.  Académie  des  sciences, 20  mars  1893.) 

— C.  R de  la  Société  de  biologie,  27  janvier  1894. 

— L’énergie  électrique  et  la  matière  vivante.  (In  Pathologie  géné- 

rale de  Bouchard,  T.  I.,  1895.) 

— Société  de  biologie,  2 mai  1896. 

— C.  R,  académie  des  sciences,  29  juin  1896. 

— Action  physiologique  et  thérapeutique  des  courants  de  haute 

fréquence.  (Ibid.,  6 juillet  1896.) 

— Société  des  électriciens,  8 avril  1897. 


- 3G0  — 


D’Arsonval.  — Revue  internationale  d’électrothérapie,  mai  1897. 

— Action  physiologique  et  thérapeutique  des  courants  de  haute 

fréquence.  (Archives  d’électricité  médicale,  1898  ) 
D’Arsonval  et  Charrin.  - Action  des  courants  induits  de  haute  fré- 
quence sur  le  bacille  pyocyanique.  (Soc.  de  biologie,  6 mai 
1893.) 

— Action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  les  toxines  bacté- 

riennes. (C.  R.  académie  des  sciences,  10  février  1896.) 

— Action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  l’économie  malade. 

(Soc.  de  biologie,  4 juillet  1896.) 

Apostoli.  — Essai  de  synthèse  électrothérapique  de  la  Franklinisa- 
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alternatifs  de  haute  fréquence.  (Archives  d’électricité  médi- 
cale, 15  septembre  1897.) 

— Action  thérapeutique  des  courants  de  haute  fréquence.  (Soc.  de 

biologie,  mars  1895.) 

— Action  thérapeutique  - générale  des  courants  alternatifs  de 

haute  fréquence.  (C.  R.  Acad,  des  sciences,  29  avril  1895.) 

— Sur  l’action  thérapeutique  générale  des  courants  alternatifs  de 

haute  fréquence.  (Congrès  intern.  de  Moscou,  août  1897.) 
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de  haute)  fréquence  dans  l'arthritisme  (Communication  à la 
Société  française  d’électrothérapie.  Publiée  in  Annales  d’Elec- 
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Apostoli  et  Planet.  — Traitement  électrique  de  neurasthénie  chez 
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1898). 

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novembre-décembre  1899.) 

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— 361  — 


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logie,  mai-juin  1900.) 

Bonniot.  — Congrès  International  (Paris  1900).  Section  d’électricité 
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— Traitement  de  la  pelade  par  les  courants  d'e  haute  fréquence. 

(Archives  d’Electricité  médicale  1901). 

— Action  des  courants  de  haute  fréquence  (application  directe  sur 

les  animaux.  (Compte  rendu  de  l’Académie  des  sciences, 
30  décembre  1901.  ) 

Bordier  et  Lecomte.  — Action  des  courants  de  haute  fréquence  sur  la 
quantité  de  chaleur  dégagée  et  sur  les  produits  de  désassimi- 
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1900.  — Société  de  Biologie,  3 mai  1901.) 

Brocq.  — Traitement  des  dermatoses. 

— Société  de  Dermatologie  et  Syphiligraphie,  1900. 

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Calmels.  — Traitement  du  lupus  érythémateux  par  la  haute  fréquence- 
(Thèse,  Paris,  1898.) 

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Contremoulins  et  Gaiffe.  — Archives  d’électricité  médicale,  15  avril 

1900. 

Denoyés.  — Influence  des  applications  directes  des  courants  de  haute 
fréquence  sur  l’élément  atrophique  dans  des  affections 
diverses.  (Communication  à la  Société  des  sciences  médicales 
de  Montpellier,  séance  du  5 juin  1900,  in  Nouveau  Mont- 
pellier médical,  lor  juillet  1900  ) 

— Action  thérapeutique  des  applications  directes  des  courants  de 
haute  fréquence.  (Archives  d’électr.  méd.,  février  et  mars 

1901. ) 

Denoyés  et  Lagriffoul.  — Le  traitement  des  névrites  par  les  cou- 
rants de  haute  fréquence.  (Archives  d’électr.  méd.,  août 
1901.) 

Denoyés,  Martre  et  Rouvière.  — Action  des  courants  de  haute  fré- 
quence sur  la  sécrétion  urinaire.  Première  note  à l’Académie 
des  sciences,  in  C.  R.,  1er  juillet  1901.  Deuxième  note  in 


— 362 


C.  R.,  15  juillet  1901.  Mémoire  in  Archives  d'électricité 
médicale,  octobre  et  novembre  1901. 

Doumer.  — Action  résolutive  des  courants  de  haute  tension  et  de 
haute  fréquence  sur  les  hyperplasies  congestives  utérines. 
(Troisième  Congrès  internat,  de  gynécologie  et  obstétrique, 

1899. ) 

— Traitement  de  la  tuberculose  par  les  courants  de  haute  fré- 

quence. (C.  R.  Académie  des  sciences,  Î6  février  1900.) 

— Action  des  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension  sur 

la  tuberculose  pulmonaire  chronique.  (Annales  d’électrobio- 
logie, mars-avril  1900.) 

— Traitement  des  hémorroïdes,  aiguës  par  les  courants  de  haute 

fréquence  et  de  haute  tension.  (Congrès  international  d’élec- 
trologie  et  de  radiologie  médicales  de  Paris,  juillet  1900.) 

— De  l’emploi  des  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension 

dans  le  traitement  de  la  blennorragie  aiguë  et  de  ses  compli- 
cations les  plus  habituelles.  (Ibidem,  juillet  1900.) 

— Curieuse  action  des  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute 

tension  sur  le  système  suspenseur  de  l’utérus.  (Ibid.,  juillet 

1900. ) 

Doumer  et  Oudin.  — Rapport  sur  les  propriétés  physiologiques  et 
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tension.  (Ibidem,  et  Annales  d’électrobiologie,  septembre- 
octobre  1900.) 

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d’Electrologie  et  de  Radiologie  de  Paris,  juillet  1900.) 
Gariel.  — Cours  de  Physique  médicale. 

Gastou  et  Chaüry.  — Essai  d’application  au  traitement  des  dermatoses 
localisées  ou  généralisées,  des  méthodes  d’électrothérapie. 
(Société  de  Dermatologie  et  Syphiligraphie,  séance  du 
1er  mars  1900.) 


- 363 


Gastou,  Chabry,  Rieder.  — Action  curative  des  méthodes  électrothé- 
rapiques  sur  les  dermatoses.  {Ibid.,  séance  du  5 juillet  1900.) 

Gastou  et  Didsbury.  — Essai  de  traitement  du  lupus  nasal  pituitaire 
par  les  courants  de  haute  fréquence.  {Ibid.,  séance  du  7 juin 

1900. ) 

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Gérard  (Eric).  — Sur  les  courants  de  Tesla.  (Revue  des  science 
pures  et  appliquées,  15  avril  1893.) 

Guillaume.  - De  l’influence  des  courants  de  haute  fréquence  sur 
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1901,  et  Annales  d’Electrobiologie,  mai-juin  1900.) 

Himstedt.  — Expériences  sur  les  courants  de  Tesla.  (Wiedemann 

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Kéramon.  — Effets  produits  par  les  courants  alternatifs  de  grande 
fréquence  et  de  haute  tension  (Cosmos,  5 février  et  4 mars 
1893). 

Lagriffoul  et  Denoyés.  — Action  des  courants  de  haute  fréquence 
dans  la  tuberculose  expérimentale.  Communication  à laSociété 
des  sciences  médicales  de  Montpellier,  5 juin  1900.  Commu- 
nication au  Congrès  international  de  1900  (Section  de  patho- 
logie générale).  Premier  mémoire  in  Archives  d’électricité 
médicale,  novembre  1900.  Deuxième  mémoire  in  Archives 
d’électricité  médicale,  juillet  1901. 

Larat.  — Traité  pratique  d’électricité  médicale. 

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Leredde.  — Traitement  du  prurit  anal  par  les  courants  de  haute  fré- 
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Maffei.  — Cercle  médical  de  Bruxelles. 

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— 364  — 


Marmier.  — Thèse,  Paris,  1896.  Société  de  physique,  3 juillet  1896. 

Les  toxines  et  l’électricité  (Ann.  de  l’Institut  Pasteur,  1896). 
Moutier.  — Action  des  courants  de  haute  fréquence  au  point  de  vue 
de  latension  artérielle.  (Compte  rendu  Académie  des  sciences, 
2 août  1897.) 

— Traitement  des  Lithiases  par  les  courants  de  haute  fréquence 

(Société  française  d’Êlectrothérapie,*15  décembre  18  -8). 
Olivier  (L.).  — Les  expériences  de  d’Arsonval  sur  les  propriétés 
physiques  et  physiologiques  des  courants  alternatifs.  (Revue 
des  sciences  pures  et  appliquées,  15  mai  1894.) 

— De  l'action  des  courants  de  haute  fréquence  et  de  haute  tension 

sur  quelques  dermatoses  (Société  de  Dermatologie, 3 août 
1894  et  Congrès  de  Dermatologie  de  Lyon,  août  1894). 
Oudin. — Nouveau  procédé  de  transformation  des  courants  de  haute 
fréquence  (L’Electricien,  5 août  1893). 

— A îtion  analgésique  des  courants  de  haute  fréquence.  (Bulletie 

officiel  de  la  Société  d’Électrothérapie,  13  mai  1893). 

— Des  courants  de  haute  fréquence  en  dermatologie  (Bulletin  de 

la  Société  d’Electrothérapie,  juillet  1893). 

— Transport  des  métaux  par  l’étincelle  de  H.  F.  (Bulletin  de  la 

Société  d’Electrothérapie,  15  mars  1894). 

— Action  des  courants  de  haute  fréquence  dans  les  maladies  de 

la  peau  et  des  muqueuses  (Archives  d’électricité  médicale, 
1898.) 

— Sur  le  résonateur  et  sur  l’effluve  de  résonance  (C.  R.  Académie 

des  sciences,  1898). 

— Applications  thérapeutiques  locales  des  courants  de  haute  fré- 

quence (Annales  d’Êlectrobiologie,  juillet-août  1898). 

— Application  thérapeutique  locale  des  courants  de  haute  fré- 

quence (Annales  d’Êlectrobiologie,  juillet-août  1899). 

— Action  thérapeutique  du  résonateur  bipolaire  (Annales  d’Elec- 

trobiologie,  juillet- août  1900). 

— Communication  à la  Société  d’Electrothérapie  sur  l’action 

vasomotrice  des  courants  de  haute  fréquence. 

Action  thérapeutique  locale  des  courants  de  haute  fréquence 

(C.  R.  Académie  des  Sciences,  juin  1897). 

Oudin  et  Barthélemy.  — Traitement  des  affections  de  la  peau  et  des 
muqueuses  par  l’électricité  (courants  de  haute  fréquence  et 
haute  tension) [Congrès  de  Moscou, section  de  Dermatologie, 
et  Presse  médicale  du  11  octobre  1897]. 

Oudin  et  Labbè.  — Des  courants  alternatifs  de  haute  tension  el  haute 


— 365  — 


fréquence  en  électrothérapie  (Médecine  moderne,  6 octobre 
1892). 

Physalix  et  d’Arsonval.  — Les  venins  se  comportent  comme  les 
toxines  sous  l’influence  des  courants  de  haute  fréquence 
(Société  de  Biologie,  29  février  1896). 

Rilhac  (L.) — Des  courants  de  haute  fréquence:  leur  emploi  en  méde- 
cine, particulièrement  dans  le  rhumatism&chronique  (Thèse, 
Paris,  1899). 

Rivière. — Guérison  de  la  tuberculose  et  des  cancroïdes  de  la  face 
par  les  courants  de  haute  fréquence  et  les  effluves  du  résona- 
teur du  docteur  Oudin  (Concours  international  d’Électrolo- 
gie  et  de  Radiologie  de  Paris,  juillet  1900). 

Rociiefort.  — Société  française  d’électrothérapie,  juillet  1900.  (An- 
nales d’électrobiologie,  juillet- août  1900.) 

Tesi.a.  — Massage  par  les  courants  de  haute  fréquence.  (La  lumière 
électrique,  XIV0  année,  t.  XLIII,  16  juin  1892,  n°  3.) 

TmniERGE.  — Affections  cutanées  in  Traité  de  médecine.  (Charcot, 
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Tripet.  — Compte  rendu  Académie  des  sciences,  25  juin  1900. 

Vigouroux.  — Sur  l’emploi  thérapeutique  des  courants  de  haute 
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nationale d’électrothérapie,  octobre  et  novembre  1896.) 

Vinaj  et  Vietti.  --  Giornale  di  elettricità  medica,  1899,  p.  61-77. 

Weiss.  — Technique  d’électrophysiologie. 


Vu  et  approuvé  : 
Montpellier,  le  22  janvier  1902. 
Le  Doyen , 

MAIRET. 

Vu  et  permis  d’imprimer  : 

Montpellier,  le  22  janvier  1902. 

Le  Recteur  de  V Académie, 

Ant.  BENOIST. 


SERMENT 


En  présence  des  Maîtres  de  cette  Ecole,  de  mes  chers 
condisciples  et  devant  l'effigie  d’Hippocrate,  je  promets  et 
je  jure,  au  nom  de  l’Être  suprême,  d’être  fidèle  aux  lois  de 
l’honneur  et  de  la  probité  dans  l’exercice  de  la  médecine. 
Je  donnerai  mes  soins  gratuits  à l’indigent,  et  n’exigerai 
jamais  un  salaire  au-dessus  de  mon  travail.  Admis  dans 
l’intérieur  des  maisons,  mes  yeux  ne  verront  pas  ce  qui 
s’y  passe,  ma  langue  taira  les  secrets  qui  me  seront  confiés, 
et  mon  état  ne  servira  pas  à corrompre  les  mœurs  ni  à 
favoriser  le  crime.  Respectueux  et  reconnaissant  envers 
mes  Maîtres,  je  rendrai  à leurs  enfants  l’instruction  que 
j’ai  reçue  de  leurs  pères. 

Que  les  hommes  m’accordent  leur  estime,  si  je  suis  fidèle 
à mes  promesses  ! Que  je  sois  couvert  d’opprobre  et  mé- 
prisé de  mes  confrères,  si  j’y  manque  ! 


. 


TABLE  DES  MATIERES 


Pages. 

Introduction 1 

PREMIÈRE  PARTIE 

Historique,  Technique,  Propriétés  physiques 

CHAPITRE  I.  — Généralités,  Historique 3 

CHAPITRE  IL  — Production  des  courants  de  haute  fré- 
quence : 

Procédé  mécanique 12 

Procédé  électrique.  Mécanismes  des  hautes  fré- 
quences  12 

Dispositif  utilisé  pour  les  usages  phynologiques  et 

thérapeutiques 16 

Bobine  d’induction 18 

Installation  sur  courant  alter- 
natif  25 

Machines  statiques 29 

CHAPITRE  III.  — Propriété  physique  des  courants  de 
haute  fréquence  : 

I.  Phénomènes  électrostatiques 30 

II.  — d’induction 32 

III.  — d’électricité  dynamique 35 

IV.  — de  résonance 36 

CHAPITRE  IV.  — Différents  modes  d’application  des  cou- 
rants de  H.  F.  : 

I.  Applications  directes  ou  par  dérivation 39 

II.  Autoconduction 41 

III.  Application  par  condensation 44 

IV.  Applications  locales 4Ü 


24 


— 370  — 

Pages. 

CHAPITRE  V.  — Mesure  et  graduation: 

Généralité 53 

Graduation  et  mesure  dans  les  différents  modes 
d’application  des  courants  de  H.  F 57 

DEUXIÈME  PARTIE 

Propriétés  physiologiques  des  courants 
de  haute  fréquence 

CHAPITRE  I.  — Action  des  courants  de  H.  F.,  sur  le  sys- 
tème nerveux  : 

Caractéristique  des  hautes  fréquences 64 

Son  explication  : hypothèse  physique 67 

Hypothèse  physiologique 69 

Anesthésie  provoquée  par  les  courants  de  H.  F.  71 

Phénomènes  d’excitation  sensitive  ou  motrice.. . 72 

CHAPITRE  II.  — Action  des  courants  de  PI.  F.,  sur  les 

fonctions  de  nutrition 74 

Article  I.  — Action  sur  la  circulation 76 

Article  II.  — Action  sur  la  respiration 78 

Expériences  de  d’Arsonval. . . 78 

— de  Querton 80 

Action  sur  la  respiration  élé- 
mentaire   85 

Recherches  de  Tripet 85 

— de  Guillaume 86 

Article  III.  — Action  sur  la  thermogénèse 

Expériences  de  d’Arsonval.. . . 86 

— de  Bonniot 87 

— de  Bordier  et  Lecomte.  88 

Article  IV.  — Action  sur  la  sécrétion  urinaire 

Recherches  cliniques 88 

— expérimentales  : 

1°  Sur  les  animaux 91 

2°  Sur  l’homme 91 

Expériences  de  Denoyés , 

Martre  et  Rouvière 92 


— 371  — 

Pages! 

CHAPITRE  III.  — Action  des  courants  de  II.  F.  sur  les 
microorganismes 105 

TROISIÈME  PARTIE 

Propriétés  thérapeutiques  des  courants  de  H.  F..  112 

CHAPITRE  ï.  — Utilisation  thérapeutique  des  différents 
modes  d’application  des  courants  de  H.  F 115 

Article  I.  — Applications  directes 115 

Électrodes 116 

Variations  de  technique 117 

Réaction  provoquée  par  les 

applications  directes 119 

Intensité,  durée  et  nombre  des 

séances 120 

Article  II.  — Autoconduction 122 

Variations  de  technique 123 

Réaction  provoquée  par  l’aato- 

conduction 123 

Article  III.  — Applications  par  condensation . . 120 

Variations  de  technique 129 

Réaction  provoquée  par  les 
applications  par  condensation  129 

Intensité,  durée  des  séances..  130 

Article  IV.  — Applications  locales  : 

1°  Applications  locales  du  courant  fourni 
par  le  solénoïde  de  l’appareil  produc- 
teur  131 

Réaction  provoquée  par  ces 
applications 132 

2°  Applications  locales  au  moyen  d’appa- 
reils qui  élèvent  la  tension. . . ! 133 

Variations  de  technique 134 

Réglage  de  l’appareil  employé.  134 


— 372  — 

Différents  modèles  d’appareils  ^ 
employés  pour  élever  la  ten- 

siou 135 

Détails  de  construction  d’un 

même  appareil 435 

Condition  de  l’application  au 

malade 437 

Divers  modèles  d’électrodes  ou 
d’exitateurs 440 

Réaction  provoquée  par  les  applications 
locales  effectuées  au  moyen  d’appareils 
qui  élèvent  la  tension 147 

CHAPI1RE  II.  — Action  des  courants  de  H.  F.,  dans  les 
maladies  générales  toxiques  et  dyscrasiques. 

Intoxications. 

Maladies  de  la  mutrition.  .. . 154 

Obésité 454 

Diabète 457 

Goutte 463 

Rhumatisme 469 

Rhumatisme  articulaire 

aigu 470 

Pseudo  rhumatisme.  . . . 473 

Rhumatisme  abarticu  - 
laire. 

Névralgies.  . . 178 

Rhumatisme 
musculaire..  174 

Rhumatisme  chronique.  176 

Lithiases 185 

Migraines 191 

Manifestations  diverses  de  l’ar- 
. thritisme 191 

CHAPITRE  III.  — Maladies  infectieuses  : 

Tuberculose 193 


— 373 


Pages. 


Tuberculose  expérimentale  . . . 194 

— pulmonaire 217 

— chirurgicale 228 

Infection  blennorragique 241 

Blennorragie  et  ses  complica- 
tions  241 

Rhumatismes  blennorragiques.  241 

CHAPITRE  IV.  — Appareil  respiratoire  : 

Paralysies  laryngées 246 

CHAPITRE  V.  — Appareil  circulatoire 253 

Hypotension 253 

Hypertension 254 

Artério-sclérose 255 

Troubles  vasomoteur 255 

Anémie  et  chloro-anémie 258 

CHAPITRE  VI.  — Appareil  digestif  : 


Application  à l’analgésie  den- 
taire, constipation  et  troubles 


digestifs  divers 262 

Fissure  sphinctéralgique 263 

Hémorroïdes 268 

Prurit  anal 271 

CHAPITRE  VII.  — Système  nerveux. 

Généralités 273 

Maladies  des  centres  nerveux  : 

Hémiplégie 276 

Maladies  de  la  moelle 278 

Amyotrophies  : 

Atrophie  musculaire  progrs- 

sive 283 

Atrophies  musculaires  secon- 
daires   291 

Maladie  des  nerfs  et  névroses  : 

Névrites 293 

Chorée 319 


- 374  — 

Pagoî. 

Neurasthénie 219 

Hystérie 320 

CHAPITRE  VIII.  — Appareil  articulaire 321 

CHAPITRE  IX.  — Appareil  uro-génital. 

Albuminurie 331 

Applications  des  courants  de 

H.  F.,  â la  gynécologie 331 

CHAPITRE  X.  — Organe  des  sens. 

Conjonctivites  granuleuses...  333 
Bourdonnements 333 

CHAPITRE  XI.  — Maladies  de  la  peau. 

Indications  techniques  générales 335 

Utilisation  des  applications  locales  dans  le 

traitement  des  dermatoses 337 

Prurits 338 

* Psoriasis 339 

Eczéma 341 

Alopécies 313 

Lupus  vulgaire 344 

Lupus  érythémateux 346 

Affections  diverses:  acné,  zona, 
impétigo 347 

Mode  d’action  des  courants  de  H.  F 349 

CHAPITRE  XII.  — Valeur  thérapeutique  des  courants  de 

haute  fréquence 353 

RÉSUMÉ  GÉNÉRAL 356 

Conclusions  physiologiques  et 

thérapeutiques 357 

Index  bibliographique 359 

Table  des  matières 366 


MONTPELLIER, 


IMPRIMERIE  CENTRALE  DU  MIDI 


IIA MELIN  FRERES 


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